‹ Persecution et souffrances de l'Église catholique en Russie; ouvrage appuyé de documents inéditsChapitre 27 sur 35 · FIN · texte numérisé non relu

FIN

35i NOTES ADDITIONNELLES.

Note 1 ( page 5 ).

Nous disons jtMÇtt'd un certain point y parce qoe, bien que les se^ cousscsqui, depuis Pierre I"" surtout, ont ébranlé le trône de Russie ne raient pas, comme cela arrivait à Gonstantinople, livré auias^ sassins des empereurs, quelle que fût d'ailleurs la condition oul^^ naissance de ces meurtriers , il n*en est pas moins vrai et conna de tout le monde que (pour ne parler que d'un siècle), les avénemenls des empereurs et des impératrices (celui de Paul seul excepté), ont été souillés de sang : depuis celui d'Elisabeth suivi de la réclusion et plus tard de la mort d'Ivan; celui de Catherine H précédé de l'abdication forcée et suivi du meurtre de son époux; celui d'Alexandre, précédé du meurtre de son père, jusqu'à celui de l'empereur Nicolas qui n'a pu s'opérer qu'au moyen du massacre d'une partie de la garde impériale. Quanta ce dernier événement, nous ne pouvons nous tfispenser de rendre un juste et légitime hommage à la présence d'e9|ril et à l'intrépide dévouement de ce prince, dont le courage et la rimh lution, au milieu des plus grands dangers, ont certainement épaqpié à son empire comme à l'Europe entière une terrible catastrophe. .

Note 2 (page 4).

La chronologie russe, forgée à l'appui de son schisme, préteidi bien fixer l'acte de rébellion définitive de l'Église byzantine coKire l'Église romaine, qu'elle qualifie simplement de séparation des dasx^ Églises, à l'an 870, quatre-vingt-deux ans avant la conversion dofl grand prince Vladimir. Mais ce comput est évidemment fautif ou meii — songer. L'origine du schisme grec, comme il est constaté partons le^^ historiens, remonte à l'année 851, époque de la sacrilège intrusiow^ de Photius; mais tous les monuments historiques constatent unan?^ moment que cette première tentative échoua à raison de la chute dE l'intrus. Elle fut quelquefois reprise par des patriarches, encourag^^ et appuyés par leurs empereurs , mais sans succès durable , et schisme, nul ne l'ignore, ne fut enfin accompli et proclamé que p^s Michel Keroularios en 1053. Ce qui prouve invinciblement qu*au tera"^

^e Vladimir et même après lui les Églises n'étaient pas séparées, c'est l.«ur martyrologe commun à cette époque, et rinsertion, par suite de c^ette communauté , du prince apostolique Vladimir , sous son nom de baptême, Basile^ ainsi que celle de ses deux fils, Boris et GUb, sous l.eurs noms chrétiens, Bomain et David ^ au martyrologe romain. Voy. l'ouvrage d'Assemani, intitulé : Calandaria Ecclesiœ universœ, 4" et & Yolumes. Un fait encore plus concluant, et que les Russes dissimulent soigneusement parce qu'ils ne sauraient le nier, c'est l'hom* mage que Isiaslaf, petit-fils de Vladimir, rendit au Saint-Siège, dans la personne de son propre fils, qu'il envoya à Rome, pour mettre ses États sous la protection du prince des apôtres. La réponse de saint Grégoire VII à la lettre du grand prince porte la date du 17 avril 1075. Elle est par conséquent postérieure de vingt-deux ans à la proclamation du schisme grec, et de soixante ans à la mort de saint Vladimir. Ces légères altérations à la chronologie religieuse ne coûtent rien au gouvernement russe, lorsqu'elles ont pour objet la justification de son schisme. Elles lui vaudront bien le mépris des savants de l'Europe; mais en Russie qui oserait les rectifier?

Note 5 (page 6).

On nous pardonnera peut-être de rappeler au sujet de cette fête, %î solennelle en Russie, que l'empereur Paul jugea à propos de faire , On ce même jour fl797) , son entrée également solennelle à Moscou, environné de toutes les splendeurs de sa cour, et faisant étendre de Yiches tapis sous les pieds de son cheval, à l'imitation de ce que raconte l'Évangile de l'entrée triomphante du Sauveur à Jérusalem. Huit jours après, c'est-à-dire le saint jour de Pâques, il voulut être sacré sans se soucier des empêchements aux cérémonies de la Semainesainte que devaient nécessairement occasionner les préparatifs de son sacre dans l'église métropolitaine ; mêlant ainsi la solennité de son couronnement à celle du triomphe du divin Crucifié sur la mort. Une indignation profonde, mais silencieuse, accueillit de toutes parts celte profanation des plus saints mystères du christianisme; et de nos jours encore, les hommes religieux qui s'en souviennent, expliquent la fin tragique de ce malheureux prince, par une malédiction spéciale qu'avait attirée sur son règne le crime de son sacre. Il eût été sans doute du devoir du métropolite Platon de lui faire au moins à ce sujet quelques remontrances, auxquelles ce prince, qui n'était rien moins qu'irréligieux, eût probablement déféré; mais comment un prélat, quelque éminente que fût sa dignité, aurait-il osé en remontrer à son

Pape? Chien muet, pour nous servir des termes de la divine Écritore, il asservit son ministère à une cérémonie que toute la cité réputait blasphématoire, et dans la harangue qu'à cette occasion il adressa à l'empereur, il ne manqua pas d'exalter sa haute piété, au grand scandale de la plupart des auditeurs.

Note 4 (page 7).

Ces turpitudes nous rappellent involontairement la farce infâme qu'au milieu de sa cour il fit jouer par un imbécile octogénaire du nom de Zaloff^ qu'il créa prince-pape (kniàz-papa) , et dont il célébra les noces avec une vieille du même âge, s'amusant des cérémonies burlesques que de vils courtisans lui avaient suggérées. Notre souvenir et notre plume se refusent également à se souiller de ces ordures impériales. Nous nous bornerons à ajouter que la famille de ce bouffon n'a pas conservé le sobriquet dont Pierre l'avait si indignement affublé, mais que, pour l'en dédommager sans doute, elle a été gratifiée du titre de comte. 11 est vrai qu'elle répudie sa descendance d'un misérable qui , dit-on, avait été originairement maître d'écriture de son souverain.

Note 5 (page 13).

Afin de mieux faire ressortir la prévarication du synode russe dans le fait que nous venons de rapporter, nous lui citerons un exemple qu'il ne pourra récuser, puisqu'il lient une grande place dans la vie du bienheureux Platon , si vénéré en Russie, et non moins célèbre dans l'Église d'Orient.

Ce généreux défenseur de la sainteté du mariage et des inviolables lois de l'Église gouvernait paisiblement le monastère des Saccudes, à Constanlinople, après avoir gouverné celui des Symboles, lorsque Tempereur Constantin, septième du nom, après avoir répudié Timpératrice Marie, épousa l'une de ses filles appelée Théodora.

Des accusations du même genre que celles dont le synode russe prétendait faire l'application au divorce du grand-duc Constantin, avaient servi de prétexte à celui de l'empereur du même nom; car la toute-puissance, quand elle est jointe à la malignité humaine, a toujours à sa disposition de pareilles allégations. Mais le bienheureux Platon, dont la sainteté était admirée dans tout l'Orient, se montra aussi grand, aussi juste que saint Jean-Baptiste; il dit au nouvel Hérode : non licel. Persistant, au mépris des menaces impériales, dans sa courageuse réprobation du scandale adultérin, le vénérable abbé

fut saisi, ao milieu de ses religieux en larmes, par les satellites de l*iinpudiqae tyran ; son monastère fut saccagé et lui-même renfermé dans un affreux cacliot , où son héroïque dévouement résista, pendant des années, aux traitements les plus barbares ainsi qu'aux misères réunies de la nudité, de la faim et de la soif; car Teau même ne lui était donnée qu'en mesure insuffisante.

De ce récit tiré de l'histoire ecclésiastique et des légendes orientales, nous conclurons que la règle établie par saint Basile n'avait pas trouvé dans le bienheureux abbé une facilité d'interprétation aussi souple que celle que nous reprochons au synode de Russie, ou plutôt, et pour dire la vérité sans détour, que l'obséquieuse assemblée n'a pas reculé devant la crainte de calomnier sciemment la mémoire d'un àes saints les plus célèbres de son Église et de la nôtre, en lui imputant une législation favorable au double crime d'adultère et de ^îS^mie.

Note 6 (page 19).

Ce ne serait que par un manifeste abus de langage que la Russie ^^pliquerait cette dénomination de confessions étrangères, par leur ^^'^Qine étrangère. Car, à ce compte , le schisme gréco-russe serait tout >iis«i bien une confession étrangère, puisque, au su du monde et du F>^o|[)re aveu du gouvernement russe et de son synode, il a été importé te Constantinople en Russie. Quand le lecteur aura avec nous jeté un ^Upd'œil sur les nombreuses sectes qui, en Russie, font schisme teos le schisme, il demeurera convaincu que l'Église gréco-russe ne P^^t pas même, rigoureusement parlant, se qualifier d'Église nalio^ **!«, mais que la dénomination qui lui est réellement due est celle ^SglUe dominante, c'est-à-dire d'une Église qui n'a de consistance V^'^en vertu de l'appui que lui prêle le pouvoir politique, appui dont ^ suppression la laisserait crouler sur elle-même.

Note 7 (page 19).

Comme il nous paraît peu vraisemblable que l'histoire de Russie 8oU généralement connue en France, ou que l'universalité de nos lecteurs ait eu occasion de l'approfondir, nous pensons qu'il ne leur sera pas désagréable de trouver ici un exposé succinct et impartial de l'épisode le plus extraordinaire et en même temps le plus important <lerhistoire de Russie, puisque, à la suite des guerres les plus san- Slsntes, il mit fin à la longue domination de princes et de rois issus ^0 sang varaigue , et fonda une dynastie nouvelle de race slave.

lYan IV, sarnommé le menaçant (Grosnaï) ', avait laissé en mourant deux fils : Tainé, du nom de son père, entrait à peine dans les années de Tadolescence ; son cadet , appelé Dmitri , encore dans TeRfance, était confié aux soins de sa mère, qui, conformément aux usages de ces temps, s'était retirée au monastère d'Ouglitch; car à cette époque encore , les reines douairières ne pouvaient ni se remarier ni rester à la cour du nouveau tzar.

