LJV. II. CROYANCE UNIVERSELLE DE LA PRÉSENCE RÉELLE
bics de le faire rendre à la vérité ; mais , pAr un renversement de raison qu'on a peine à concevoir , il veut qu'on ne s'attache qu'aux dernières paroles du passage sur S. Marc : Speciem quidem panis el vini serval, in virlutein autein cariiis et sanguinis transelevicntat. Et au lieu d'expliquer cette dernière clause par tout ce qui la précède, il veut que l'on expli(|ue par celte clause , non seulement ce lieu entier du commentaire sur S. Marc, mais aussi les deux aulrcs endroits sur S. Matthieu et sur S. Jean ; c'est à-dire que, dans la logique de ce ministre, il faut expliquer non un seul lieu par plusieurs , mais plusieurs lieux par un seul ; non les lieux obscurs par les lieux clairs, mais les licux clairs par un lieu obscur ; et qu'une légère diflicuité que l'on trouve dans un passage , suffit pour aétruire l'évidence des autres parties de ( c j.assage , et de tous les endroits où l'auteur traite de la même matière. C'est la méthode, l'esprit et le pro < édé ordinaire d'Auberlin. Mais quelque injuste (|u'il soit, il est impossible même de l'appliquer aux pa-dios de Théophylacte, à moins qu'on ne le veuille faire passer pour un homme stupide et insensé.
Les hommes parlent pour se faire entendre , el qiiiconque parle d'une manière qui ne peut être entendue , et qui n'est pas propre pour imprimer dans les autres l'idée de ses pensées, parle sans raison et sans jugement. Si Théophylacte avait donc cru simplement que le pain reçoit par la consécration la vertu du corps de Jésus-Christ , serait-il possible que pour faire entendre cette pensée, i! eût choisi ces expressions : Que le pain consacré n'est pas la fiijure, mais le corps même du Seigneur? Que, pour f:iire entendre que le pain participe à celle vertu , il eûl d'à qu'il paraît pain, mais qu'en vérité c'est de la chair; qu'il est transformé dans la chair même du Set- (jneur? Y eut-il jamais de calviniste qui se soit exprin)é de la sorte pour faire entendre son opinion ?
Le baptême contient la vertu du sang de Jésus- Christ en la même manière que les minisires s'imaginenl que celte vertu est contenue dans fEucharistie ; cependant y a-t-il aucun Père, aucun auteur eccléi*iasii(|ue, (jui ait dit que le baptême n'est pas la ligHre , mais le sang même de Jésus-Christ ; que l'eau y est changée au sang de Jésus-Christ ; qu'il nous devrait paraître du sang , mais que, parce que nous aurions horreur de nous laver dans du sang , Djeu , pour s'accommoder à notre infirmité, conserve l'apparence de l'eau , mais la change au sang même de Jésus-Christ? Un homme ne passerait-il pas pour insensé , s'il s'exprimait en cette manière , et encore plus s'il répétait ces expressions plusieurs fois dans un même passage , comme fait Théophylacte sur le sujet de l'Eucharistie?
11 n'y a pas seulement de la folie dans le langage qu'Auberlin attribue à Théophylacte; mais il y en a ^core plus dans le raisonnement qu'il lui fait faire; et il est bon de le développer un peu, pour laire voir iusqu'à quel point on peut s'éloigner de la raison, l>ar l'envie de soutenir soû opinion a quelque pri^ <\m
ce soit. Théophylacte dit que le pain que nous mangeons dans les mystères, n'est pas une image delà chair du Seigneur, mais la chair même du Seigneur ; parce que Jésus-Christ n'a pas dit : Le pain que je donnerai est l'image de ma chair, mais , c'est ma chair. Ainsi le principe de Théophylacte est ^we Jes«s-C/jn's( n'a pas dit : Le pain que je donnerai est l'image de ma chair; mais qu'il a dit : C'est ma chair. El la conséquence qu'il en tire est que ce n'est donc pas Cimaged'e sa chair, maissx chair même. Que veut dire celte conséquence dans le sens d'Auberlin? Elle veut dire que le pain n'est pas l'image, mais la vertu de la chair de Jésus-Christ; ou, ce qui est la même chose, que ce n'est pas une image vide, mais une image pleine de vertu. Ainsi Théophylacte, selon Aubertin, raisonne en cette manière : Jésus-Christ n'a pas dit que le pain qu'il doimerait fût l'image de sa chair; mais il a dit que c'était sa chair. Donc le pain n'est pas l'image, mais il contient la vertu du corps de Jésus-Christ.
