‹ Persecution et souffrances de l'Église catholique en Russie; ouvrage appuyé de documents inéditsChapitre 23 sur 35 · PROPOSITION DU MÊME · texte numérisé non relu

PROPOSITION DU MÊME

Sous la date du 51 décembre 1859, n» 5002.

Le 16 du mois de décembre courant, le seigneur empereur a daigné ordonner de prescrire à qui il appartient, pour l'exécution dans les gouvernements de Witebsk, de Mohilef , de Kief, de Podolie , de Volhynie, de Minsk, de Vilna, de Grodno , et dans la province de Bialostok :

' Quoi de plus avilissant pour des supérieurs ecclésiastiques d'être tenos de veiller à ce que leurs subordonnés se soumettent bien exactement à ]a surveillance des autorités civiles? Celles-ci ne manquent pas assurément des moyens de se faire obéir ; mais, dans le système russe, U est essentiel que le clergé catholique rive lui-même les fers que le pouvoir séculier lui a forgés. On voit d'ailleurs, par l'énumération de ces différents oukazes et par leurs dates , combien le gouvernement mettait, déjA à cette époque , d'attention et de persistance à vexer le clergé catholique , en entravant les moindres mouvements des prêtres et des moines.

λE l'empire de BtSSIE.

Qu'il soit exigé des aiilorilés diocésaines catholiques romaines lu déclaration, dans une forme particulière qui se trouve ci-anriDxée, de toutes les paroisses, du nom de cliacuoef du nombre de ses prêtres; la désignation des églises ou chapelles de famille qui lui sont adscrites , des jours oii il est permis d'y célébrer foffice divin, des terres et villages qui y sont conieuusj et du nombre de paroissiens de celte confession qui £6 trouvent dans chacun d'eux'* Ces déclarations doivent au terme fixé être parvenues an collège ecclésiasiique catholique romain en deux exemplaires » dont il doit en conserver un » et l'autre être adressé par lui au déparlement des affaires ecclésiastiques des confessions étrangères.

â* Qu'il soit imposé nux prêtres de la confession catholique * roinaine t obligation dû ne pas recevoir à confesse des ^ens (Tau-très paroisses, comme cela se pratique mémo dans la confession dominante", excepté toutefois le cas d*une maladie trèsgrave^ ou celui d'un domicile prolongé de personnes venues dû loin; mais à la condition que ces circonstances soient portées sur les listes des confessionê^ en indiquant exactement à quelle

' Ateç quelle cîrconsppclîon cotle dernière claust; devra être remplîeî Malheur au cyrê qui oseraU inscrire sur la liste de ses paroissiens un ûouveï orthodoie! Ceui qui ne s'y trouveront pas portés iipparliemiront de droit à Torlhodoiie ; de sorte que ces lisles seront équivalentes â des décreU d'excoromunicetion. Que Too se mette à Ja pLace d'un malheureux curé cftthoiique, placé entre la crainte dMnscrîre^ même par erreur» uu tonMcrit de l'orihodoj^ie , et celle d'eiciare de sa paroisse, el, par là ^ de i'ÊglUe catholique^ uu moHieiireut qui prétend y appartenir 1 It semble que Tombre de Julien soit remontée de t abîme pour inspirer de £i crueNes dbpoiilious^ el mettre à une épreuve si iutolérable k eonscience et la chanté des prêtres catholiques 1

• Cela s*v pratique î mais certes pas dans les capilales ou grandes villes, liais il faut observer que les tousses ne se i^cinfi-stent qu'à Pâques, et qu'ails le font a visage découvert, et non pas dans des conFi'Ssionnaui: de sorte qu'il est bien fucilc au prêtre de connullre son pénitent. Du reste, là ou celle pratique se maintîeni ^ c*est refîel de la coulumet et^ la plu- [»ftrt du temps, de la rareté des prêtres, et non pas d'une léfistaliçn barbare, incompétente, et qui impose un joug également udieut au prêtre et au pénitent, et cela en matière sacramentelle!

'Ouûi de plus abominable que cette inquisition qui oblige un prêtre de leolr note écrite de tous se:» pénitents et du nombre de confessions

paroisse appartient la personne confessée^ et que les doyens ou autres inspecteurs, lorsqu'ils visiteront les registres paroissiaux, portent une grande attention sur ces faits'.

5° Qu'il soit fait une obligation aux seigneurs et à leurs économes de veiller à ce que les gens de confession orthodoxe, employés à leur service, assistent à roOice divin tous les dimanches et jours de fêle, dans les églises orthodoxes; qu'à l'époque du grand carême, ils s'y confessent et y reçoivent les saints mystères ; et, pour qu'ils se préparent à cet acte sacramentel , de les dispenser, ainsi que tous leurs paysans, des travaux de la corvée seigneuriale, et cela sans tenir compte de cette semaine de relâche. L'autorité civile supérieure aura soin de veiller à l'exécution de ces mesures*.

Ayant communiqué ces ordres souverains aux chefs des gouvernements occidentaux pour qu'ils aient , en ce qui dépend d'eux, à assurer leur exécution et à y employer leur surveillance , je propose au collège ecclésiastique calholiqwTù' main de mettre, de son côté, et en ce qui le concerne, eniw exécution ladite volonté souveraine; de sorte que les autorités diocésaines ayant rédigé , d'après le modèle ci-annexé, la déclaration exigée d'elles dans l'article 1" relativement aux paroisses, et, cela, dans le délai le plus court possible que le collège aura à fixer; elles en adressent deux exemplaires au

qu'il a reçues. De là il n'y a qu'uq pas à faire pour exiger de lai des notes sur les choses dont chacun s'est accusé au saint tribunal.

' Rien ne manque, comme on le voit, h ces précautions que ne se permet aucun gouvernement, ni chrétien, ni infidèle. Et ce sont les prêtres mêmes que l'on charge de se surveiller les uns les autres dans l'exéculion de pareils ordres; et c'est le collège ecclésiastique, présidé par 1« primat des Églises catholiques , qui transmet ces ordres et en ordonne la stricle exécution. Nous verrons , il est vrai , le président du collège s'adresser au maître lui-même pour obtenir quelque adoucissement A ces prescriptions; mais avec quelle timidité cette démarche a-t-elle été faite, et quelle étroite modification en a-t-on obtenue?

' L'examen de cette exécrable clause se trouvera plus loin. Elle concerne spécialement les propriétaires et leurs employés catholiques que l'on transforme ainsi en alguazils et en bourreaux de Vorthodoxie, pour forcer leurs vassaux à s*en déclarer membres. Quelles fêtes pascales pour tous ces infortunés I

BE L^BHPIRB DE BU6SIB. â95

<^'lége» un aux chefs locaux des gouvernements, ainsi qu'aux gouverneurs généraux. Le collège aura à me rendre compte, ^^^ retard, des dispositions qu'il aura arrêtées à cet égard, ^^ èi. m'informer de ce qui s'en sera suivi.

Signé, à Voriginal : Vaide de camp général dirigeant le ministère des affaires de V intérieur , Comte Strogonoff.

Contre-signe : en fonctions de directeur,

F. WlEGEL.

JLe style si rudement impératif de ces propositions proclame, ^ieux que ne pourrait le faire aucune de nos observations , *^iir véritable caractère qui n'est autre qu'une jussion for- '^elle envers un collège auquel l'on voudrait laisser quelque apparence d'une corporation délibérante. Cette môme formule est employée , en Russie , tant envers le sénat qu'envers le synode, auxquels on applique l'épithète ironique de cttri- Qeants. L'un et Tautre cependant, ne sont , en réalité , que les porte-voix obligés et entièrement passifs de la volonté impér^iale, et cette situation est naturelle à ces deux grandes corporations de l'empire; car elles ne sont que des autorités secondaires établies par Pierre P", et qui, dans l'origine , avaient quelque droit d'humble remontrance, droit depuis longtemps annulé et réduit à la simple fonction de la promulgation fies lois.

