‹ Persecution et souffrances de l'Église catholique en Russie; ouvrage appuyé de documents inéditsChapitre 11 sur 35 · DE LA SITUATION · texte numérisé non relu

DE LA SITUATION

désirable réunion , et bien que, à raison des circonstances de répoque, le projet de ce manifeste zélateur de TÉglise dU rient ne pût être accompli ; bien que près de deux millions d'hommes, nos frères par le sang, ne parvinssent pas, alors, à jouir de la plénitude des avantages d*une plus étroite rétinîM avec la patrie commune', au moins le sort des uniates fut considérablement allégé. Leur clergé séculier trouva, en Russie, protection contre le clergé romain^ dont les succès dësormaûs furent bornés à la défense de passer du rit des uniates aa rit latin, ni du rit des catholiques romains à celui des uniates'. Et toutes les mesures ultérieures , prises par le gouvernement russe , tendirent sans cesse à préserver cette Eglise , et voisine A nous, de toute influence étrangère à Vesprit de son origine orienr taie. Toutefois, il élait réservé à Fépoque actuelle de réaliser enfin la grande affaire de son entier retour au sein de IV thodoxie.

Le seigneur empereur actuellement régnant, et dontle règne est béni, parmi les innombrables soins qu'il prend du bienêtre et du bon ordre établi dans le plus vaste empire de Tuni* vers, après les premières affaires qui suivirent son avènement au trône , n'a pas tardé à vouer une attention prévoyante i b destinée du peuple russe uniate*. Le premier objet d'une ta-

' S*ils sont déjà vos frères par le sang, qu'est-il besoin de les toormenter dans leur conscience? Les polonais voyaient en eux platOt d^ ennemis que des frères ; cela rendait moins atroce , en principe, Up^ sécution que vous leur reprochez !

* Quelle infâme dérision , contre le clergé romain , avec lequel ilsétai^ étroitement unis , mais non contre les agents du gouvernement qui ^ réduisaient au dernier degré des misères humaines!

' C'est bien à tort que Ton attribue au clergé latin , comme un saccè»t la défense de passer d'un rit à l'autre. Ce passage , qui n'avait lieu qn'^ faveur du {aa'mme et pour se soustraire à la liberté donnée par dthff* rine, eût eu pour conséquence au moins probable la conservation, d*^ le bercail de Jésus-Christ , de la majeure partie des âmes qui vicOB*"* de lui être arrachées , et ce malheur n'était pas impossible à préf®*'' Ce que l'on attribue ici au clergé romain , était tout simplement ^ mesure préparatoire de ce qui vient d'être consommé.

* L'empereur Nicolas n'a fait, en ceci, que reprendre les éléments ^ la politique de son aïeule. Les violences ordonnées par cette princesse *

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telle si pleine de sagesse a été de mettre sur un pied de parfaite égalité TEgiise grecque-unie, quant à ses franchises avec TEglise catholique romaine'. Par son très-haut oukase du 22 avril i820^ Sa Majesté établit, sur le modèle du collège ecclésiastique dirigeant les affaires de TEglise catholique romaine en Russie, un collège ecclésiastique grec-uni, sous la présidence du métropolite des Eglises uniates en Russie, /osaphat Boulkak. La république de Pologne pouvait, à tort ou à raison, craindre Télévation des uniates comme d'une fraction, à elle étrangère du peuple russe*. Mais cette cause de dangers n'existe pas en Russie, et elle les a pris sous sa protection spéciale^ ; et c'est pourquoi leur Eglise, à peine rendue à l'indépendance, inclina aussitôt d'elle-même*, et suivant la loi des affinités mutuelles des êtres d'une même espèce , vers le sein de sa véritable mère, TEglise de toutes les Russies. C'est vers ce but que tendirent toutes les dispositions desévêques euxmêmes et des autres autorités ecclésiastiques uniates^ Recoururent que d'une courte durée, sa mort y ayant mis un terme et les deux règnes subséquents ne les ayant pas reprises. Les quinze années du règne actuel ont été , comme on le voit, employées avec un système de ruse et de patience inimitables, à reprendre et à accomplir le dessein politicoreligieux de Catherine.

' Quel détestable sarcasme ? Égalité de franchises , signifie égalité de servitude ?

