‹ Persecution et souffrances de l'Église catholique en Russie; ouvrage appuyé de documents inéditsChapitre 10 sur 35 · MANIFESTE DU 8TN0DE · texte numérisé non relu

MANIFESTE DU 8TN0DE

DE LÀ RÉONIOR DES UHIÀTES AVEC L*ÉGLISE ORTHODOXE DANS l'EHPUB N RUSSIE, IMPRIMÉ PAR ORDRE DU TRÈS-SAUT SYNODE.

Sainl-Pétersbourg, de rimprimerie synodale. 1839.

En celle année, TÉglise orlhodoxe ' a inscril, aux fastes de son hisloire, Tun des événemenls les plus importants et les plus joyeux pour elle. D'accord avec notre chère patrie , elle célèbre le retour, dans ses bras des enfants qui lui avaient été enlevés» lorsqu'ils se trouvaient sous le joug d'une domination hétérodoxe*. La prétendue union , dans les provinces occiden' tcUes de la Russie^ avait commencé » en l'année 1596, par la défection d'une partie du clergé de ces pays, à Tépoque du concile de Brest, et après avoir déchiré pendant deux siècles et demi, la famille russe , issue d*un même sang et jusque-là attachée à la même foi, elle a terminé son existence, Tan 4839, en vertu de l'acte synodal de Polotsk.

Mais qu'était-ce donc que cette union? C'était un moyen de tenir sous la dépendance de l'Occident* un peuple qui, aja»t reçu de Vorthodoxe Orient les dogmes invariables et les rits primitifs de la foi chrétienne , et avec eux la faculté d'entea^ dre célébrer la liturgie dans sa langue natale % ne voulait t pour aucun bien de la terre , se laisser priver de ces gage^ sacrés de son salut éternels Tel a toujours été le peuple russe 9

* Voy. note additionnelle 11.

* Voy, note additionnelle 12.

3 Ces provinces occidentales de la Russie étaient alors les provii orientales de la Pologne.

4 En termes plus clairs, c'était le retour d'une fraction de l'Église^ démembrée d'elle par un schisme impie, non pas sous la dépendance d^* roccident ( les quatre points cardinaux n'ont rien à faire dans ces ques^^ tions), mais sous la légitime obéissance au siège de saint Pierre.

^ Voy* note additionnelle 13.

DB l'empire de RUSSIE. 47

toujours un\ toujours le même dans toutes les parties de sa grande patrie. Lorsque dans ses provinces occidentales, temporairement soumiies â la puissance lithuanienne. Ton eut en vain épuisé tous les moyens de le tourner au latinisme. Ton imagina enfin cette dernière ressource , qui n'eut un meilleur succès que par la raison , qu'à l'extérieur au moins » il laissait au peuple la religion de ses pères. On obligea une partie du clergé russe de se reconnaître dépendant de Rome , en lui laissant d'ailleurs l'entière liberté de conserver tous les rits et presque toutes les institutions de l'Église d'Orient ; et c'est cette dépendance que l'on qualifia d'union , c'est-à-dire de réunion avec l'Église d'Occident.

Quels furent les fruits que recueillirent de cette union le clergé et le peuple russe ^? Ce furent des discordes civiles dont ils ne cessèrent de souffrir les plus grands maux , jusqu'au retour des provinces qu'ils habitaient , sous le sceptre de toutes les Russies : attendu qu'au commencement , elle n'avait séduit et attiré à elle que la moindre moitié des habitants de ces provinces, et que , depuis lors, cette moindre moitié ne parvint à se fortifier , aux dépens de l'autre, que moyennant une continuelle persécution.

Mais l'union a-t-elle au moins profité à la Llthuanie et à la Pologne , qui s'était unie à elle ? Bien au contraire ; elle ne fit que mettre au grand jour le peu de solidité de cette union , et enfin elle prépara la chute de toutes deux.

' On verra plus bas tout eè qa*a d'absurde cette prétention d*anitéda peuple russe, sous le triple rapport de son origine, de sa religion et de ^ langue.

* On verra plus bas que cette réunion s'est opérée sous les auspices de Sigismond III, roi de Pologne. Cela n'empiôche pas le synode de qualifier de Russes les sujets de ce prince, dont, comme chacun sait, ^'autorité ne pouvait s'étendre sur les sujets de son voisin , le tsar. En ^^rtu de ce système, il ne tiendrait qu'à la Russie de déclarer jRiM^es les l^abitants de la Galicie , surtout ceux d'entre eux qui appartiennent à la communion schismatique, puisqu'une bonne partie de la Pologne ^^trichienne portait anciennement le nom de Russie-Noire ^ et que le iK^^tropolite russe de Kief prend encore le titre de métropolite de Kief ^^ de Galicht. Nous pouvons affirmer que cette prétention existe , dans la pensée du clergé russe, qui n'est jamais indépendante de celle de son gouvernement.

