‹ Perpétuité de la foi de l'Église catholique sur l'eucharistieChapitre 98 sur 335 · S5 LIV. ». CROYANCE UNIVERSE · texte numérisé non relu

S5 LIV. ». CROYANCE UNIVERSE

d'une adresse pour rendre inutiles les calomnies de Koliomond, qui fut que le sultan de Dabylonc lui ayant donné Irois cents gonlilsliomnics français, qui avaient été pris prisonniers, il les lit tous venir à Constantinople, et les y retint quelque temps pour les rendre témoins de sa religion et de celle de son peuple, et ensuite il les renvoya dans leur pays pour les opposer à Bolicmond; afin, dit-elle, qu'ils pussenl (émoùjner à tous- les peuples de l'Occident que rempereurAlexis était Irh-bon cliréiien, et très-ami des dire' tiens ; et que l'on ajoutât foi à leur témoignage, puisqu'ils ne parleraient que de ce qu'ils auraient vu, et de ce qu'ils auraient reconnu par des preuves très- certaines.

Je ne pense pas que jamais prince protestant s'avise d'un semblable expédient, de faire venir les catholiques dan? sa ville pour les rendre témoins de sa foi; et il est clair qu'il ne peut être embrassé que par des princes qui ne craignent pas qu'on les trouve dilïerents, en quelque point important, de ceux qu'ils désirent apaiser.

Mais ce coumierce des Latins avec les Grecs n'éiait pas seulement passager par le moyen des troupes latines qui prenaient lent route par Constanlinople, ou qui servaient dans les armées de l'empereur; il élait continuel par le moyen d'un grand nombre de Lalins qui s'éiaient établis à Constanlinople et par toute la Grèce, et qui s'étaient unis avec les Grecs pur des liens si étroits, qu'il était impossible que ni les uns ni les autres vécussent dans l'ignorance de leur créance sur l'Eucharistie.

M. Claude voudra-i-il.nous persuader qu'il soit possible que des hommes et des femmes passent toute leur vie ensemble, sans que l'un ni l'autre s'aperçoive qu'ils sont de différent sentiment sur ce mystère, et que l'un croit y recevoir le corps même de Jésus- Clirist, et l'autre s'imagine n'y recevoir que sa figure et sa vertu? Or il étoiit très-ordinaire en ce temps-là que les Grecs épousassent des femmes latines, et les Lalins des femmes grecques.

NicétasCiioniate remarque lui-même, dans la vie de Manuel, petit-(ils d'Alexis, qu'il épousa une femme allemande, dont cet historien fait l'éloge comme d'une princesse très-vertueuse, qui ne voulut jamais imiter la mauvaise coutume que les femmes grecques avaient de se farder en ce tennps-là.

Il remarque que ce même empereur donna sa fille en mariage au manjuis deMonlferrat. Il remarque que les Vénitiens s'étaient établis en si grand nombre à Constanlinople ei dans touie la Grèce, en se liant par les mariages avec les Grecs, qu'ils méprisaient les édits de l'empereur.

Guillaume, archevêque de Tyr, qui fit un voyage à Constanlinople sous le règne de cet empereur, dit qu'il fit épousera son fils Alexis Agnès, fille de Louis, roi de France. Il ajoute que de son temps les principales charges de l'empire éiaieni entre les mains des Latins, et qu'il se reposait sur eux du soin de ses plus grandes affaires.

Que si l'on veut juger quel pouvait être le romlre

LLE DE LA PRÉSENCE RÉiiLLE, 380

des Lalins qui demeuraient en ce temps-là à Constanlinople , il ne faut que lire ce que le même auteur raconte de la sédition que l'on exçila contre eux après la mort de Manuel. Il dit que, sous le règne du jeune Alexis, Andronic, parent de l'empereur, s'étant soulevé contre celui qui gouvernail pour le jeune piinco, fit résolution d'cxlerminer les Lalins qui étaient à Consiantinople, étant seconde par la jalousie (pie le peuple avait contre eux ; que tout ce que purent doiic, faire les Latins , pour éviter la fureur du peuple , fut de se saisir de plusieurs navires et de quarante galères qui étaient dans le port, sur lesquelles ils chargènînt tout ce qu'ils purent de leurs biens ; mais que tous ceux (]ui ne purent s'embarquer furent passés nu fil de l'épée après une longue résistance , et que leurs maisons furent brûlées avec leurs femmes el leurs enfants.

