COMMUNICATION
Faite par Vaide de camp général , dirigeant le ministère de VintérimT* sous la date du 20 janvier 1840, et le n"* liO, au métropolite wmtt^ des églises catholiques romaines,
« Emiuentissime' et gracieux seigneur ,
» Par sa communication du 5 janvier, n<* 10 , Votre Em^ ' nence veut bien me faire part de l'observation : que si la m^ sure que j'ai proposée au collège catholique romain, pour so exécution dans son for, et d'après laquelle les prêtres latiims doivent être astreints à se renfermer, pour l'exercice de leurs fonctions , dans le cercle de leurs propres paroisses , devait s'étendre même aux églises auxquelles, à l'époque de certaines fêtes, il a été accordé des indulgences, il en résulterait que les sectateurs de la religion catholique romaine seraient privés de la faculté de profiter de ces indulgences, lesquelles', suivairU votre expression y constituent une nécessité dogmatique. — Par ce motif, vous sollicitez pour les prêtres catholiques romains la permission de recevoir à confesse des personnes d'autres paroisses , sous la condition* quHU se gardent bien d^exercerles
' Nous nous servons de ce terme qui , bien qu'inconnu dans la langue russe , est cependant employé en Russie dans les traductions françaises pour tout i'épiscopat russe. Il nous paraît d'ailleurs le plus analogue k répitbète officielle dont on y fait usage en adressant la parole à un prélat du premier ordre. L^adjeclif russe , composé de plusieurs superlatif, ae rendrait à peu près par ces mots : Votre haute consécration.
* Cette clause restrictive, introduite par le prélat lui-même, bien qu'elle puisse jusqu'à un certain point être excusée par le désir d'obtenir k ee prix sa demande , a cependant quelque chose de bien opposé à son caractère pastoral, en tant qu'elle est rédigée dans des expressions menaçantes et par conséquent injurieuses au sacerdoce.
fonctions de leur ministère en faveur de personnes iune autre confession^ , sotu peine d^ encourir la plus rigoureuse responsor hUM^ conformément aux lois.
» Je me fais un devoir de communiquer sur cela à Votre Eminence : que par Tadoption de mesures comman(2é6s par la phu absolue nécessité, afin de parvenir à empêcher les prêtres iiJtHns de s'immiscer , comme cela a été constamment remarqué BANS LES GOUVERNEMENTS DE l'ouest , aux fonctionsdcs prétrcs de t^Mglise orthodoxe, en remplissant , envers des personnes qui ap* pcrtiennent a cette Eglise les fonctions spirituelles* , ces OQesureSy comme il s'entend de soi-même, n'ont pas été prises dans rintention d'entraver l'exercice des rits, des cérémonies Qt autres besoins spirituels adoptés dans les paroisses catholiques romaines, comme appartenant auxdogmesde leur Eglise; 9^6» par conséquent , bien que Fon impose aux prêtres des pa^ ^^ses Vobligation de n'admettre ni à la confession ni à la communion des gens d'autres paroisses ^ cette disposition cependant **« renferme pas celle d'empêcher leurs paroissiens^ de se confesser
' Il ne fiiut pas croire que sous cette définition générale le gouvemeiQent russe n*enlende que ses chers orthodoxes. En Russie, il est, depuis bien des années, défendu aux prêtres catholiques de recevoir les ^jurations des protestants, tandis que pleine liberté est accordée aux protestants d'admettre des catholiques à leur communion. Pour mieux assurer Teiercice d'une si honteuse partialité , les évéques ont reçu défense d'accorder aux prêtres le pouvoir d'absoudre d'hérésie et de schisme; et comme les pouvoirs d'absolution, qui ne peuvent s'accorder que pour une année, sont toujours inscrits en tête du directoire que Tévéque envoie k chaque doyen pour être remis par lui aux curés de sa circonscription, Tautorité civile peut facilement s'assurer si ce refus de pouvoirs , qui a été ordonné par le collège, est fidèlement observé par l'ordinaire. Nous avons personnellement connu quelques protestants qui, depuis longtemps catholiques d'intention et de volonté , ne pouvaient participer aux sacrements faute d'absolution.
* Ici l'intention du gouvernement russe devient plus explicite.il n'ignore pas que de malheureux uniates, schismatisés malgré eux, recherchent h tout prix l'absolution des actes de faiblesse dont ils pourraient s'être rendus coupables , et que , jusque-là , les prescriptions de l'Église catholique et la charité de ses ministres n'avaient pu leur refuser.
3 La distinction paraîtra aussi subtile que perfide. Il est permis aux fidèles de se confesser hors de leurs paroisses , mais il n'est pas permis à un prêtre, autre que leur curé, d'entendre leur confession 1 Ce contre-
dans (Tautres paroisses. Mais comme dans celles-ci, à moins de garanties sa Disantes que ces gens appartiennent réellement à TEglise catholique romaine, il pourrait, parmi eux, s'en trouver qui n'y appartinssent pas, et que, dans ce cas, les prêtres de ces paraisses encourraient la responsabilité établie par les lois' ; — Par ces motifs, je reconnais indispensable que ceux qui viendront d'autres paroisses, aux époques de la célébration de certaines fêtes , pour se confesser et recevoir la sainte communion , n'y soient admis qu'en présentant une at« testation écrite de la main de leur propre curé, et constatant qu'ils appartiennent à l'Eglise romaine* attendu que, au cas contraire, les mesures prescrites ensuite de la plus indispensable nécessité^ et dont T exécution, d'ailleurs^ n'offre pas le moindre inconvénient f demeureraient sans effet.