^ Pour s'exprimer avec plus de clarté et de vérité surtout, il eût fallu dire : comme d'une partie de ses sujets étroitement alliés à un pouvoir étranger et ennemi. Cela était devenu encore plus palpable depuis que, par la suppression de son patriarcat, l'empereur de Russie s'était déclaré chef et évéque universel de l'Église slavono -russe.

^ Cette inclinaison n'a été ni instantanée ni libre , comme l'assure le Bynode, puisqu'il a fallu quinze années d'intrigues pour décider sa chute. ^ Puisque le motif politique , qu'enfin vous avouez, n'existait pas pour vous, comme pour les Polonais , que ne les laissiez-vous en paix, et à quel but les protégiez-vous , à votre manière, pour pervertir leur pasteor et persécuter enfin le troupeau ?

^ Pour peu que Ton connaisse la Russie , l'on sait que personne ne s'y permet de tendre vers un but qui ne lui est pas désigné par les organes <lé la puissance impériale, et l'on peut croire que s'ils ont incliné vers ^ réunion avec l'Église russe, c'est que la main directrice s'appesaotis- ^Dt sur eux , les forçait à cette inclinaison. Sous le règne de l'empereur Alexandre, peut-être les résolutions qui leur sont ici prêtées eussent pu

naissant ouvertement une quantité de nouveautés subrepticement introduites dans leur Église parle laps de temps, toos résolurent avec fermeté de rétablir, en tous lieux, la forme intérieure primitive des temples; de les pourvoir de tous les vases et ustensiles requis pour l'antique liturgie; d'introduire partout, à la place de livres d'église défectueux provenant de différentes imprimeries et d'où la langue slave était depuis longtemps bannie , des livres uniformes d'édition châtiée'; et enfin de n'admettre qui que ce fût aux ordres sacrés ni aux emplois cléricaux , avant de s'être assurés, au moyen d'examens sévères et persévérants , de la parfaite connaissance acquise par eux des coutumes et de tous les rits et institutions de l'Église d'Orient. Et eux-mêmes se chargèrent, avec un zèle indéfectible et avec un rare succès, d'étendre cesconnaissances parmi le clergé de leur juridiction. D'autre part, toute la jeune recrue cléricale recevait , dans deux séminaires nouvellement organisés% ainsi que dans vingt écoles de paroisses ou d'arrondissements, une insiruciion véritablement orientale^. La justice exige de le dire : celte instruction ne pùuoait être comprise de quelques moines qui, du rit latin, avaient passé â Vunion. Mais, de peur de les gêner en matière de conscience, la liberté la plus entière leur fut donnée à tous , pour Tespace de cinq années, de retourner à leur rit précédent, et quiconque l'a voulu a pu en profitera Ceux qui étaient attachés à

être crues spontanées ; sous le règne actuel , rien n*a pu être volontaire dans leur action épiscopale.

' Gomment auraient-ils pu résoudre et exécuter toutes ces choses, si kl moyens ne leur en eussent été offerts, et comment auraient-ils osé r^ fuser ces magnifiques moyens?

* Organisés, par qui? Par le pouvoir qui soldait et nommait les maîtres chargés de cet enseignement, conforme au programme qui leur était four^^ par le même pouvoir! C'est cette organisation des séminaires et des éeol^ préparatoires qui expliquent les quinze années qu'il a fallu pour attein^*^ le but. Elle a produit une nombreuse recrue cléricale, déjà viciée, quâ^ à la foi , par leurs études , et à laquelle les évéques , dépendant ^^ gouvernement, s'empressaient de remettre les bénéfices et les places!^ plus importantes de leur Église.

3 C'est-à-dire dogmatiquement schismatique. Ce n'est pas nous qui ^ disons, c'est le synode.

^ C'cst'à dire que, sous prétexte d'intrusion, on eut soin d'éliminer I^*

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l'orthodoxie n'y Iravaillèrent qu'avec plus de zèle, et bientôt toute rËglise grecque-unie se montra, dans sa lumineuse transformation, digne de son antique origine. Sur des autels régulièrement construits, déjà partout des prêtres , revêtus d'ornements convenables, célébraient le service divin , observant le rit majestueux qui rappelait la primitive Église, et le peuple uniate, les écoutant avec plaisir, et entendant la parole de Dieu dans sa langue natale' , ne vit plus de différence entre ses églises et celles des Pieux; et rien en cela ne l'étonnait; car, malgré toutes les rigueurs dusort, il ne s'étaitjamais désaccoutumé de s'appeler, ainsi gt^e sa religion , russes»