48 BE Là mrvàxwm

Ce soDt là des qoestioss depois longtemps résolues par rUs toire, et qui cependantse préseBtei|(« malgré qa^on es ait, k la pensée , à nnstant où le regard irient k se porter sur , ce déplorable égarement de la fansse pdidqne embrassée pir laPcdc^e'.

UEglise unie die-méme ne connut jamais de joors prosp^ | res. Semblable à nn ramean arraché à Farbre naul , et greii, , par la force, snr nn arbre de nature différente , elle ne vifah ; qae d'une sorte de demi-irie \ on , ponr mieux dire , des restes de sa Tie primitÎTe, et die se voyait réduite à s'éteindre pei à peu eu face de TEglise latine.

Pour s'en coDYaîDcre, il salit de jeter nn coup d*œil sur h marche de Tunion dans la Russie occidentale'. Hais, auparavant, jetons nn pieux regard sur la véritable, sur Tantiqne Église de Jésns-Christ , qui de son souflDe vivifiant embrasse, conserve et rend heureuse notre patrie qui lui est restée fidèlCi

Une de Tunité de puissance divine, TÉglise universelle, dans les différentes parties de son étendue, se gouvernait par ses pastenrs spirituels, sous 9on unique chef, leSemcewr. Aucun d'eux n'imaginait de s'arroger , en son particulier, la domination du monde ; aucun d'eux ne s'immisçait, pour lesat faires spirituelles , dans le gouvernement des provinces qui ne lui étaient pas subordonnées ; mais s'il remarquait dans l'une d'elles une déviation de la foi , il la corrigeait , au mojeo d'épitres fraternelles au pasteur de celle province, ou bien il en appelait au jagement général des conciles oecuméniques de l'Église , dont les décisions , considérées comme l'expressif du jugement de l'Esprit-Saint, inséparablement uni k ellei étaient inviolablement gardées ^ Consolidant ainsi , une fi^

' La politique toute semblable de la Russie estrelle plus habile? L'aveO^ répondra à cette quesUoo.

* Précisément comme l'Église schismatique de Russie, qui n'a d'eii^^ tence réelle que celle qu'elle tire de la protection de son maître.

' C'est-à-dire dans les neuf provinces enlerées à la Pologne. Que l^ gouTernement les appelle ainsi , actuellement qu'il les possède , cela s^ conçoit, mais il est ici question de la marche de Funion, lorsqu'elle^ faisaient partie du royaume de Pologne.

* Par ceux qui voulaient bien s'y soumettre. S'il en eût été autrement ^

pour toujoun, les dogmes de la foi, et établissant les rapports de pasteurs à pasteurs » et de ceux-ci envers la prééminente puissance impériale'^ TÉglise universelle est encore la même qu'aux temps anciens , tant par Tobservance extérieure de ses rits antiques, que par Tesprit intérieur de ses dogmes inviolables. Son profond respect pour la sainte antiquité s'est toujours opposé , en elle , à Tintroduction de nouveautés , et il nous a acquis l'incomparable bonheur de voir de nos jours et de nos propres yeux, et de confesser de cœur tout ce que ▼oyaient et confessaient ses enfants aux temps apostoliques*. Les sacrés dogmes de la foi , les cérémonies , les prières , et jusqu'aux vêtements des serviteurs de l'autel du Seigneur', tout , chez nous , respire l'antiquité des premiers siècles du christianisme, et jusqu'à ce jour, le cycle liturgique de notre Église^ renferme, dans ses chants sacrés , le cercle entier de Fantique théologie orthodoxe , servant ainsi de témoignage vivant et non interrompu de la continuité de l'Église primitive jusqu'à la postérité la plus reculée. Ces chants sacrés, enten-

rarianisme eût-il pu conserver une existence patente pendant longtemps encore après le premier concile de Nicée?

' No as croyons devoir prévenir nos lecteurs que nous réservons à un examen plus approfondi la plupart de ces propositions, destinées k égarer le jugement des Russes, mais qui, à tout lecteur un peu instruit des choses de la religion, offrent un caraclère d'absurdité si frappante, qu'elle tient de Textravagance.

