CHAPITRE XI
Sixième preuve de ce consentement, tirée des auteurs qui ont écrit sur le dijfércnd qui était en ce lemps-là entre les deux églises; et de divers autres faits. Il n'y a point de voie ni plus sûre, ni plus naturelle , pour connaître si l'église grecque était conforme ou contraire à l'Église romaine dans la doctrine de l'Eucharistie, que de consulter les auteurs qui ont écrit expressément des différends qui étaient actuellement entre ces deux églises, et qui ont tâché ou de défendre leur propre sentiment, ou de combattre celui des autres, ou de chercher des voies d'accord pour pacifier cet dinêrends. Car la doctrine de la présence réelle est si importante d'une part, et si populaire de l'autre, qu'il est impossible que lorsque deux églises sont en différend sur ce point , il ne devienne le sujet de la plu • part des disputes, des écrits, des conférences, des traités. Cette doctrine est toujours ce qui apporte de plus grands obstacles à la réunion : c'est aussi celle sur laquelle on lâche d'abord de convenir ; el le peupley prend tout autrement part que dans unequeslioii spéculative , telle qu'est celle de la procession du S. Esprit.
LIB. H. CROYANCE L'iNlVERSELLE DE LA PRÉSENCE RÉELLE.
'Son
Qiiainl on voil donc, dans la suite de plusieurs siècles, un grand nombre d'écrivains qui, traitant cxprcsscmcnl des différends qui éliùeiU entre ces deux grandes églises , ne parlent point de celui-là , c'e^l u:ie preuve indubitable qu'ils ne l'ont point coiuiu, et ;pie ces églises n'avaient point en effet de différends sur cet article ; et ce silence , dans ces circonsiancrs, est une conviction manifeste de leur conforniitc ealière dans cette doctrine.
Or c'est ce qu'on peut voir dans tout le douzième siècle, comme nous le verrons dans tous les autres. Il s'est trouvé de pail et d'antre, dans ce siècle , pl.i- RJeurs auteurs qui ont entrepris la dclense de le;;r église. Les Latins ont écrit contre les Grecs, ci les Grecs contre les Latins. Ils ne se sont point éiiargnés les uns les autres : ils se sont reproché toutes les erreurs dont ils se sont crus rcciproqucmcnt coupables ; mais la doctrine de la iranssnbsianliation et de la présence réelle n'a jamais fait le sujet de leurs icproches. Les Latins qui tenaient celte doclriae , el qiii poursuivaient avec rigueur dans l'Occident les hérétiques qui la niaient , n'ont jamais accusé les Grecs de ne la pas croire. Les Giecs n'ont jamais accusé les Latins de la iBuir; et ils ont eniployé leur esprit el leur plu[ne à traiter des sujets , ou qui n'y ont nul rapport , comme la procession du S.-Esprii; ou qui y ont tant de rapport, comme celui des azymes, qu'il est absolument incroyable que la matière mèiiie ne les eût portés à se faire quehiue reproclie sur le sujet de la présence réelle et de la transsubstantiation, s'ils n'eussent été parfaitement d'accord sur ces points.
Eulliymius Zigabenus a fait un livre contre l'Église latine sous ce litre : Eîilhijmii monachi Zignbeni adversUs Romœ velcris cives, capita duodccim, dciiionsiranlUi non ex Filio procedcre Spirilum sanctuni. Le litre même fait voir qu'il ne s'y agissait point de la Iranssubsiantialion, ni de la présence réelle.
Cbrisolanus, ou Grosolanns, arclievé(]ue de Milan, fut envoyé par le pape Pasclial II vers l'empereur Alexis Comncne, et fil un discours en sa présence sur les différends des deux églises, qu'il lui laissa ensuite par écrit ; mais il réduisit ce qu'il reprochait aux Grecs, à l'article de la procession du S. -Esprit, comme il paraît par son écrit même, que Baronius a in;éré d;ms ses Annales l'an MiG, n. 8.