Qui ne voit que ce raisonnement conclut tout le contraire? Car si le pain consacré n'est pas l'image du corps de Jésus-Christ, parce qu'il n'a pas dit qu'il fût l'image de son corps, il n'est donc pas aussi la vertu, ni l'image efficace de ce même corps; parce que Jésus-Christ n'a pas dit qu'il fût la vertu, ou qu'il contînt la vertu de son corps.
Théophylacte s'aiiache à la propriété des paroi^s ; il exclut tout ce qui s'en éloigne. Il dit que l'Eucharistie n'est pas la figure de la chair de Jésus-Christ, parce que Jésus-Christ ne l'a pas dit ; mais qu'il a dit (lue c'était sa chair. Oh ne peut donc pas dire aussi, selon le même Théophylacte, que ce pain contienne simplement la vertu de la chair de Jésus-Christ; parce qu'il n'a pas dit non plus qu'il donnerait la vertu de sachair.ou que le pain qu'il donnerait contiendrait I » vertu de sa chair. El il est clair que si les paroles de Jésus-Christ excluent la figure, elles excluent aussi la vertu. Que si elles excluent la figure vide, elles ex- (iuent la figure pleine. C'est donc faire raisonner Tliéophylacle directement contre son intention et contre la raison, que de lui faire conclure de ses paroles mêmes que le pain consacré ne contient que la vertu du corps de Jésus-Christ; au lieu qu'il en faut conclure tout le contraire.
Pour faire encore mieux comprendre à M. Claude combien Théophylacte est éloigné de ses sentiments, je le prie de se souvenir que quand il s'agit d'expliquer ces paroles : Ceci est mon corps, les ministres mêmes rcconiiaisseiU qu'il faut les entendre, ou dans un sens de réalité, ou dans un sens de figure et de significa* lion; c'est-à-dire, qu'ils avouent qu'elles signifient, ou que le pain consacré est réellement le corps do Jésus-Christ, ou qu'il l'est figuralivement et symboliquement. Ils s'arrêlent à ce dernier sens : ils prétendenl que le mot est doit êlre pris pour significat dans les paroles de rinstitution de ce n)ystère. Ils rassemblent pour cela divers passages de l'Écriiure, où il* supposent qu'on doit entendre ce terme dans un sens figuratif. Mais je ne sache poinl de ministre qui ait tncorc expliqué ces paroles ; Ceci est mon eerpt, par
j.j ri:i\PÉîL'!TÉ OE L.V FOI TOUCHANT L-EUCîIARlSTIE.
celics-ci • Ceci contient la vertu de mon corps ; ni qui ce raisonnement, il est visible que si Tiiéophylacle ait prétendu que le mol est signilie contient la vertu, avait pris ces paroles : Le pain que je donnerai est ma ou est en vertu. 11 faudrait pour cela qu'ils cherchas- chair, dans le sens des calvinistes, c'est-à-dire, s'il sent d'antres passages pour autoriser ce nouveau sens. avait cru qu'elles sig^nifiassent que ce pain est la chair Cependant ils n'en produisent aucun : ils tirent seu-
lement leur vertu par conséquence et par analogie.
Il est clair aussi que ces paroles : Le pain que je donneraiesl machair, ne peuvent avoir selon eux que ce double sens : Le pain que je donnerai est réellement tna chair, ou : Le pain que je donnerai est la figure de ma chair.
Il faut donc que Théophylacte les ait entendues en l'un ou en l'autre. S'il les a entendues au premier sens, il est catholique; s'il les a entendues au second sens, il faudrait dire qu'il a été calviniste, Mais il est bien aisé de le purger de ce soupçon. 11 ne faut que considérer la conséquence qu'il en tire. Cette conséquence est double.
Il en conclut premièrement que le pain consaci é
de Jésus-Christ en figure , il n'aurait pu sans folie en conclure, conmie il a fait, que ce pain n'est pas l'image du corps de Jésus-Christ, ni que ce pain est le corps de Jésus-Christ en vertu, comme Auberlin suppose qu'il a fait. C'est pourquoi il faut dire, par nécessité, qu'il les a entendues dans !e sens des catlioliques, et qu'il a cru que le pain consacré était réellement la chair même de Jésus-Christ.
