COMMENT, DIRA-T-ON, NE PARAIT-IL POINT CHAIR
homme, cela se fait par condescendance à notre infirmité. Car, parce que le pain et le vin sont des aliments auxquels tioîis sommes accoutumés , et que nous aurions peine à souffru- de voir sans horreur devant nous du sang et de la chair. Dieu, plein de miséricorde, s" accommodant à notre infirmité, conserve l'apparence du pain et du vin ; mais il les change en la vertu de sa chair et de son fang; ou , ce qui est le véritable sens, en l'essence et la vérité de sa chair et de son sang; ou, en sa chair pleine d'efficace et de vertu : e1; Sù;aut, a«pxoj xaî aî//,a- Tos /*sT«TTotxs'oï- El un peu devant : Ce qui est dans le vase d'or est proprement le corps de Christ; et ce qui est dans le calice est proprement son sang.
S'il y eut jamais des passages clairs, précis, incontestables , on peut dire que ce sont ceux-là ; et ii n'y en a point dont on ait plus de sujet de dire avec S. Augustin : Yaleat aliquid ad seipsam persuadendnm ipsa evidentia; t Que révidence ait quelque force pour « se persuader elle-même, » sans qu'elle ait besoin de secours étrangers pour se faire recevoir. Tout ce que Ton peut alléguer pour éeiaircir ces paroles est au-dessous de leur clarté. Qui peut douter que Tiiéopliylacle ait cru la transsubstantiation, est capable de douter de tout; et il faut dire que les paroles des hommes sont absolument inutiles pour nous assurer de leur sentiment, s'il est permis de former encore des difficultés sur celui de cet auteur. Ainsi c'est un renTerscmeiitsfeiblede la raison, de la société civile et même de la foi , que de s'être opiniâtres , conuue ont fait les nouveaux ministres , à soutenir que Tliéophylacte n'a cru ni la transsubstantiation , ni la présence réelle. Et il serait juste de mépriser de si indignes chicaneries, s'il n'était important de faire voir dans cet exemple signalé quel est le caractère de leur esprit , et la Iiardiesse insupportable avec laquelle ils conibatlcnl les vérités les plus sensibles.
H est vrai que Saumaise , dans le livre qu'il a fait contre Grotius sous le nom de Simplicius Verinus, a rendu à l'évidence de ces passages ce que l'on pouvait attendre d'un homme qui était persuadé , d'une part, que cet auteur enseignait la transsubstantiation, et qui ne voulait pas abandonner, de l'autre , les préicniions de son parti. Car sa conviction personnelle lui fait dire que Théophylacle enseignait un cliangouient réel , véritable cl substantiel , et non seulement devenu. Si le pain, dit-il, en perdant sa propre substance était changé en celle du corps de Jésus-Christ , m ne pourrait plus dire qu'il en est la figure C'est
Christ, par un changement de substance, ont nié que le pain et le vin fussent les images et les anlitypes du corps de Jésus-Christ , comme Théophylacle sur S. Marc{\). Et ensuite , après avoir cité ce passage sur .S. Marc , il ajoute : Tous les Pères, tant grecs que latins, ont dit que l' Eucharistie était un type, un antitype, une image; et partant ils nont pas entendu qu'il se fit dans l'Eucharistie le même changement que Théophylacte y admet.
Voilà le témoignage que S;iumaise a rendu à la vériié. Mais pour satisfaire ceux de son parti , il avance le contraire trois lignes plus bas, en disatil que Théophylacle , dans la suite de ce passage, n'admet plus qu'un changement de vertu : Néanmoins, dit-il , Théophylacte reconnaît un peu après le même changement que les anciens Pères grecs , savoir un changement du pain en la vertu du corps de Jésus-Christ. De sorte que jsar la prétenlion la plus inouïe qui fut jamais, il veut que Théophylacle se soit contredit dans le même passage , et qu'il ait enseigné l'opinion des catholiques fel Topinion des calvinistes, à deux lignes près Tune de l'autre.
Auberiiu s'est délivré de cette coniradiction par une voie qui est à la vérité plus courte , mais qui est aussi moins sincère , car il se contente de dire que les expressionsde Théophylacle sont dures et iuîprudcnles ; mais il prétend néanmoins qu'elles ne renferment ni la ti'anssubst;\nlialion ni la présence réelle, et que Théophylacle n'entend point, pnr le changement dout il parle , un changement réel du pain au corps de Jésus-Christ , 'mais seulement un changement métaphorique du pain , eu la vertu du corps de Jésiis-Christ. Pour colorer celle explication, il ne veut pas qu'on prenne le sens de Théophylacle ni du commentaire sur S. Matthieu , ni de celui sur S. Jean. Et quoiqu'il y dise et redise que le pain est le corps même de Jésus-Christ, a.vvè -rà awaK t«o Kupc'ou, qu'il nous paraît pain , mais qu'en vérité cest de la chair , tw Bjxi sk^^ iaii , que c'est la chair même du Seigneur, aùr^^ roû Ruptou aâpl , que le pain est changé en la chair même du Seigneur , que ce n'est que par une condescendance de Dieu qu'il ne nous paraît pas c/<«îr ; tout cela ne lui semble pas assez clair pour s'assurer du sens de cet auteur.
Dans le passage même tiré de S. Marc , il ne veut pas qu'on s'arrête à ce qu'il dit, que le paiu est chatU^é au corps même du Seigneur, el^ kùto è/.ti'o , que ce n'est pas la figure de sa chair , mais sa chair ; que c'est à cause de notre infirmité que le pain consacré ne nous paraît pas de ta chair. Toutes ces expressions si formelles , si redoublées , ne sont pas capa-
(l)Sipanis exulâ propriâ subslantiâ indiieretsuh stnnliam corporis Cirisli, non ampiiùs ejus hgiira dici possel...,uiide ci iili qui crediderunl panoni cl viuuni Eucliarisliift in corpus et sanguiuem Chrisii subslanliai demuialioiie converti, negàrunt panem et vinuni esse tùttov vel à-^rizuKo-j corporis et sanguinù* Chrisii, ul Theophylactus in Marcum.