Par un acte de sa dernière volonté , Ivan avait établi pour la mino^ rite de son fils et successeur, un conseil de régence composé de trois membres, et dont la présidence ou direction suprême était dévolue an boyard Boris-Godounoff, son proche parent. Celui-ci, ambitieux el scélérat consommé, ne tint pas plutôt les rênes du gouvernement, qu'il songea à s'approprier la couronne de son pupille. Il réussit facîiement à faire entrer dans ses vues le prince Chouiski, son premier collègue dans la régence ; mais connaissant le caractère probe et dévoué de son autre collègue , Boris n'osa lui proposer une participation, même passive, à son affreux complot ; et pour se débarrasser de son incommode surveillance , d'accord avec Chouiski , il le fit enlever et conduire dans un monastère très-éloigné de la capitale, où il reçut la tonsure monacale et fut forcé, sous peine de mort, de prononcer les vœux; ce qui , suivant les mœurs du temps, l'éloignait à jamais et irrévocablement de l'exercice de tout emploi on pouvoir publie.

Le jeune tzar cependant paraissait dépérir de plus en plus, les uns disent par l'efiet d'un poison lent que Boris lui avait fait administrer; d'autres pensentque l'altération de sa santé etde son intelligence étsût l'effet d'une corruption précoce à laquelle son tuteur avait pris soin de l'initier. Quoi qu'il en puisse être du mérite de ces deux opinions, le malheureux prince inclinait visiblement vers la tombe, et sa mort, plus ou moins prochaine, faisait tomber la couronne sur le front de son jeune frère.

Le moment était donc venu pour Boris , dont la criminelle impatience ne pouvait se résigner à continuer sur le jeune Dmitri le système d'empoisonnement physique ou moral qui lui avait si cruellement réussi sur son frère aîné; le moment était venu de prendre une voie plus courte pour amener la vacance du trône. Des sicaires bien affîdés furent donc envoyés à Ouglitch avec ordre d'assassiner le jeune prince.

' C'est mal à propos que des historiens français ont surnommé ce prince le Terrible, L'adjectif gfrozwoï est dérivé du verbe grozit ( menacer ); terrible se dirait , en russe , slrachnoï.

liais la tzaritsa veillait de trop près sur son fils, de sorte qoe pour exécuter les ordres de Boris ils mirent de nuit le feo au monastère, et même, dit-on, à la ville, y pénétrèrent dans le désordre qu'avait occasionné Tincendie, et poignardèrent, disent les historiens russes, le jeune prince aux bras de sa mère '. Afin de constater ce fait, qui fait le nœud de cette épouvantable histoire, Ton fit, bien des années après, porter le corps vrai ou supposé du jeune prince à Moscou, où il fut déposé parmi ceux des grands princes et des tzars, dans la cathédrale de Saint-Michel -Archange, et par décret du patriarche Philaiète, dont nous aurons à reparler, son nom fut inséré au catalogue des saints de TÉglise russe, avec le prédicat de martyr*.

Le jeune tzar Ivan étant mort quelques années après cet horrible éféiemeut, Boris, qui, depuis des années, exerçait en son nom le poifoir royal , n*eut pas de peine à se faire proclamer tzar , et il régna sinon paisiblement, au moins sans contestation sérieuse, malgré le double régicide dont il était plus que soupçonné parmi le peuple et les grands du royaume. Mais voilà que tout à coup se montre SB Pologne un jeune homme qui déclare être le tzarévitch Dmitri , ^ppé aux flammes d'Ouglitch et au fer de ses assassins par la prétCBse d*esprit et le dévouement de sa mère qui , à son dire , lui aunil en toute hâte subrogé un autre enfant de son sexe et de son âge. 1^ quelque nature qu^aient été les preuves dont il étaya son récit (lil historiens parlent, les uns d'une médaille gravée qu'il portait au M et où se lisait son nom, les autres d'un stigmate que sa mère, frivoyant les criminels complots de Godounoff, lui avait imprimé sur httrps), ce qu'il y a d'historiquement certain, c'est que, présenté latin de Sandomir , il fut reconnu par lui dans ses droits à la ne de Russie , que ce seigneur lui donna même en mariage 4lAe Marine, après qu'il eut abjuré le schisme russe, et qu'il le Mliiisit à la diète de Pologne, à laquelle il demanda l'assistance de Mannes pour rétablir l'héritier légitime de la couronne de Russie sur lillâne de ses ancêtres.

Bn'en fallait pas tant pour enflammer le généreux élan de cette

'Ce qui rend le fait plus douteux, c'est que Boris les fit massacrer eai-méoies, comme pour châtier leur crime, ou plutôt peut-être pour tts punir de n'y avoir pas réussi.

* N'est-il pas plus que singulier de voir le même personnage, hypo- IbétSquement canonisé et anathématisé, sous deux noms difl'érents, par rÉglîse de Russie ? Ce n'est pas la circonstance la moins étrange de la destinée d'un homme qui , quels que puissent avoir été son droit et son origine, a pourtant, et très-incontestablement, porté la couronne des tzars.

belliqueuse pospolita, à laquelle d*ai Heurs toute occasion paraissait bonne, dèsquMl s'agissait de se mesurer avec des voisins qu'uninstml de prévoyance semblait avoir de tout temps désignés à leur inimitii. Le secours de ses armes fut aussitôt promis que sollicité pour le tz2révitch qui, de son côté, se montrait disposé à reconnaître par ane inaltérable amitié le bienfait qui lui était accordé. L'armée polonaise se mit immédiatement en marche sur Moscou, conduisant au milieo d'elle le tzarévitch , et sommant de se réunir à eux tous les Russes encore fidèles au sang de Rourik.

L'usurpateur, peu disposé à se laisser arracher le fruit de ses crimes, envoya au-devant de l'armée polonaise tontes les troupes qu'il put assembler à la hâte; car à cette époque, la Russie n'avait pas encore ce que l'on peut appeler des armées permanentes. Mais, comme il arrive ordinairement en pareilles circonstances, une partie de ces troupes se joignit aux partisans du tzarévitch, et les autres se dispersèrent. La position de Boris devenant de jour en jour plus critique, il mil, dit-on, fin à ses jours, au moins est-il certain qu'il mourut au plus fort de la crise. Il avait auparavant, pour dernier moyen de salut, envoyé au camp polonais une députation de boyards chaînés de convaincre le tzarévitch d'imposture. Mais cette ressource désespérée devint cause de sa perte; car ses députés, après un entretien prolongé, se jetèrent à ses pieds et lui rendirent hommage. A cette nouvelle, le peuple de Moscou se souleva, et les portes de la capitale s'ouvrirent au prince et aux défenseurs de ses droits, et le tzarévitch prit possession du trône.

S'il faut en croire les historiens russes, le nouveau tzar, s'étant déclaré catholique romain, aurait poussé l'imprudence jusqu'à se faire sacrer selon le rit romain, et par des évoques polonais. Ils ajoutent, qu'à cette occasion , la pospolita se permit la profanation des églises et des objets du culte des Russes. Il semblerait, en effet, que d^lor^ le peuple se désaffeclionna du jeune tzar, et que les boyards qui s'étaient attachés aux deux précédents souverains, en profitèrent pour réveiller les soupçons sur la naissance du prince. A la tête de cette faction s'était placé Chouiski qui , condamné à mort pour sa participation aux crimes de Godounoffy avait reçu le pardon de la magnanimité de Dmitri. Celui-ci cependant n'avait pas tardé à appeler près de lui la izaritsa pour se faire reconnaître d'elle; et c'est un fait constant et incontesté, qu'à sa première entrevue avec le jeune prince, celle qu'il salua et appela sa mère fondit en larmes et se jeta dans ses bras en le reconnaissant pour son fils. Cette scène touchante se passa à la vue de la cour et du peuple, et ne fut point démentie par la conduite ul-

NOTES ADDITIONHELLBS. 361

térieore de la vieille tzarilsa qui , contrairement aux usages du temps, occupa un appartement au palais de son fils. Mais les partisans du r^ne précédent soutinrent que la tzaritsa n'avait fait, en cette occasion si solennelle, que jouer le rôle que lui imposait la peur. Enfin le mécontentement public grandit à ce point, qu'un jour le peuple, toujours excité par les ennemis du tzar, se mit en révolte ouverte, massacra ou chassa la garde du tzar, et pénétra jusque dans son palais, le cherchant en tous lieux pour assouvir sur lui sa fanatique fureur. Poursuivi jusqu'au fond de ses appartements, et cherchant un dernier asile dans celui de sa mère', il fut atteint par quelques boyards qui, après l'avoir poignardé, le jetèrent par la fenêtre ; d'autres disent qu'il se précipita lui-même, dans l'espérance d'échapper à leurs coups, et qu'il fut achevé dans la cour de son palais.

11 serait superflu de pousser plus loin ce récit et de montrer com ment, au prix d'efforts inouis, les Russes parvinrent enfin à chasser les Polonais de leur capitale, et comment, après le court règne de Chouiski, élevé sur le trône dans le feu même de la sédition qui veludtde coûter la vie à Dmitri, et à la suite d'une horrible anarchie, pendant laquelle d'autres Dmilri se prétendaient tantôt Dmitri luimême, tantôt descendant de lui, l'on jeta les yeux sur Michel Feodo- Vûfiteh , âgé à peine de seize ans, et fils de ce même Philarète que ^ounoff avait relégué dans un monastère, et que Dmitri en avait 'stppelé pour l'élever à la dignité de patriarche'. Il suffit d'avoir dans notre narration exposé la série de circonstances qui , aux yeux d'une ^ne critique , laisseront toujours planer des doutes sur la véritable oHginedece personnage historique. L'anathème fulminé contre lui, ^ la canonisation du jeune Dmitri , prononcée par le patriarche Phil^te, paraîtront difficilement admissiblescomme preuves suffisantes ^ Tusurpation du trône de Russie par un moine fugitif de son mo- ^lère; car le patriarche étant, comme nous venons de le dire, père ^n prince nouvellement élu, il devait lui paraître très- essentiel de protéger son droit de possession contre celui d'une descendance éven-

' Après la mort de Dmitri, cette princesse disparaît de rhistoire. On ^ sait si elle fut enveloppée dans le malheur de celui qu'elle avait ap- Né 80D fils.

