LIV. II. CROYANCE UNIVERSELLE DE L\ PRÉSENCE RÉELLE
iemen viviftcum in nobis invemahir corpus Cliristi.
La troisième solution est que lorsque deux choses sont jointes ensemble clans la vérité et dans l'esprit de ceux à qui l'on parle , il arrive souvent qu'en les exprimant on n'en marque qu'une sans exclure l'aulre ; mais plutôt avec dessein de faire entendre celle qu'on n'exprime pas par celle qu'on exprime. Or il est certain que le pain consacré est changé au corps de Jésus-Christ. Il est certain aussi qu'il devient plein de sa vertu et de son el'ficace. Ces deux vériiés sont jointes et sont des suites l'une de l'autre : et c'est pourquoi il arrive quelquefois que les auteurs les expriment conjointement , comme fait Eulhymius, qui dit en termes formels (I) que, comme Jésus-Christ a déifié la chair qu'il a prise par une opération surnaturelle , de même il change le pain et le vin d'une manière ineffable en son propre corps, qui est la source de la vie, et en son précieux sang , et dans la vertu de l'un et de l'autre. Voilà les deux changements exprimés , in ipsum corpus et sangninem , in graliam ipsorum : mais comme ces deux cliangemenls sont toujours joints en elTei, et que les Pères supposaient qu'ils étaient joints dans l'esprit des fidèles , il leur suffisait d'exprimer l'un pour faire entendre l'autre. Ainsi ils nous disent ' cent fois que le pain est changé au corps de Jésus- Ciirist, sans exprimer qu'il est rempli de sa vertu, parce que l'un suit l'autre : et Théophylacte , après nous avoir dit plusieurs fois que le pain est changé au corps de Jésus-Christ, nous dit une fois qu'il est changé en sa force, comme une suite du mystère qui le lait concevoir tout entier; parce que la foi des fidèles ne sépare point la vertu du corps de Jésus-Christ de son corps même, ni son corps de sa vertu ; et qu'il ne leur est jamais venu dans l'esprit que le corps de Jésiis- Clirist fût dans le ciel, et que nous n'eussions dans rEiicharislie que sa force et sa vertu : au lieu qu'ils croyaient que nous n'avions celte force et cette vertu que parce qu'il est réellement et véritablement présent dans nos mystères.
Je ne m'arrête pas à une petite objection qu'Anbertin fait sur le mot sISo; • Spcciem quidem panis conservât, in virtutem aulem carnis transelementat, en prétendant (]ue le verbe transelementat , /xtTutrzeixsioZ , gouverne \^ mot de ùoo^, speciem, aussi bien que conservât, et qu'ainsi la même chose est conservée et changée : ce (pii marque, dit il, que le changement ne peut être réel. Car il est étrange que ce ministre n'ait pas vu qu'il n'est point nécessaire que le mot e'So; soit gouverné par transelementat ; jnais que l'on peut fort bien entendre q'.ie ces deux géniiifs, panis et vini, sont sousentendus, et serveiît de légime au verbe transelementat, étant suppléés à l'accusatif; en sorte que le sens naturel est : Speciem quidem panis et vini conservât, panem autem et vinum in virtutem carnis suœ transelementat. Le sens nous conduit tellement à cette expli-
(1) 7)1 Malth. 64 : Qnemadmodùni supernaturaliler assumpl:>m cariiem deificavit, et liac ineffabiliter Iransmulat in ipsum vivificuni corpus, et in ipsum •(jretiosum sanguineni suura, et in graiiam iporum.
cation, qu'il est éirangc qu'il en puisse venir une autre en l'esprit.
Il est visible que ces solutions sont toutes naturelles; et le passage étant d'ailleurs si clair pour la Iranssubstanlialion , qu'il est impossible de l'éluder, celle clarlé même porte la lumière sur les paroles dont il s'agit, et fait voir la nécessité de les prendre en un des trois sens que j'ai marqués.