» J'ai l'honneur d'être , avec une parfaite considération , etc. »
Tel fut le résultat final de l'unique et bien faible marque d'énergie que le collège ecclésiastique ait jusqu'ici opposée aux impudentes exigences de son procureur! Le collège avait un moment reculé devant l'idée de soumettre au bon plaisir du pouvoir politique ce qu'il y a de plus sacré, de plus essen-
sens cependant n*est pas aussi absurde qu*on pourrait le en^re. Le goH* yernement ne voulant pas encore commettre son autorité enfers des populations mai disposées pour le schisme auquel on veut les astreindre, et dont les premières infractions à la loi seraient difficiles k constater, aime mieux s'en tenir à la responsabilité des prêtres, qu'il luiestbiea plus facile de saisir pour en faire un exemple capable d'effrayer tous leorf confrères. Et pour cela il n*est pas nécessaire que le prêtre soit eovh vaincu d'avoir reçu la confession d'un pénitent censé étranger à st communion, il suffît qu'il ait entendu celle d'un pénitent qui ne soit pas d< sa paroisse ; ce qui , comme on le comprend, est plus facile ci lui mpttirr.
' Quand même ils auraient commis une erreur involontaire et presque impossible à éviter au milieu d'une grande affluence de pénitents! Qaelle barbare législation , et combien il faut à un prêtre de zèle , de courage et de résignation avant de s'asseoir au tribunal sacré de la rémission def péchés !
* Et si un pareil certificat vient, par une cause quelconque, k tomber en d'autres mains, la responsabilité du confesseur subsistera toujoiir*f car comment prouvera-t-il qu'il a été trompé?
tid dans le culte catholique : Tadministration des sacrements. Mais donnant à ce qui aurait dû prendre la forme d'une protestation solennelle contre une prétention aussi exorbitante la forme obséquieuse d'une simple remontrance prise dans le cas particulier de Tapplication des indulgences , il n'obtint qu'une légère modification pour le cas auquel lui-même avait restreint sa réclamation; modification apparente qui laisse subsister en son entier le principe de la sujétion de l'Eglise, néme en matière sacramenielle , au pouvoir politique, et qui, loin démettre le confesseur à l'abri d'une responsabilité toujours menaçante, l'y expose davantage, puisque, à cbaqne instant , il peut être surpris par Texhibilion d'un certificat ou faux ou remis en mains différentes de celles auxquelles il était destiné. Nous le dirons hardiment et en toute mérité, les premiers chrétiens étaient moins à plaindre, et leurs pasteurs étaient moins exposés, même sous les cruelles persécutions des Néron et des Domitien ; car ils étaient protégés par le secret de leurs cryptes, où du moins ils recevaient et donnaient le pain céleste hors de l'atteinte du regard meurtrier de leurs persécuteurs. Ici , au contraire, la publicité du culte engendre des dangers incessants pour les pasteurs comme pour les fidèles , puisque, ouvertes à tout le monde , les églises catholiques sont toujours infestées du regard scrutateur des agents du gouvernement, et l'on ne conçoit pas comment ^ prêtre peut célébrer , avec la présence d'esprit et le recueillement convenables, les saints mystères, pouvant à chaque instant se voir exposé à la cruelle alternative de refuser b communion , contrairement aux lois de l'Eglise, ou de se compromettre de la manière la plus grave en la donnant à un Mtdividu qui , à tort ou à raison^ pourra être réclamé comme appartenant à l'Eglise schismatique; car , il ne faut pas l'ou- Wier , Vassentiment personnel à T orthodoxie russe n'est demandé à qui que ce soit; il suffit, pour y appartenir, d'avoir été Diembre, ou d'avoir seulement été réputé membre de l'Eglise grecque-unie , pour pouvoir être réclamé par l'Eglise schismatique, et cela quand même, pendant un temps quelconque, ''ou aurait fréquenté les églises du rit latin. Dans ce dernier cas même votre position et celle de votre confesseur devien-
draitplus périlleuse; car yous seriez incriminé d'apostasie . et le prêtre serait accusé de vous y avoir sciemment engage , Conçoit-on quelque chose de plus noir que des combinaisoi^i dont résultent » en droit et en fait, de pareilles conséquence» 1
Et pourtant la troisième clause de la proposition du 5i décembre renferme une disposition encore plus détestable. Elle veut que le seigneur territorial (dans les neuf provinces russopolonaises , il sont presque tous catholiques du rit latin )» contre sa conviction religieuse, use de tout son pouvoir j»9tir forcer ses vassaux à fréquenter le temple schismatique (qui souvent a été enlevé au culte catholique) , et à participer aux sacrements d'une Eglise que, en son âme et conscience, il se sent obligé de réprouver et de fuir'. La stricte exécution de cette clause est confiée à la surveillance des autorités locales, armées de tous les moyens de se faire obéir.