* La haute opinion que l'on avait conçue du caractère et des vertus de l^bilarète, ainsi que de son aptitude aux affaires, furent le véritable inonde rélection de son fils. Au moyen de cette combinaison, le père régne- 'dit sous le nom de son fils , ses vœux monastiques l'ayant rendu inhat^Heà porter lui-même la couronne.

tuelle de Dmitri, par Marine, son épouse'. Cette sitaation des choses sufiit pour rendre suspects de partialité paternelle ces actes du chef de rÉglise de Russie. Elle explique suffisamment d*aillears la ténacité ayec laquelle cette Église, ainsi que le gouYernement rosse, maintiennent jusqu'à ce jour le fait de l'usurpation du trône moscovite par un aventurier renégat.

Il paraîtra fort remarquable que Karamsin , le célèbre historiogra* pbe de Russie, sous le dernier règne, ait terminé précisément à répoque où celte question historico-politique allait s'offrir à ses recherches, son ouvrage, d'ailleurs fort instructif et assez régulièrement documenté. Cependant toutes les archives de l'empire et même de h Pologne avaient été mises à sa disposition ; il était autorisé à puiser à toutes les sources de l'histoire. 11 est vrai que, à l'époque dont noos parlons , la Russie ne possédait aucun ouvrage historique proprement dit; elle n'avait encore que des chroniques évidemment rédigées par des auteurs imparfaitement instruits des causes, et uniquement préoccupés des sanglantes péripéties du drame dont ils étaient les témoins. Mais il existe aux archives de Moscou, dépendantes de la chancellerie de l'État, un dépôt d'actes et de documents officiels relatifs à ces événements, et si, comme il est à croire, Karamsin a pénétré dans ce mystérieux dépôt ; s'il lui a été permis de fouiller dans ces actes et d'en exploiter le trésor, il faut que l'historiographe, ainsi qu'on l'a dit, ait reculé devant la tâche que son devoir lui eût imposé. Bienqae deux siècles entiers aient passé sur la série d'événements qu'il eût en à traiter, les faits eussent encore paru trop dangereux à dévoiler. D'une part, l'Église russe était intéressée à maintenir tous les anathèmes dont elle avait accablé le tzarévitch , comme double apostat de sa religion ot des vœux monastiques' , et de l'autre la dynastie régnante

' Marine , en effet , accoucha d'an fils , et cette tragique histoire se termine (qui voudra le croire?) par le supplice d'un enfant de cinq ans, qui fut publiquement pemfu à Moscou, comme dernier descendant du /Ut de V apostat.

* L'histoire de Russie lui donne le nom de Grigory (Grégoire) Otrépief, mais le clergé russe a pris soin de le livrer au mépris populaire en l'affublant de rignominieux sobriquet de Grichka Rostriga^ c'est-à-dire de Grégorillon Vapostat, C'est que l'on prétend qu'il avait été moine soos le nom de Grégoire , et que même il était parvenu au diaconat. Quand cela serait vrai , Ton ne voit pas quelle conséquence juste on pourrait en tirer contre sa naissance royale ; car il eût bien pu se faire que , sauvé par sa mère, il eût par ses soins trouvé asile dans quelque monastère, où, jeune comnrie il l'était , il se serait laissé imposer la tonsure monacale,

C«mi pas un moindre inlérêl à voiler les ressorts qui avaient produit e meurtre du malheureux Dmitri , puisque par les femmes elle desjeoé du prince qui fut élu à sa place. Ce qui, malgré les réticences et i(s dissimulations de tout genre, employées pour rendre équivoque la descendance de Dmitri, paraît historiquement constaté, c'est quMl moorut martyr de Tunité catholique qu'il avait sincèrement embrassée en Pologne, et dont il tenta, un peu trop brusquement peut-être, de éoler son peuple.

Note 8 (page SI).

Ce qui rendait ces négociations particulièrement difficiles , c'était IWrible persécution qui, par l'ordre de Catherine, s'exerçait alors Wltre les catholiques du rit grec, tant en Lilhuanie qu'en Russie Hmchc, en Wolhynie, en Podolie, et, en général , dans toutes les rinces nouvellement et plus anciennement arrachées à la Pologne, airement au principe de tolérance quelle recommandait dans I projet de législation, et à l'imitation des œuvres contemporaines I révolution française qu'elle ne détestait qu'à cause du régicide l-la proclamation des droits de rhomme, cette homicide princesse i armée de toutes les fureurs de l'intolérance calviniste et philo» ue contre ses nouveaux sujets du rit grec-uni. Ses conseillers ou tsa propre intelligence lui faisait entrevoir un danger imminent rson Église nationale, dont elle était l'ignominieux pontife, dans ) quotidienne d'une Église grecque, célébrant les saints mystères ue slave, suivant les liturgies des Basile et des Ghrysostôme, ant les sacrements, pratiquant toutes les observances de I russe , et cependant catholique, par le seul fait de sa soumisli l'Église romaine. Pour obvier aux conséquences possibles d'un

I spectacle , il fallait à tout prix extirper du pays cette Église Be-unie, et en bonne adepte de la philosophie de son époque,

t^ie recula devant aucune des cruautés qu'un si important résultat l exiger. Elle commença par interdire l'exercice du culte grecant ses églises aux prêtres Schismatiques qui y étaient envoyés ^légions, de toutes les provinces de l'ancienne Russie voisines de elle, et forçant, au moyendesplusrudes vexations, châtiments jjtifffices, les populations locales à fréquenter leurs églises ainsi pro- .Les vases, les ornements sacrés étaient violemment, et le plus

II sous la garde de troupes suivies d'artillerie, enlevés des égli-

tflni tard le diaconat. Toutefois ces deux faits n'ont jamais été autheniqnement prouvés.

ses ainsi confisquées , et, chose horrible à dire, les saintes espèces éuient répandues sur la voie publique, quelquefois livrées à la voracité des animaux! L'exercice du culte grec-uni était défendu, sous peine d'exil perpétuel en Sibérie, aux prêtres de ce rit', et lorsque riin d'eux était surpris en flagrant délit ou dénoncé pour infraction à une interdiction si inique, il élait immédiatement livré à la vindicte des tribunaux qui , lorsqu'il n'était pas de condition noble, lui faisait appliquer Fafl'reux supplice du knout; s'il était noble, le soumettaitàla d^radation de sa noblesse et de son sacerdoce, et, stigmatisé de ce double opprobre, l'envoyait , ainsi que l'autre, aux mines de Sibérie. Là ces infortunés en trouvaient d'autres, comme eux condamnés à la privation de la douce lumière des cieux et à des travaux sans relâche. C'étaient de malheureux officiers polonais que le sort des armes avait fait tomber aux mains des troupes de Catherine , et auxquels elle faisait expier ainsi le crime d'avoir voulu défendre leur patrie contre l'invasion de ses ennemis héréditaires; c'étaient encore de malheureux propriétaires convaincus ou seulement accusés d'avoir donné asile à quelque prêtre proscrit, et d'avoir prêté quelque réduit de leur maison au charitable exercice de son sacré ministère en faveur de ses ouailles restées fidèles. Combien de soupirs sont montés , du fond des mines de Nertchensk , au ciel , et de combien de larmes n'ont pas été trempées les galeries souterraines de cet affreux séjour , pendant que la meurtrière de son époux et l'usurpatrice de son trône se livrait aux ignobles plaisirs de sa vie dissolue !

Quelques-uns de nos lecteurs seront peut-être disposés à croire que, pour tracer ce lugubre tableau de la persécution de Catherine, nous noas sommes permis d'arracher l'une ou l'autre des pages sanglantes de notre propre histoire à la même époque. Mais, en grande partie témoin des faits que nous racontons, et d'autres dont nous avons recueilli les récits dans les localités mêmes qui en furent le théâtre, nous pouvons en appeler au témoignage des Français qui, en 1797, entrèrent en corps d'armée en Wolhynie , et qui furent encore témoinsdela dernière période de cette ère de persécutions; car quoique la mort de Catherine eût quelque peu adouci la rigueur de sa tyrannie religieuse, ce ne fut que dans la seconde année du règne de Paul qu'elle put être regardée comme éteinte dans ses incroyables excès, mais nondansses conséquences. Les églises confisquées sur les catholiques du rit grec

' Moins inhumaine cependant que son successeur actuel, Catherine permettait aux prêtres grecs de passer au rit latin. 11 lui suffisait de mettre obstacle à Texercice du rit grec-uni; sa politique zélatrice n'allait pas, au moins alors, aussi loin que celle que déploie son petit-fils.

ne leur farent point rendues, et ceux d'entre eux que les cruautés du règne précédent avaient fait entrer dans l'Église schismatique furent contraints d'y rester.

Note 9 (page 25).