Cet écrit ayant été publié dans Conslanlinople, divers auteurs grecs entreprirent d'y répondi e, cl de toinballre les Latins.
Nicolas de Méthone écrivit deux traités sur celle nialicre contre Cbrisolanus, dont Allalius témoigne en avoir vu un.
Il lit aussi un traité contre les azymes, et Allalius en cite des passages qui font voir que, bien loin de reprocher aux Latins la doctrine delà présence réelle, il l'enseigne aussi formellement qu'on la peut enseigner, aussi bien que dans un autre traité qui se trouve dans la Bibliothèque des Pères, et qui en a peut-être é\é lire, les passages du traité des azymes cité par
M'itlius se trouvant dans ce traité imprimé de Nicolas de Mclhone, qui porte pour litre : De Us qui diibilant, etc.
Jean Phurne, religieux et prieur de Monlgane, fit un traité contre Cbrisolanus, qui porte pour titre : Ad ea quœ atlata sunt à Mcdiolcnensi ephcopo , ei Spiriluni sunclum non procedcre à Filio.
Le sentiment de ces auteurs paraît assez, comme j'ai dit, par la qualité des reiiroches qu'ils font aux Latins, el par le choix de la n\alière qu'ils Iraitcnl. Mais Phurne, de plus, fail paraître positivement sa créance sur la présence réelle, dans une lettre qu'on lui attribue, et qui a été insérée par Allalius dans son livre. Jcsus-Clirisl, dit cet auteur, ayant donné ce divin tnyslère à ses disciples sur le soir, et les ayant fuit participants de SA pnopRE ch\ir et de so.n propre sang, après qu'ils eurent mangé, les disciples en faisaient de même les jours où Jésus-Christ était sacrifié, el ils prenaient l'Eucharistie après avoir mangé auparavant. Ces expressions, que Jésus-Christ est sacrifié dans l'Eucharistie, et qu'il nous y rend participants de sa propre chair, ne sont guère propres pour exprimer l'opinion de ceux qui n'y reconnaissent que du pain, rempli moralement d'une vertu spirituelle, el qui traitent le sacrifice du corps de Jésus-Christ d'abu niinalion.
L'écrit de Jean Phurne contre Cbrisolanus, archevêque de Milan, fui réfuté depuis par un autre archevêque de Milan nommé Pierre, qui fit un traité sous ce titre : Disceptatio Pétri Laliiii Mediolanensis episcopi adversùs monachum dominum Joannem Furneum, Monlis-gani primarium, de processione Spiritùs sancti, qui se trouve dans la Biblinthèque du roi. Et Jean Phurne, de son côté, y fil une réponse sous le titre de : Conlradiclio specialis in epislolam Mediolanensis. Allalius a fail imprimer, dans le premier volume de sa Grèce orthodoxe , un traité du même Pierre, qui porte un autre titre, el ne parle point de Jean Phurne, niais qui ne traite aussi que de la procession du S.-Espril.
Baronius fail mention d'un évêque de Nicée, nommé Euslratius, qui écrivit deux traités contre les Latins sur la procession du Saint-Esprit. Allalius en rapporte le commenccmenl, et fait mention de quelques autres traités du même auteur, sur la même matière. La princesse Comnène parle de cet Eustratius comme du plus savant homme de son siècle dans la philosophie; et en effet l'on voit encore de lui des commentaires sur la logique d'Aristole. Que s'il avait clé d'un sentiment différent de celui des Latins sur la transsubstantiation, il eût encore plus volontiers employé sur ce sujet le secours de la philosophie d'Aristole, que sur la procession du S. -Esprit. Outre ces écrivains, Allalius témoigne avoir lu nn traité d'un auteur de ce temps-là, nommé Théodorus Prodromus, et il fail meiitidn d'un petit écrit de Nicélas Seidus , sur l'avanlage que l'ancienne Rome prétendait tirer de son antiquité à l'égard de la nouvelle ; el d'un autre, de Nicélas de Bysanco,
rERPÉTLlTÉ DE LA FOI
qui portail priur lilrc : Syllogismes contre les Latins Mais tous ces traités n'avaient point d'autre matière que les sujets ordinaires de la contesta'Jon entre les Grecs et les Latins , savoir la procession du S -Esprit cl les azymes. C'est pourquoi un auteur de ce tempslà, rapi)ortanl la commission que l'empereur Alexis (^onuiène donna à Eulhymius et à Jean Piiurne d'écrire sur les différends des Grecs contre les Latins, les réduit expressément à ces deux articles.