Celle horrible cruauté fait voir combien il fallait que le nombre des Lalins qui demeuraient à Consiantinople fût grand , puisque s'en éjant sauvé assez pour remplir qiiaranle galères et plusieurs navires ^ ceux qui restèrent à Constanlinople furent encore capables de résister quelque tcmpsàune armée victorieuse, et défaire acheter bien cher la victoire à leurs ennemis.

Toute celte multitude de Latins avait ses églises: et ses monastères à Constanlinoiile, qui furent piliés et brûlés dans celle sédition. Il y avait même un cardinal, nommé Jean , qui résidait auprès de l'emiiereur pour procurer l'union des deux églises, qui y fut Uié d'une manière tout à fait barbare. Et comme ce carnage des Latins n'arriva (jiie vers, la Çin de ce siècle , savoir l'an 1183, lorjjque les affaires des rois de Jérusalem étaient en mauvais état , et qu'ils étaient exiraordinairement pressés par Saladin , il est clair que dans tous les règnes précédents ils devaient avoir été en grand nombre à Constanlinople, n'éiant pas possible qu'ils s'y fussent établis tout d'un coup. Mais de quelque manière qu'ils s'y soient arrêtés, il est: visible que c'est renoncer à la raison que de vouloir supposer que la doctrine de tous ces Lalins , qui occupaient peut-être un quart de la ville de Constanlinople, soit demeurée inconnue aux Grecs, ou que celle des Grecs n'ait point été découverte par les Latins.

Ce n'est pas qu'il n'y eût en ce temps-là même quelques différends entre les uns el les autres touchant la religion , qui sont marqués par les écrivains de ce siècle-là, tant grecs que latins; mais comme ce n'était que sur des points spéculatifs ou moins importants , ils ne produisaient point cette aliénation que la diversité de la créance du mystère de l'Eucha-. ristie eût produite par nécessité. . '

C'est pourquoi l'on voit que dans ce siècle le schisme n'était pas encore si formé, que tous les Grecs fussent généralement rejetés par tous les La-, tins, et tous les Lalins par les Grecs; et il paraît, entre plusieurs d'entre eux des marques de commu-. nion ecclésiastique.

L'empereur Alexis ayant donné aux religieux de

5J57 rERi'ETUITÉ DE LA 101 TOUCHANT L'EUCIIARlSTiE. 388

CluDV nn monaslère qui était proclis de ConslaïUino- TEglise romaine louclianl la foi : Eadem tecum prœdipie, et ce monastère ayant été usurpé par d'autres camus et docemus. religieux , Pierre de Cluny en ccrivil trois ans après à l'empereur Jean Comncne , fi!s et successeur d'Alexis, el au patriarclic de Constaiiliiiople , d'une manière qui témoigne qu'il ne les regardait ni comme liéréliques, ni comme schismaliques. Car il offre à l'empereur une association à toutes les bonnes œuvres de son ordre : ce qui suppose la communion ecclési:islii[ue ; et il parle au patrinrclie en des termes dont on ne pourrait pas se servir envers un évoque qu'on regarderait comme retranché de l'unité de l'Église.

Et cela fait voir que, durant ce temps, il y avait deux sortes de conduites et comme deux csprils différents , et dans les Grecs et dans les Latins. 11 y avait des Latins qui , comme Pierre de Cluny , ne faisaient pas de difficulté de communiquer avec les Grecs. II y en avait aussi d'autres qui ne les traitaient pas si favorablement , comme , par exemple , S. Berlîard , qui dit formellement d'eux , en parlant au pape Eugène , que les Grecs étaient el n'étaient pas de PÉglise : qu'ils en étaient par la foi ; mais que par le schisme ils n'en étaient pas , et qu'ils s'étaient même écartés du chemin de la vérité : Ego addo et de ■pertlnacià Grœcorum , qui nobiscum sunt et non sunl ; juncti (ide , pace divisi, quanquàm et in fide claudicaverunt à semilis redis.