* Tout cela est parfaitement vrai quant à VJÈglise universelle ; maïs ni les Églises ort^(a/e«, ni rÉglisej/r&co-rtiM^ n'appartiennent plus à Tuni- Tersalilé , puisqu'elles s'en sont volontairement séparées.

'Ce fait n'est pas exactement vrai, puisque, pour ne citer qu'un seul exemple, le vêtement desévéques, lorsqu'ils célèbrent la liturgie, consiste en une riche tunique à larges manches , parfaitement semblable à la tunique des empereurs du Bas-Empire, et que , suivant les propres traditions du clergé russe, cet ornement fut concédé par Tun de ces princes, ^mi patriarche de Gonstanlinople, duquel il passa successivement aux ^^tres évéques d'Orient. Cette concession ne remonte pas apparemment ^^^x premiers siècles du christianisme.

* Si le synode russe s'était jamais donné la peine de consulter les missels, ^^s rituels et les bréviaires de l'Église catholique, il saurait qu'elle aussi ^ puisé ses offices dans les livres saints , et dans les monuments de Tantienne théologie orthodoxe.

50 DE hk SITUATION RELIGIEUSE

dus par le peuple dans sa langue natale, riniprégnèrent delà pureté de la foi , et ils étaient sa consolation au milieu de tous les malheurs par lesquels il avait plu à la Providence de visiter son Église; ils rappelaient à leur mémoire les siècles d6 la cruelle persécution exercée contre les chrétiens. Prédicatrice de la croix, source de salut, elle rendait alors témoigoagOb non par la violence exercée envers d'autres ', non par le fer et par le feu , mais par son propre sang, à la divinité de h doctrine conservée chez elle; elle souffrait les cruautés dei idolâtres et des hérétiques , ainsi que le dur esclavage que lai imposa }e mahométisme , et, maintenant comme alors^ elle triomphe, par la vertu de l'esprit de Jésus-Christ , de toutes ses tempêtes intérieures. Et des épreuves si nombreuses et si différentes n'ont pas été sans avantages pour elle; elles Font fortifiée et lui ont assuré les sublimes exploits de la patience; elles ont empêché de se reproduire dans son sein de vaines^ curieuses recherches sur les inscrutàbles mystères de Tessence di^ vine*. Ainsi s'offre, simple, entière, humble et sage, et semblable à Tor purifié dans le creuset, l'Église orthodoxe, au regard de son céleste Fondateur, A son œil divin elle a dévoilé, dans l'empire de Russie , une inviolable fidélité, et, à son tour, celle-ci couronne l'empire de gloire et de grandeur. Et quel aimable tableau présentait la Russie dès le commencement de sa renaissance spirituelle! Nul peuple n'ajV mais accepté la sainte foi avec plus de calme et de douceur, et aucune nation ne s'y est attachée et ne l'a retenue avec une fermeté plus grande. Et , pendant ce temps , l'esprit de charité et de paix l'emportant, dans ce rejeton nouveau de l'Église

' Ce que le gouyerneipeDt russe , avec la complète approbation d^ son synode , entreprend et poursuit contre ses sujets catholiques du ri'^ gree-uni , montre sous son yérilable jour la tolérance et la mansuétude de TÉglise de Russie.

* Ces inconcevables expressions désignent évidemment les hérésies d^Ârius, de Macédonius , de Nestorius et d'Eutychès. Elles montrent le peu d'importance qu'atlacbent aux blasphèmes qui y sont renfermés l'orthodoxe Église de Russie. M. Chenevière, organe de la foi de Genève, n'a pas mieux dit , lorsqu'il a qualifié la doctrine de la consubstantlalité , de manie athanasienne.

DE l'empire de RUSSIE. 51

universelle, sur l'esprit d'un zèle insensé, ne lui permit jamais de s'obscurcir lui-même par la superstition ; jamais dans notre patrie, l'on n'a imaginé d'étendre la foi au moyen de la sombre puissance des supplices; mais, au contraire, là douce lumière de la conviction , agissant avec mansuétude , soumit à ses lois d'immenses provinces, en trois parties du monde'; aucune de ces provinces ne reçut la foi de prédicateurs armés du glaive; bien au contraire, beaucoup d'entre elles la doivent à des prédicateurs martyrs. En revanche, se distinguant par sa foi et par sa patience , la Russie n'a jamais été atteinte par des doctrines étrangères à V orthodoxie *. L'invasion des Tartares, reproduisant chez elle des scènes non moins terribles que celles que l'histoire raconte des cruels Sarrasins en Orient, n'ébranla point, mais au contraire fortifia en elle la foi du Christ, et couronna son Église du sacré laurier du martyre. Aurait-on pu croire alors qu'après peu de siècles ses enfants, non moins cruellement tourmentés, seraient arrachés à l'or^ thodoxie ^ par des chrétiens, et, qui pis est , par leurs propres frères I C'est sou.s le joug du Tartare que se cachait la cause éloignée de ce malheur ; car c'est lui qui soumit au dur empire de la Lithuanie les provinces occidentales de la Russie, et c'est leur séparation de la patrie commune qui amena leur schisme hiérarchique d'avec la Russie , quoique par là Vunité de la foi ne fût encore aucunement altérée , non plus que le lien de la charité qui les unissait avec la véritable Église uni-