Ce prélat, qui a fait assez de mal à l'Église catholique pour que sa mémoire y soit restée odieuse, appartenait à une noble famille de Pologne, du nom de Sieslrencewitch-Bohûsz. Né et élevé dans la secte protestante et ayant pris, dans sa jeunesse, le parti des armes, il avait facilement obtenu de l'emploi dans la cavalerie légère de l'armée prussienne. Un coup de sabre que, dam un duel^ il avait reçu sur les doigts de la main droite, l'ayant obligé de renoncer au service militaire, il revint dans sa patrie, et s'attacha à une famille plus riche et plus puissante que la sienne qui l'employa à l'éducation de ses Ois. Lorsque le terme de cette éducation fut arrivé, le père de ses élèves, qui était catholique, désirant le rémunérer de ses soins, lui parla d'un bénéûce à charge drames dont il se trouvait collateur, et auquel il l'aurait nommé s*il avait voulu se décider à prendre la foi catholique et à entrer dans les ordres. N'ayant aucune perspective meilleure, l'ancien officier de husards, protestant, se transforma avec empressement en curé catholique, et ambitieux comme il l'élait, il s'attacha aux Russes qui 'peu à peu s'établissaient militairement dans le pays. De quelque nature qu'aient été les services qu'il rendit aux envahisseurs de sa patrie, il faut qu'ils aient été jugés bien méritoires par Catherine et par son successeur, puisque de sa cure il se vit subitement élevé à la dignité d'archevêque de Mohilef , et à ce titre , déprimât des Églises catholiques en Russie; et de plus honoré du prédicat de métropolite qui le mettait dans la seconde classe de l'État, décoré, en outre , des insignes du cardinalat et de tous les ordres de Russie. Elevé si haut par la faveur des souverains de Russie et au prix d'actions que ses compatriotes qualifiaient simplement d'espionnage et de trahison , il ne pouvait s'y maintenir qu'en se montrant, pour l'Église qui l'avait adopté, tel qu'il avait été pour le pays qui lui avait donné le jour. Courtisan souple et délié, mais en même temps intraitable despote envers ses collègues dansl'épiscopat, et surtout envers le collège ecclésiastique dont il était président, l'on peut dire qu'il a été le fondateur de ce système d'obéissance passive du collège catholique , que le gouvernement maintient et exploite actuellement avec si peu de mesure, qu'il est très-exactement vrai qu'à l'heure qu'il est, l'Église catholique de Russie , en tant que l'on ne considère en elle que la forme de son gouvernement, n'est pas moins soustraite au gouver-

566 NOTES ADDITIOMMELLES.

nement central de TËglise; — elle n*est, pour le dire en un seul mot, pas moins matériellement schismalisée que l'Église russe. L'homme dont nous venons de tracer la biographie abrégée se montrait, en tonte occasion, favorable aux inslitutionsproteslantes, au point d'avoir accepté une des quatre vice-présidences de la société biblique , et d'avoir forcé les administratenrsde la paroisse catholique de Saint-Pétersbourg à laisser prêcher dans leur église un prêtre allemand , du nom de Lindl^ ardent prédicateur du biblisme protestant, et qui, peu de temps après avoir ainsi profané le temple de Dieu, consomma son apostasie, en abjurant sa religion et épousant sa concubine.

Le métropolite Bohûsz avait donné, dans son propre palais, un appartement à son frère protestant, et, pour rendre la caricature plus parfaite, il avait marié une des filles de ce frère à un prêtre russe, qu'en qualité de neveu il admettait fréquemment à sa table. Une si édifiante tolérance était, on le devine, autant exaltée par le schisme et par l'hérésie, qu'elle contristait profondément les cœurs catholiques. Au reste, pour parfaire le tableau d'une confusion digne de la grande plaine de Chaldée , il suffit de dire que, métropolite protestant des catholiques , il avait placé à la tête de la chancellerie de son consistoire un juif baptisé sous ses auspices, et qui faisait trafic, public et connu de tous, de sentences de divorce et de dispenses matrimoniales : que , pendant que les catholiques gémissaient de désordres si affreux, les luthériens se plaignaient amèrement du catholicisme de Vévêque que l'empereur Alexandre venait de leur donnerdans la personne d'un capucin apostat nommé Fessier. Celui-ci, qui appartenait au couvent de cet ordre à Tienne, et qui dans ses sermons ainsi que dans quelques ouvrages publiés ad hoc avait grandement soutenu les folies innovatrices de l'empereur Joseph II , avait fini par embrasser le luthéranisme à Berlin; et élevé à l'épiscopat de sa secte en Russie, il avait imaginé de s'affubler d'une espèce de chape et de rétablir, dans ses églises, une sorte de liturgie dont il puisait les élémentsdans le missel romain. De si incroyables extravagances, dont la capitale de la Russie a été le théâtre et le témoin pendant bien des années, n'ont rien qui doivent nous étonner; il en sera, du plus au moins, toujours ainsi partout où pourra prévaloir la doctrine et la pratique de l'omnipotence, en matière religieuse, du pouvoir politique.

Note 10 (page 40).

En Russie la manie des uniformes est poussée si loin, qu'indépendamment de leur tenue de parade, qui ne se porte qu'à la cour ou dans

des occasions d'apparat, le§ employés de tous grades, des ministères, des départements deTEtat, des tribunaux même et des administrations sont astreints à porter habituellement des espèces de demi-uniformes, consistant en un frac croisé, yert, avec collet retombant, en velours ou en drap, de toutes couleurs, fixées par le souverain, qui ne dédaigne pas d'entrer dans ces détails, et boutons jaunes ou blancs portant une empreinte déterminée. Rien de plus singulier pour l'étranger, arrivant pour la première fois à Saint-Pétersbourg, que cette bigarrure qu'il voit remplissant les salons. Ceux-ci offriraient l'étrange aspect de la réunion d'une multitude de laquais en petite livrée, si les décorations, si prodiguées en Russie , ne rectifiaient la première impression qu'en reçoit l'élranger. Du reste, le corpsdesponts et chaussées , dit des voies de communication, ceux des mines et de la conservation des forêts sont organisés militairement; de sorte que les employés de ces divers départements ont des grades dans l'armée et portent l'uniforme militaire avec les épaulettes de ces grades. Telle est l'importance que met le souverain à façonner tous les services à l'esprit et à la subordination militaires.

Note il (page 46).

La langue slave exprime les mots d'orthodoxe et d'orthodoxie par ceux de provoslovny et de pravoslovie, qui se composent de deux racines : celle ûepravo qui, en russe comme en français, offre la double signification de droite en opposition à la gauche, et de droi^ en fait de justice, La seconde racine est celle de slovo, parole y et par extension, discours, doctrine, Cesi bien exactement l'orthodoxie des Grecs, droite doctrine.

Note 12 (page 40).

Ici commence à poindre l'intolérable système que la Russie prétend faire valoir en faveur de ses tyranniques procédés envers la Pologne, principalement en fait de despotisme religieux. Les provinces démembrées, vers la fin du siècle dernier, de ce malheureux royaume, ne sont plus des acquêts politiques consommés sous la sanction de traités stipulant des conditions de légitime possession ; c'est la reprise de son bien, du droit de l'épée; d'où s'infère le droit, atroce dans son application, de renverser, selon son bon plaisir, tout ce que des siècles de prétendue dépossession avaient produit ou institué dans un pays reconquis. Nous verrons ailleurs tout ce qu'un pareil système a d'o-

SG8 HOTES iO^DITlOHlIELLES.

éîeasoMBt încompaliMe arec les premiers principes da droit des BitHMis. En aUendant, nons appelons U pins sérieuse attention de rEarope sar an système dont elle ne pomeltrait pas l'application an padischah de Scambonl.

Note 13 (page 40).

Laissant pour le moment de côté Texamen de Timportante question des langues liturgiques , en^général, dont nous aurons plus tard occasion de parler, nous nous bornerons ici à quelques observations historiques.

A TOTigine du christianisme, le monde romain qui, à cette époqae, renfermait Tunivers cirilisé, parlait deux langues : la grecque et la latine. Bien que celle-ci fût la langue du yainqueur, Tautre avait acquis droit de boui^eoisie à Rome et dans tout Tempire, à cause des beaux modèles d'éloquence et de poésie qu'elle fournissait aux orateurs et aux poètes romains, comme nous le voyons par ce conseil d'Horace aux Pisons :

Vos eif mplaria gr»ca Noctamâ versate manu versate diuraâ.

La prédication évangéliqne s'étant rapidement étendue, de la Palestine en Syrie, en Egypte, dans l'Asie Mineure et en Arménie , etc., la plupart de ces vastes régions reçurent le culte chrétien dans la langue grecque, qui était la langue savante de toute cette partie du monde. Les apôtres et leurs premiers successeurs prêchèrent bien la foi à tant de peuples divers, dans leurs idiomes naturels; le Saint-Esprit ayant pourvu à ce que la prédication primitive pût se faire ainsi par la bouche des apôtres. Mais tout le monde sait que les livres du Nouveau Testament furent écrits en majeure partie en langue grecque, et que ce ne fut que bien longtemps après qu'ils furent successivement traduits en idiomes vulgaires. Il en fut de même en Asie pour les liturgies primitives qui , personne ne l'ignore, furent rédigées et récitées en grec, sans que les évéques ni les docteurs de l'Eglise d'Orient imaginassent que cette pratique eût rien de contraire au bien spirituel des peuples, lors même que ceux-ci n'en avaient pas la parfaite intelligence. Lorsque plus tard les hérésies d'Arius, de Nestorius et d'Eutichès vinrent infecter ces vastes régions, les novateurs, sentant le besoin d'altérer les liturgies, dont les prières exprimaient les dogmes de la vraie foi, imaginèrent de les traduire en idiomes vulgaires, afin que cette altération devînt moins sensible. De là sont nées les six grandes divisions

qui, en fait de langue liturgique, divisent aujourd'hui tout TOrient chrétien, savoir : les Grecs, les Arméniens , les Ghaldéens, les Syriens , les Gophtes et les Maronites. D*où suit que les Russes qui , aujourd'hui, forment la septième division du christianisme asiatique, en adoptant leur idiome slave pour langue liturgique de leur Eglise , se sont conformés à une pratique inventée par des hérétiques qu'ils condamnent, et que le privilège, comme rappelle le synode, d'entendre célébrer les saints mystères dans le langage populaire, loin d'offrir au peuple , comme il Taflirme , une sainte et glorieuse prérogative qu'il met même au rang des gages du salut, se trouve entaché d'un vice originel que lui a imprimé Vhérésie,

Au reste , cette institution n'a pu être primordiale dans l'Eglise de Russie. Le grand prince Yladimir ayant amené de Gonstantinople des évéques, des prêtres, des diacres et des moines, pour organiser le christianisme en Russie, et pour y naturaliser le culte des chrétiens, il est bien de toute évidence que tous ces*ministres des autels, ne pouvant connaître une langue qui n'a pas la moindre analogie étymologique avec la langue grecque, ont dû nécessairement célébrer les saints mystères dans leur langue propre, au moyen de livres liturgiques importés de la Grèce. L'histoire ecclésiastique de Russie n'indique point l'époque de la substitution de la langue nationale à celle de sa mère Eglise '; elle se tait même entièrement sur un fait que sans doute elle n'ose avouer , mais comme cette substitution a dû être nécessairement précédée de la traduction des saintes Écritures et des livres liturgiques, ce qui n'a pu avoir lieu que lorsqu'on fut parvenu à former en Russie un clergé indigène, la période de l'usage exclusif de la langue grecque a dû être assez longue, au grand détriment des âmes, suivant la doctrine du synode. Gela prouve que rien n'est plus vain que la prétention de son manifeste à la plus rigide invariabilité de l'Eglise russe dans ses pratiques; car, d'après ce que nous venons de dire et de prouver, l'on pourrait, sans crainte de commettre une grande erreur, reporter au douzième ou même au treizième siècle , l'introduction de l'idiome slave dans la liturgie de l'Eglise de Russie.