En Europe, où les dénominations gouvernementales ré- J^ondent ordinairement aux droits et aux fonctions attribués ^ux grands corps des États, l'on a longtemps cru que le se- ^*ài de Russie ( ainsi que son synode, auquel , d'ailleurs, l'on ^m'accordait guère d'attention), avait des attributions politiques capables de mettre une sorte de frein à l'abus de la suprême volonté ; et cette erreur a même influé pour beaucoup sur les plans de la campagne entreprise, en 1812, contre la Russie, et sur les désastres qui en ont été la suite. C'est à celte erreur que doit être principalement imputée la marche si hâtive sur Moscou, sans avoir assuré suffisamment les com-

896 BE LA SITUATION AELlClBUSE

munications de l'année envahissante. Le conquérant qui la guidait s'était persuadé, qu'en occupant Moscou^ cœur de Tempire, la prise de celte seconde capitale, où toutes les grandes familles possédaient des hôtels encombrés de richesses, ne pourrait manquer de porter la terreur dans l'âme des sénateurs, qui tous, plus ou moins, se trouvaient intéressés à la conservation d'une si grande et si opulente cité; etqae cet effroi les porterait à mettre en œuvre la puissance politique, qu'à grand tort on supposait au sénat, pour forcer l'enh pereur Alexandre à conclure à tout prix la paix. Cette combinaison eût échoué contre l'impuissance radicale du sénat russe, quand elle ne serait pas venue se briser contre Técueil du patriotisme et de la haine du conquérant étranger, portés au plus haut degré dans la noblesse comme dans le peuple de Russie.

Telle étant, en réalité, la situation du sénat russe, pourrait-on imaginer que celle du collège ecclésiastique catholique romain pût être différente ? Ce que l'empereur n*accorde point à sa propre Eglise , l'aurait-il octroyé à l'Eglise catholique , dont l'existence, dans ses États, lui semble une anomalie aussi étrange que dangereuse pour le pouvoir entièrement illimité dont il dispose? Une telle proposition répugnerait au bon sens , et ne peut aucunement être admise. Ce que l'on appelle propositions ne sont donc, en toute vérité, que des notifications ^ très-mal dissimulées, des résolutions impériales, prises sur les rapports du directeur général des confessions étrangères ; et l'impuissance morale où se trouve le collège de refuser le décret de promulgation qu'exige de lui ce même directeur, joint à l'interdiction de tout recours à l'autorité pontificale (seule légitime et compétente pour la décision des plus graves questions) , prouve d'une manière irréfragable que l'Eglise catholique de Russie se trouve envers l'Eglise romaine en état de schisme hatériel , en tant qu'elle n'est pas moins assujettie au pouvoir impérial en matière de suprématie spirituelle^ de discipline et d'administration, même sacramentelle, que ne Vesi l'Eglise nationale et schismatique de Russie.

Cette situation, il faut le dire, devient de plus en plas

DE l'empire de RUSSJfi.

alarmante pour le mainiien de ce qui lui reste encore de ca* tholîcïtô ; et Von sait, on effet, qM*a|ïrêsavoir consommé l'œuvre de défection de IVpiscopai grec-uoi, l'empereur, en exprimant s^i vive satisfaction dVin si déplorable snccès , a annoncé Tintention de s'^occuper mainlenani des Latins. Rien, eo effet, nedoîtini [paraître plus facile que de parvenir au même résultat en employant les mêmes moyens* Toute cornmnolcatton se trouvant rompne ou interceptée entre le Sainl- Siége et le colléi^e catholique romain , et IVpiscopat catholique se trouvani foit réduit et devant se réduire encore , quoi de plus facile, lorsque Ton sera assuré de la connivence des uns* et de la frayeur des autres , de leur faire perler , par leur procureur, une proposUion de pacification entre le lait' niime russe et VEg tëe dominante , en rangeant le premier sous rotjcissance du synode? Par rexemple des uniates » nous voyons assea^ clairement que ces choses se font, en toute charité ^ sans exiger de dëclaraLÎons explicites île foi, et, beaucoup moins encore, d'abjurations formelles relatives aux doctrines en dissidence, El comme, en effet , dans ce genre de conversions , il s'agit beaucoup moins , de la part du souverain et de son synode, de qupstious théologiques que d'extension de leur suprémalîe spirituelle, il est i^ présumer que la controverse dog tnatique n*entrcrait, au moins provisoirement , que pour bien peu de choses dans ce trafic des ;\mcs et des consciences* Priver le Pontife universel de tout exercice de la puissance apostoliqaeen Russie; IVn déclarer déchu au proHl de la prééminence impériate, et complètement ru m fier de droit et de fait les populations calhotiques de Russie, c'est là tout ce que peut désirer le système cruellement despotique qui abrutit l'intelligeace des ade fîtes de ce système. Une fois qu'un oukase sera rÈûU approuver et corroborer de sa toule-puissanw^ la nouvelle apostasie d'une autre partie de Tépiscopat catholique, tout sera terminé, suivant le principe de la subordination absolue ile* ouailles envers leurs pasteurs, et ceux qtii voudront, au mépris de celte subordinaiion , conserver leur foi héréditaire, seront chûtiés comme des rebelles, et même» eu dépit de toute rabon et de tonte vérité , réputés apostates Après ces réHexîons préliminaires, qui ouvrent, pour un si

it^

grand nombre de nos frères une perspeciive si remplie d^angoisses et de douleurs , nous passons à Texamen détaillé des deux propositions dont nous avons donné le texte à nos lee* teurs.

Les oukases impériaux, dont la confirmation et Texécatioa sont demandées au collège ecclésiastique catholique romaia, se rapportent exclusivement , comme on le voit , aux neaf gouvernements ou provinces démembrées de fancienne Pob^. Or» ces provinces sont devenues parties intégrantes derempire de Russie , au même titre et sous les mêmes conditions que ses autres acquêts politiques en Europe : en vertu de traités formels de cession d'une part et de réunion de Tautre.

Il existe dans le droit public universellement admis enEorope des principes communs^ généraux, inviolables, qui fo^ ment la base universelle de toutes les cessions de territoire. Ces principes, admis par toutes les nations qui participeiit à la civilisation et aux droits internationaux de TEurope, soBt: le respect dû aux personnes et aux propriétés privées ; la li" berté de culte et de conscience des habitants du territoire cédé ; rinvioiabilité des biens ecclésiastiques ainsi que des fondations pieuses, et la conservation des libertés, desprivilé* ges et des franchises dont ils jouissaient légalement sous Tautorité de leur souverain primitif.

Ce n*est ni 5 un autre titre ni à des conditions différentes, que la Russie s'est incorporé les neuf gouvernements qu'elle a enlevés à la Pologne. Les traités de partage de ce malheu* reux royaume contiennent des stipulations formelles à Tégard des objets que nous avons énumérés, et tout ce qui, depuis la prise de possession de cette partie de la Pologne , a été fait ou institué sous les trois règnes précédents, prouve que Timpératrice Catherine, ainsi que les empereurs Paul et Aleiandre, n'ont jamais perdu de vue les obligations contractées par leur couronne envers ses nouveaux sujets '.

' Nous exceptons de cet éloge les indignités commises au nom et p>r ordre de Fimpératrice contre la liberté de conscience de ses nouveaux sujets du rit grec-uni. Pour tout ce qui concerne les formes administra* tives établies par le gouvernement civil et judiciaire de ces provinces, ainsi que les privilèges et immunités du corps de la noblesse, saof

DE l'empire de RUSSIE. S99

Il est bien vrai qu'à la suite du contre-coup que l'Europe entière reçut des révolutions survenues en France et en Belgique , en 1830 , la Pologne , bercée par des promesses falla- :îieuses , crut que le moment était venu pour elle de briser le joug de la Russie , comme la Belgique Pavait fait de sa sujétion envers la maison de Nassau; et que son insurrection serait protégée par la France et par rAngleterre, comme Pavaient été les conséquences de la révolte de Bruxelles. Et, en effet, s'il existait de nos jours quelque chose de juste ou de conséquent en politique révolutionnaire, cette espérance n'eût pas été déçue. La Pologne ignorait alors, que Tunique mobile de la politique des grands cabinets, le sentiment universel qui , à cette époque, prédominait en Europe^ comme il y prédomine encore, était la crainte, bien exagérée il faut en convenir, d'une guerre continentale', dont on n'osait ni calculer ni approfondir les chances et les suites. Elle ignorait, que cette peur universelle empêcherait d'entreprendre contre le colosse militaire de la Russie , jusqu'à celle pitoyable guerre de protocoles qui a fini par réduire la Hollande; et que, malgré rintérét très-réel qu'aurait l'Europe au rétablissement de la Pologne , celle-ci , par ces causes , et plus encore à raison des connivences patentes que l'on remarquait entre la révolution de Varsovie et l'ouragan qui venait d'ébranler la France , serait abandonnée et livrée à la prépotence de la Russie. Mais la guerre qui succéda à quelques négociations d'un succès impossible n'embrasa que le royaume de Pologne^ et si quelques-unes des provinces polono-russes virent les drapeaux des insurgés, ce ne fut que par forme d'invasion et

quelques violences et vexations Individuelles mises en œuvre contre quelques personnes appartenant au corps de la noblesse ou du clergé catholique, les stipulations des traités n'ont pas été, au moins ouvertement, violées par elle.