' Nous avons déjà vu ce qu'il faut penser de la pacifique sounoission au christianisme russe, de ces immenses provinces en trois parties du monde. Ce langage peut [paraître insensé dans la bouche du synode; mais H n'est que mensonger, environnée comme l'est son Église de musulnians, d'idolâtres même qu'elle laisse périr dans leur infidélité.

* Nouvelle atteinte portée à la vérité. Il n'y a pas dans toute l'Europe pas même en Angleterre, pays classique des dissidences religieuses, des s^tes aussi variées, aussi nombreuses et surtout aussi odieuses qu'en Russie. Admirons d'ailleurs la douceur d'expression du synode, qui, indiquant ici l'hérésie protestante qu'elle nous impute, lui trouve des doctrines étrangères; mais non pas contraires à son orthodoxie.

^ Ici ils sont arrachés à l'orthodoxie ; plus loin , et nommément dans les actes synodaux, il est affirmé que , malgré la séparation, l'orthodoxie s'était toujours maintenue parmi eux. Menlila est iniquitas Hbi ?

verselle'. C'est ainsi que, dès le commenceinent du quinzième siècle, les métropolites de Kief s'installaient indépendamment de ceux de Moscou % quoique , comme ceux-ci , ils continuassent encore de dépendre du patriarche de Gonstantinople, et cela malgré l'ébranlement survenu dans le monde ecclésiastique et politique par les violences infructueuses du concUe de Florence S et par suite de la déplorable chute de la glorieuse Byzance.

Ce ne fut qu'un siècle après ces événements que la réunion de la Lithuanie avec la Pologne entraîna la Russie occidentale dans les discussions religieuses , et qu'elle leur en fit goûter les fruits amers. Elles souillèrent de nouveaux et sanglants tableaux Thistoire de l'Église et du peuple de Russie. La résidence fixe de la cour à Varsovie assura à la langue de la pospolite^ une prépondérance forcée sur l'idiome russe dans les provinces occidentales; nous la disons forcée, parce que le premier de ces dialectes le cédait de beaucoup à l'autre sous le rapport de l'étendue et du nombre des habitants de ces provinces ; nous la disons encore forcée à raison des conséquences qui en résultèrent et que nous voyons encore. La no-

■ Si Tonité de la foi, entre les deux branches de l'arbre grec, n'a pas été altérée , lorsque les Grecs- unis la professaie&t sous la suprématie romaine, il faut en conclure, ce que nous noiis réservons de démontrer, qu'il n'y a, en réalité, aucune cause (dans Tordre du dogm.e ) du schisme qui sépare les deux Églises; elle n'est que dans la doctrine toute politique de la suprématie impériale sur TÉglise de Russie , revendiquée et maintenue si durement par le pouvoir.

* Il est bon de remarquer que Kief ayant été le berceau du christianisme russe , son siège était, de plein droit, la chaire primatialede Russie. Ici l'on voit , comme à Constantinople , le métropolite de la résidence royale, devenu, parce seul fait, primat de Russie, et pendant longtemps prééminent à celui de Kief. C'est précisément le système du patriarche de Byzance , prétendant au gouvernement de TÉglise uniferselle, sans autre droit que celui quUl tirait de sa qualité d'é>éqae de la ville impériale.

3 Nous verrons en son lieu ce qu'il faut penser de cette absurde allégation de violence, imputée à ce concile.

4 Le dialecte polonais, qui, quoique issu de la langue slave, diffère notablement du dialecte russe, qui en est également dérivé.

