‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 93 sur 335 · LIV. II. CROYANCE LNIYKRSKLLE DE L\ PRÉSENCE REELLE · texte numérisé non relu

LIV. II. CROYANCE LNIYKRSKLLE DE L\ PRÉSENCE REELLE

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lout de la chair. Par où il marque que I;» suile nain- ailleurs, et anciens et nouveaux, ce sera ailleurs le

relie de ce changement devrait être que le pain, él::nt sujet d'un plus long discours. Ce que j'en ai dit ici

eliair, parût chair, et qu'ainsi il est clonnant qu'il no sufHt pour faire voir qu'il n'y a rien de plus ridicule

ponisse point chair, comme il le dit lui-même en que de vouloir faire croire que, selon Théophylacte ,

termes formels : Et quomodb , inquit atiquis, non apparel caro, scd panis? Qu'on prenne maiiilenant l'esprit d'Auhertin ou de M. Claude pour expliquer ïhcopliylacte dans leur sens et selon leur opinion, et l'on verra que l'extravagance ne peut guère aller plus loin. Car cela voudra dire, selon eux : S'il est vrai que le pain contienne la vertu du corps de Jéius -Christ, comment donc ne nous pnraîl-il point chair? d'où vient que nous ne voyons que du pain et non de la chair? N'est-ce pas se moquer du monde, qoe de faire raisonner les gens d'une nianière si insensée? Et pourquoi ce pain, ne contenant que la vertu du corps de Jésus-Christ, paraîirait-il de la chair, puisque ce n'en serait pas? S'eiisuit-il de ce qu'un pain participe à une qualité spirituelle de la (hair de JésusClirist, ou moralement ou piiysiquement, qu'il doive paraître chair? Ne serait-ce pas, «u contraire, un prodige épouvantable, si la chair de Jésus-Christ n'étant qu'en vertu dans le pain eucharistique, il paraissait de la chair?

Le grand mal de toutes ces disputes est que l'on ne ^ consulte point soi-même, et que l'on n'écoule point le témoignage de sa conscience. Si messieurs de la religion pi éiendue réformée voulaient un peu rentrer en eux-mêmes, et faire réflexion sur leurs propres sentiments, ils ne s'engageraient jamais à soutenir des choses si déraisonnables. Car je les prie de me dire de bonne foi s'il leur est jamais venu dans l'esprit un doute de cette sorte : Puisque nos miiiistres nous disent que le pain de C Eucharistie contient la vertu du corps de Jésus-Christ, d'oii vient donc que nous nij voyons point de chair, et qiCil nous parait toujours pain? Qu'ils nous disent s'ils croient que, depuis qu'il y a des calvinistes au monde, il y en ait jamais eu à qui cette [icnsée soit venue? Qu'ils nous disent s'ils ne se moqueraient pas d'un homme qui la leur proposeraii, et r;ui les combattrait par ce raisonnement : Si le pain eucharistique contenait la vertu du corps de Jésus-Christ, il paraîtrait de la chair : or il ne paraît pas de la chair ; donc, etc. Qu'ils nous disent si, au cas qu'ils prissent la peine d'y répondre, ils ne diraient pas que, tant s'en faut que le pain doive paraître de la chair, parce qu'il contienl la vertu delà Cliair, il est clair, au contraire, qu'il ne doit point paraître de la chair, parce que ce n'en est pas, et qu'il en contient seulement l'efficace et la vertu.

D'où vient donc que ce doute qui n'est jamais venu dans l'esprit d'aucun calviniste , vient toujours dans celui de ïliéophylacle; et qu'ayant parlé en trois endroits de l'Eucharistie avec étendue, il le marque en tous les trois? Peut-on désirer une conviction plus évidente que son opinion sur l'Eucharistie , qui produit toujours ce doute, est différente de celle des calvinistes, qui ne le peut jamais produire?

Mais comme ce doute n'est pas particulier à Tliéoghylacte, cl qu'il a été marqué par plu-ieurs autres

lo corps de Jésus-Christ n'est dans l'Eucharistie qu'ea figure et en vertu.

C'est en vain qu'ils objectent que Théophylacte s'est expliqué dans son commentaire sur S. Marc, où il dit que Dieu conserve l'apparence ou l'espèce du pain et du vin , et qu'il les change dans la vertu de son corps et de son sang ; d'où ils concluent qu'il ne les change pas en son corps et en son sang môme. Car il est vrai (lu'il s'est expliqué dans ce même lieu, mais que c'est en faisant bien voir que quand il a dit que le pain et la vin sont changés en la vertu du corps et du sang, il ne prétend pas dire qu'ils ne soient pas changés en son propre corps et en son propre sang même ; puisqu'il dit encore en termes formels , dans ce passage , que le pain n'est pas l'antitype du corps de Jésus-Christ ; tnais qu'il est changé en ce corps même, £15 aùrô è/eîvo* que Jésus-Christ n'a pas dit que ce fût la figure de ea chair, mais que c'était sa chair, et que ce changement devrait faire que le pain nous parût être de la chair. La fin du passage ne peut donc pas être contraire aucommencement, ni détruire ce qui y est établi.