' A côté de cette crainte venait se ranger la nécessité de réaliser des emprunts de guerre, et la honteuse dépendance h laquelle se sont ellesmêmes ravalées les couronnes chrétiennes, de Tomnipotence de la Banque dont la direction suprême est tombée aux mains d'une coalition juive. Celle-ci proclame hautement sa suzeraineté sur le pouvoir royal en Europe. // n'y aura pas de guerr^y disait un jour l'un des Rostchild; car nou^ n'en voulons pas!

SOO BE LA SITCATIOX mBJfiODSB

DOB p»6 de ooopératîoD active et pitoite. Si , d'aillears» qncrX' qves habitants de ces provinoes se laissèrent aller à un ecK-* trainement mal calculé de palriotisme et de nationalité , d00 châtiments plus on moins sévères pouvaient leor être infligés ^ et Ton sait si le gouvernement russe s^est fait faute de confisr^ cations , de bannissements et d^autres peines encore plus grai.— ves , prononcés contre ceux dont on parvint à s^assarer.

Une justice, bien rigoureuse assurément, ayant eu ainsi soxm libre cours. Ton demandera peut-être par quel motif le m(^ — Barque russe a pu êtrfe induit à exercer une sorte de ven.— * geance collective , en s'attaquant à ce que l'homme moral ^ de plus cher : à sa foi, à ses convictions, ses affections relà — gieoses?

La révolution de Pologne apparut à Tempereur Nicolas ave^ son véritable caractère; ce fut une de ces crises véhémentes * qui manifestent la maladie intérieure, organique, 'd^nneagr^ ' gation politique à laquelle manquent les principes de fusibS^^ lité qui, dans une période plus on moins longue , détermi nent la cohésion de ses parties ' . Si la Pologne eut été uir===^ Eut rétréci , peu populeux; si, surtout , il n'y avait pas et — ^ entre son catholicisme et le schisme russe un principe d^^^ répulsion permanente et difficile à contenir dans de jnst u^ " bornes, peut-être eût-elle pu se laisser absorber paisiblemen^a*^ par un voisin plus puissant qu'elle , et deux ou trois généra^^' tions eussent probablement suffi pour relier dans un intér^^St commun deux peuples qui, à raison de la disproportion pr^Emitive de leurs forces , n'auraient eu que bien rarement d^^^ démêlés sérieux. Mais il en était tout autrement entre c^^ deux grands troncs sortis de la même racine slave. La Pc^^ * logne était grande, forte, populeuse et célèbre par la brai. * voure de sa pospolita, alors que la Russie, fractionnée e- ^^ petites principautés apanagères, subissait le joug desTartareâ^^

' C'était, sur une échelle plus grande, la reproduction du principe <0^ la révolution belge. Là aussi un peuple de commuoe origine s'était trour^ amalgamé de force à un peuple voisin, séparé de lui par une religion ennemie de la sienne, et soumis à un prince aveuglé par son liostilit^ contre le catholicisme.

^ DE l'eUPIRS de RUSSIE. 301

Bieotôt après » elle conduit jusque dnns la capitale moscovite un prétendant au trône des tzars, et ce n'est pas une liypo» tlièse liîstoi'ique sans valeur, que celle qui consîsierail à dire, (jull n'a manqué à la Pologne qu'une royaulë hérédîtaire, pour qu'elle fût aujourd'hui à la Russie co que la Hussie est à elle, '

L*hisloire de chaque peuple est le principal élément de son caractère. Comme corps de ualion » la Pologne n'a connu d'ennemis naturels que lesRtrsses, et quelquefois seulement les lurcs. De là celte indignalîon secrète de se trouver asservie à une nation qu'elle a combaUue si souvent et avec lant de succès , ei ce sont ces souvenirs historiques, c*esD celle indignation qui en résulte, qui, sous une forme hideuse, il est vrai, ont fait explosion à la suite du grand bouleversement de l'a nuée 1850,

Cette vérité, si hautement proclamée par le duel dése&* péréque, sans assistance aucune^ la Pologne soutînt contre son giganK^sque adversaire, ne pouvait être mise en doute par le cabinet russe, et Tempereur en lira un système qu*îl poursuit avec la dcrnîcre ténacité. Extirper jusqu'à la racine la natianaUté polonaise , qu'il considère, non sans raison, comme un principe de séparation politique incurable , tel est le système auquel il subordonne loute autre considération» Et comme la religion catholique est, depuis des siècles, devenue le formulaire inflexible de celle nationalité, c'est aussi à elle qu'il a porté ses premiers coups* Mais comme les deux grandes fractions de la Pologne, dévolues à la Russie, sont possédées parelEe suivant un mode non-seulement difFércni, mais entièrement opposé, il a fallu se frayer deux roules divergentes au point de départ, mais convergentes au but que Ton a en vue*

Pour ce qui regarde le royaume de Pologne, la marche à cuivre était à la fois plus droite et plus facile* Ou sait que Pacte du congrès de Vienne, qui érige en royaume Ta ncien duché de Varsovie eteu fait don à la Russie, gratifiait le nouvel État de cette forme équivoque de gouvernement monarchique que Ton appelle constitutionnel et i^epréseuiatif, sans que Too poisse définir le sens réel et rigoureux de ces dénote

DE h< SITUATION EËLtGIËUSE

uiinallonsî forme de gûovernement instable par essence, parce qu^elle ne présente qu'un amas de fictions qni, comme tout autre mensonge, n'ont aucune valeur positive; et puis aussi parce qu'elle occupe ses adeptes du problème insaisissable de réquilibre de trois pouvoirs » qui ^ quand il serait possible de le trouver et de rétablir ^ ne se maintiendrait pas un seul jour parmi les luttes incessantes des passions politiques (H des inliu\Hs privt'^s. Ce IrtUe échafaudage consiltutionDel était tombé aux premiers éclats des foudres de Varsovie» et il était évident qne rien de semblable ne pouvait être înstaïitanément rétabli sur un terrain si profondément remué, et sur lequel la main du vainqueur avait planté son terrible drapeau trempé de sang ; drapeau sur lequel se lisait assez m lement écrite la devise du Gaulois : Vœ victis/ Un gouvernement purement militaire était donc, il faut Tavouer, nécessité d'une première période^ et cette nécessité, le gou vernement russe pouvait la prolonger h son gré, et jusqu'il donner le caractère de la stabilité politique* C'est aussi le pa auquel on s'arrêta, etje dernier soupire?!* rmjaume de Poloi fut étonlfé sous le gantelet de fercliargé de lui serrer la gorgj Toutefois, le maintien indéfini du gouvernement militaire Varsovie n'était, en réalité, qu'un premier acliemineuient vei rimportant et dernier but, celui de faire un jour oublier ju! qu'au nom de la Pologne. Afin d*y parvenir, il fallait co mencer par opérer le mélange du sang russe avec le sang p louais, jusqu'à ce que le premier prévalut sur le second ï sorte que le sol de h Pologne ne fut plus occupé que par une population mixte d'abord , et devenue peu à peu entièremei russe. La confiscation ' des propriétés territoriales , au mi pris des droits des enfants à la succession do leurs pères, frait un premier et facile moyen de rompre Vhomogénéi primitive des habitants de la Pologne. Les biens eeclésiasi ques , les églises y compris, furent donc , en première ligne, séquestrés, puis assignés au clergé russe' appelé dans le pays*

er-^

' La confiscation des biens était abolie par la coastitutlon en Pologne, el en Russie par le statut de Calhennc.

' Il faut se souvenir que tous les prûtres russes étant marié*, eîiacun d*eui deYient soucbe d'une famtUe nouveiie.

DE L EMPIRE lïE HUS5JE.