DE l'empire BE KVSSIE.

bksse russo-Ulhuanienne' ûdopta la langue do la cour, et n'ayant pas alors de meilleur modèle à suivre, elle conimetiça à empîoiîier à la Polognfî ses lois, ses coutumes, sa langue, ei enfin jusqu'à sa religion ; Innovaiioiis auxquelles coopérateot principalement, et par des moyens de coactîon, legouvememeut polonais, ainsi que le clergé romain : le premier en avilissant les nobles orihodoxes en lace des nobles de la religion romaine, au mépris de rL%alité de droits entre eux , plasieurs fois garantie par les diètes ; Tautre , en s'empressani de s*€niparer de la Litliuonîe entière, où l'attendaient de riche» possessions et de gros revenus. Les églises orthodoxes émient converties en églises latines; Ton défendît d'en bâtir de lîonvelles'. Beaucoup de familles princières ou nobles, se Voyani persécutées pour leur religion, s'établirent dans la Gninde'Russie, Le clergé et le peuple souffraient, mais faisaleiti preuve d'un courage viril en repoussant toutes les at- C^qtaes ouvertes du latinisme : enfin celui-ci pénétra parmi eux ^otis le manteau de Tunlon.

L'an J500 , sous le règne de Sigismond 111, aveugle zélateur mMa fiome, et destructeur de la prospérité de la Pologne % crïeijx évéques des provinces du sud-ouest de la Russie, Cyrille IM^erlenky, mécontent du patriarche de Consiantinople, à nr^^nse de la censure sévère qu'il avait encourue pour la disso* L ^«liion de ses mœurs, et Ignace Potseï, fidèle satellite de Cy- ■r^ilk^ conçurent la première pensée de s'attacher à l'Église

'Cûoinient laLilhuanîe a-t-ellc pu jamais être réputée russe, puisque ^ ^* lonfwe ftérie des Jagclïoo i|Ui Iagou>ernaknt éluîenl ÎHtlépeoilftiits des ^ «flols priiitcs et des tzars de Russie? Si ]e^ anciens Sqthtfs nvatt*nt eu Œ-*»» nisluri^nSi Qûus crorrions que c'est chez cm que les Russes sont ^Hii cbercbér ks éléments de leurs préletillons acluclles.

*La l^clope est pleine» de nos jours, d'égtUes unt^ieniiomeiit ealbo-.

^^^li£i, connue le uionlre leur arcliKmturef et tlvrée^ au cutle eMè-

^^aUquc, Nous verrons même plu» loin que le gouvernement russe ^ là

•# it 6e trouve pas à employer nos églises, les ferme et défend d*y

^Hélirtr le culle, Goinmenl faire à d'autres des rcproclies de ee que Vao

Pitllque fùi-mémel

'L^ne ili! cti dcui épithètes e&t eiplkfuée par l^autrp. On ne saurait Hrt télnleur ëc U religion Catholique, sam encourir le repnïdie d'avoir rUt li mtltiftur de son paya î

romaine, mettant leur espérance en la puissante protection du roi et des diètes'. Ils entraînèrent dans leur projet le timide métropolite de Kief, Michel Ragoza.Tout le clergé russe de rOrient entra dans une vive agitation, et s'étant assemblé en 1596" à Brest, il s'y manifesta une grande divergence d'opinions : les uns, d'accord avec les députés revêtus des pouvoirs du patriarche de Constantinople% demeurèrent inébranlablement attachés à l'orthodoxie ; les autres, d'accord avec le métropolite Ragoza, inclinèrent vers l'Occident*. Depuis lors et jusqu'à nos jours, il y eut en Lithuanie deux Églises, sous la dénomination, l'une de la Pieuse, l'autre de FUniate, et chacune d'elles eut sa succession de métropolites. Afin de tranquilliser la conscience des peuples, l'on n'introduisit d'abord dans la liturgie aucun changement extérieur; l'on permit même la lecture dans les églises du symbole nicéo-constantinopolitain, sans addition; afin d'attacher davantage à l'union les nobles et le clergé , on leur promit des droits et des privilèges spéciaux, et la cour de Rome prit même sur elle d'obtenir , pour les évêques-unis , droit de séance au sénat de Pologne; afin d'écarter enfin tout danger de voir décroître leur troupeau, il fut sévèrement défendu de passer de leur rit au rit latin^ Malgré tout cela l'union ne se propageait que

' Il serait superflu de mettre le lecteur intelligent en garde contre la diatribe dirigée par le synode contre les auteurs de la réunion de Tan 1596. De pareilles accusations, lors même qu'elles ne sont pas prouvées, sotit d'assez bons auxiliaires pour défendre une cause mauvaise.

* 11 paratlrait que le synode russe a commis une erreur de date, puisque le décret de réunion porte celle du 2 décembre 1594.

3 Cette particularité de la présence au concile du représentant du patriarche de Gonstanlinople fait voir que le synode jouissait d'une entière liberté de discussion, et que, si sa résolution finale se montra favorable à la réunion catholique, c'est qu'apparemment la suprématie byzantine avait été reconnue contraire à l'institution divine.