Pendant que l'Église grecque-unie marchait d*un pas tellement rapide qu'il était presque incroyable, eu égard à la brièveté du temps^ , elle perdit son chef et suprême pasteur , le très-haut et révérendissime Josaphat\ La place qu'il laissait vacante à la tête du collège ecclésiastique grec-uni fut remplie par le plus ancien membre du clergé uniate , Joseph , évêque de Lithuanie.

En attendant, l'affaire entreprise et poussée avec un zèle si vif, une activité et une rapidité si grandes, approchait de son dénoûment. L'année présente était commencée , et le 42 février

anciens fonctionnaires de rÉglIse , afin de faire place aux nouveaux adeptes. Nous craignons presque de faire injure à Tintelligence de nos lecteurs , en réduisant ainsi à son yéritable sens le langage du synode.

' La langue slave est loin d'être la langue natale des Polonais, et s'ils en ont une sorte d*intelligence , c'est que , comme nous l'avons dit , et contrairement aux assertions fallacieuses du synode , elle avait toujours servi à leur liturgie. Les Polonais instruits avaient bien, en grande partie, étudié le slave, mais uniquement comme langue-mère de leur dialecte, à peu près comme en France l'on apprend le latin pour mieux se former à la liltérature française.

* Plus haut l'on assurait que dès le commencement du règne actuel, i^JÈglise grecque-unie inclina d'elle-même vers sa mère Église ; ici l'on s^étonne de la rapidité de sa marche , et cependant elle employa quinze années à en atteindre le but , et cela malgré la toute-puissante impulsion de la volonté impériale. C'est que, comme nous l'avons fait remarquer, 11 fallait d'abord créer un clergé nouveau , imbu des principes du schisme ^t de la légitime suprématie du monarque sur l'Église de son empire. Alors elle tomba comme d'elle-même.

' Voy. note additionnelle 16.

restera mémorable à jamais dans les annales de TÉglise de toutes les Russies. Ce jour-là, où, d'après le cours du tempset des circonstances, elle célébrait cette même année te dimaDche de Torthodoxie' (premier du grand carême*), s'assemblèrent à Polotsk tous les évêques grecs-unis de Russie avec tout lear clergé supérieur, et tous ensemble signèrent un acte par lequel, exprimant le pur désir de leur cœur d'appartenir à TÉglisede leurs aïeux, ils prononcent leur résolution de suppl^ le très-auguste Seigneur d'ordonner raccomplissement de oe désir. ( V. l'annexe n'' 1. ) A cet acte ils joignaient les assurances auiographesdu clergé qui leur est subordonné, et qui, lui aussi, était pénétré du même sentiment d'adhésion à Tantique orthodoxie. Rs terminèrent cette importante action par ^a^ dente prière , faite dans leur cathédrale de Polotsk , pour que le suprême chef de l'Église et Seigneur Jésus-Christ accorde l'accomplissement de leur ferme intention de mettre, en son nom , une sainte fin à la division des Églises rnsses% mettant Tacte rédigé par eux , ainsi qu'une très-soumise supplique ( V. l'annexe n'' 2 ), aux mains du plus ancien d'entre euxS révéque de Lithuanie, Joseph, afin de l'emporter dans la capitale et de la soumettre en toute humilité au très-haut examm du seigneur empereur, par l'organe du procureur suprême da très-saint synode, auquelappartientlaconnaissancedesaffaires de leur confession , le comte Pratassoff.

* Cette singulière dénoinlnalion sera expliquée aux notes additionnellos*

* L'Église russe célèbre quatre carêmes daos Tannée : celai de la Saint." Pierre et Saint-Paul , qui commence le lendemain de la Toussaint, octa^^. de la Trinité; celui de l'Assomption, qui dure du t" au 14 août; cel<^ deTAvent, qu'ils appellent communément de la Saint-Phiiippe, qui OMi^ mence le 15 novembre ; et enfin le carême pascal , appelé par excelleDce ' Grand, Il est de sept semaines , sans y comprendre la semaine dite grasse' parce qu'on y fait encore usage de beurre.