-Bienlàt des arréls, ('émanés de la suprême volonté, ordonnèreni h saisie cl la coiifiscation dn palrîmoine des fugilifs et des condamnés politiques; et les terres, ainsi adjugées au fisc iinpérial , fureni sutcessivement données, en forme de récompetises milita ires, aux généraux et aux ofllciers supérieurs qui avaient acquis quelque mérite dutrs les opérations de la guerre de Pologne. Ceux qui n^ont pas été de cette manière colloques sur le sol de la Pologne cherchent à s'y établir au moyen de mariages avec des liériiières polonaises, et dans ces rechcrcIh'S matrimoniales, ils sont palemment et puissamnieni soutenus par les cliefs miliiaires, dont la proleciion est indispensable à la sécurité des familles. Et comme la loi russe exige impérieusement et sans exception réducatîou des enfants nés d'un père ou d'une mère russe dans ia religwn de VEtai\ \\ en résulte une multitude de fandlles nouvel les» russes de nom Cl de religion , et toutes plus ou moins ricliemeni possessionnées dans le pays. Que Ton joigne à ces premiers éléments de la dénationalisation polonaise, riufluence et ratiilude dominatrice de TEglise à laquelle appartient le souverain, et qu*incessaiument il enrichit des dépouilles de rEgiise catholique » li'oîi résulte la situation infime de celle-ci en face de sa rivale; jojgnez-y encore la migration continuelle de fonctionnaires civils et d'individus de tout état qui , encouragés par le gouvernement, vont former eu Pologne des établissements de toute nature, et vous acquerrez la couvicliou que, avant un demi-sît'cle, on cherchera des Polonais en Pologne, et Ton y en trouvera à peu près comme, peiîiJanila captivité deBabylone. Ton trouvait des Israélites en Palestine,

Tout cela a pu être conçu et consommé au grand jour , sans provoquer de sérieuses réclamations de la part des cabinets signataires et garants des actes du cougrès de Vienne, parce que la Russie érigea il en doctrine raunihilalion, par le fait de la révolte des Polonais, des condiiious poUliques et religieuses de la cession à elle faite du royaume de Pologne , et b sub-

' i.a religion de l*fJat dtvfmi être en Potagne la religion caïhoMque romiifie* Mais, dans fff syslennî acturl de lit llussic, eïle n^c^l plus un Éiai, bien qu'elie ait eiitoru une espèce de gotiverncnieiît propre, parilciitièr«ment eu matière de (ifiancea.

sUtation à ces stipulations , du droit de conquête et de cliâti- ^ meot de tout le corps de la nation » à raison de sa prise d*ar- ^ mes contre son légitime souverain. Et comme des discussions ^i tant soit peu stTÎeuseSy en pareille matière » eussent pu met^ -.j tre en danger riiarnionie subsistante entre les grandes puis- ^^ sances , ces explications du cabinet russe , bien que d'une ^^j valeur plus qu'équivoque , ont dû être admises comme plus^ ■ ou moins valables et satisfaisantes.

Rien cependant n'est moins solide > ni moins admissible que^^ e ce raisonnement qui manque par sa base. Le royaume de Po-^ -■logne avait été annexé y et non pas incorporé à la Russie; er ^t pour que ce caractère de pure agrégation fût plus formelle-^^ ment constaté » sa cession a été subordonnée à des conditions :<s très-essentielles , et nommément à celle de Toctroi d'une con ^astitution spéciale, cVst-à-dire d'une forme de gouvernemen -^vt et d'un mode d'administi^ation non-seulement différents , mais ^s

entièrement opposés à ceuK de la Russie. Cette forme degon >'

vernement a subsisté de droit et de fait jusqu'à l'époque oi3^^ elle a été modifiée par le gouvernement révolutionnaire» pui^ ^ entièrement abolie par suite de la chute de Varsovie, et las^ ^ Russie croit n'avoir fait en ceci que ce que comporte le droi -9t ordinaire de la victoire. Gomme nous l'avons énoncé, ellesotu^vtient : que Télat de guerre a détruit la validité des transac ^=' tions qui lui ont agrégé la Pologne, qu'elle possède aujonrd'hu ' par droit de conquét'i ce que, originairement, elle possédait e^^^ vertu de traités; et parlant de ce principe nouveau, elle s'^F* tonne, elle s'indignerait même si l'Europe , appuyée sur les ac^-^ tes du congrès de Vienne , venait à lui demander compte de se5 procédés envers la Pologne.

Cette doctrine, en effet, pourrait être admise, si ces traités avaient été négociés et conclus directement entre la Pologne et la Russie; si la première s'était donnée à Vautre à certaines conditions, qu'elle-même aurait violées. Mais telle n'est pas la situation des choses, car c'est l'Europe , assemblée en congrès, qui , en agrégeant le royaume de Pologne à l'empire de Russie, a stipulé, fixé et garanti Vetat futur dunouveau royaume ^ et dans ces stipulations entraient , avec les intérêts de cet état, des considérations majeures puisées dans ceux de l'équilibre

eufopceih Or, depuis et après ces stipubliùiisâi solenneUe-^ ment garanties, aucun ëtal de guerre ealre les deux parties cootractanles , l^Europe et la Russie, n étant venu détruire TœuvrR de paciOcation de Vienne , rien n'a pu aitëi'er la stabilité actuelle de ses transactions. On comprend fort bien qu'en absorbant finlièrenieni lu nationalité polonaise, et en latrausfornianten une nationalité purenieiil slave (cesl-à-dirc russe), ta Russie compte sur racquisitioii d'une force d'autant plus étroitement liée, que dësoi-maiseilc reposera tout entière dans la main du souverain qui la gouverne et la fait mouvoir avec une puissance sans rèi^le ni frein autre que sa propre volonté- Biais, comme nous Tavons indiqué , c'est là précisément ce que voulaient éviter les pondéraleurs de Téquilibre européen ; et comme lallussie a agréé ces conditions el cette forme de possession, elle n*u pas , en réalité, acquis le droit d'y porter atteinte. Elle le Tait cependaut^au mépris delà situation qu'elle avait acceptée et des conditions auxquelles son souverain avait souscrit. Au moyeu de l'oppre&sion religieuse et civile , elle poursuit son but de RusstFiCATtoPî générale oes Slates; elle la pousse provlsoiremeat jusqu'aux, limites de ses possessions polonaises, et déjà de grands succès sont venus couronner ses efforts , au moins s'il en faut croire le dernier rapport que le ministre de Tinstruction publique a mis sous lesyeuK de son maître » et dans lequel, suivant la traduction qu^en onî donnée les journaux atleniands, le ministre énonce en termes formels : que la lanfjueei la nationaUté rmsvs s^éiendeni aujouriPhui jusqu'aux froulîéres de VAikmagm i quelles êtfnl accuellUeu en des tkux ou tiùn-seulemeni elles étaient tnconnueê, maiidéiesttes. Que Ton cesse de se faire illusion (si cette illusion existe J ; îc travail de lu Russie pour pousser, de plus en plus, la nationalité slave sur rOccident, est pateiitï il est incessani^ et les sr^vices qu'elle exerce contre la Pologne , alin de dompter la résisu^nce qu'oppose encore à ses projet» le ca- Iholieisme polonais, devraient être considérés comme une déclaration formelle et absolue de ses vues.

Maiâ les neuf provinces polono-russes n'avaient pris à la gnerrc aucune part au moins ostensible; Ton ne pouvait donc procéder envers elles par voie d'exécution mililalie, ni pro-

clamer conlre elles le rude droit du vainqueur. Quelques coH'^ fiscatlons prononcées conlre des fugitifs donnaient bien l^ moyen d'y établir quelques familles russes» mais c'était 1^ une pauvre mesure comparée au grand amalgame politique que Ton avait en vue pour elles.

Elles avaient^ il est vrai, aux yeux du gouvernement rosse 9 un tort impardonnable : c'étaient leurs vœux secreU pourl^ réussite de l'héroïque défense de leurs compatriotes, et, depuis leur défaite, les larmes non moins secrètes qu'elles don-* naient à leur asservissement. Mais ces sentiments, n'ayant jat^ mais éclaté en actes, ne pouvaient servir de motif pour altérer la situation de droit que leur assuraient les traités de cession^ situation à laquelle trois règnes précédents n'avaient pas songé à attenter, au moins dans ses conditions essentielles. Il fallait; donc, pour les en dépouiller, trouver quelque faux-fuyant politique qui eût pour résultat définitif d'infirmer le droit de ces provinces, en mettant à néant les traités en vertu desquels elles avaient passé sous le sceptre de la Russie.