^ Ils firent mieux , comme on le voit par le récit même du synode , qoe d'incliner vers rOccident, c'est-à-dire vers le Saint-Siège. Us embrassèrent sa foi et se rangèrent à son obéissance , et cela sans s'arrêter aux pitoyables dénominations d'Orient et d'Occident.

^ C'est une des plus grandes fautes que l'on ait commises , s*il est vrai que cette défense ait été faite. Quant à nous, tout ce que nous savons, de visu c'est qu'il n'était pas permis aux catholiques du rit

DE l'eMPIUE de RUSSIE. 55

faiblement; alors on imagina un autre moyen de l'affermir : ^ fut de permettre aux moines latins de passer aux monas- Ares russes, d'adopter le vêtement et les ornements grecs, et Taccomplir toutes les cérémonies dans la langue ecclésiastique slave'. Peu à peu tous les élablissements-unis se remplirent de zélateurs de l'Occident, et l'état monastique , ainsi transformé, se trouva classé parmi les ordres de l'Église ro- ■aine, sous la dénomination de l'ordre de Saint-Basile ou des lasiliens. Au latinisme ainsi déguisé s'ouvrirent, sans diOi- •Cilté , les chaires de l'épiscopat ainsi que celles de l'enseigne- Hfmt. Alors aussi commencèrent à s'altérer les rits et les instir^Btions; à la place de l'ancienne liturgie Ton introduisit des [wsses courtes et basses'; les chants ecclésiastiques, intelli- [^gibles à tous , firent place aux sons d'instruments privés de [urix ; les formes intérieures et extérieures des temples grecseux-mémes s'appauvrirent, privés qu'ils étaient de leur dque célébrité et magnificence. Enfin, l'on parvint à transoer jusqu'au gouvernement de l'Église , en l'assimilant à ni de l'Église d'Occident % et à employer comme idiome uversel la langue polonaise. Le fanatisme s'efforça par tous I moyens imaginables de rendre lesuniates étrangers à l'orloxie comme à leur patrie réelle, la Russie; mais bien qu'il t atteint, dans le cours de deux siècles, le but auquel il lit, il ne put pas se vanter du même succès, en ce qui ernait l'Église pieuse, et c'est pour cela qu'il se prit à la cuter sans miséricorde, tant en Lithuanie que dans la ite méridionale. En vain des hommes de haute condition , blables au célèbre prince Constantin Ostrojsky, qui sur Idiamps de bataille avait versé son sang pour la Pologne;

t de communier sous les deux espèces ; les prêtres grecs-unis leur listraient, à Tissue de leur messe , la communion selon le rit latin.

l peut-être celte réserve mal entendue qui a fait supposer Tinteri,pour les Grecs-unis, de passer au rit latin; les catholiques des

: rits participaient aux sacrements dans les églises les uns des autres.

^freoTe évidente que, contrairement à ce qu'affirme ailleurs le mé-

I du synode , Ton n'avait rien changé ni aux ornements , ni aux

Donies du rit grec, et que Ton n'to avait pas banni l'usage de la

le slave.

Fay. note additionnelle 14.

ftO DE LA SITUATION RELIGIEUSE

011 vain nttondainnt-îls d'elle des lois protectrices pour lev ronff^Hftion; en vuin , les diètes mêmes retentissaienlFclles des gf^niissrnionls de nos infortunés coreligionnaires, et de leur plainte de ce qu'à leur égard on violait également les loisdn royaume et les droits de riiumanilé ; ni la voix des plus sen* wSs (rmtrt*. 1rs Polonais, déplorant Taveuglement de leur patrie* , qui d(<! ses propres mains creusait son tombeau , en po^ dant re qui faisait sa force; les efforts des légats du Pipe (Mix-m^mes cherchant à adoucir tant de cœurs ulcérés, tont fut sans Kucc(''s; de si cruelles misères continuèrent à se répandre jriir ht Hu88C8, qui en burent la coupe jusqu'à la lie'. iiCK melMeui^s monastères, les plus belles églises et les plin rich(*s possessions furent détournés au profit de Tunion ou da clergé romain. Dans les bourgades et les villages , les seigneurs pouvaient impunément livrer les ministres des autels orthodoxes à toutes les vexations; et des arrondissements entiers demeuraient sans pasteurs, privés du sacrifice non sanglant et de toutes les consolations du christianisme*. Dans les villes, les prêtres n'auraient osé se rendre chez les malades pour lem* porteur les saints mystères, ni donner la sépulture aux morts; souvent ils couraient des dangers même dans leurs temples, et les processions étaient devenues à peu près impossibles dans les cités, ou bien ( ce qui s'est continué jusqu'à ces derniers temps) elles étaient rencontrées et suivies parles sifilets et les injui*es d<^ la turbulente jeunesse polonaise, et souvent assait lies de pierres et de boue. Choses incroyables , si elles n'é* talent consignées dans les annales contemporaines, et méiDe dans la mémoire des vieillards! En Petite Russie, la persécO'' tion ne connut aucune mesure ; là les orthodoxes n'étaient

' Voy. note additionnelle 15.