Le célèbre Alexis Comnèiie, dil cet auteur, éinnt venu à l'empire, et voyant un grand mélange d'iiérésies, ei les défauts cl additions à la foi que les Latins avaient apprises des hérétiques, il s'adressa à Eulhymius Ziga~ venus et à Jean Phurnc, personnages de grande sainteté et d'une éminenle doctrine, et leur commanda de faire un recueil des SS. Pires contre les hérésies, et d'en composer un livre dogmatique contre les Latins, à cause de Caddition du mot Filioque, qu'ils avaient faite au Symbole, et des azymes.
Voilà les seuls différends auxquels cet auteur réduit les contestations sur lesquelles cet empereur voulait qu'on réfutât les Latins; et il s'ensuit de là que ni cet auteur, ni l'empereur Alexis dont il parle, n'ont point su qu'il y eût aucune dispute entre les Grecs et les Lalius sur l'Eucliarislie, et qu'ils n'ont accusé l'Églisci romaine d'innovation que sur la procession du S. -Esprit, el sur les azymes.
Il y eut encore un autre écrivain de l'Église latine, qui donna sujel aux Grecs dans ce même siècle de l'aire divers traités contre les Latins. Ce fut Hugo, surnonnué^lliériamis, Toscan de nation, lequel, après avoir demeuré longtemps à Constantiuople auprès de l'empereur Manuel, écrivit par son ordre un traité où il prouvait que le S.-Esprit procédait du Père el du Fils, et le dédia au pape Alexandre UL Ce livre est imprimé dans la Bibliothèque des Pères, et il avait pour but de faciliter l'union qui était fort souhaitée par l'empereur Manuel, el qui n'était empècliée que par la dispute sur la procession du S. -Esprit.
C'est pourquoi cet empereur, dans une lettre qu'il écrivit à Conrad, et qui esl rapportée par Ihislorien Cinnanius, appelle rormellen)eiil les Lalins âfioepr.cxoui , c'est-à-dire , ayant lu même religion et le même culte. El Nicéias Choiiiale se plaint qu'étant de même religion que les Latins, ils avaient été traités, par eux plus rudement dans la prise de Coiistantinople que les Lalins n'avaient été traités par les Sarrasins dans la prise de Jérusalem.
Mais la lettre que Basile, arclievêque de Tliessaloniipie, écrivit au pape Adrien lYsur l'union de l'église d'Oiienl avec celle d'Occident, fait encore voir bien plus clairement combien les Grecs étaient éloignés de soupçonner les Latins d'erreur sur le point de l'Eucharistie. Car cet archevêque ne se contente pas de dire que ces deux églises n'avaient qu'une même foi; mais il prouve leur union parl'unilé d'un même sacrifice, et il s'exprime en des termes qui marquent clairement que les Grecs avaient la même foi que l'Église romaine sur la présence réelle cl sur le sacrifice de la messe.
On m prêche, dil-il, dans les deux églises, que la même doctrine touchant la foi. Le même agneau qui ôle les péchés du monde, le même Jésus-Christ est sacrifié, tant par les évêques de l'Occident, qui reconnaissent voire sublime autorité, que par nous, qui recevons en Orient la splendeur de la dignité pontificale du trône de Cécjlise de Constantincple.