^ Sacrilège prière , adressée au fondateur de TÉglise et de sa saint -^ unité, au moment même où ces Judas brisent le lien qui les maintenti au bercail du divin pasteur!

^ Le mot ancien, employé dans cette acception, en Russie, ne signifia pas rancien d'Age, mais le plus élevé en dignité, comme l'était l'évéqu^ de Lithuanie, non pas en sa qualité d'évéque, mais comme président di^ collège ecclésiastique grec-uni.

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Uemperenr ayant reça une nouvelle si agréable à la piété de son cœur' , et pénétré d'un profond sentiment de gratitude envers le Roi des rois , daigna ordonner que Tacte qui lui était présenté, avec lesannexes, fût porté au très-saint synode pour y être examiné et être statué ce qui est conforme aux règles de TEglise*. ( F. l'annexe n. 5. )

Recevant avec joie delà très-auguste main ces gages précieux de la salutaire détermination du clergé grec-uni , et glorifiant le céleste chef des pasteurs pour ce nouvel accroissement de son troupeau , le très-saint synode décida , d'après les règlements et les exemples des saints Pères : de recevoir les évéques, le clergé et tout le troupeau formant jusque-là TÉglise grecque-unie, en Ventière et parfaite communion de la sainte orthodoxo-catholique Église d'Orient, et spécialement, comme membre intégrant et inséparable de l'Église de toutes les Russies , et de soumettre au seigneur empereur cette résolution synodale en forme de doklad^ ( Y. l'annexe n° 4. )

Le 25 mars, jour de la fête de l'Annonciation de la trèssainte Mère de Dieu^ et veille de la plus grande des solennités

' Qui croira qu'il y ait eu là une nouvelle pour l'empereur? Le synode de Polotsk ne pouvait s*assenibler sans sa permission , et pour Tobtenir il fallait bien que Tempereur eût reçu la confidence du but de celle réunion. Rien n'avait pu être délibéré ni résolu , à cet égard , hors de la présence du procureur, et sans une proposition faile par lui au nom du souverain. L'empereur d'ailleurs n'avait-il pas, au dire même du synode, tout préparé à celle fin? Quelle basse hypocrisie de langage?

' Nous laissons au jugement de chacun l'appréciation de celle dernière comédie, qui couronne si dignement une lelle série d'intrigues. Le synode n'était apparemment instruit de rien; il élait sérieusement appelé à prononcer un jugement indépendant sur les actes qui lui étaient communiqués. C'était, pour lui aussi, une bonne nouvelle qui devait lui causer une douce surprise I Meserait-c^ pas le cas de demander, avec un personnage eoDoique très-connu : Qui donc veut-on tromper ici?

3 Ces charitables résolutions du synode ne pouvaient recevoir leur efi'et sans l'assenliment ou plutôt sans un oukase du sérénissime monarque de toutes les Russies. Si donc cette réunion n'avait pas été son œuvre , rien n'eût pu s'accomplir , et les Eglises dites russes restaient séparées, sans égards pour le bien spirituel qui devait en résulter pour les Grecs- unis. Transportez les faits à Conslanlinople, et jugez d'un pareil système de gouvernement ecclésiastique!

(le rÉglise, la résurrection de Notre-Seîgoeur et Sauveur Jésus-Christ 9 le doklad du synode fut jugé digne de la raUficalion suprême y pur cette résolution apposée de la propre main de Sa Majesté : Je rends grâces à Dieu et f approuve, et une rumeur , secrète encore, commença à répandre la bonne nouveUâ qu'un clergé et un peuple nombreux , habitant les provinces occidentales de la Russie, du rit grec-uni , était ressuscité pour une vie nouvelle au moyen de la plus étroite réunion :

— pour le Ciel avec Tantique Église universelle de Jésos-ChrisC

— et pour la terre, avec son ancienne patrie, la Russie'. L'assentiment impérial fut communiqué, le 30 mars, an

synode, tous sc^ membres assemblés; puis Ton arrêta les dispositions propres à mettre à exécution la suprême volonté. Après quoi le procureur supérieur du très-saint synode introduisit dans sa séance le révérendissime évéque de Lithnanie, Joseph. Le membre préséant', métropolite de Novgorod et Saint-Pétersbourg, Séraphin, informa le chef et représentant du clergé réuni de Taccomplissement de ses vœux, en même temps qu'au nom et de la part de TÉgUsc de toutes les Russies il le félicita d'un événement si heureux^