' Aujourd'hui ce ne sont pas les seigneurs des bourgades et des village^ qui accablent les prêtres catholiques des plus outrageantes Texationâ f c'est le gouvernement lui-même qui , ainsi qu'on le verra par des doca^ ments irréfragables, se charge de ce soin. Quant à la privation du calt^ et de toutes les consolations du christianisme légitime, nous nous réfèrent à ces mêmes documents , qui prouveront que ce qui est peut-être sap-* posé, ou, bien certainement, fort exagéré dans les allégations du synode, est , dans la situation actuelle des catholiques en Russie, une trop triste et incontestable réalité.

DE l'expire de RUSSIE. 57

idmis à aucan emploi public , et toutes les églises qui s'étaient refusées à l'union étaient données à bail aux juifs, qui extorquaient aux prêtres des contributions pécuniaires pour Texercice de leur culte, pour chaque nécessité spirituelle, pour l'usage des cloches, et même pour le pain préparé pour les terribles et sacrés mystères du Christ , sur lequel ils apposaient leur marque avec de la craie ou du charbon. Ainsi la superstition livrait le Sauveur aux nouvelles insultes des Juifs, et, dans un si déplorable égarement, l'on croyait n'agir que pour le service de Dieu'. Vaines avaient été toutes les plaintes des opprimés, dans leur exaspération ils résolurent enfin de couvrir de leurs poitrines la foi de leurs pères", offensée d'une manière si intolérable. Une lutte sanglante s'engagea, et indépendamment des horreurs du combat, Varsovie présenta l'affreux spectacle de supplices tellement inhumains, que le cœur en tressaille. On les faisait bouillir dans des chaudrons, on les faisait rôtir sur la braise, on les déchirait avec des grifles de fer, on les asseyait sur des pals acérés, et ces supplices insensés se renouvelèrent, en Petite RtMsie, au bon plaisir de chacun^ sans égard pour la vieillesse ni pour

' En matière de plaintes de celte espèce, la vérité ne sa présente que comme un point imperceptible , entre l'exagération et la dissimulation àttfeits. Cette dernière hypothèse ne pouTant être admise pour le récit Qoenoos donne le synode russe, c*est Taulre qu*il faut admettre , jus- 9B'à ce qu'on débat historique entre les. auteurs des deux nations ait 'i^ les faits à leur juste valeur. Nous ne voyons pas, d'ailleurs, quel P&rti le synode voudrait tirer de sa narration , lors même qu'elle serait 'ccooDue pour vraie en tous points. Elle prouverait seulement les excès ^iquels donnait lieu l'excitation politique, historique et traditionnelle, Vie les Polonais avaient conçue contre les Russes , leurs ennemis héréditaires; et nous voyons malheureusement la même excitation reproduire ^ fruits semblables , de la part du gouvernement russe. Quousque toufem?

* Expressions justificatives de la révolte qui échappent à Tardeur du zèle ^TDodal , sans s'apercevoir qu'il établit un droit pareil en faveur des ca- ^oliques, non moins offensés dans leur foi , dès qu'il se présentera pour Mx quelque apparence de succès.

*ÀU bon plaisir de chacun. Qui pourra croire i une pareille exagération?

rcnfance*. Celte malheureuse contrée ne recouvra la tranquillité que sous la souveraineté des tzars de toutes les RussiesS

