CHAPITRE X
Cinquième preuve du consentement de féglise grecque et de la latine, sur la présence réelle et la transsubstantiation, par le mélange de ces deux églises durant les croisades du douzième siècle.
Plus je considère le système de M. Claude, plus je me confirme dans la pensée qu'il l'a fait sans en considérer les suites, et dans la seule vue de se défaire d'une objection qui le pressait; car je ne sais si la hardiesse d'un homme peut aller jusqu'au point où la sienne devrait être, pour soutenir jusqu'au bout, que la présence réelle et la transsubstantiation soiit des dogmes inconnus à l'église grecque, et qu'elle ne les a jamais crus par voie de négation, comme n'en ayant jamais entendu parler.
11 ne faut, pour en convaincre tout le monde, que reiirésenter en abrégé l'état dos deux églises dans le douzième siècle; le mélange que les guerres de la Terre-Sainte en firent dans tout l'Orient, et le commerce continuel qu'elles curent ensemble, qui fait voir qu'il est impossible qu'elles aient ignoré, en aucun lieu, les scntiinents l'une de l'autre sur un mystère aussi commun et aussi important que celui de l'Eucharistie.
Le dessein que Grégoire Vil avait eu de passer en Orient avec une puissante armée, avant été rompu
TOUCII.VNT L'EUCHARlSTrE. 5^8
|\ar les différends qu'il eut avec l'empereur Henri IV, les Turcs et les Sarrasins profitèrent tellement des troubles de l'Occident, qu'ils s'emparèrent presque de toutes les provinces de l'Asie.- Les empereurs de Couslanti!:oi>le, se sentant donc trop faibles pourlcwr résister, implorèrent le secours des princes ciirélicns de l'Europe, et principalement celui du pape, qui donnait en ce temps-là le branle à tous les autres, mémo dans les affaires temporelles. Alexis Comnènc envoy.i pour ce sujet des ambassadeurs au concile de Plaisance, comme nous avons déjà dit, cl le patriarche de Jérusalem ayant, de son côlé, député Pierrc-l'Erniite vers le pape Urbain II, ce pape fut tellement, touché par le récit que Pierre lui fit des maux, que les chrétiens s-ouffraient en Jérusalem , et par l'espérance d'un succès favorable qu'il lui donna sur uns vision qu'il avait eue, qu'il entreprit tout de bon de poi ter tous les princes et tous les peuples chrétiens à> passer en Orient, pour y délivrer leurs frères de la tyrannie des infidèles.
Ce fut ou concile de Clermont, assemblé à celte fm. l'année 1093, qu'Urbain lit résoudre celle importante entreprise: et ses exhortations, jointes aux promesses qu'il faisait à ceux qui se croisaient pour ce dessein d'obtenir par ce moyen la rémission de tous leurs péchés, furent si puissantes, qu'on vit en même temps, de tontes les provinces de l'Occident, un nond)re infini de soldats, de capitaines, de princes ■ h'enrôlcr pour cette guerre. Chacun faisait effort pour y contribuer : les enfants quittaient la m lifon de leurs pères; les maris se séparaient de leurs femmes; les gentilshommes et les seigneurs vendaient leurs terres et leursseigneuries pour soutenir les dépenses qu'ils étaient obligés d'y faire, et c'était un concours si prodigieux, d'hommes, qu'il semblait que l'on voulût déserter l'Europe pour passer en Asie. Il se forma diverses armées de gens ramassés de divers pays, qui prirent la rout-e de Conslanlinople. Les premières furent ruinées par la malice des Hongrois, des Bulgares et des. Grecs : mais celle dont Godefroi de-Bouillon était le [trincipal chef, ayant aussi pass:3 à Conslanlinople, et de-là en Asie, eut ce grand et admirable succès qui. est connu de tout le monde. Elle prit d'abord Nicée, et ensuite Antioche. Elle conquit une partie de l'Asie mineure et de la Syrie, et elle termina ses victoires par la prise glorieuse de Jérusalem, qui arriva en 1099. Jérusalem et la Palestine furent données à Godefroi avec le litre de roi. Antioche avait été déjà donnée àBobémond; Edesse à Baudouin, et il se forma ainsi en Orient diverses principautés de Latins,, par le partage de ces conquêtes.
Mon dessein n'est pas de considérer ce qui arriva, dans cette guerre par rapport aux avantages temporels, mais par rapport à la religion. M. Claude soutient que les Grecs et les autres sociétés d'Orient n'ont jamais ouï parler ni de la transsubstantiation ni de la présence* réelle; parce qu'il voit bien que s'ils en ont oui parler , il s'ensuit , par nécessité , qu'ils les croyaient aussi, puisqu'il ne paraît point qu'ils les aient janiaia-