On trouve encore des expressions plus fortes dans un auteur de ce même temps, nommé Isaac, i]ui paraît modéré comme Basile envers les Lalins, el qui, quoiqueArménicn de nation, elévêqucd'Arménie, peut bien être compté entre les Grecs, puisqu'il avait renoncé aux erreurs de sa nation pour embrasser la communion de l'église grecque.
Il y a deux traités de cet auteur imprimés dans le second volume de l'Auctarium de la Bibliothèque des Pères. Il y fait vo'ir sa créance sur l'Eueharisiie en plusieurs endroits. Il dit que les Juifs immolaient un agneau qui était la figure de Jésus-Christ ; mais que pour nous, nous n'immolons pas un agneau qui n'est qu'une figure, mais que nous immolons JÉsus-CiiniST même DA\s LA VÉRITÉ. Il dit quc le sacrifice du pain est la chair de Christ, et que Jésus-Chrisî, en instituant ce mystère, prit du pain tel qu'il le trouva, afin de ne nous pas priver de cette grâce salutaire qu'il nous voulaii faire pour tous les siècles, de nous donner son saint corps à manger et son sang à boire ; afin de nous vivifier, et de 710US rendre participants de lui-même.
Siméon le Jeune, auteur du même temps, el qui parle du S.-Esprild'uue manière qui peut recevoir un sens catholique, et ne déclame en aucun lieu, comme je crois, contre les Latins, ne fait pas voir moins clairement et son opinion et celle de l'église grecque sur le sujet de l'Eucliarislie. Il dit dans son discours cinquième, en parlant de la communion, que comme dans un même vase le feu ne peut demeurer avec l'eau, de même le corps très-pur de Jésus-Christ et le péché détestable ne peuvent subsister ensemble dans un même chrétien. El dans le livre de ses sacrées Méditations, parlant de la dignité du sacerdoce, auquel il avait éiélevé : Misérable el impur que je suis, dil-il, comment m'a-l-on établi pour supérieur de mes frères, pour sacrificateur des divins mystères, el pour minisire de la trèssainte Trinité ! Car quand on met sur la table sacrée le pain et le vin pour former votre corps et votre sang, à Verbe, vous y êtes présent, ô mon Dieu, et ces choses deviennent véritablement votre corps et votre sang, par l' avènement du S.-Esprit cl par la force du Très-Haut... C'est ce qui produit en moi des sentiments de crainte, au lieu d'en produire de joie ; sachant bien que ni moi, ni aucun homme sur la terre, n'est digne d'exercer ce ministère, qui demande une vie angélique, et plus qu'angélique, afin de pouvoir s'acquitter dignement d'une fonction qui nous rend plus familiers avec Dieu que les anges; puisque nous manions avec les mains, el nous prenons par la bouche ce que les anges révèrent profondément, el qu'ils environnent avec tremblement.
Il esl vrai que, dans ce même siècle, d'autres Grecs, qui n'étaient pas si modérés que ceux dont nous vo-
593 LIV. II. CROYA^CE UNIVERSELLE DE LA PRÉSENCE RÉELLE. !îgl
nons de parler, écrivaient incessamment contre l'Église le cardinal Baronius Ta remarqué sur l'an 126 latine, et s'acharnaient de plus en plus à la question n° 31.
de la procession du S.-Esprit , et aux autres points Et il ne faut pas dire que la raison pour laiiuelle oc
de discipline qu'ils reprenaient dans les Latins. ne découvrait pas cette diversité de sentiments entre
Andronic Camaièrc, qui était très bien auprès de les deux églises, est qu'elles ne se trouvaient pas en-
dempereur Manuel, fit un traiié sous le nom même de cet empereur , où il recueillit loules les autorités de l'Écriture, qu'il jugea propres pour montrer que le S.-Esprit ne procédait que du Père.
Nicolas d"Otrante lit trois livres contre l'Église romame : l'un touchant la procession du S.-Esprit; l'autre sur les azymes, et l'auire sur le jeûne du samedi.
Tornicins, sous le nom de l'empereur Isaac, écrivit un livre de la procession du S.-Esprit, dont le manuscrit est dans la bihliotlièque du roi.