Ainsi , il ne suffit pas au gouvernement russe d'avoir enlevé à ces nobles propriétaires l'exercice même secret de leur propre culte ^ en leur interdisant d'établir, dans l'intérieur de leur domicile, et pour leurs familles seulement , un oratoire domestique , et d'entretenir un prêtre pour y célébrer les saints mystères; il faut qu'ils se mettent en contradiction poignante avec leur foi et leur conscience ; il faut qu'ils se soomettent à encourir le mépris et la haine de leurs vassaux, en forçant des malheureux , leurs frères dans la foi , à l'abjurer en pratique , en participant à un culte que tous deux ils détestent ! Nous le demandons à chacun , la tyrannie la plos atroce peut-elle aller plus loin? La conscience n'est donc plos» en l'homme, un sanctuaire inviolable; elle n'est plus qu'un vain nom , en tout subordonné à la puissance matérielle, qui b comprime à volonté, qui la torture sans pitié, qui, disons mieux , n'en admet pas même l'existence! Car c'est là , en effet, la morale du despotisme : là où le maître a parlé, le sujet n'a plus de conscience.
' Cette obligation devrait même aller jusqu'à infliger au serf récalcitrant des punitions corporelles dont la seule pensée, en cas ]Nir€t(,fai( reculer d'épouvante. Si les cruels Césars faisaient condamner au martyre des chrétiens , ce n'était pas au moins à d'autres chrétiens qu'ils commettaient Taffreuse tâche de tourmenter leurs frères!
DE l'empire de RUSSIE. 325
Maintenant que nous savons jusqu'à quels excès se porte l'omnipotence impériale en Russie , voyons de quelles pénalités elle arme ses exigences.
Dans le cas où le seigneur territorial manquerait au devoir qui lui est imposé, de forcer ses vassaux à' participer au culte ichismalique , le gouverneur de la province a le pouvoir de le déposséder immédiatement de l'administration de ses terres , et de la confiera un ou à plusieurs curateurs à son choix. Est-il nécessaire de mettre sous les yeux du lecteur le hideux inibge qui devient, en Russie, la conséquence d'une pareille mesore; pillage éhonté dont les fruits, comme une proie com* moue, se partagent entre tous ceux qui auraient le devoir de bsnrveiller, sans en excepter l'autorité supérieure de la pro- Tinee?Et pour peu quele propriétaire ainsi spolié encoure , irmon de délations souvent soudoyées , le soupçon d'avoir encouragé la résistance de ses vassaux , il est à l'instant enlevé à sa famille et déporté à l'intérieur, sans qu'elle puisse même savoir de quelle résidence éloignée l'autorité a fait choix pour lui. Pour que de si cruels sévices puissent s'exécuter, il n'est pas même besoin d'un ordre spécial du souverain; tout gouverneur de l'une des provinces russo-polonaises a le droit de les ordonner sans formalités préalables, et sous la seule clause (fen faire rapport à l'empereur, qui, comme bien s'entend, fie trouve que des éloges à donner au zèle orthodoxe de son serviteur.
Nous avons déjà montré comment s'exécute, dans le royaume de Pologne , le système conçu et suivi par le gouvernement de r Rossie , de dépoloniscr le royaume de Pologne au moyen des fi systèmes combinés de la confiscation et des mariages mixtes ; Onous reste à établir, sur un document authentique, comment ce même système est en pleine voie d'exécution dans les wuf provinces russo-polonaises.
Nous n'avons que peu de choses à dire sur les confiscations qui y ont eu lieu'. Si elles ont été beaucoup moins fréquentes
' Mous ne nous occupons ici que de la confiscation de terres et autres propriétés seigneuriales. Mous avons parlé plus haut de la confiscation des églises et du séquestre des domaines ecclésiastiques.
en Russie qu'en Pologne , c'est qu'elles n'ont pu y atteindre qu'un certain nombre d'énaigrés, qui , dans un premier mouvement d'effervescence patriotique , avaient couru sous les drapeaux de l'insurrection , ou qui se sont trouvés atteints et convaincus d'avoir, par correspondances ou autrement, tenu le parti des insurgés. On peut en général s'en rapporter au zèle bien récompensé des agents de la police et du fisc pour le soin que prenaient les uns et les autres de multiplier les catégories des suspects, et pour aider de toutes leurs forces à les spolier de leur patrimoine. D'autre part d'innombrables solliciteurs environnaient le trône et parvenaient à dévorer cette curée poliiique. Ces spoliations d'ailleurs n'entrant pas^ dans le cadre purement religieux dans lequel nous nous renfermons , nous abordons le sujet des mariges mixtes dont le&» résultats , bien que politiques dans l'intention de la Russie^ ont cependant un caractère très-alfligeant pour la religion.