Note i4 (page 55).

Gelle longue énumération des torts imputés au latinisme envers le

' C'est probablement à celte époque qu'il faudrait rapporter raltération introduite dans la liturgie russe, quant à la formule consécratoire ; altération grave, que nous signalons dans la troisième partie de notre ouvrage.

rit grec-ani n'est qu'une perfide altération de la yérité, surtout dans les trois points qu'il est de notre devoir de rectifier.

Le manifeste assure qu'a la place de Vancienne liturgie Von introduisit des messes courtes et basses, A en juger par ces expressions, il faudrait croire que les messes chantées furent supprimées et remplacées par des messes basses. Or nous , qui rendons ici témoignage à la Térité, de visu^ nous affirmons que rien n'est moins vrai que la proposition du synode ainsi entendue. Jamais les Grecs-unis , ni en Russie ni ailleurs, n'ont supprimé les messes chantées, et les dimanches et fêtes, ils célébraient comme les Latins des messes et des offices paroissiaux avec toute la solennité de leur rit. Ce qui est vrai, c'est qae leur clergé s'étant peu à peu imprégné de cette véritable piété dont ils trouvaient le modèle dans le clergé latin et non pas dans le clergé russe, et ayant pris la respectable habitude de dire la messe tous les jours, il en résultait, contrairement à la pratique de l'Eglise russe, dont les temples n'ont que rarement deux ou plusieurs autels, et qui ne permet pas de célébrer sur le même autel plus d'une messe par jour; il en résultait une divergence indispensable de pratique : c'està-dire que toutes les messes ne pouvant plus être chantées, les prêtres grecs-unis avaient d'eux-mêmes adopté Tusage des messes basses, ce qui ne leur était pas moins avantageux qu'aux fidèles; les uns et les autres pouvant ainsi satisfaire leur piété avec bien plus de facilité. La passion seule et le besoin d'accuser ont pu trouver matière à griefs dans cette pratique.

Un peu plus loin le mémoire du synode articule un autre mensonge encore plus palpable , en affirmant que l'on parvint à transformer jusqu'au gouvernement de VEglise grecque-unie en l'assimilant à celui de VEglise d'Occident. Nous voudrions bien qu'on nous dit en quoi les formes gouvernementales des deux Eglises (formes dont l'institution date pour Tune comme pour l'autre des temps apostoliques) , en quoi, disons^nous , elles différaient, sinon par quelques-unes de leurs dénominations, comme celle d'archimandrite pour abbé, ou de j?rotoyéréi pour archiprétre? Les signatures de l'acte synodal de Polotsk ne portent-elles pas les dénominations de la hiérarchie grecque, au point que nous nous sommes vus obligés de leur donner une traduction explicative, afin de les rendre intelligibles à nos lecteurs? Et ne montrent-elles pas clairement que ces dénominations mêmes avaient été respectées, puisqu'elles subsistaient encore de nos jours? Ici aucune erreur n'étant possible, il ne reste plus qu'une imposture intentionnelle à reprocher à l'organe officiel du synode.

L'absurdité de cette imposture ne le cède en rien à sa bassesse.

Quoi de plus absurde , en effet, que de reprocher à d*autres, cela contrairement à la vérité, une transformation qui n*exisle en réalité que chez le dénonciateur? Car, qu'étes-vous donc, vous très-saint synode permanent et prétendu dirigeant de votre Eglise nationale , sinon une transformation radicale et jusque-là inouïe dans le gouvernement ecclésiastique? Montrez-nous dans toute votre Eglise orthodoxo-calhalico-orientale une seule fraction, une seule contrée, régie autrement, pour le spirituel , que par des prélats chefs de leurs éparchies , et dont les moindres en dignité sont en dépendance spirituelle d'archevêques, de métropolites et de patriarches ? Lorsque Ton a à ce point vicié la constitution primordiale de son Eglise, et même de FEglise universelle, nVt-on pas bonne grâce de reprocher à autrui une assimilation beaucoup moins grave , beaucoup plus innocente, s'il était vrai, s'il était même possible qu'elle eût eu lieu?

La dernière allégation n'est pas moins fausse et mensongère. 11 n'est pas vrai que l'on ait employé dans le culte grec-uni la langue polonaise comme langue universelle. Ce qui est vrai, c'est que la liturgie, ainsi que les offices canoniaux, étaient toujours célébrés, chez les Grecs-unis, en langue slave, mais que les populations, qui ne comprenaient que très-imparfaitement cette langue, aimaient à certaines solennités surtout, à chanter, en langue vulgaire, des litanies ou des cantiques qu'elles trouvaient composés ou traduits en polonais dans les livres de prières dont se servaient les catholiques du rit latin. Cette pratique, bien loin d'être blâmable, avait quelque chose de tou* chant, en ce qu'elle proclamait, plus hautement que ne l'auraient pu faire les déclarations les plus solennelles, l'union des cœurs catholiques en une même dévotion malgré la diversité des rits ; et certes il serait difficile, même au très-saint synode, d'expliquer ou d'établir ce que la piété publique pouvait gagner à la suppression de ces chants populaires. Il n'est pas même bien clair que le synode ait abrogé cette pieuse coutume, puisque dans son décret, comme dans son épftre aux évêques apostats , il leur recommande une certaine tolérance pour les us et coutumes de leurs ouailles , qui n'altèrent ni le dogme ni l'administration des sacrements. Que, sous le rapport de l'union, ces pratiques aient souverainement déplu à un synode schismalique , cela se conçoit ; mais depuis quand la colère autorise-t-elle le mensonge?

' Le nouveau royaume de Grèce fait seul exception à cet état de choses. Lui aussi , à Vimilalion et par les conseils de la Russie y s'est soustrait à robéissance du patriarche de Constantinople, et a placé son clergé sous la direction d'un synode asservi à la suprématie du pouvoir politique : c'est la grenouille qui cherche à ressembler au taureau.

Note 45 (page 56).

Toos ces faits, ponr aotant que leur récit serait authentiqne, ne feraient qoe mettre dans on joor plus évident ranimadversion héréditaire de la Pologne et de la Russie; animadversion dont la dissidence religieuse des deux peuples était peut-être le prétexte, peutêtre aussi le principe originaire. Aux époques dont parle le manifeste, la Pologne avait sur la Russie une prépondérance militaire incontestable , ce qui parait suffisamment prouvé par l'extension que ses armes lui procurèrent successivement dans Test de son territoire. Kief , ancienne résidence des premiers princes russes , prise et possédée par les Polonais pendant des siècles, et le refoulement des grands princes , forcés de se fonder une nouvelle capitale, d'abord à Yolodimer, puis à Moscou, prouvent parfaitement cette vérité historique qui date de longtemps.

Incapables alors de résister par les armes à cette belliqueuse nation lithuano-polonaise , les souverains russes lui firent une guerre sourde, dont les instruments furent les prêtres et la population schismatique des provinces conquises par les Polonais. Ceux-ci les réprimèrent de leur mieux , non pas toujours peut-être dans les limites des préceptes de la diarité évangélique. La religion était devenue , par le mauvais vouloir des Russes, l'arme et le prétexte d'une ré^ sistance habituelle , et quelquefois de soulèvements populaires : l'on s'en prit à elle, c'est-à-dire au schisme, à ses sectateurs et à ses prêtres toujours secrètement excités par le clergé russe, contre la domination des mécréants; car de nos jours encore le peuple russe gratifie les catholiques de cette dénomination. Le fanatisme dont parle le synode était donc bien plus politique que religieux. C'est ce que le synode sait fort bien , et c'est ce qui explique fort bien aussi le refus que fit sans cesse la Pologne d'admettre les évêques grecs dans son sénat. La qualification de Russes , que le manifeste ne cesse de donner à ses coreligionnaires en Pologne, prouve assez bien, ce semble , combien celte exclusion et l'animadversion des Polonais con* tre leurs concitoyens schismatiques était fondée en raison; bien que les vexations auxquelles ceux-ci ont pu se trouver exposés ne puissent être justifiées dans leurs excès. Toutefois , le blâme de ces excès même retomberait bien plus justement sur ceux qui souJSlaient la révolte que sur ceux qui poussaient trop loin peut-être le droit de répression , c'est-à-dire d'une légitime défense.

Nous prenons acte d'ailleurs du rôle conciliant qu'au dire du sy^ node .lui-même les légats du Saint-Siège avaient pris, dans la situ^f-'

tioo exaspérée que ces circonstances avaient produite, entre le parti polonais et la faction russe.

Note 16 (page 63).

Josaphat Boulbak était un vénérable prélat , ferme dans sa foi , et qui ne voulut jamais entendre aux propositions séductrices du gouvernement russe. Les choses alors n*étaient pas assez avancées pour que Ton crût utile de sévir contre lui. On le laissa donc vivre et mourir dans sa dip;nité, se réservant d'utiliser son décès.

