CHAPITRE PREMIER
MYSTÈRE DE LA TRES -SAINTE TRINITE. PROCESSION DU SAINT-ESPRIT. ADDITION BU FILIOQUE AU SYMBOLE DU PREMIER CONCILE DE NIG£b.
^ question qui va nous occuper est d'une très* haute importance et réclame toute notre attention ; ^ elle touche, par un point qui n'a pas été assez clail'cment aperçu, à l'arianisme, cette détestable hérésie <p]i renferme la destruction radicale du christianisme. Eu effet, si r Homme-Dieu n'est pas en réahté, et dans Ift plus rigoureuse acception du terme^ consubstantiel ^t en tout égal à son Père; s'il lui est inférieur en quoi que ce soit ; s'il ne possède pas toute ta puissance de 1^* pire; hors celle de tirer de lui-même son essence lûfinie, il rentre dans l'essence de la créature, et quelf^^ grand, quelque parfiEiit qu'il puisse nous paraître, ^ esta une distance infime de l'essence divine. Dès lors w n est plus capable de satis&ire à la Divinité mortellemeut offensée par le crime du premier homme, et, ^^ lui, de tout le genre humain ; il n'est plus que, <îomme des miUions d'autres, un juste persécuté et mis à mort en haine de la vérité; ou, pour dire toute la
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vérité, il n'est plus qu'un imposteur, justement proscrit par le sénat de son peuple, pour s'être déclaré Fils de Dieu et juge de l'univers. Le christianisme tout entier n'est plus qu'une absurde illusion.
Par ce que nous venons de dire, l'on voit combien est essentielle à la religion chrétienne la pure et inviolable doctrine de la parfaite égalité du Verbe incarné avec Dieu son Père, et avec quel soin l'Eglise catholique a dû et doit encore et sans cesse veiller à ce que la plus imperceptible atteinte ne puisse lui être portée. Un coup d'œil respectueux, qu'avec crainte et tremblement nous allons jeter sur l'éblouissant mystère de la Trinité en un seul Dieu, nous montrera par quel point la doctrine grecque, sur la procession du Saint- Esprit, nous parait s'approcher beaucoup de l'hérésie d'Ârius.
Nous le savons, l'adorable mystère de la Trinité est et sera éternellement impénétrable à toute intelligence créée. L'interminable éternité n'a pas une étendue suffisante pour que les esprits les plus élevés sur l'échelle séraphique puissent la comprendre même en la contemplant ; et pendant les siècles sans nombre et sans fin les anges et les saints plongeront dans cet océan des magnificences divines sans en atteindre le fond.
Et bien que ce divin mystère soit ineffeble, et qu'il ne puisse être prononcé dans le langage du ciel ni de la terre, nous nous voyons pourtant induit, par la matière que nous devons examiner, à exprimer en langage humain (mais en soumettant en toute humilité chacune de nos expressions à l'infaillible jugement de la sainte Église), et appelant à notre secours les
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pures lumières de la foi, ce que nous montre notre feible raison, d'accord, ou plutôt élevée jusqu'à la hauteur de la révélation évangélique, hors de laquelle il n'est, en matière surnaturelle, que ténèbres ou folies. Nous ne perdrons pas d'ailleurs de vue cet oracle de la tegesse divine : Celui qui scrutera la majesté sera écrasé de sa gloire l
Dieu est infini : il l'est dans la rigoureuse et incompréhensible signification de ce terme. Il est infini en durée, c'est-à-dire éternel ; infini en puissaMe, infiini en intelligence, infini en bonté, infini dans ses perfections et dans ses attributs, tant en nombre, si Ton peut se servir de ces expressions, qu'en étendue et en profondeur.
Dieu étant éternel, il ne peut tirer son être que de lui-même, de sa toute-puissante volonté. Car s'il y avait hors de lui une nécessité, une cause quelconque d'existence, cette cause, cette nécessité lui serait antérieure, et par conséquent supérieure ; c'est-à-dire que Dieu n'étant plus éternel puisque une autre cause l'aurait précédé, ni tout-puissant puisqu'il aurait été dépendant de cette cause, même quant à son existence, Dieu ne serait pas Dieu, ce qui serait la plus haute de toutes les absurdités, la contradiction dans les termes.
Dieu a donc en lui Yinfinie puissance de se donner l'itre^ et il l'exerce de toute éternité, toujours et sans fin * , par une opération qui s'élève au-dessus de toute
ï Si Keu ne se donnait pas l'existence par une opération continuelle et sans fin, il faudrait qu'il se la fût donnée une fois. Mais, dans ce cas, il ne serait plus éternel, puisque, avant cet