Le pape Adrien IV, dans s.) lettre à Basile, archevêque de Tliessalonique, parle des Grecs comme étant Fé|)arés de l'Église; et l'on voit que Guillaume, archevêque de Tyr , les regardait de la môme sorte.

Cette double conduite des Latins avait rapport à deux sortes de dispositions que l'on remarquait dans les Grecs de ce temps-là. Car quelques-uns étaient emportés, et vraiment sciiismatiques : comme Théodore Balsamon , qui décide formellement dans sos réponses sur les privilèges des patriarches , que l'on devait traiter les Latins d'hérétiques.

Mais cet emportement de Balsamon a été blâmé par d'autres Grecs, conune entre autres par Démétrius Chomaterus , archevêque de Bulgarie , qui déclare , dans sa réponse à Constantin Cabasilas , archevêque de Dyrracliium , que Balsamon n'était point suivi en ce point par plusieurs ; et il prouve de plus que la conuniuiion entre les deux églises n'était pas rompue. L'Italie, dit-il , est pleine d'églises dédiées aux apôtres el aux martyrs , dont l'église de Capôlre Pierre , le chef des apôtres, est la principale; el les nôtres, tant ecclésiastiques que laïques , en y entrant, ne croient point (aire tort d'y offrir leurs prières à Dieu , et d'y rendre aux saints l'honneur qui leur est dû.

Basile, archevêque de Thessalonique, fait voir aussi dans sa réponse au pape Adrien, qu'il était de ces Grecs modérés, qui avaient de l'inclination à la paix, et de l'éloignement du schisme. Car il nie expressément qu'ils se soient séparés du pape, et qu'ils refusent de le reconnaître pour leur chef; el il proleslc Que les Grecs n'ont point d'autre sentiment que

Mais, soii que les Grecs aient été modérés ou emportes envers les Latins , soit que les Latins aient traité les Grecs avec douceur ou avec sévérité, ils ont fait voir également de part et d'autre, par l'une cl l'aulro conduite , qu'ils étaient d'accord sur le point de rEucharistie.

Car il est bien clair que Pierre de Cluny, qui a écrit si fortement contre les pétrobusiens et les bérengariens, n'aurait pas voulu communiquer avec des gens qu'il aurait su cire engages dans cette même hé résie. Et il est clair encore que ceux qui les ont Irailés plus durement n'auraient pas manqué de leur reprocher l'hérésie de Bérenger, aussi bien que leurs autres erreurs , s'ils avaient cru qu'ils en eussent été coupables. On peut faire le même raisonnement à l'égard de la modération et de l'emporiemeni des Grecs : car la douceur de Basile et de quelques autres Grecs n'aurait pas été capable de les porter à communiquer avec les Laiins, s'ils les avaient juges idolâtres et adorateurs du pain ; et cet archevêque n'aurait jamais dit que les Grecs enseignent la même chose que le pape, s'il y avait eu en effet, entre la foi des uns et des autres, une si étrange différence. Et l'aigreur de Balsamon ne lui aurait pas permis de dissimuler celte accusation contre les Latins , qui aurait été la plus spécieuse de toutes, et la plus propre à aliéner les esprits des Grecs , et les empêcher de se réconcilier avec les Latins : ce qui était le but de Balsamon.

Ainsi le silence de toutes ces personnes sur le sujet de l'Eucharistie est une preuve évidente qu'ils ont cru être d'accord en ce point ; et s'ils l'ont cru , on ne doit point douter qu'ils ne le fussent effectivement , n'étant pas possible qu'ils aient ignoré les senliœc-ntsles uns des autres.

Page 1