Qui voudra ajouter foi à ce que la vérité nous oblige à raconter? Afin de faire croire que Josapbat, à sa dernière heure, avait embrassé le schisme russe, le synode, en exécution d'ordres supérieurs, lui fit faire des obsèques magnifiques. Les cérémonies funèbres furent exécutées en grande pompe par le haut clergé 'russe, comme elles auraient été célébrées pour un métropolite de son Eglise, et cette lugubre comédie fut jouée dans les temples de TEglise dominante! Â quel excès d'ignominie peut descendre un clergé dominé par le pouvoir politique!

A riraitalion de ce qu'avait fait Pierre !•', l'on ne donna point de successeur au métropolite Josaphat. Sa place de président du collège ecclésiastique fut remplie ad intérim par l'évéque Joseph de Lithuanie , mais l'on se garda bien de lui conférer la dignité correspondante à cet emploi, parce qu'on voulait le faire exercer par un prélat de troisième ordre, c'est-à-dire moins haut placé sur l'échelle des rangs de l'État, et que d'ailleurs on voulait lui montrer, en perspective, une promotion future, comme prix de sa trahison '.

Note 17 (page 71).

Le mot catholique, d'origine grecque, emploie la lettre©, qui, comme l'on sait, a un son particulier, mitoyen entre celui de Vf et du (.Les Latins, dont l'alphabet n'a aucune lettre analogue au © grec, le remplacent par le th, et les Russes par 1'/, de sorte que pour dire le nom de Thomas, ils disent Foma, pour la ville de Thèbes, ils di-

' Les journaux de Saint-Pétersbourg, du 23 avril dernier, nous apprennent que M. Bloudoff, dont nous avons signalé les méfaits, vient d'être, en récompense de ses criminelles intrigues et de ses pernicieux conseils, élevé au titre et au rang des comtes de Pempire. Qui voudrait d'une pareille illustration décernée à pareils mérites !

sent Fité, Ceux de l'Eglise russe tiennent à cette pnérilc distinction, au point qu'ils nous accordent, sans la moindre difficulté, même officiellement, la dénomination de catholiques, mais ils réservent à leur Eglise, ainsi qu'à leur cbèrc Eglise d'Orient, celle de cafolique , à laquelle ils attachent l'idée de la véritable catholicité. C'est de la même manière qu'ils réservent à leurs souverains et à tous ceux qui appartiendraient à leur orthodoxie orientale le titre de tzar , emprunté aux Césars de Byzancc et introduit dans les traductions slaves de la Bible; titre réputé sacre et qu'ils ne donnent jamais aux autres rois de la chrétienté , le remplaçant par celui de karol. Ainsi le dernier roi de Pologne, par exemple, était, comme ses prédécesseurs, appelé koroulpolsky, tandis que leurs empereurs, depuis qu'ils ont acquis le royaume de Pologne, prennent le titre de tzar-polsky. Par une exception unique à cetle règle si pleine d'orgueil, Pierre I**", comptant se placer, d'un seul bond, au premier rang des souverains de l'Europe, prit le titre latin d'ttr2;)(*r(i for, que déjà ses prédécesseurs se donnaient en langue slave, s'appelant tzar ei povélitel; ce dernier mot répondant très-exactement au mot imperator dans toute l'étendue de son acception latine.

Note iS (page 74).

Celle singulière dénomination que l'on'donne en Russie au premier dimanche du carême^ prend son origine dans la mémoire que l'on y fait, pendant la liturgie, du deuxième concile deNicée' qui a condamné les iconoclastes. A cette occasion le clergé célébrant prononce, et le peuple répète des analhèmes étrangement multipliés, nonseulement contre tous les hérésiarques, parmi lesquels figurent, d^une manière plus étrange encore , le Pape et les Latins , Luther , Calvin et les autres novateurs du seizième siècle. A cette longue liste des ennemis de son orthodoxie, les patriarches et le très-saint synode avaient ajouté les noms du faux Dmitri et de ses principaux adhérents. Un gouvernement pour lequel la religion est un instrument politique ne pouvait manquer d'évoquer l'analhème religieux sur un individu que sa politique l'oblige à considérer comme usurpateur de la couronne.

' Le deuxième de Nicée, septième œcuménique, célébré Tan 787, présidé par le pape Adrien I , et confirmé par ce pontife. Trois cent cinq évoques y signèrent le décret de condamnation de Thérésie des iconoclastes et dirent anathème à la mémoire de trois patriarches de Constantinople et de six autres archevêques ou évoques ûq V orthodoxe Orient qui avaient établi ou soutenu cette hérésie.

Il doit paraître très-singulier que l'Église russe ait choisi pour Tacfe d'orthodoxie , qui donna son nom au premier dimanche du carême, le jour anniversaire delà condamnation des iconoclastes' , préférablcment à Tanniversaire du premier concile de Nicée, bien autrement important cil orthodoxie réelle que celui du second concile du même nom. Cette observance tient à la doctrine de TÉglise russe, qui , nonseulement pour le passée mais même pour Tav^ntr , n'admet aucun concile œcuménique après le septième. Celui-là, suivant le système russe, a clos Tère des véritables conciles; il a mis fin, sans doute, à la longue période des hérésies réelles ou possibles, et c'est, probablement, en reconnaissance d'un bienfait si grand qu'il lui a été décerné une mémoire solennelle, fixée au premier jourdu temps le plus saint de Tannée.

Note 19 (page 95).

Il n'y a que peu d'années qu'une sectedecelte dernière espèce, que l'on a appelée KhlistolchnikV (gauleurs), a été découverte. A la tête de cette secte était une dame Tourlchaninoff, et un général Popoff; leurs réunions avaient lieu dans une maison située à peu de distance de la ville.

Il s'y trouvait, dit-on, une chapelle montée etdécorée dans le style russe, sauf une tonne placée au milieu, et remplie, jusqu'à une certaine hauteur, d'eau, dans laquelle les pontifes de la secte allaient observer ( horresco rcferens ) la descente du Paraclct. On n'attendra pas de nous la mise au jour de l'impudique rituel que suivaient ces abominables assemblées, qui se sont maintenues pendant des années. Tant il y a, que le général Popoff fut enfin dénoncé par ses propres filles, qu'il avait horriblement et forcément initiées à ces infâmes mystères, et qui, dans leur désespoir de s'y voir entraînées, révélè-

' Comme jour anniversaire , le premier dimanche du carême est bien mal choisi ; car le deuxième concile de Nicée tint sa première session le 24 septembre 787, et ses travaux furent terminés en moins d'un mois. Le ménologe de l'Église d'Orient en fait mémoire le 41 octobre. H est difficile d'imaginer sur quel fondement TÉgiise de Russie prétend établir que le décret de condamnation de l'hérésie iconoclaste fut porté le premier dimanche du carême de Tannée 788.

' Ce nom a pour racine le mot khlist ( gaule ), ou une de ces légères cravaches dont on se sert pour les chevaux. On peut en inférer qu'une de leurs pratiques consistait à se gauler réciproquement, dans une intention que nous n'oserions indiquer.

rcntenOn ces tarpitudes aa chef de la police générale de l'empire. Un officier de la chancellerie synodale, suivi d^un fort détachement degendarmcrie , fut envoyé sur les lieux, à Thcure où , suivant les indications des malheureuses victimes de la déhanche paternelle, les sectaires se trouvaient réunis. Ils furent en partie capturés, maison n'osa pas pousser trop loin les investigations sur leur nombre. Les deux personnes que nous avons nommées furent, en vertu d'un ordre personnel de Vempereur , reléguées dans des monastères de leurs sexes, où, dans une réclusion perpétuelle, elles sont condamnées à faire pénitence le reste de leurs jours*.

Note 20 (page 96).

Le schamanismc (car Ton ne pourrait trouver un autre nom à donner à la plus détestable de toutes les superstitions), est la rcligiondes peuplades qui habitent les bords désolés de TOcéan glacial, c'est-àdire les régions du nord et du nord-est de la Sibérie. On ne sait pas bien encore si ces malheureuses peuplades ont Tidée d*un Dieu du bien, créateur et modérateur de toutes choses. Ce que Ton sait, c'est qu'elles ne rendent à cette divinité bienfaisante aucun culte, soit public, soit prive. Le mauvais esprit, qu'elles regardent comme la cause toute- puissante de tous les phénomènes nuisibles de la nature, ainsi que de tous les accidents de la vie, est l'unique objet de leur culte et de leurs invocations. Une espèce de prêtres magiciens sont les ministres de celle exécrable lalrie, qui , d'ailleurs, n'exige ni temples, ni sacrifices. Ces prêtres magiciens sont appelés schamans, et leur noir ministère s'exerceau moyen deconjuralionsgrotesquesqu'ilsopposent à réruplion des volcans du Kamtchatka, aux lempétesde l'Océan glacial, aux inondations des leurs fleuves, ainsi qu'aux maladies desparticuliers , et pendant lesquelles ils tombent souvent dans d'horribles convulsions. A racadémiedcs sciences de Saint-Pétersbourg l'on conserve et l'on monire auxeurieux, avec quelques idoles domestiques de ce culte, le costume que portent les schamans, alors qu'ils se livrent à leurs cérémonies infernales. C'est une espèce de tunique en cuir

' Toulo personne ainsi recluse est remise à l'absolue disposition du chef du monaslère. Elle est soumise au jeûne perpétuel , à Passislaoce continue à tous les offices, et Tabbé ou Tabbesse peuvent, à leur gré, les employer aux plus rudes et aux plus abjects travaux de la maison. Leur sort s'adoucit beaucoup ordinairement lorsque leur famille osl riche, parce que l'or, comme Ton sait, amollit les cœurs, et que Vaumône, couvrant une multitude de péchés^ dispense d'autres œuvres de pénitence.

tanné de phoques ou de lamentins, à laquelle est atlacbée une multitude si grande d'espèces de clefs ou autres instruments de fer, des formes les plus bizarres, qu'elles couvrent presque entièrement le cuir de la tunique. Celle-ci en devient si lourde , que Ton a peine à concevoir que des hommes qui , par Teffet de leur affreux climat, se rapprochent de plus en plus de la taille des Esquimaux ou des Lapons, puissent les porter et agir sous leur poids.