Je vois bien que M. Claude, pour se tirer de cet argument, nous produira une signification nouvelle du mo* est, et qu'il prétendra que ces paroles : Le pain que jt donnerai est ma chair, peuvent signifier : Le pain que je donnerai est virtuellement ma chair, est ma chair en vertu. Mais comme il n'a pas assez d'autorité pour attribuer aux mots telle signification qu'il lui plaît, il
n'est pas la figure du corps de Jésus-Christ. Or il n'y f^ut premièrement qu'il nous rapporte des auteurs
a pas de sens commun dans cette conclusion, en prenant ces paroles : Le pain que je donnerai est ma chair, dans ce sens calviniste : Le pain que je donnerai est la figure de ma chair; car on ne saurait tirer une conséquence plus insensée que celle-là : Le pain que je donnerai est la figure de ma chair; donc il n'est pas la figure de ma chair, puisque c'est conclure directement d'un principe le contraire du principe. Il en conclut secondement que le pain est sa chair. Et Auberlin nous voudrait persuader qu'il veut dire par-là que ce pain contient la vertu de sa chair. Mais il n'est pas moins ridicule de faire tirer à Théophylacte cette conclusion des paroles de Jésus-Christ, prises dans le sens des calvinistes. Car ne faudrait-il pas avoir perdu le sens pour raisonner de celle sorte : Jésus- Christ dit que le pain qu'il donnera est sa c/iafr, c'est-àdire que ce pain est figurativcment sa chair, est sa chair en figure. Donc ce pain est aussi sa chair en vertu, et il contient la vertu de sa chair.
M. Claude trouverait-il bon que l'on tirât des con ■ dusions semblables des lieux de l'Écriture oij ils prétendent que le mot est doit être pris pour signifier et ?.lre en figure? Ne se moquerail-il pas d'un homme qui dirait : Il est dit dans l'Écriture, que les sept vaches de Pharaon étaient sept années, c'est-à-dire, qu'elles signifiaient sept aimées : donc ces sept vaches contenaient la vertu de sept années. 11 est dit que la tête d'or de la statue que Nabuchodonosor vit en songe était le roi même Nabuchodonosor, c'est-à-dire qu'elle signifiait ce roi et son empire : donc cette tèle contenait la vertu de Nabuchodonosor. H est d t que la pierre du désert élaii Ciiri^t, c'est-à-dire, qu'elle en «tait la figure : donc cette pierre conlenait la venu lie j£5U3-Christ.
Qu'il reconnaisse donc que toutes les fois que ce mot fit est pris pour signifier et être figure, jamais on n'en peu^ conclure raisonnablement que la figure contient la vertu de la chose figurée.
Et ainsi, pour rassembler en peu de paroles tout
qui aient marqué celle signification du mot est ; 2° il faut qu'il cherche des expressions semblables dans l'Écriture, où ce terme soit employé en co sens; 5" il faut qu'il reconnaisse que tous les lieux où les ministres prétendent que le mot est est pris pour signifier, lui sont inutiles pour cela ; i" il faut ([u'ilre nonce à tous les passages des Pères où il prétend qu'ils ont dit que le pain était la figure du corps de Jésus-Christ.
Et quand il aura fait toutes ces choses, il n'aura encore rien avance ; parce que Théophylacte détruit et rejette absolument , dans ce passage même, toutes les significations métaphoriques,.et qu'il s'attache ab solunient à la signification lillérale du mot est. Car c'est par-là qu'il conclut, comme nous avons remarqué ci-dessus, ^ue Jésus-Christ ayant dit que le pain était sa chair, ce n'est donc pas la figure de sa chair. S'il eût cru que le mot est dût êîre pris en un sens métaphorique, il n'eût pas exclu l'être figuratif, qui est un des sens les plus naturels enlre les métaphoriques. Il le rejette néanmoins, parce qu'il s'attache à la lettre et au sens littéral. Il rejette donc aussi , à plus forie raison, cet autre sens du mol est, par lequel M. Claude voudrait qu'on le prît pour être en vertu, ou être en figure pleine et efficace, qui est le plus extraordinaire, le plus éloigné de la lettre, et le moins autorisé de tous les sens.
On n'est en peine, dans cet examen de Théophylacte, qu'à comparer ensemble les absurdiîés de l'explication que donne Auberlin au passage de cet auteur, tant elles sont toutes étranges. En voici néanmoins une qui me semble surpasser toutes les autres.
Théophylacte témoigne que, de ce que la foi nous enseigne de ce mystère, que le pain est véritablemeiil la chair de Jésus-Chrisl, r-t qu'il est changé dans la ci.air même de Jésus-Christ, il naît naturellement un aouie , qu'il exprime par ces paroles : Quomodb ? tnquit; neque enim caro videtitr : c'est-à-dire : Comtiicnt cela peut-il être? car ce vain ne me semble point dUr