CHAPITRE IX
Quatrième preuve du consentement des Grecs avec les Latins dans la foi de la présence réelle et de la transsubstantiation , tirée de Théophylacle , archevêque d'Acride en Bulgarie.
Il y en a qui aiment les preuves de raisonnement, et d'autres les preuves de fait, qu'ils appellent positives. On peut aisément contenter les uns et les autres sur le sujet des Grecs , et même dans chaque siècle, n'y en ayant point qui ne nous en fournisse de l'un et de l'autre genre , pour faire voir qu'ils ont cru la [)réïence réelle et la transsubstantiation comme l'Église romaine.
On peut même tirer ces deux sortes de preuves d'un auteur célèbre de ce siècle, qui est Théophylacte, archevêque d'Acride en Bulgarie. Je le rapporte au onzième siècle , parce que Baronius a si bien prouvé que cet archevêque , que plusieurs auteurs , et entre autres le cardinal du Perron, ont fait fleurir au neuvième siècle , n'a vécu que dans le onzième , sous les empereurs Michel Ducas , Nicéphore Boioniaies , et .\lexis Comnène ; que personne n'en a douté depuis lui , que ceux qui n'ont pas pris la peine de lire ce qu'il en a dit. Il était natif de Conslantinople, et y avait été instruit dans la science ecclésiastique ; ei il y fit de si grands progrès, qu'il a été sans contredit un des plus habiles de son siècle. Il fut engagé par l'impératrice Marie , femme de Michel Ducas , à accepter l'archevêché d'Acride, métropole de toute la Bulgarie; et l'on voit par ses lettres , dont le cardinal Caronius rapporte quelques fragments , qu'il travailla avec beaucoup de zèle à l'établissement de la discipline et de la foi dans cette province , qui était encore toute barbare.
n'a point cru que les Grc-cs eussent une autre foi que les Latins sur lEucliaristic , quoiqu'il en eût apparemment plus de connaissance que tous les ministres ensemble , et qu'il soit même ridicule de faire comparaison de leur autorité avec la sienne.
Mais il n'est pas besoin de raisonnement pour montrer la conformité de la créance de Théophylacte avec celle de l'Église romaine sur le point de l'Eucliarisiie. Il n'y a qu'à rapporter la manière dont il en a jiarlé dans ses commentaires sur les évangclisies. Jésus- Christ , dil-il dans le chapitre 20 de son commentaire sur S. Matthieu , par ces paroles : Ceci est mon CORPS, a fait voir que le pain qui est consacré sur l'autcly est LE CORPS MÊME du Seigneur, et non pas un antitype , ou image de ce corps. Il n^a pas dit : Ceci est l'antilype ou l'image ; mais il a dit : Ceci est mon corps ; ce pain étant changé par une opération ineffable, quoiqu'il ne laisse pas de nous PARAITRE DU PAIN. Car éiaut faibles , comme nous sommes , nous aurions sans doute de la peine à manger de la chair crue , et encore de la chair d'un homme. Et c'est pour cela qu'il nous parait encore du pain , quoique , dans la vérité , ce soit de LA chair. Il répète la même doctrine presque en mêmes termes dans son commentaire sur le chapitre G de S. Jean. Voici ses paroles : // est clair que Jésus- Christ parle en ce lieu de la communion mystique de son corps, i Le pain, dit-il, que je vous donnerai est < ma chair, que je livrerai pour la vie du monde.» Mais prenez garde que ce pain que nous mangeons dans les mystères , n'est pas seulement une image de la chait du Seigneur , mais la chair même du Seigneur. Il n'a pas dit : Le pain que je donnerai est l'image de ma chair; mais : C'est ma chair ; car par les paroles secrètes et la bénédiction mystique , le pain est changé en la chair du Seigneur. Et que personne ne soit troublé d'être obligé de croire que le pain est la chair; car le Seigneur étant encore en ce monde , et recevant encore sa nourriture du pain , ce pain qu'il prenait était changé en son corps , et devenait semblable à sa chair , et contribuait à la soutenir , et à l'augmenter d'une manière humaine ; de même ce pain est changé maintenant en la chair du Seigneur. Comment donc, dirat-on, ne nous paraitil pas chair , MAIS DU PAIN ? Cest afin que nous n'ayom pas horreur de le manger : car nous ne nous pour- Ou ne peut donc alléguer un meilleur témoin, ni rion^ empêcher d'en avoir de l'horreur s'il nous pade la créance de l'Église latine , qu'il n'a pu ignorer, raissait de la chair. Et ainsi c'est par un effet de la ccnni de celle des Grecs , dans la communion desquels descendance de Dieu pour notre faiblesse, que cevd' il a vécu. viande mystique nous paraît semblable à notre alimaa
PERPÉTUITÉ DE LA FOI TOUCHANT L'EUCHARISTIE. ' 5?5îi
'fî 're Et enfin dans le cliapilre 24 de son com- pourquoi ceux qui ont cru que le pain et le vin de l'Eu' taire sur S. Marc, il exprime encore aussi for- cliarislie étaient changés au corps et au sang, de Jésus tomcnl la vérité de ce mystère en ces termes : Ceci,
dit Jésus-Clirisl {c'csi-ii~à\rc , ce que vous prenez), EST MON CORPS ; car ce pain n'est pas une figure du corps du Seigneur, mais il est changé en ce coups même du Seigneur: t Le pain que je donnerai , dit-il , est ma chair, i ïl n'a pas dit, c'est la figure de ma chair; nais , c'est ma chaiu. Et en un autre lieu : t Si vous ve mangez la chair du Fils de Vhomme , » etc. Mais