Note 21 (page 96).

Ce n'est pas assurément par forme de rétorsion que nous avons employé si souventlemot de «îavonùme pour désigner le système poli (tcoreligieux qui, par su i le de son pon^î^ca^ impérial, estdeveuu l'essence même de l'Église de Russie. La langue latine, consacrée sur la croix du Sauveur' , est d'ailleurs trop illustre par l'histoire du peuple qui la parlait, comme par sa magnifique littérature , pour pouvoir, le moins du monde , accepter une sorte de rivalité avec la langue slave , à laquelle toutefois l'énergique concision et la liberté de construction, qui font la beauté des langues antiques , ne sont nullement étrangères. Peut-être ne sera-t-il pas désagréable à nos lecteurs qui n'ont pas eu occasion de la connaître, d'être informés de l'origine que les archéologues russes assignent à leur nation et à sa langue.

C'est aujourd'hui une sorte de système admis en Russie, que les premiers Slaves sont sortis des montagnes de la Médie' , d'où ils se sont répandus dans les plaines immenses bornées par l'Oural , la mer Caspienne, la mer Noire, la Baltique et la mer d'Allemagne. On n'assigne aucune date, aucune époque historique à ces migrations que l'on croit avoir été successives, et qui se perdent dans la nuit des temps. Quant au nom de Slaves que ces peuples se sont donné, Tarchéologie littéraire en Russie s'est divisée en deux hypothèses étymologiques.

' Dans la primitive Église , on ne coosidérait comme langues sacrées et propres à la liturgie que les trois que TÉvangile nous apprend avoir été cnployées au titre du divin Crucifié. Les livres saints n'ont été écrits que dans ces trois langues , devenues ainsi organes exclusifs de TEsprit- Saint. Il est dommage que Ponce-Pilate n'ait pas procuré la môme dignité à la langue slave , ou que les apôtres n'aient pas su l'employer à Tinslruction écrite des premiers fidèles.

» Il y a quelque vingt ans qu'il a été publié, à Saint-Pétersbourg un petit vocabulaire comparé, duquel il devrait résulter qu'un assez grand nombre de racines slaves ressemblent à d'autres racines, analogues d'expression et de sens, découvertes dans le «amcrt^ , langue théogonique des llindous.

La première se déduit de la racine slava (gloire), et c*est celle qui parait la plus conforme à la prononciation actuelle de Tidiome slavsenorusse. Il s'ensuivrait que, de temps immémorial, cette nation inconnue aurait conçu d'elle-même la plus orgueilleuse desopinions, puisque le mot slavœni signifierait les glorieux, 11 serait curieux de cou* naître les exploits et les conquêtes qui justifieraient tant de fierté; mais à cet égard tout reste à découvrir.

Suivant Tautre hypothèse, la racinede cette dénomination ne serait plus le mot slava, mais celui de^slovo ( parole ) , et, par extension, discours; en sorte que la dénomination de «iovœm équivaudrait à celle de parlants , diserts. Cette dernière hypothèse s'appuierait facilement sur une sorte d'analogie que Ton pourrait appeler des contraires ; car les premiers Européens avec lesquels les Slaves russes et polonais sont entrés en contact, les Allemands, ont été appelés par eux , comme ils le sont encore aujourd'hui , Nemlzi, Cette dénomination a même, dans la bouche du peuple, quelque chose de générique, qui fait qu'il l'applique indistinctement à tous ceux dont il ne .comprend pas le langage. Ce mot , qui ne peut avoir d*autre racine que nemoï (muet) , montre que les Slaves considéraient comme privés de la parole ceux qu'ils ne pouvaient comprendre; à peu près comme les Romains et les Grecs renfermaient sous la dénomination générique de barbares, tous les peuples chez lesquels ils ne trouvaient ni leurs arts, ni leurs institutions.

Note 22 (page 137).

Cette prétention à une immuabilité absolue, poussée, comme s'en vante le synode, jusqu'à la déclaration des temples et à la forme des ornements sacerdotaux , serait aussi contestable qu'elle aurait peu de mérite. La chasuble, parexemple , avait originairement, danslesdeux Églises, la forme d'un ample manteau, entièrement fermé et s'élarglssant beaucoup vers les pieds du prêtre. Le célébrant passait alors les bras par-dessous le vêlement sacré , et le relevant en plis, le perlait sur les bras, ce qui déterminait sa forme arrondie, en arrière et en avant. La fatigue etl'incommodité qui résultaient, pour l'officiant, du poids et de l'épaisseur de ces plis, alors surtout que l'étoffe de l'ornemenl était riche et pesante, obligèrent à modifier cette forme, que l'on ne retrouve plus que dans des tableaux anciens. En Orient, l'on retrancha tout le devant, à la hauteur de la poitrine et du coude (forme actuelle de la chasuble russe); en Occident, on l'ouvrit des deux côtés , ce qui a produit notre chasuble actuelle.

tJn changement bien plus marquant, et dont TongiDe a quelque chose de bien moins régulier, avait été introduit dans le Yétement li* turgique des évéques qui , jusque-là , se servaient, comme cela se pratique encore dans toute TÉglise latine, de la chasuble sacerdotale pour la célébration des saints mystères. On y subrogea une espèce de tunique fermée, à larges manches, et descendant jusqu'aux pieds. Cet ornement n*est autre chose quela dalmatique impériale que portaient les souverains du Bas-Empire. Il îuioclroyé par Tun d'eux au patriarche de sa capitale, d'où il passa aux autres patriarches et successivement à tous les évéques d'Orient. C'est sans doute à cause du caractère plus séculier qu'ecclésiastique de cet ornement, que les auteurs russes ne lui accordent pas le carac^èr^ pond'/îcal qu'ils ont reporté sur le pallium ( omophore'), que tous les évoques d'Orient se sont arrogé contrairement à l'antique usage de l'Église. Quoi qu'il en soit du caractère de la dalmatique pontificale, son origine, avouée parles écrivains ecclésiastiques de Russie, ne plaide pas pour le système de l'immuabilité, en fait d'ornements sacerdotaux, que voudrait établir le synode russe; car apparemment son usage ne remonte pas à l'ère apostolique. Comme, au reste, le christianisme de la Russie ne date que du onzième siècle, l'on s'expliquerait facilement qu'il regardât, comme primordial dans l'Eglise, tout ce qu'à cette époque il reçut de sa mère byzantine, si ses historiens ecclésiastiques n'avaient pris soin (le conserver lamémoirede l'actede prééminence impérialequi décida ce changement dans le vêlement liturgique des prélats de l'Orient.

Note 25 (page iU).

Non-seulement le gouvernement russe et son esclave, le synode, restent parfaitement indifférents à la triste destinée de tant d'âmes se perdant dans l'ignorance ; le gouvernement russe s'oppose systématiquement et par politique à ce qu'elles soient amenées au christianisme.

L'empereur a formé et pris à sa solde plusieurs escadrons de cavalerie, tirés des populations du Caucase, et il les a réunis à sa garde , en leur donnant, avec une solde énorme, les riches uniformes et l'armement propres à la nationalité de chacun. Ces escadrons composes

'Vomophore est une pièce d'étoffe très-riche, brodée de croix qui, placée sur les épaules de Tévêque, en fait le tour et redescend en avant et en arrière jusque sur les pieds. Elle est ordinairement large de six à huit pouces, et terminée par des franges très-riches. L'évéque le quille pendant la lecture de l'évangile , et pendant d'autres parties de la liturgie pontificale.

de nobles et commaDdés par des princes tcherkesses, lesguis, etc., figurent aux solennités de la cour et aux grandes manœuvres militaires; c'est à peu près tout leur service.

Tous ces hommes sont musulmans; ils vivent au milieu d'une capitale chrétienne, où ils ont des mosquées construites et ornées aux frais du Trésor , et desservies par des moullak très-bien rétribué.s. Eux-mêmes assurent que leurs ancêtres ont été chrétiens, ce qui se prouve par les croix que Ton voit encore taillées sur d'anciennes pierres tumulaires. Ils n'oseraient, dit-on, reparaître dans leur pays, s'ils étaient devenus chrétiens, et cette raison paraît suffisante pour les empêcher de le devenir! Beaucoup d'enfants même de ces pays caucasiens sont amenés à Saint-Pétersbourg, et ils y reçoivent l'éducation gratuite et mililaire des différents corps des cadets. Mais il est très-rigoureusement défendu de les admettre à l'instruction chrétienne de leurs camarades, ou à la fréquentation de leur église. On en voit souvent pleurer et se plaindre de ne pouvoir être chrétiens , mais l'ordre est inflexible; il faut qu'ils restent ce qu'ils sont.

Pourquoi? Parce que ces enfants sont destinés à retourner, un jour, au pays natal, où leur rôle sera de prêcher leurs compatriotes sur les avantages que leur promet une soumission absolue et irrévocable à la Russie; sur la magnanimité du souverain, sur sa puissance et sur les magnificences de son empire. Pour que ce rôle soit bien rempli et que leur changement de religion ne vienne pas à leur enlever toute influence sur leurs compatriotes , il faut qu'ils restent privés du christianisme, de ses lumières, de ses vertus. C'est de la politique, nous en convenons; mais quel jugement en portera le divin Ami de Tenfance, qui nous ordonne de laisser les petits venir à lui , parce qu'à ceux qui leur ressemblent appartient le royaume des deux! Et le très-saint et très-orthodoxe synode n'a point de remontrances à faire sur de si cruelles mesures! Oh non! mais il a des chants de victoire pour s'être assimilé de malheureux catholiques, désespérés de lui appartenir ! Dominus horum vindex est!

Note 24 (page 146).