Ce subterfuge politique se présenta immédiatement à la pensée d'un cabinet, auquel toute raison paraît bonne dè& quelle a le mérile^de se coordonner à la pensée du iiAiTRB. Il consiste tout simplement dans la substitution d'un droit de propriété antérieure et imprescriptible ; dans la reprise d'anciens domaines perdus par des malheurset reconquis par la fortune des armes. Ce système de reprise est clairement exprimé , et même répété jusqu'à satiété et au-delà, dans tous les actes ef documents relatifs à la défection des Grecs-unis de la foi catholique. Partout les assertions d'affinité consanguine, de communauté d'origine, de religion, de langue (celle-ci au moins fort contestable ) ; d'où s'induit la doctrine d*une patrie commune et indivisible. Suivant le manifeste et les actes synodaux de Polotsk et de Saint-Pétersbourg , actes évidemment dictés par le gouvernement russe, et en conformité de la pensée impériale, les neuf provinces polono-russes ne sont donc plus des démembrements de la Pologne, cédés à la Russie en vertu de transactions politiques ; c'est Vancien domaine du peuple russe qui lui est revenudu droit imprescriptible de la propriété de ses aïeux , et sur lequel , en vertu de ce droit, qui n'a fait

hE L EMPIEIE BB RUSSIE.

qne subir nue déplorable interruption de faii ^ lemonfirque russe exerce m souverijineié illimiiée de la même maniera que sur ses autres Etats,

Ainsi se ii ou vent expliqués et justifiés les empiéLemcnis acmais du gouvfîrnenienl sur toutes les îminiiuités de ces provinces ; de là le droit de couroitiou exercé cuntiele culte caihoUque^ et b réduction de ce culte, de l'état de tloniîfiaot (Jans les neuf provinces, à celui de culte dissident siin [dénient ta très-iniiiarfaiieoient toléré sous les conditions les plus dures; de là îasécubi'isution d*un grand nombre de nioiiasièrest ei lu récente confiscation de ton s les biens, de toutts les fonduitùns pimses upparkimnt à V Eglise catholique' ; de là en lin tous les sévices mis en pratique contre ses miuîsLrcs, et la destruction complcta de toutes les guianiiea de sou existence» qu'avaient resp< clées les prédécesseurs du souverain aciiieL

En regard d'une violatiou si llagratUc des traités en vertu dei^quels la Russie possède ces grands débris de la Pologne, que dit TEurope, ou plutût, pourquoi reste- L-elle muette? Nous le savons , Tépoque est peu favorable à Tou vertu re de débats aussi graves, entre elle et le colosse militaire et politique dont le fmtit porte avec orgueil lu seule couronne despotique qui dépare le système chrétiennement monarchique de TEurope; et par cû motif, nous comprendrions rabaridon des derniers éléments de vie qui s'éiaient conservés en Pologne, Mais, nous ne saurions trop le répéter» derrière cette russification complète des provinces russo- polonaises, ainsi que du royaume de Pologne, se dresse, comme un menaçant fantômû , cette outre pens^^e familière au peuple comme au cabinet f tisses : celle de la réunion, à nue époque plus ou moins éloignée, de tous les peuples d'origine slave, en un seul faisceau

' CeUe tonfiscatîûTi est léeèrenicnt mas(|ucî! sotjs le tiom tïe *t'gue#frp, €D ^fflu du<|uel CCS bien* seront à raveoir admimâtréâ pr rÉIal. Ce serait faire injure à rinlelljgente de nos lecteurs que Ôe développer les |}foch«iii«ft consé(ineneus d'une pareille atlminislralion Toutefois le gûu- ««mÊmcnt russe, en répondant aux ré(!!umaUons pontiOcalcs, ù?imrt que €€ n\H qtjte dam tiniMt de VÉQUrn catholique, ei pofir âon ithn, qttUl a bUn vvuiu $'m charger!

308 DB Là SITUATION RELIGIEUSE

politique, régenté, scus une forme quelconque , par Tautocraleur de Russie'.

Et sait-on bien, en Europe, tout ce qu'embrasserait un si i vaste projet? S'y souvient-on de ces époques reculées, où, sous^ le nom de Vendes, de Sorbes, d'Obotrites, etc., les Slaves s'étendaient le long de la mer du Nord et occupaient toutl^ centre de rAllemagne? A défaut d'autres monuments, le^ marches, ou margraviats de Thuringeet de Brandeboui^ devraient rappeler l'extension des peuples slaves jusqu'aux limites de l'pmpire de Charlemagne*.

Le simple soupçon de la pensée d'une monarchie universelle avait armé l'Europe entière contre un des plus grands rois qu'ait eus la France. Son apparente réalisation en Europe finit, un peu tard il faut l'avouer, par réunir en une ligne» sans exemple avant cette époque, tout le continent européen sous les enseignes dorées de l'Angleterre ; et rien n'éveille aatour de nous la crainte des envahissements de la Russie I On se persuade que son ambition n'appelle ses regards que sur l'Orient, et qu'elle ne s'occupe que delà prévision de la chute de l'empiredes Osmanlis. Nousqui , par suite de circonstances impossibles à révéler, avons eu occasion de pousser dos re« gards un peu plus avant dans les mystères de la politique rosse, nous donnerions volontiers à tous les hommes d'Etat chargés de veiller à la sûreté de l'équilibre de notre vieux monde le conseil d'avoir toujours sous leurs yeux la carte des anciennes possessions slaves en Europe. On serait surpris, pour ne pas dire effrayé , de l'étendue de ces possessions , surtout si Ton y

' Si jamais ce gigantesque projet , dont se délecte d'ayanee rorgueil russe, venait à se réaliser, son produit dépasserait de bien loin la puissance napoléonienne. Celui-ci faisait peser sa lourde épée sur des agrégations politiques formées, en Allemagne et en Italie, au moyen d'amalgames peu solides^ parce que la nationalité des peuples subjugués y répugnait. Il en serait tout autrement d'une agrégation de tous les Slaves réunis en un faisceau national et militaire.

* Mark, en allemand , signifiait frontière, et le titre de markgraf était celui d'un comte auquel la défense d'une frontière était conGée. La chaîne de montagnes appelée forêt de Thurioge séparait la Saxe d'une principauté slave, dont la capitale était Saalfeld, On y voit encore, sous le nom de Sorbenbourg, les ruines du chAteau du prince des Sorbes,

oonprend celles où lacivilisalioo germanique a Guiparabsor- V>er le slavonisme, en lui substituant sa langue, ses religions ^t ses lois.

On ne déplorera jamais assez amèrement la chute du royaume ^e Pologne et Timprudencedes Etats qui, pouvant l'étaycr de ^^or assistance, ont mieux aimé se partager ses provinces'. La I^oiogne, avec sa chevaleresque intrépidité et son hostilité in- ^ée contre la Russie , était le véritable boulevard , la digue ÎQyincible contre l'invasion de la puissance et de la politique Qiilitaires de la Russie en Europe. Ah ! si cette malheureuse iKMpolita, si brave dans les combats, avait su se soumettreau jong sauveur d'une royautéhéréditaire; si, dans sa lamentable erreur, elle n'avait pas cru cette institution , œuvie des siècles et de leur salutaire expérience, incompatible avecsesantiqucs libertés; si elle avait su , avant toutes choses , repousser de ses coteries politiques le funeste entraînement de l'assistance étrangère, mais surtout de celle des révolutions de France, elle ne porterait pas aujourd'hui les fers qui la courbent jusqu'à terre; elle n'aurait pas à gémir de la perte de toutes ses franchi* ses, y compris celle du libre exercice du culte de ses aïeux , et

' Une des plus terribles conséquences de ce partage a été l'asservissement de FEurope continentale ot Toccupation militaire de presque toutes ses capitales, par la puissance militaire dont la révolution avait doté la France. A l'époque du traité de Pilnitz, tout pouvait être prévenu, si les puissances coalisées avaient pu porter en Allemagne et en Italie Tensemble de leurs forces. Mais la Russie voulait, avant tout, profiter du moment ponr s'agrandir en Europe, au moyen du partage de la Pologne, et rAulriche ainsi que la Prusse, ne pouvant pas, à raison de leurs engagements contre la France , empêcher la réalisation de ce funeste projet , aimèrent mieux entrer en partage de ce grand démembrement. Pour cela , il fallait tenir , sur le théâtre même de l'événement , des forces Imposantes. De lÀ la faiblesse de leurs entreprises contre la France, même pour la défense de l'Allemagne et de Tltalie; de là les succès des masses que jeta sur elles le gouvernement républicain; de là la réputation qui en advint aux généraux de la république, et à Bonaparte plus qu'à aucun autre; de là le préjugé d'invincibilité acquise aux armes françaises, et tous les prodiges qu'elle a opérés. De là enfin cet enchaînement de désastres et de catastrophes militaires, qui probablement n'auraient pas pesé sur le monde si, au moyen d'un grand déploiement de forces, l'on eût contenu et abattu la première fougue militaire de la révolution.