Et de là l'on doit tirer cette règle générale, que ces mots de SùvKat; sxp/.o;, la vertu de la chair, n'enferment nullement l'exclusion de la chair même, et ne signifient qu'où la réalité et la vérité de la chair, ou la chair efficace, comme nous avons dit; ou enfin, marquant le mystère par une de ses parties, nous le font comprendre tout entier. Et ainsi ce passage de Théophylacte , au lieu de servir à expliquer en un sens métaphorique les lieux où il est dit clairement que le pain est changé au corps de Jésus-Christ , ne peut être employé raisonnablement que pour expliquer les passages où il est parié de vertu et d'efficace , et pour montrer qu'ils n'excluent en aucune sorte la présence de la chose même; de sorte qu'au lieu qu'on puisse faire voir par Théophylacte que ceux qui semblent parler de changement de substance ne parlent que de changement de vertu, on peut au contraire faire voir invinciblement par Théophylacte que ceux qui parlent de changement de verlu, n'excluent point, mais renferment le changement de substance.
Je supplie ceux qui liront ceci de se souvenir de cette remarque : et, pour leur en faire connaître l'importance, il est bon de les avertir que tout l'édifice du calvjnisme dans la matière de l'Eucharistie est établi sur deux solutions que l'on peut appeler les deux clés de leur doctrine, parce qu'ils s'en servent pour expliquer tous les passages des Pères qu'on leur oppose ; c'est-à-dire, pour les éluder. L'une de ces solutions est que lorsque les Pères disent que l'Eucharistie est le corps de Jésus-Ciirist , ils entendent qu'elle est la figure du corps de Jésus-Christ : et ainsi on peut l'apiiclcr la clé de figure. L'autre solution est que quand ils disent que le pain est changé au corps de Jésus- Christ, ils entendent qu'il est changé en la vertu du corps de Jésus-Christ : et ainsi on la peut appeler la clé de verlu.
Ces deux clés nous fourniront le sujet d'un assez, long discours , et l'on espère les ruiner de telle sorte ,. qu'elles leur deviendront absolument inutiles. Mais en attendant qu'on le puisse faire dans le second volume, auquel on réserve cet examen, il est bon de remarquer ici deux choses :
La première est que lacté de vertu, qui est en quelque sorte la principale, n'est fondée par les ministres mêmes que sur quatre ou cinq passages; et que de ces passages, celui de Théophylacte est le principal , et que c'est celui qui leur donne lien de conclure plus^ hardiment que quand les Pères disent que le pain est (hangé au corps de Jésus-Christ, ils entendent qu'il est changé en la vertu du corps de Jésus-Chiist. Ainsi, étant certain au contraire que Théophylacte,
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on disant ^uc !e pain est changé en la vertu du corps (le Jésus-Clirht, n'entend point exclure qu'il soit change on son corps ; mais qu'il enseigne , au contraire , si claircmenl ce changement de substance, qu'il est imp:)ssible d'en douter sans renoncer au sens commun , il s'ensuit que c'est une mauvaise foi insigne aux niii:islresdc rallcguer pour autoriser lair clé de vcrlu, oi(|iie le seul usage légitime que l'on en peut fiiire est de montrer par cet auteur que ceux qui ont parlé de ce changement de vertu n'excluent point, mais ronfernieiit le changement de substance.
La seconde est queTliéopiiylaclc, en ruinant la clé de venu , ruine encore la dé de figure, en niant formellement que l'Encliarislie soit l'image du corps de Jésus-Clirist, et en assurant qv.e c'est sa chair même : de sorte que ce seul auteur sape entièrement les fondements du calvinisme. Crp;;ii(lant o;i ne peut dire arec la moindie apparence qu'il ait en sur le sujet de l'Eucharistie une docti'inc différcnle de celle de son siècle. 11 a parlé comme ceux qui l'ont précédé, et tous ceux qui l'ont suivi ont parlé comme il a fait. Il n'y a aucune de ses expressions qui ne se trouve dans les auteurs qui ont écrit avant lui et après lui : personne ne l'a blâmé d'avoir parlé durement et imprudemment, et on l'a pris, an contraire, comme tin modèle de la manière dont on devait parler de l'Eucharistie. Et de tout cela M. Claude n'empêchera jamais les personnes raisonnables de conclure que l'église grecque, dont cet auteur a été l'un des plus grands ornements durant sa vie, était parfaitement d'accord dans le onzième siècle avec l'Église romaine sur la présence réelle et la transsubstantiation.