Il semblerait que la Petite Russie, accourant à leur secourSi aurait du ouvrir les yeux à l'aveugle gouvernement polonais et mettre fin dans les autres provinces à de pareilles violences. Malheureusement il n'en fut pas ainsi, et Fi nfortu née jiopulation russe continua d'y souffrir , même dans les deux (Koiiotis de son Eglise. Celle des uniates suivit bientôt TËglise o^ thodoxe , et eut, à son tour , à souffrir de l'Église latine, car le clergé supérieur et monastique (ce dernier composé en grande partie do religieux venus de l'Eglise romaine }9Joni8p sait seul en Pologne de quelque considération, bien que ses évéqucs, malgré leur fidèle coopération, n'eussent jamais pa parvenir aux sièges qui leur avaient été promis dans le sénat La plus nombreuse partie du clergé uni, c'est-à-dire le clergé séculier, qui n'avait pas volontiers renoncé à la langue et au culte de ses ancêtres^ était haï , avili, livré à la misère , et au* tant que possible au désordre. Si l'orthodoxie ne trouvait plus de défenseurs dans les rangs de la pospolite, Tuniatisme ne jouissait pas davantage de son amitié, et le mépris qu'elle en faisait s'est étendu jusqu'à nos jours, où il était encore appelé religion des serfs''. Ne recevant aucune force vitale de

' Tous les événements racontés ci-dessus le sont en détails plitf OHMOAU circonstanciés^ par des historiens russes et polonais, mais partkaUèremenl dans les annales contemporaines ; des extraits de Tune d'elles ^ été récemment encore publiés , avec des remarques , dans Téerit périodique qui s'imprime h Cracovie ( probablement sous Varbre de CraeoiûU)i sous le titre : Kwartalnik Naukowy, ( Note du manifeste. )

* L'abolition complète du culte catholique romain, même du rit gn^f dans cette vaste contrée de l'empire, où, suivant le conteur du manifostSt le latinisme était assez puissant pour pouvoir y exercer de si crueUestSt* séculionSy ferait croire que les tzars ont employé des moyens encore pla^ énergiques pour extirper la foi romaine de ces populeuses répons. HoO^ offrons, en toute assurance, au jugement de nos lecteurs, le dilemdl^ suivant : ou les sectateurs du rit latin étaient dans ces pays en bien trop petit nombre pour pouvoir y exercer de pareils sévices, et par conséquent le récit du synode manquerait de vérité , ou la réaction de l'Église russO a été bien acerbe pour y détruire jusqu'au dernier vestige du culte romaio.

' C'est-à-dire à ses relations secrètes avec la Russie.

* Cette dénomination était moins injurieuse que véridique; car il était

rÉglise latine, il lui sacrifiait au contraire ses propres forces. La honte d'apparte.nir au rit uniate portait la noblesse , et même la bourgeoisie , à Téchauger contre le rit latin. On pensait même à la suppression totale du premier, et s'il continua à être toléré, c'est qu'il était plus propre que l'autre à gagner des prosélytes sur l'orthodoxie et à servir^ suivant la très-juste expresssion de ces temps , de pont pour passer de VÈfs\ise pietise au latinisme'.

Telle était la situation des deux Eglises russes dans ce pays, jusqu'à ce que cet antique héritage de la Russie lui fût rendu sous le règne fortuné et à jamais glorieux de l'impératrice Catherine II. Nos frères, nos coreligionnaires, recouvrèrent la vie spirituelle et civile ; alors toute liberté fut donnée aux uniates de retourner à l'Église de leurs aïeux. La plus grande moitié d'entre eux profila avec joie de la première occasion favorable à ce retour , et cela avec un empressement d'autant plus grand , que beaucoup d'entre eux , habitants de la Volhynie, de la Podolie et d'autres contrées, n'avaient été obligés , que depuis quelques dizaines d'années , à embrasser l'union*. L'autre partie, ainsi que son clergé, sous la direclion de leur pasteur, le métropolite Héraclius Lyssofsky, dont les l3onnes intentions étaient connues, se préparait aussi à cette

t de W que les paysans étaient à peu près les seuls qui la professassent. Gela est si vrai, que nohk et catholique étaient synonymes en Pologne. ' Ce qui , comme le synode nous l'assure ailleurs , était sévèrement défendu par les lois polonaises. Il faut que le synode ait été bien induisent envers Tauteur de son manifeste pour y laisser subsister de si criantes contradictions.

* 11 était assez naturel que Timpératrice octroyât à ses nouveaux sujets la liberté de se placer sous sa domination spirituelle, en retournant au schisme. Ce qui Tétait un peu moins , c'était , comme nous en avons été témoins , d'employer les baïonnettes , même du canon , et les exils en Sbérie , pour les forcer à profiter de cette liberté. A cette époque les iBioes de Nerlchinsk ont été exploitées par les bras de centaines de prêtres fidèles , qui , confesseurs de la foi , préférèrent cet affreux sort >B malbeur de se séparer de TÉglise. Dans les villes et les bourgs, le bâton des soldats de police appuyait de son poids cette liberté, en faisant entrer de force les bourgeois dans les églises schismatiques. Le synode appelle cela de la liberté et de Tempressement !

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