Nicélas , preniicreinent évoque de Marone, et ensuite archevêque de Thessalonitjue, composa six livres pour répondre à ceux de Hugo ^Eterianns sur la procession du S.-Esprit.
Théodore Balsamon, l'un des plus savants hommes de son siècle, employa tout ce qu'il avait d'esprit et de science à déchirer l'Église romaine. Et dans ses notes sur le Noniocanon , dans ses Méditations sur les privilèges des pairiarclu^s , et dans ses réponses à Marc, patriarche d'Alexandrie , il passe jusqu'à des
semble dans des conciles et dans des conférences : car outre le mélange continuel des Grecs et des Latins dans tout l'Orient pendant tout ce siècle-là, outre luie infinité de conférences particulières, on tint aussi des conciles et des assemblées publiques pour procurer l'union des deux églises, sans qu'on y ail remué !.i question de la présence réelle ni de la transsubstantiation.
L'abbé Nectaire, compagnon de George de Corfou, assista au lieu de lui au concile de Latran sous Alexandre III , où il défendit avec opiniâtreté l'opinion des Grecs. Il en remporta de grandes louanges de ceux qui étaient passionnés comme lui ; mais en tout cela il ne s'agissait que des erreurs communes des Grecs, et nullement de la présence réelle.
L'empereur Manuel Comnéne, désirant, à quelque prix que ce fût, réunir l'église de Constan!inopie à celle de Rome, fit tenir à Constanlinople un synode , où il se trouva plusieurs cardinaux et évêqnes de la communion romaine. Michel Aiichiale, patriarche do Constantinople, s'opposa à la réconciliation, et fit un
excès qui ont éié condamnés de ceux mêmes de son écrit en forme de dialogue pour en détourner Tempe-
parti ; mais avec tout cela il ne s'avise jamais de faire aucun reproche aux Latins sur la iranssubstantiatioa et sur la présence réelle , quoiqu'il llit en un temps où il lui était aussi peu possible d'ignorer que tous les Latins étaient dans cette doctrine, que de ne voir pas la lumière en ouvrant les yeux dans le plus grand jour.
renr : mais il témoigne dans cet écrit que les Latins, bien loin d'accuser les Grecs d'er^eur sur l'Eucharislie, ne demandaient d'eux autre chose, sinon ([u'ils fissent mention du nom du pape dans les mystères, et qu'iij reconnussent sa primauté et le droit des appellations.
Et quoique ce concile fût encore sans effet, et ne
Il n'y eut pas jusqu'aux moindres différends de produisît qu'une plus grande division, on ne s'y ar-
doclrine que les Grecs ne tâchassent de relever, dans la passion qu'ils avaient de contredire les Latins.
George, métropolitain de Corfou, qui avait été envoyé par Manuel au concile qui se tenait à Rome sous le pape Alexandre 111 en H79, étant demeuré malade à Brindes , oiji^ il eut des conférences avec des religieux Latins , fit ensuite un traité sur ce qu'il avait appris de leur doctrine du purgatoire, dont le manuscrit est dans la bibliothèque Barberine.
Ainsi rien n'échappait à la curiosité et à la passion des Grecs et des Latins ; et cependant ils n'ont jamais découvert qu'il y eût entre eux aucun différend sur la substance du mystère de l'Eucharistie : et c'est pourquoi, quand ils en parlent, ils ne s'arrêtent jamais qu'à la question des azymes, comme il paraît par ce même George de Corfou, qui fit aussi un traité pour montrer par l'Écriture que l'oblation se devait faire avec du pain levé, et que celte coutume avait duré dans rÉglise romaine jusqu'au temps deGrégoire-le-Dialogisie ; c'est ainsi que les Grecs nomment tantôt saint Grégoire-le-Grand , auteur des dialogues traduits en grec par le pape Zacharie; tantôt Grégoire H, que quelques Grecs confondent avec S. Grégoire, cornue
P. DE LA F. I
rêta néanmoins qu'aux anciens différends , pour lesquels les Grecs supposaient que rÉglise latine avait déjà été condamnée par l'église grecque.
