LIV. II. CROYANCE UNIVERSE
comballues , ni qu'ils en aient fait aucun reproche aux callioliques. Ainsi, montrer qu'ils n'ont pu ignorer la créance de l'Église romaine sur ces deux points, c'est détruire de fond en comble le système de M. Claude, comme nous l'avons déjà dit plusieurs fois.
Or rien ne le saurait mieux faire voir que les événements de ce siècle.
Ces armées prodigieuses étaient toutes composées de gens qui croyaient la présence réelle et la transsubstantiation. Il y avait dans ces troupes plusieurs évoques et plusieurs ecclésiastiques fort inslruils des sentiments de l'Église laiine, dont les uns par dévotion avaient pris pari à celte entreprise , et les autres s'étaient altacliés à divers princes. Le bruit qu'avait fait dans l'Occident l'hérésie de Bérengcr les rendait particulièrement allenlils à ce point.
Il faut donc s'imaginer que c'est un million de Iranssubstantialeurs qui passent d'Europe en Asie, et qui se rendent maîtres d'une grande partie de ces provinces orientales. Silôt qu'ils avaient pris une ville , on y ordonnait un évoque de communion latine, avec un clergé suffisant pour le service de celte église. Quelquefois les chrétiens d'Orient se rangeaient sous leur obéissance, Tt quelquefois on leur permetlait d'avoir leur évêque en parliculier.
Guillaume, archevêque de Tyr, léaioigne dans son Histoire qu'après la prise d'Anlioelic, les princes chrétiens ne voulurent point établir d'autre patriarche que celui qui y était. Ils remirent , dit-il, dans son siège le patriarche Jean, qui, comme un vrai confesseur de Jésus- Christ , après la ruine des nôtres en Orient, avait souffert des maux infinis de la part des infidèles. Ils communiquèrent donc avec ce patriarche; ils reçurent la communion de sa main , et par conséquent ils ne supposaient [tas qu'il fût de l'opinion de Dérenger, et qu'il n'eût pas la même foi qu'eux sur ce mystèie de l'unité des chrétiens. Il est vrai que ce patriarche s'en alla deux ans après à Consiaminople en quittant Antiochc; mais ce fut, conmie Guillaume de Tyr le remarque, parce qu'étant Grec il se crut moins propre qu'un autre à gouverner dos Latins, et non qu'il crût avoir découvert en eux quelque erreur et quelque hérésie.
Après la prise de Jérusalem et des autres villes de Syrie et de Pales;ine, on créa de même un patriarche et des évêques latins , sans chasser pour cela les Grecs et les chrétiens syriens , et sans les obliger de communiquer avec les Latins s'ils ne le voulaient.
Balsamon, décrivant l'état des églises d'Orient, dit expressément, qu'excepté à Anlioche, les Latins permettaient aux évoques grecs de faire les funciions poniiiicales dans les villes où ils avaient élabli d'autres évêques. Jacques de Yitry témoigne de même qne les chrétiens syriens, qui étaient grecs de religion, avaient leurs évêques particuliers; et l'on doit conclure de même des autres sectes d'Arméniens, de Jacobiles et de nestoriens, dont la Syrie et la Palestine étaient remplies de son temps.