MO

1>E LA SITUATIOÎ^ RËLlGlEtSE

rEurope n'aurait pas h prévoir et h craindre le moraenl où elle-même se vfirramtniacéede rinfluence prépondéraniedela Russie et de son fatal contact avec Tnn tique civilisation qae s'est créée le clirisiianisnie européen 1

La digression toute poUtiqne h laquelle nous avons cm devoir nous livrer, et pour laquelb nous comptons sur Titidulgence du lecteur, nous a beaucoupécarië de l'examen des trois documents que nous venions de mettre sous ses yenx. L'importance de la matière nous oblige à y revenir.

Nous y voyons d abord la volonié impériale imposer ati collège ecclésiastique catholique romain Tobligation de CQnfirm&t les oukases dont la lenenr lui est communiquée. Or»cetlfl confirmation , si elle était entendue dans racceptioii liabitudie de ce mot, olïrirait un véritable contre-sens, surtout dan» réiat de servitude auquel le collège est réduit, puisqu'il né peut entrer dans les attributions d'aucune corporation de rempire de donner aux ordres du maitre une sanction réellenjenl confirmative. La confirmation exigée du collège nVst dom qu'une ^sanction approbative par litquetk le collège assume sur HA la responsabililé morale de la volonté gui lui est imposée^ et nom avonsdéjà fait voir tout ce qu'il y a de tyrunnique, de dégradant et de perfide dans cette compdcité formellement exî^^ée d'une cour ecclésiastique , ainsi obligée d'adopter, comme venant d'elle, des mesures auxqu'eiles, en conscience, elle serait tenue de refuser son concours.

Le premier des oukases dont la confirmation et rexécution lui sont demandées, interdit la construction dVgli^ s catholiques hors des lieux où, à petite distanûe ^ il ne se trouve pas DU moins de cent à cent cinquante feux ou familles professant la religion romaine'. Cette disposition prive de l'exercice de son culte, ainsi que des secours spirituels , la majeure partie

* Le nombre de feui ou de fumiltes n*esl légalement constaté y en Eussie^ que par ie^ feiiittes dites de révision ^ que rédigeât les eii)pIo}éii ilu gourernemetit torsquij cela Jeur est ordouiié. Cette base n'a donc rien que d'inceriain et d'instable pour reirsiente des paroisses. Car, s'tJ plaît au gouvernement d'en supprimer une, il n'a qu'à faire déclarer par5e^ agenU .que, depuis ta deroière révision « la population a diminué et qu^JisnW pi 03 trouvé le nombre d'Âmes requises pour composer une paroisse.

BS LEMPIEB DE RUSSIE. 311

de la population catholique , là surtout où elle se trouve disséminée sur un vaste territoire, divisée en plusieurs villages, ou mêlée à d'anciens Grecs-unis dont les églises , jusque-là à Fusage de tous les catholiques, ont été livrées au culte schismatîque. Des villages de cent feux sont , comme Ton sait, peu communs en Pologne, et la clause de la petite distance s'oppose à ce que plusieurs villages se réunissent en une paroisse; car Ton sait tout aussi bien qu'entre les villages les distances sont ordÎDairement équivalentes à plusieurs de nos lieues. Il paraîtra inconcevable que Tardeur anticatholique du gouvernement russe l'emporte sur la crainte de voir se démoraliser des populations entières, par suite de la privation des pratiques religieuses; c'est qu'il compte que, tôt ou tard, ces populations, plutôt que de rester ainsi privées d'églises, du sacerdoce et des sacrements, iront se perdre dans la population scbismatiqne à laquelle maintenant elles se trouvent plus que jamais mêlées.

C'est pour favoriser ce résultat final que l'article 2 delà proposition renouvelle la défense antérieurement faite aux ordinaires d'attacher des chapelains aux oratoires appartenant à des particuliers, et à ceux-ci de recueillir et d^admettre dans Vin-' ^Menrde leurs familles des prêtres dépourvus d'emploi , c'està-dire qui, privés de tout bénéfice, jouiraient par cela même de plus d'indépendance du pouvoir séculier , en tant qu'il ne pourrait pas mettre la main sur leurs revenus. En ceci , il faut l'avouer, le gouvernement actuel va beaucoup plus loin que celui de l'impératrice Catherine, qui , comme nous l'avons vu , init également en œuvre toutes sortes de sévices pour obliger le clergé et le peuple grec-uni à sa réunion à l'Eglise dominante, mais qui n'avait pas imaginé d'interdire aux seigneurs l^rritoriaux l'exercice domestique de leur culte, en les privant de la faculté d'entretenir un prêtre pour célébrer la messe dans l'intérieur de leurs maisons. C'est que l'expérience, faite sous Catherine , qui avait un peu plus respecté les privilèges delà noblesse polonaise, avait montré que la demeure d'un simple chapelain attaché à la maison d'un seigneur territorial suffisait pour retenir dans la communion catholique la population de plusieurs villages, bien qu'il fût fait a ces chapelains

h plus rigoureuse défense d'exercer aucune fonction paro'ï^ siale. Ces fidèles paysans baptisaient leurs enfants et enterraient leurs morts; ils contractaient leurs mariages le plnj souvent au milieu de leurs forêts , où le chapelain le pla5 voisin , sûr de leur inviolable silence, venait les bénir.

L'incorporation des chapelles particulières aux paroisses; et la faculté laissée au curé propre j et à nul autre, de venir à des jours fixes y célébrer la messe, n'a d'autre but que d'imposer au curé le devoir d'une stricte surveillance sur ces chapelles; de le rendre dépositaire même des clefs et des ornements sacerdotaux, afin qu*aucun prêtre de passage ne paisse y célébrer les saints mystères; le tout sôus la responsabilité la plus sévère imposée à ce curé, qui lui-même est surveillé par les autorités locales, dans l'exercice de toutesses fonctions.

Les oukases cités à l'art. 5 n'ont qu'un caractère purement vexatoire. Comme les monastères, ainsi que les bénéficessé^ culiers, étaient fondés en possessions territoriales, il était naturel que les usufruitiers de ces biens-fonds employassent à leur service, suivant l'usage universel en Russie, les serfs de leurs terres. Cette faculté leur est enlevée, en vertu d'une disposition violatrice du droit de propriété, et qui montre toute la malignité du gouvernement, en tout ce qui concerne les établissemeuts religieux du catholicisme. Car, en vérité, quel mal pouvait-il résulter pour l'État de ce qu'un pauvre paysan fréquentait une Eglise catholique plutôt qu'an temple schismatique? Ce cas , d'ailleurs , ne pouvait guère se présenter, les monastères, ainsi que les bénéficiaires séculiers, se gardant bien de provoquer, pour un si mince sujet, des enquêtes de justice ou de police, qui , par leur résultat, avaient, ordinairement une grande analogie avec ce que, dans l'Orient, l'on appelle des avanies.

Et que dire des dispositions ordonnées par les oukasesg mentionnés dans l'article 4 du document qui nous occupe S Y a-t-il rien de plus abject qu'une législation qui soumet S des clauses restrictives la liberté personnelle d'une classe entière de personnes que leur caractère et leur moralité habB tuelle devraient recommander au respect et à la confiance dm gouvernement ; et le mépris qu'une législation si barbar^

voudrait déverser sar le clergé catholique , ne retombe-t-îl pas tout entier sar ses auteurs? Ce qui est permis au juif, SQ bohémien même , dont les colportages ont toujours un caractère si suspect aux yeux de la probité » ne Test pas au prétre catholique ! Il ne peut se mouvoir, légalement enfermé dans les bornes étroites de son bourg ou de son village » et f œla, non parce quMl a méfait aux devoirs sociaux ou à ceux i^ son état , mais uniquement parce qu'il s'est consacré à Ai^Q et au salut des âmes » dans le sacerdoce catholique ! ^Mieux despotisme, sacrilège extension de l'autorité souve- ^Mne, au-delà des limites de la justice et du droit ! C'est ton ^Qvre impie, elle sort de ta nature ; injurieuse à toute l'humanité, elle n'est possible que dans le seul pays que tu souillas de ta haïssable présence!