Enfin, il ne faut pas dire que durant ce siècle on n'eut aucun soin de la foi et de la religion dans l'église grecque, et que l'on y put semer impunément des erreurs sans que personne se mît en peine de s'y opposer ; car bien loin que les Grecs fussent dans cette disposition d'esprit, ils ne se mêlèrent jamais davaninge de la religion, et jamais ils n'eurent plus de soin d'élouffer toutes les nouvelles erreurs.
Les empereurs mêmes, quoique faibles et peu agissants pour les choses temporelles, étaient fort appliqués à ce qui regardait la religion.
Euthymius dit, au commencement de sa Panoplie , que l'empereur Alexis Comncne employait tout le temps qu'il ne donnait pas aux affaires d'état, à la lecture exacte de l'Écriture sainte , et qu'il en conférait continuellement avec des hommes savants dont son palais était toujours rempli ; qu'il était merveilleusement attaché aux opinions les plus approuvées , eî que, par l'exercice de ces conférences , il s'était tellement reisdu habile, qu'il était capable de réfuter toutes les erreurs.
(Treize.)
l'ERrÉTUlTÉ DE LA FOI TOUCHANT L'EUCHAHISTIE.
C'est aussi une des principales louanges que la princesse Comi.ène donne à son père en divers endroits ; et ce que nous venons de rapporler d'Euil.yiiiius fait voir qu'on ne la doil point soupçonner de n;illerie. Elle dit de lui de plus qu'il n'avait rien lanl à cœur que d'étendre la religion chrélienne, ol que , par l'exercice de la vertu , la n»éditalion continuelle ei la rechcrclie de la science ecclésiastique, il avait beaucoup passélesbornosderinlelligenee des laïques, el qu'il égal;»il le soin et la vigilance des évoques. Et enlin , elle dit en particulier, à l'égard des licrésies , qu'il avait une application extraordinaire à les étouffer, et qu'il n'épargnait ni travail, ni peine, ni dépense, lorsqu'il y avait espérance d. ramener à rf.glise ceux qui s'en élaiiMit égarés, et que l'Orient et l'Occident étaient témoins en ce point de !a grandeur de son zèle. Elle ne le dit pas sculemeiit, elle le prouve par la condamnation de divers liéréliques , que l'empereur Alexis procura durant son règne. Elle rapporte fort au long la eondamnaiion d'un nommé Ilalus, dentelle décrit le co-ps, l'esprit, la science, les erreurs, et le retour à l'Église. Elle raconte le soin que ce même empereur prit de convaincre et de faire ccadamncr une erreur fort subtile d'un r.onmiéNilus, où elle étale sa science sur l'hypostase et l'union des natures en Jésus-Christ. Elle fait au quatorzième livre une longue histoire, de l'adresse avec laquelle Alexis découvrit les erreurs d'un nommé Basile, chef de la secte (les bogomilcs. El elle remarque en pnrliculier, que ces hérétiques blasphémaient l'Eucharistie. Basile, dit-elle, méprisait enticremenl le corps et le sang du premier prêtre et du premier sacrifice qui s'opère parmi nous. De sorte que, comme les catholiques rteuvcnl trouver des défenseurs et des témoins de leur doctrine sur l'Eucharistie dans ces évêques qui condamnèrent ees hérétiques , dans cet empereur qui les découvrit, dans cette savante princesse qui en rapporte l'histoire, les calvinistes pourraient peut-être trouver quelques partisans de leurs opinions dans les hérétiques bogomiles.