' Si telles sodI les conditions de la résurrection reh'gieuse et politiqtte d'une population jusque-là catholique, pourquoi le gouverDement mssA ne cherche-t-il pas à les faire goûter aux provinces protestantes de l'eflr pire?.. Sa charité est-elle trop étroite pour s'étendre jusqu'au littoral de la Baltique, ou croirait-il moins important de russifier ces provinces, ef* leur procurant une résurrection semblable à celle qu*il a s! habilemeP^ préparée à ses sujets polonais?

* Telle est la jalouse méfiance du gouvernement envers rautorité eei^"^ traie de sa religion ( autorité que lui-même a établie au mépris de toutei^ les formes antiques du gouvernement de TÉglise), et malgré la précantîoi^ de s'y faire représenter par un procureur impérial , organe constant de^ volontés du souverain, et maître absolu des délibérations da aynoder qu'il n*a garde de donner ou de reconnaître un président réel à celte très-soumise assemblée.

3 On voit qu'il ne fut question ni d'abjuration d'erreurs ni même d*aiie profession explicite de foi; preuve évidente que, malgré la profession publique de la foi catholique romaine par l'Église grecque-unie, elle n'avtit rien perdu de son orthodoxie, c'est-à-dire qu'il ne pouvait lui être reproché l'adoption d'aucune erreur dogmatique ; et preuve encore que le ministère des évêques, bien qu'exercé de l'autorité et sous la juridiction suprême de Rome , n'en était pas moins parfaitement légitime.

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Après lui , le métropolite de Rief et de Galitch , Pbilarète , fit lecture de l'épitre synodale adressée aux évèques et au clergé (v. l'annexe n° 5), qui fat remise au révérendissime Joseph par le métropolite Séraphin ; et le métropolite Philarète, de Moscou , fit lecture de la sanction suprême' donnée à la résolution du synode (voy. l'annexe n^'fi) , relativement à la transnomination du collège ecclésiastique grec-uni en collège ecclésiastique de Russie Blanche et deLitbuanie; à la nomination dudit Joseph à sa présidence, et à son élévation à la dignité d'archevêque*. De son côté, le révérendissime Joseph offrit au très-saint synode les actions de grâces des réunis, et« après s'être mutuellement embrassés, tous ensemble se rendirent à l'église synodale , où, à l'instant même, Ton célébra un office d'action de grâces au Seigneur Dieu, avec acclamations de longue vie au défenseur couronné de Dieu , de l'Église de toutes les Russies^ au gouvernement central de cette Eglise*, et aux patriarches orthodoxes œcuméniques. En ce solennel instant, l'assemblée des archipasteurs de Novgorod , de Kief , de Moscou , de Kazan, de Pskof et de Lithuanie, représentait l'Église de toutes les Russies, qui, dans les transports de sa joie, étendait ses embrassements à ses enfants réunis , et appelait en témoignage de cette joie le divin chef des pasteurs lui-même, dvec toute son Eglise des cieux et dé la terre*.

Ce consolant spectacle, donné dans la résidence et cité de Saint-Pierre, devait se renouveler au milieu des diocèses réunis, et sa première occasion fut le passage, parla ville de

' En tête du très-soumis doklad du très-saint synode. ( Voy. Tannexe ^* ^ , note du manifeste.)

* A quel prix cette promotion est^elle achetée ! Ne rappelle-t-elle pas ^^ parole du Sauveur à celui qui le livrait aux Juife : Ami^ à quelle fin ««-fti venu?

* Comment, dans sa situation, le synode peut-il se décerner cette qualification ? A peine devrait-il se considérer comme une administration «enlrale !

* Nous abandonnons aux sentiments de nos lecteurs le jugement à porter sar des acclamations si odieuses à une oreille vraiment catholique. Qoant à nous , il nous semble entendre une voix venant d'ailleurs que des cieux , répondre à ces acclamations si injurieuses , à celui qui veut hktt Tunité , mais Tunité catholique et non celle des sectes entre elles !