Et ces mesures infâmes, si outrageantes pour le sacerdoce Catholique , c'est par Vorgane d*un collège de prêtres qu'elles doivent être confirmées, approuvées , promulgtUes , pour être exécutées contre leurs collègues dans le sacré sacerdoce de Jésus-Christ, et contre eux-mêmes, lorsqu'ils seront de retour dans leur malheureux pays! Il se trouve un officier impérial, dignitaire de l'empire, assez effronté pour porter au collège une jpropostïton impérative à ce sujet, et l'assemblée accueille cette proposition, qui la stigmatise d'un opprobre bien mérité; elle en ordonne l'exécution ! Quel joug dégradant le despotisme impose-t-il donc à tous les sentiments, à toutes les facultés humaines, pour qu'il puisse se trouver parmi ceux qui partagent l'exercice d'un si abominable pouvoir, des hommes capables de concevoir et de faire agréer au souverain des dispositions que n'avait pas imaginées le vil apostat , porteur de la pourpre des Césars ' !

Toutefois, la révoltante ardeur du zèle du persécuteur n'est pas encore satisfaite. Dès le surlendemain de son odieuse proposition , il paraît au milieu du collège ecclésiastique, porteur d'une proposition nouvelle , déjà revêtue de la sanction sou-

' L^invention de ces mesures est due au génie fécond de M. filoudoff, à qui revient, de plein droit, Texécration européenne que la connaissance de Tusage qu'il fait de son crédit ne peut manquer de lui valoir.

ZiA DE LA SITUATION RELIGIEUSE

veraine. Sa curiosité inquisitoriale veut connaître le nombre des églises paroissiales, des chapelles succursales, des prêtres en fonctions pastorales , des terres et villages annexés aui paroisses, et des fidèles qui les composent. Il veut connaître tout ce qui , de près ou de loin , se rapporte à Texercice du culte catholique» afin de pouvoir déterminer par quelles entraves locales il lui sera possible de le gêner davantage; par quelles suppressions spoliatrices il pourra diminuer encore le nombre des églises ou celui de leurs desservants! Et remarquons que la direction générale des cultes , dont M. Bloudoff est le chef, faisant partie du ministère de Ti n teneur , rien ne lui était plus facile que de tirer des cartons du ministère tous CCS renseignements, puisque tous les éléments de la statistique de Russie s'y trouvent réunis et systématiquement classés. Mais ce n'est pas ainsi que procède le génie vexatoire de cet ennemi du catholicisme : t7 faut que le collège ecclésiastique lui fournisse ces renseignements, toujours dans le même but de faire de cette assemblée Tiustrument et Torgane obligé de tous ses empiétements sur la liberté deTEglise; de toutes les enti^ves coërcitives de son culte, que lui inspirent ses basses passions! C'est encore trop peu pour assouvir son fanatisme schismatique et haineux envers le culte catholique. Il porte son coup d'œil malveillant sur les secrets du ministère sacerdotal; il s'ingère h circonscrire dans les plus étroites limites le salutaire exercice du sacrement de pénitence ! Aucun prêtre ne pourra étendre sa main réconcilia irice sur un pécheur repentant , à moins que celui-ci n'appartienne à sa paroisse, et si , en quelques cas exceptionnels soigneusement circonscrits dans les limites les plus étroites que possible, il déroge à son interdiction du ministère sacerdotal , il oblige le confesseur à tenir note du nom et de la qualité du pénitent , afin que les agents du gouvernement puissent toujours pénétrer les rapports de l'un avec l'autre, et tirer de ces informations des motifs d'enquête et des prétextes de persécution. Allez donc , ignoble suppôt d*un pouvoir qui ne connaît de bornes à son odieuse extension , ni dans la liberté de la conscience des hommes, ni dans la sainteté des institutions divines; allez prendre chez les Turcs, vos tolérants voisins, des préceptes et des exemples

DB l'empire de RUSSIE. 515

de cette liberté de conscience et de Tindëpendance du ministère évangéliqne que vous foulez à vos pieds!

U cite bien, à Tappui de ces interdictionsS l'usage de son ^ise dominante, qui assigne , suivant lui y pour confesseur *^ pénitent son propre pasteur. Mais cet usage , chez les ^«sses, n'a rien qui ressemble à la contrainte. Dans les églises ^e campagne, qui ordinairement ne sont desservies que par *^ seul prêtre, il faut bien que le serf, qui ne peut pass'é- *^igiier de la terre qu'il trempe de ses sueurs, recoure, pour *^ confession pascale (la seule qui soit pratiquée dans l'an- ^^)f au curé de sa paroisse; mais dans les villes où se trou- ^^t plusieurs églises, le pénitent a d'autant plus le droit de ^^ choisir un confesseur, qu'en Russie il n'existe pas de circonscription paroissiale proprement dite; et dans les capita- ^^, cette liberté est bien plus illimitée, puisque, pour les ^onctions même qui , de leur nature, devraient être réservées ^ comme la célébration du mariage ) à la juridiction pastorale, ^nl n'est astreint à se servir du ministère du prêtre de sa 7)arois8e \

Rien, comme on le voit, ne manque à l'intégrité du système Inquisitorial mis en œuvre contre le seul sacerdoce catholique. Les précautions les plus minutieuses abondent contre lui de la part d'un gouvernement qui ne respecte rien, pas même les limites qu'aucun gouvernement chrétien ni infidèle n'a jamais imaginé de franchir. Demandera-t-on de quel droit un souve-

' L*eipression dont nous nous servons n'a rien que de juste et d'éminemment caractéristique; car les curés ayant, par le fait de leur institution canonique et des pouvoirs qui leur sont confiés par l'ordinaire , juridiction sur tous les chrétiens qui demeurent ou se trouvent accidentellement sur leur paroisse , il est évident qu'en interdisant aux curés Texercice de leur ministère pastoral, envers une classe quelconque de leurs paroissiens, le collège les met, quant à ceux-ci, en état d'interdiction.

* Rien de plus commun dans les capitales que de voir célébrer des mariages dans certaines chapelles, plus ou moins à la mode, parce que les chantres y sont meilleurs, ou que le prêtre a acquis quelque espèce de vogue dans le beau monde. On voit même souvent bénir les mariages dans des chapelles domestiques, lorsqu'il plaît au maître de l'hôtel de mettre la sienne à la disposition de l'époux. En Russie ces choses<là se font de plein droit, et sans dispense épiscopale ni permission du curé.

rain étranger à notre Eglise prétend régler à sa guise Tadmi- — ^j nistration des sacrements ? La réponse à cette question sera jsn bien simple : lorsqu'il est question d'un gouvernement despo- — o tique, il faut toujours faire abstraction du droit; carUestde^S^ son essence de n'en reconnaître aucun, indépendamment de la vo^^^^ lonté du maître; il faudra donc toujours se borner à recher— rx^i cher quel intérêt détermine son action oppressive.

La sagacité du lecteur aura prévenu notre réponse à cett^-^Ke dernière question ; il entrevoit sans doute que toutes ces mesa-^^EUres coërcitives du ministère sacerdotal, dans la seule Eglise « catholique, n'ont été inspirées que par la crainte que quelque unes des malheureuses victimes de Tapostasie de leurs pasteur "■ - s n'échappent aux tendres embrassementsdeTorthodoxierusse^^^» et à la curatelle de sa charitable Eglise. Et c'est , en effet^S» dans cette crainte qu'il faut chercher l'unique mobile de Is redoutable responsabilité que cette législation barbare impos au clergé catholique.

Nous avons fait remarquer ailleurs que le principe de 1^^ subordination militaire est l'élément vital de la constitntiois^ politique et même sociale en Russie. D'après le principe d^^ cette subordination passive, les évéqnes du rit grec-uni étanC les chefs hiérarchiques de leur église, disposaient d'elle souvc'^ rainement, sous la seule réserve du bon plaisir impérial. 1/ avait donc suffi au gouvernement de traiter avec les trois évéques prévaricateurs de la réunion de leur Eglise à TEglise nationale , et de sa soumission au synode , pour que cette réunion fût censée accomplie , et devînt rigoureusement obligatoire pour tous les membres de cette Eglise. S'y refuser constituait , en première lîgnç , le crime d'insubordination envers ses chefs, et de désobéissance aux lois de l'Etat, et, immédiatement après ce premier crime, venait celui d'apostasie de la religion de l'Etat'; crimes passibles , l'un et l'autre , des peines les plus graves. De s'enquérir des douleurs inté-

' La réunion des uniates au schisme s'est faite à peu près comme se ferait une conscription générale militaire. Dès qu'aux termes de Toukase , un conscrit refuse de se rendre sous le drapeau , il est saisi et chfttié comme s'il avait déserté à l'ennemi. C'est ainsi qu'on en agit avec les réfractaires à la transaclion de leurs chefs spiriluels.