Sous Jean Comnène, fils et successeur d'Alexis, le patriarche Léon Siypiote condamna, dans un synode, les écrits de Constantin Chrysomale, qui contenaient des erreurs semblables à celles des enthusiastes et (les bogomiles, comme le dit Ailatius. Le même auteur rapporte que , sous Manuel Comnène, successeur de Jean, le patriarche Michel Oxyta condamna Niphon , religieux convaincu de l'hérésie des bogomiles, et qu'il fut mis en prison après qu'on lui eut coupé la bnrbe, qui allait jusqu'à ses pieds.
On peut voir dans le même livre d'Allatius d'autres synodes tenus en Grèce, qui contiennent la condamnation de plusieurs autres hérétiques : ce qui fait voir qu'il n'y avait rien alors de plus ordinaire, et que l'oîi n'y souffrait ni l'introduction des nouvelles erreurs, ni le renouvellement des anciennes.
Et de là il est aisé de conclure que si la doctrine de la présence réelle et de la transsubstantiation n'avait pas été celle de l'église grecque, il est impossible
qu'elle n'eût été condamnée sous cet empereur et ces patriarches ; puisqu'il est impossible que les Grecs ne l'aient découverte , et par les voyages qu'ils faisaient en divers lieux de l'Italie et de l'Occident; et par ce grand nombre de prêtres et de l;iï(|ues de la connnunion latine, qui demeuraient avec eux à Constantinople et en divers autres lieux de la Grèce et de l'Orient ; et par les femmes latines avec lesquelles ils s'alliaien i très-souvent; et par les Grecs qui se rangeaient souvent à la communion des Latins dans les lieux où ils étaient les maîtres; et par les Latins qui embrassaient la communion des Grecs, lorsque les Grecs rentraient dans la possession des églises qui avaient été occupées par les Latins.
Enfin, pour achever de représenter cette conformité de l'église grecque avec l'Église latine sur le sujet de l'Eucharistie, on peut dire que comme elles étaient parfaitement d'accord dans le fond de la doctrine , elles l'étaient aussi dans le jugement qu'elles faisaient de la piété et de la dévotion envers ce mystère, qui est une suite naturelle de la doctrine.
La princesse Anne Comnène, dans le portrait qu'elle fait de la piété de son aïeule, mère de l'empereur Alexis, à qui elle donne de grandes louanges, y remarque expressément qu'elle ne manquait aucuo jour d'assister au sacrifice dans l'église de sainte Thècle : ce qui fait voir que l'on disait tous les jours la messe à Constantinople, et que la pratique d'y assister tons les jours, si ordinaire aux catholiques, était commune en ce siècle à ceux qui faisaient profession de piété.
Quelque sujet qu'elle eût de n'aimer pas le vaillant Robert de Norinandie, duc de Calabre et père du célèbre Bohémond, elle n'a pu s'empêcher, en décrivant cette grande bataille où il défit l'empereur Alexis, et le pensa prendre prisonnier, de relever la manière chrétienne avec laquelle il se prépara au combat avec toute son armée. Ils passèrent, dit-elle, toute la nuit en prière dans iéglise du martyr Théodore, qui était au bord de la mer, et ils y reçurent les mystères immaculés. Si cette princesse avait été du sentiment des calvinistes, et qu'elle eût regardé Robert et ses soldats comme des superstitieux, et leurs sacrifices comme impies, bien loin de représenter celle manière dont ils se préparèrent à la bataille comme une action de piété qui les disposa à la victoire, n'eût elle pas au contraire témoigné de l'élonnement, de ce qu'après ces pratiques superstitieuses el sacrilèges, Dieu les favorisa d'un succès si avantageux ; el au lieu de dire que les soldats de Robert el son armée reçurent les mys'ères immaculés, n'aurail-elle pas dit qu'ils pralK quèrenl lein-s superstitions?
Si l'on joint ensemble toutes ces preuves, comme la raison le demande, et qu'au lieu de s'amuser à chicaner sur quelques unes en particulier, on regarde l'effet qu'elles produisent par leur union ; si l'on considère que l'accord des deux églises sur l'Eucharistie paraît partout ; que celte désunion chimérique que M. Claude invente ne paraît n'ille part; que tout s'en-