Witebsk, du révérendissime Phiiarète, métropolite de Kief, se rendant de la capitale dans son diocèse. Le 14 mai , jour de la sainte Trinité', la cathédrale de celte ville , sous le titre de l'Assomption 9 montra la première, dans son enceinte, b charitable et fraternelle communion du clergé d'ancienne o^ thodoxie et du clergé réuni. La liturgie fut célébrée par le révérendissime Philarète , assisté des révérendissimes éYéqaes Isidore de Polotsk, administrateur du diocèse réuni de U Russie Blanche*, et Basile , d'Orcha, ainsi que de huit prêtres des deux diocèses, quatre de chacun. L'innombrable peuple, accouru à cette solennité religieuse, priait arec ferveur, et prétait Tattention la plus vive à une cérémonie qui jusqoelà n'avait point été vue ; et lorsque, après avoir terminé la liturgie ainsi que les prières de vêpres au Saint-Esprit, l'on lit lecture de Toukase du très-saint synode, relatif à la réunion, terminé par les touchantes paroles du monarque : Je rend» grâces à Dieu, et f accepte, tous les yeux se remplirent de larmes de joie et de componction. En cet instant, le métropolite, debout sur Tambon , entre les évéques des deux diocèses, éleva la voix, et, s'adressant à Dieu, il s'écria : Gloire à tait qui n(m8 montres la lumière f Les voûtes du temple retentirent longtemps de l'hymne de louanges : Gloire à Dieu, auplushmii des deux, et paix sur la terre aux hommes de bonne vokmti*l Le lendemain , jour où l'Eglise orthodoxe continue la solen-

' Le cinquantième jour après Pâques, la Pentecôte, porte , en Rossât le nom de fête de la Trinité , et ce n'est que le lendemain qui est app<K doukhof'den. Tête de 1 Esprit. Ce qui paraîtra encore plus singulier, «'<>' qii'à cette fête de la Trinité TÉglise russe joint, à Toffice da soifi I* commémoraison des morts.

' Cette réunion arbitraire de plusieurs diocèses sous radministritio" d'un seul évéque était une mesure préparatoire au schisme. On diiniBO*^ ainsi le nombre des prélats, et'eo les favorisant sous les rapport ^ revenus de plusieurs évéchés, on les disposait à toute espèce decoB^fl** cendance aux vues du souverain.

' L'hymne des anges, presque littéralement conforme au texte de*^"' queTÉglise romaine récite à la messe, est chanté, dans FÉglise d'Orieoti à TolBce du soir dont il fait partie. Il est toujours précédé de Texd*^*' tion du célébrant : Gloire à toi qui nous montres la lumière. C'est o"»* espèce d'invitatoire.

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nité de TEsprit-Saînt , le réyérendissime métropolite, à la prière des citoyens appartenant au diocèse réuni, célébra encore la divine liturgie, assisté des mêmes évéques, et récita les mêmes prières d'aclions de grâces, dans la cathédrale nréunie, des chefs des apôtres saint Pierre et saint Paul. Bientôt après , d'autres villes des gouvernements occidentaux, — Po- •lotsk, Vélije, Souraje, Orcha, Elimsk, Vilna, Jiravitsi,— furent témoins de la magnifique concélébration des saints mystères par les deux clergés, qui s'étaient assemblés à dessein, pour cet objet, au nombre de cinquante, de quatre-vingts et même de cent cinquante prêtres , non compris les diacres et les clercs. Leurs sentiments étaient entièrement partagés par le peuple, auquel ce spectacle rappelait la piété et la mutuelle charité des premiers chrétiens. Partout le troupeau réuni, à régal des ouailles d'ancienne orthodoxie , se pressait pour recevoir la bénédiction des archipasteurs concélébrants, et ceuxci étaient obligés de marcher à pied , souvent pendant une heure entière , pour condescendre à leur pieuse ferveur.