D£ l'empire de RUSSIE. 317

x^leures de chacun, ou de lui laisser ralternative ( en supprimant entièrement TEglise grecque-unie), de se perdre avec ^Ue dans son retour au schisme , ou de s'atlacber au rit latin ; \sL raison Teût voulu , la justice Teût demandé , la charité Teùt exigé. Mais d'attendre une pareille condescendance du gou- 'vernement russe , qui faisait de cette réunion forcée Tobjet d'un intérêt politique du premier ordre, autant vaudrait attendre qu'un fleuve rétrogradât vers sa source! .

Malgré l'admirable unanimité que préconise le synode dans Fœnvre de la réunion des uniates à son Eglise, le gouvernement russe n'était que trop bien informé de la profonde répugnance avec laquelle cette apostasie était accueillie dans les nenf provinces polono-russes. C'est bien à cette cause qu'il faut attribuer le retard et les singulières précautions qu'il avait apportées à la publication des actes relatifs à cette réunion; car par les rapports de ses gouverneurs il apprenait, chaque jour , que le peuple des villes et des campagnes , peu disposé à reconnaître , comme auparavant, la juridiction de ses infidèles pasteurs, recherchait par tous les moyens imaginables, el à tous risques et périls , le ministère des prêtres latins. Il fallait donc, à tout prix , lui fermer cette dernière et incertaine ressource , en soumettant aux clauses restrictives les plus sévères et à la plus redoutable responsabilité envers l'Etat les prêtres catholiqueset leur saint ministère. Le moyen, en effet, était aussi facile qu'efficace ; car le malheureux individu qui, parmi beaucoup d'autres , se présentaità la confession pouvait, à la rigueur, échapper à la surveillance des agents du gouvernement apostés près des confessionnaux ; mais le prêtre restait sous la main de l'autorité. Astreint, comme nous l'avons vu , à la plus rigoureuse résidence, il lui devenait infiniment difficile de se soustraire aux recherches dePautorilé, aidée dans ces recherches et dans sa surveillance par les prêtres schismatiques et par leurs adhérents. C'est donc à lui que le gouvernement était décidé à s'en prendre, s'il osait, même involontairement, contrevenir à la défense qui lui était faite de recevoir à confesse un individu quelconque étranger à sa paroisse.

Il faut, avant tout, être juste et vrai en décernant à chacun

518 DE LA SITCATIOV mSUGISOSB

Jes él(^[es on le blâme qoi loi sont dos. La justice ooas imposer donc le devoir de dire qae le ooll^;e eodésîastiqae, son pré — sidept en tête, se montra consterné de la danse en question ^ et fit à son proenrenr quelques timides objections , non siii^ rincompéienee du pouvoir tempordd riem prescrire sur Fadmi-^ nistration des sacrements ( cela eût été trop hardi et trop choquant pour Fauteur de la proposition), mais sur la difficulté de la mettre à exécution. Le métropolite' lui représenta la différence du mode de la confession dans les deux Eglises ( dans TEglise russe 9 Ton se confesse debout, en face du prêtre, et par conséquent à visage découvert ), et Timpossibilité, pour le confesseur, enfermé dans le confessionnal et séparé de son pénitent, de le reconnaître. Il eut dû lui représenter les r^es canoniques de TEglise catholique , qui ne permettent ni de repousser de la confession ceux qui la recherchent, ni de refuser la communion à aucun de ceux qui se présentent à h Table sainte. Si ces remontrances furent faites ( ce que nous ignorons comme tout le monde) , elles demeurèrent, comme Ton pouvaits'y attendre, sans effet sur l'esprit du malveillant auteur de la proposition , qui exigea qu'elle fût agréée sans commentaire ni conditions.

Ainsi placé dans la dure alternative de résister à la volonté souveraine , ou d'adopter des dispositions aussi tyranniques dans leur esprit qu'éminemment dangereuses dans leur application , pour le clergé catholique, le collège osa suspendre sa résolution et prendre trois jours pour réfléchir sur la matière.

' Ce prélat, du nom de Pawlofskî, n'est encore que titulaire de cette dignité, attendu qu'il n'a pas encore reçu ses bulles de Rome; mais il en exerce la principale fonction , qui est Ja présidence du collège ecclésiastique. Avant sa nomination à la dignité primatiale, il n'était que simple évéque in partibus, coadjuteur du diocèse de Kamenetz-Podolsky. La singulière faveur qui , du rang infime de la hiérarchie pontificale, l'a fait tout à coup monter au faite des dignités ecclésiastiques en Russie , Inspire aux catholiques des inquiétudes d'autant plus sérieuses, qu'elle ne peut être due qu'aux recommandations du ministre de l'intérieur, guidé luimême par les informations que peut et doit lui avoir fournies, sur le caractère du prélat, le directeur général du département des cultes, M. RloudofT, dont les intentions dans ce choix peuvent être, sans témérité, supposées plus que suspectes.

D£ l'eMPIRB de RUSSIE. 519

XJn seul moyen se présentait à la pensée des membres du collège : c'était de recourir directement à Tempereur, afin d'en obtenir une modification que son délégué disait ne pouvoir accorder. Le métropolite , en sa qualité de président du collége, se dévoua pour tous; il demanda et obtint une audience de l'empereur, à qui il exposa les scrupules du collège'. Le fond de la question fut habilement^ mais bien malheureusementy masqué sous une forme incidentelle; le timide prélat se contenta défaire observer que quelques églises de Pologne célébraient certaines fêtes propres , auxquelles le Saint-Siège avait attaché des indulgences; ce qui occasionnait un concours plus ou moins nombreux de fidèles qui recherchaient ces indulgences; qu'en défendant aux prêtres de recevoir leurs confessions, on les privait des grâces spirituelles qui y étaient attachées; ce qui ne tendait à rien moins qu'à la suppression des indulgences, celles-ci faisant partie du dogme catholique,

La réponse impériale' renfermait une protestation formelle contre l'intention de porter atteinte au dogme des indulgences que l'on saurait respecter ; et qu'en conséquence , le ministre de l'intérieur serait chargé de porter à la connaissance du collège les résolutions ultérieures qui pourraient être prises à cet é^rd\ Tout heureux et tout aise de s'être tiré à si bon compte

' Partout ailleurs qu'en Russie , le primat d'une Église dotée d^un droit PoUUque d^existence dans VÈtat serait assuré d'obtenir un accueil distingué de la part du monarque. 11 en était tout autrement du métropolite nommé de TÉgiise catholique en Russie. Ce prélat aurait, s'il l'avait <^t volontiers indiqué, comme Esther, un jeûne et des prières de trois jours avant d'aborder l'empereur et de lui exposer ce qui pouvait lui paraître une téméraire opposition à sa volonté.

* L'empereur était d'ayance bien informé de l'objet des supplications <nii allaient lui être adressées, et sa réponse était combinée de manière ^ w montrer fort éloigné d'attenter au dogme des indulgences qui , en ^, ne lui importait guère. Si le mandataire et le chef fictif du collège arait osé, comme son devoir pastoral Teût exigé , mettre au ^premier rang ^ dogmes catholiques la liberté du ministère sacerdotal en matière sacrmenteUe surtout , nous ne savons ce qu'il aurait pu obtenir ; mais ce 90' nous parait certain , c'est qu'il aurait un peu plus sérieusement embarrassé la tolérance impériale.

' L'empereur ne daigne pas les lui indiquer lui-même. Il fallait bien an moins manifester, par ce dédain, le blAme que méritait la démarche à hardie du chef putatif de l'indocile collège.

5i0 DE LA SITUATION RELIGIEUSE

d'une démarcbe aussi hasardeuse, le métropolite donna aa collège communication de la réponse provisoire qu'il avait reçue, et Ton attendit avec résignation les ordres définitifs du ministre. Ces ordres fontla matière d'une lettre que nous mettons sous les yeux du lecteur.

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