Ainsi la première conséquence que la raison nousoblige de tirer est que, quelque sens qu'aient ces dernières paroles, il est certain qu'elles n'ont point celui • des calvinistes; puisque ce sens est détruit par lecommencement du passage et par les autres lieux de cet auteur, et qu'il n'est pas raisonnable de prétendre, comme fait Saumaise, qu'un homme se contredise si grossièrement dans un même lieu.

Ce sens étant exclu, il n'est pas difficile d'en trouver d'autres trés-vraiseniblablcs. En voici trois, dont je donne le choix à M. Claude, parce qu'ils sont tous tiois simples, probables et naturels.

Le premier est que le mot de 5û-;a/jit;, vertu, signifia e:" cet endroit la vérité, la réalité, l'essence intérieure et cachée ; parce que l'essence et la réalité des chi'ses se connaît par leur vertu. Il est certain que c'est un des sens du mol oûv«/it,-, principalement lorsqu'il est opposé au mot de //op-^wTj,-, ou de «rSo,-, espcceoii apparence; ce qui est la môme chose.

C'est pourquoi l'Apôtre, parlant de certaines personnes qui n'avaient que l'apparence de la piété , mais qui n'en avaient pas la véiité, la réalité, et l'essence intérieure , se sert de ce mot Zwa.;j.v> pour le marquer : Ilabenles speciem quideni pietatis , virtutem auleni ejus abnegantes : tyo-neç ixàpfuai-j eùitësia.;, rii-j Si u'jrr.i Sù'jdfiiv ip-ioii/xs-joi' c'est-à-dire, selon Estius, la vérité : Virtutemautem seu vint dlxil pro veritale; nam Veritas rei ex operatione deprehendilur. Et ïirinus, virtntem ; c'est-à-dire , vint et rem ipsam. Raban l'explique par le mot de negotium; c'est-à-dire, la chose même. Et Denys-le-Chartreux, par celui d'existence, ejtstentiam pietatis.

Théophylacte lui-même le prend dans le même sen?, pui'iqu'il explique ces mot*, virtutem ejnt abne-

PEUPÊTIUTÊ DE LA FOI TOLCIlANT L'EUCHARISTIE.

gantes, par ceux-ci, Stàôe twv I/^wv «pvoûvT«t TaÛT>jv.

Il n'est donc point étrange que Tliéophylacte ail dit de même, en opposant Sûv«/jus à eJùoi, que Dieu conserve l'apparence du pain et du vin , mais qu'il les change ûi ôûv«/Aiv, en la vertu ; c'est-à-dire, en Tesscnce intérieure , en la réalité et en la vérité de sa chair.

C'est dans ce même sens que Ilcsychius , dans son coinmenlaire sur le Lévitique, dit : Que c'est manger le corps de Jésus-Christ par ignorance, que de n'en connaître pas la vertu et la dignité, et de ne pas savoir que c'est le corps et le sang de Jésus Christ dans la vérité. Yoilà ce que c'est que celle vertu de i'Eucliarislie : c'est être le corps de Jésus-Christ dans la vérité; et voilà l'explication du mol de vertu selon Hesychius.

Paschase le prend au même sens dans ce passage : Potior quippe virtus rerum quàm species et fucatus color. Idcircb virtus magîs est consideranda quàm color seu sapor exteriùs, quia qui universis virtutem naliirœ dédit, hic huic Sacramento divinitiis induisit, ut sit caro

à Martinius, que î; noTiy-oio signifie un fleuve impé • tueux, ^(«c Hpa.oioî, Ic vaillant Hercule.

Enfin, c'i'st dans le même sens que S. Grégoire de Nysse, par une expression toute semblable à celle de Tliéophylacte, dit que le pain que Jésus-Christ mangeait était changé ^U Oî'«' Sûva/Atv, en une vertu divine. Par où il ne veut pas dire que le pain fût changé en la vertu du corps de Jésus-Christ sans è\r^ change en son corps ; mais il veut dire qu'il était changé en ' son corps plein de vertu et d'efficace.

Il n'y a qu'à rapporter tout le passage de S. Grégoire de Nysse, pour faire voir qu'il ne laisse pas la moindre difficulté dans celui de Théophylacle : La même puissance, dit ce Saint dans sa Catéciièse, qui faisait que le pain que Jésus-Christ mangeait était changé en une vertu divink, opère la même chose. Car comme la puissance du Verbe, qui, étant homme, se nourrissait de pain, et qui était ainsi pain en puissance, rendait le pain qu'il mangeait, son saint corps ; de même ce pain est sanctifié, comme dit l'Apôtre, par la parole de Dieu et sanguis ipsius. H est évident qu'il prend dans ce et l'oraison ; non pas en passatit dans le corps du Verbe

passage , virtus rerum , pour l'essence intérieure , et qu'il dit que la vertu de l'Eucharistie, c'est d'être le corps et le sang de Jésus-Christ.