Dans cet admirable événement, chacun voit la confirmation d'une incontestable vérité : c'est que tout tend à retourner à son origine', et la réunion de TÉglise ci-devant grecque-unie avec l'Église orthodoxe n'a offert , dans sa réalité, rien qui pût paraître nouveau ni à l'une ni à l'autre. Ce qui, d'une part, était consanguin s'est réuni à ce qui l'était de l'autre ; la possession légitime s^ est rangée sous le pouvoir légitime*. Aujourd'hui, le clergé des deux, ou pour parler plus exactement, d'une seule et même Église, offrent ensemble le sacrifice non sanglant dans toute l'étendue des diocèses réunis, et aux mêmes lieux où autrefois tombaient les victimes

'Pourquoi, s'il en est ainsi, le synode russe ne parvient-il pas à îamener dans son bercail ses propres sehismatiques, bien plus évidemment infidèles à leur originel C'est que le gouvernement n'a qu'un seul intérêt , celui de muliler l'Église calholique^ en attendant qu'il parvienne ^ lui enlever encore ses ouailles du rit latin.

' U fallait dire , pour être sincère et vrai, la possession politique est ^ienueseranger àVobéissance politique, c'est-à-dire, ceux que nous pré - ^doDs avoir toujours été Russes de nation , nous les avons obligés à ^ hm Russes de religion.

infortunées d*ane saperstition cruelle. Aux moyens» hais de Dieu , d'une époque passée et pleine de malheurs , l'on a opposé des moyens de persuasion', et autant réloignement des enfants du sein de leur mère était affreux , autant aujourd'hui leur retour allège leurs cœurs et les comble de joie. Les anciennes plaies se sont cicatrisées , les dogmes de la foi sont confirmés , Tesprit et la conscience des peuples sont rassurés, une branche tout entière de TÉglise russe est revenue de la prétendue union à la véritable unité universelle , et la Russie» avançant de plus en plus dans les choses de la foi ^wr les soins, par la sagesse , ainsi que par Vexemple de son très-augusle monarque , s'efforce avec lui de se répandre en actions de grâces envers le céleste Auteur d'un pacifique triomphe , dont les heureuses suites sont incalculables*. A dater d'aujourd'hui , l'on peut hardiment affirmer qu'en n'exceptant que ceux qui eux-mêmes se désignent sous les noms de LUvi et de Jmoudi^ toute la population des provinces occidentales de l'empire est non-seulement russe, mais orthodoxe*, et tous les efforts de

' Celte assertion a quelque chose de réroUant pour la bonne foi. L*eiposé du synode , auquel nous en appelons, n'indique pas la moindre mesure d'instruction ou de persuasion employée envers le peuple. On y toit que Ton s'est borné à s'assurer du clergé, qui a disposé de son troupeti sans son aveu , et nos documents subséquents mettront au jour les iMsures prises par le gouvernement pour maintenir, au moyen de laforeSi le peuple grec-uni dans robéissance à ses infidèles pasteurs.

* Les conséquences futures d'un fait où les consciences des pasteurs ont été achetées, et celles des fidèles étrangement yiolentées, sont 00 effet incalculables. Les empereurs du Bas-Emph-e et leuts palriarchtf n'avaient pas non plus calculé que leur schisme, en les séparant del* famille européenne , les lif rerait au sabre musulman , et placerait sor le sommet de Sainte-Sophie le croissant au lieu de la croix !

' C'est assurément une chose bien extraordinaire , et aussi difficile * expliquer qu'à croire , qu'une partie des habitants de la Lithuanie p^ fesse encore de nos jours une religion ou plut6t une superstition , ts^ de l'ancien paganisme, et qui en a tous les caractères. Ce sont, dit-<^* des descendants des Aborigènes mêlés de Tartares. Les premiers sont ^ Litvi et les autres les Jmoudi.

* Le synode se platt sans doute à faire abstraction politique des eatb^T^ ques romains. Il est vrai qu'opprimés et muselés comme ils sont, c^^^ sainte assemblée peut, jusqu'à un certain point, oublier leur existe^ ^^'

DE l'eMPIBR BE RUSSIE. 71

ses ennemis ponr assurer le contraire, au mépris de la vérité historique et de la réalité des faits, n'auront jamais aucun succès. Leur opinion ne trouvera point d'écho parmi les habitants aborigènes de ces contrées ; ils se souviennent trop bien de leur origine, de leur langue et de leur antique religion*.

ANNEXES DU Manifeste publié par le synode russe, relativement a la réunion

DE L*ÉGL1SE grecque-unie AVEC l'ÉGLISE DOMINANTE.

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