Le second sens, qui est encore très-simple, est que c'est une façon de parler ordinaire aux Grecs, de dire hépysia., OU l\ivxiJ.ti ffàpxos, la force OU la puissance de la chair, pour signifier la chair pleine d'efficace. C'est ainsi qu'on voit dans Horace (lib. 2 salyr. 1) : Vbi se à vulgo et scenâ in sécréta remorant Virtus Scipiadœ, et mitis sapientia Lœli.

Car virtus Scipiadœ, signifie en cet endroit- là, le Tertuenx Scipion ; et sapientia Lœli , le sage Lélie.

C'est ainsi que Jésus-Christ a dit à ses apôtres après sa résurrection, qu'ils recevraient la vertu du S.-Esprit : car il ne voulait pas dire qu'ils dussent recevoir la vertu du S. -Esprit sans le S.-Esprit; mais il leur promet par-là, de leur donner le S.-Espril avec l'abondance de ses dons.

C'est ainsi que Paschase dit : Quod vero colorem et saporem carnis minime prœbet, virtus tamen fidei et intelligentia, qiiœ nihil de Christo dubilal, totum illud spiritaliter sapit ac dégustât. Et ide'o nihil dubilandum est ubi EFFicAX viKTus ejusdem rei sentitur, et plena similitudo exteriùs , et vera virtus agni atque caro ejus immaculala exteriùs vocatur. Car dans ce passage, \iRTcs AGNI, c'est l'agncau plein de vertu; efficax MRTL'S EJUSDEM REI, c'csi la cliosc remplie d'efficace. Virtus fidei, c'est la foi vive et agissante , etc.

C'est ainsi que S. Bernard, dans son second sermon sur l'Epiphanie dit : Que les mages reconnurent ,n vertu de Dieu dans l'infirmité du corps d'un enfatit. Pei virtutem in teneri corporis infirmitate cognovêre. Car il ne prétend pas par-là qu'ils ne reconnurent dans cet enfanlque la vertu de Dieu, sans y reconnaitre la divinité ; mais il prend en cet endroit la vertu de Dieu, pour Dieu plein de vertu.

C'est ce qui a fait dire généralement à Scaliger , que vis signifie, re» vim habens, vis equi f)ro equo. Et

par le boire et le manger ; mais étant changé tout d'un coup au corps du Verbe par la parole.

Il est clair que dans ce passage, c'est du pain i,ui était changé au corps même du Verbe par le boire et le manger, dont S. Grégoire dit qu'il était changé en une vertu divine : et il est clair que dans le même passage il explique ces paroles en disant, que Jésus-Christ rendait le pain son saint corps. Et ainsi il n'est point étrange que Théophylacle ait fait la même chose; et qu'ayant dit souvent que le pain est changé au corps même de Jésus-Christ, il ait dit une fois qu il était changé en la vertu de ce corps. Et comme ce serait une très-fausse conséquence que de conclure de ce que S. Grégoire de Nysse dit que le pain que Jésus-Christ mangeait était changé en une vertu divine, qu'il n'était donc pas changé réellement en son corps, c'en est aussi une très-fausse que de conclure de ce que Théophylacle dit une fois que le pain est changé en la vertu de la chair de Jésus-Christ, qu'il n'est donc pas changé en sa chair même; étant clair que ces termes de vertu, 5ùva/xiî, ni dans S. Grégoire, ni dans Tliéophylacte, ne sont point exclusifs d'un changemeni réel et substantiel. Et c'est pourquoi c'est à lor; qu'Aubertin fait un crime à S. Thomas, ou à celui dont il a emprunté la traduction d'un passage de S. Cyrille d'Alexandrie, d'avoir rapporté ce passage en ces termes : Ne horreremus carnem et sanguinem pr> posita videntes in sacris ccclesiarum mensis, condesctr' dens Deus nostris infirmitatib'us influit oblatis vim viia et convertit ea in verilatem carnis suœ ; parce qu'il paraît par Victor d'Antioche, qui rapporte le même passage, qu'il y avait dans S. Cyrille si; èvépvetav aù- /-«cTOî, in efficaciani corporis. Car il est clair qu'en cel endroit, èvlpystav cùfixro;, signifie la vérité du corps. Et c'est pourquoi aussi S. Cyrille ajoute immédialement après ces paroles que la lin de ce thangcmeii' est que le corps de Jésus-Clirist soit en nous comme une semence vivifiante : Vt in communione tanquàm

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