Si le synode de Russie connaissait mieux la situation religieuse de rOrient, ou si le cabinet de Saint-Pétersbourg jugeait à propos de lui communiquer les rapports , qu'à cet égard , il ne peut manquer de recevoir de son ambassade et de ses consulats à Gonstantinople et en Asie, il saurait que les musulmans, dans l'appréhension où ils sont, et qui déjà a été signalée par plus d'un écrivain voyageur , de voir

crouler déOnitivcment leur empire, si vaste et si faible à la fois, commencent à s*occuper de Tétude de nos livres saints, et à mieux apprécier nos Évangiles. Ce qui principalement les attire vers ces études, c'est Tadmirable dévouement des congrégations de nos lazaristes et de nos sœurs de la Charité. L'une et Tautre ont à Constant!nople, à Smyrne, en Perse même, et ailleurs, des écoles gratuites que fréquentent à Tenvi les enfants de toute sorte de religions ^ dont les étonnants progrès font le charme de leurs parents. A cette éducation les sœurs joignent le soin des malades, aux hôpitaux et à domicile, ainsi que la distribution toute gratuite de toute sorte de médicaments à quiconque en demande. Ce spectacle, plus digne des anges que des hommes, appelle nécessairement Tatlention des musulmans comme des sectaires chrétiens sur la religion qui seule produit ces prodiges de charité; car Thomme, en recevant de grands bienfaits , recherche, même sans le vouloir, la source d'où ils découlent; et par une marche naturelle de ses idées et de sa raison, en aimant, en respectant les efifcts, il en vient à en aimer, à en respecter la cause. Et que le schisme oriental n'espère pas recueillir le fruit de ce que d'autres ont semé! Une pareille illusion serait bien vaine assurément; car les Turcs savent parfaitement distinguer les Roumis (catholiques romains), auxquels ils donnent aussi le beau nom de francs, de ces schismatiques Rajahs, auxquels ils portent un mépris traditionnel , une haine héréditaire. L'Europe est profondément émue de la menaçante expectative de la dissolution finale de l'empire des Olhomans, parce que sa pauvre politique voit bien le nœud gordien, mais qu'elle ne sent pas dans sa main l'épée d'Alexandre pour le trancher. En effet, cette épée est aux mains de Dieu et de son Eglise; elle n'est autre que cette toute-puissante parole évangélique , que de saints et infatigables missionnaires portent et répandent dans tout l'univers, et spécialement dans cet Orient, que l'erreur arienne avait si efficacement préparé à recevoir l'informe doctrine de l'Arabe. Combien il serait désirable que la politique européenne pût comprendre que ce n'est pas dans la conquête , mais dans la conversion de l'Orient qu'elle trouvera la solution de la terrible énigme politicoguerrière que son regard épouvanté n'ose embrasser, et qui, cependant, doit se présenter un jour! Encouragez, soutenez, princes de la terre , le travail des missions dans cette belle et vaste partie du monde, et au lieu d'avoir des peuples barbares à déchirer, peut-être même à détruire, vous n'aurez plus que des frères catholiques à organiser et à chérir! Nous engageons ceux de nos lecteurs qui désireraient de connaître plus à fond ce qui nous inspire de si grandes esn

pérances, à lire avec attention le mémoire adressé par M. Etienne, procureur général de Saint-Lazare, aux deux conseils de Toeuvrede la propagation de la foi, daté de Malle, 29 novembre 1840, et inséré aux Annales de Tassociation , cahier de mars i 841 , LXXV.

Note 25 (page 161).

Nous avons déjà fait remarquer que rien n*esl moins exactement vrai que Tassertion du synode de Russie, qualifiant sa langue liturgique d'idiome national et populaire, et, de plus, nous avons fait voir que son usage n'a pas été primitif dans TEglise de Russie. Toutefois, ces observations n'étant que d'un ordre secondaire, le sujet ne nous paraîtrait pas suffisamment éclairci, si nous négligions de rcxamlner, quant au fond de la question.

Les auteurs du schisme grec, quelle que fût leur haine contre l'Eglise romaine, n'avaient cependant pas poussé leur rebelle folie jusqu'à incriminer, dans l'Eglise latine, Vusage de sa langue. C'est du grimoire des protestants, ses alliés évangéliques , que l'Eglise russe a tiré cette ridicule' censure de notre langue liturgique.

Les deux principaux motifs qui rendent l'usage de la langue sacrée si haïssable aux coryphées comme aux alliés du protestantisme , sont, d'abord, le caractère éblouissant d'unilé que son usage imprime, en tous lieux, au culte catholique ainsi qu'à ses doctrines tirées des livres saints et de tous les monuments écrits de la tradition primitive; puis le caractère d'inviolabilité que donne, tant aux divines Ecritures qu'aux témoignages des premiers écrivains ecclésiastiques, riwmobililé acquise à ce que l'on appelle les langues mortes.

Déjà l'antique législateur du Parnasse latin avait fait remarquer la mobilité naturelle aux langues vivantes. Dans son poétique langage il comparait leurs expressions aux feuilles tombant chaque année dans les foréls :

Ut silvœ foliis pronos mutanlur in annos; Prima cadunt, ita verborum vêtus inlerit œtas.

Nous en appelons avec confiance au jugement de tout homme sensé,

' Bien ridicule, en effet, puisque les incriminations protestantes frap-* pent en général toutes les langues liturgiques , et que , par conséquent i elles s'étendent à leur usage dans toutes les Églises, Bien plus conséquents dans leur logique que le synode, ils Tont partout bannie el remplacée par l'idiome véritablement populaire.

en lui adressant cette simple question : Que seraient devenues la doctrine et la foi des premiers siècles, si leurs documents écrits avaient couru ou couraient encore les mille chances de corruption qu'auraient infailliblement amenées les innombrablesversions devenues nécessaires dans l'Eglise universelle, qui doit embrasser tous les peuples de Vunivers; si le texte original ne demeurait intact et incorruptible sous Tégide de sa langue originaire? Et quant à la liturgie, comme , de Taveu du synode russe, elle doit être imprégnée des doctrines de Vorlhodoxie , n'est-il pas de la dernière évidence, que les nombreuses traductions, qui deviendraient nécessaires, s'il fallait les adapter à l'usage de toutes sortes de langues, plus ou moins riches, plus ou moins formées, ne pourraient manquer d'altérer leur esprit en variant l'expression des termes canoniques, et les livrant à toute la caducité des mots dans les langues modernes? Cette altération des dogmes chrétiens devient impossible, à raison de l'emploi d'une langue antique et du recours toujours ouvert aux sacrés documents du christianisme. Ils existent, toujours invariables et impérissables , comme ces étalons que conserve intacts l'administration centrale des États, afin de pouvoir, chaque jour et sans cesse, leur comparer les poids et les mesures en usage dans le commerce, et qui, sans cette précaution , ne Manqueraient pas d'être continuellement altérés par la fraude et par ^'intérêt des particuliers. Nous invitons le synode de Russie à médi- ^r ces motifs et à les peser au poids du sanctuaire.

[Note 26 (page 168).

Quantum mulatus ah illot Où trouver aujourd'hui, parmi nous , <^etie concorde religieuse, alors si féconde de vertus? Jetons un rapide et douloureux coup d'œil sur les causes qui préparèrent et provoquèrent un si déplorable changement, et nous serons encore ramenés à ^ fatal empire d'Orient, dont le souvenir même doit être en exécration à l'Europe. De son sein étaient sorties les deux abominables hérésies, radicalement destructives du mystère de |a Trinité, et par conséquent du christianisme tout eptier. De ces deux sources empoisonnées en avaient découlé d'antres, également subversives du mystère de l'Incarnation , et ce furent les incesssants analhèmes fulminés du haut du Capitola chrétien, qui déposèrent au cœur des fauteurs patents ou secrets de ces sataniques doctrines, la haine du Siège apostolique , dont la juste sévérité leur avait prodigué toutes les foudres de l'Eglise.

Les conciles orientaux (ceux au moins qui avaient été légitimement convoqués, présidés et confirmés) dirent anathèmp à ces mêmes hé-

résies, qui toutefois ne purent jamais être extirpées de Vorlhoioxt Orienl; et il semblerait que TEglise , qui se donne et porte avec tant de fierté ce nom , eût dû reconnattre, par une soumission pleine dV mour, inappréciable bienfait de Tassistance qu'elle avait tirée de rindéfectible autorité du Siège apostolique, si vénéré par ses pères dans la foi. Mais l'orgueil connaît-il la reconnaissance? comprend-il même son propre intérêt? Loin de chérir le médecin de ses infirmités journalières, et semblable à un malade atteint de frénésie, l'Eglise de Byzance s'élève en fureur contre celui qui avait, sinon guéri, au moins bandé ses plaies : ne pouvant lui donner la mort en retour de ses bienfaits, elle le bannit et lui voue une haine sans terme et sans frein.

La chute de Gonstanlinoplc venait de disperser les savants et les artistes de la cité byzantine qui avaient pu échapper au fer du musulman. Ils se répandirent en Europe et y apportèrent, avec leur littérature déjà dégradée, leurs idées incurablement schismatiques et surtout leur haine de la vieille Rome et de son indeitruclible pontificat. Cette époque fut appelée celle de la renaissance des sciences et des arts. Mais, s'il est vrai que sous ce rapport, assez peu essentiel pour le bonheur des nations , elle nous ait rendu quelques services assez équivoques, à quel prix nous les a-t-elle faitacheter! Leurs clameurs schismatiques furent entendues en Europe; les doctrines de la révolte y germèrent, et un siècle et demi suffit pour en faire sortir les Luther, les Zwingli, les Calvin! Cette filiation historique, à laquelle des circonstances, qu'il serait trop long d'énuraérer, vinrent prêter leur appui, fait voir de quelle source a toujours coulé le fleuve vénéneux qui s'est répandu de VOrient sur l'Occident. Elle montre que cette vaste hérésie protestante elle-même a pris de VOrient sa funeste négation de la légitimité du gouvernement pontifical , et c*est par celte raison , sans doute , que, malgré l'opposition radicale et palpable des dogmes mutuels , l'Eglise de Russie fraternise si complaîsammentavec le protestantisme, ce monstre posthume enfanté par la révolte byzantine.

' Il nous est souvent arrivé d'entendre des prêtres russes déclarer à des prolestants celte fralernilé si choquante avec des sectes qui n^ont plus même de sacerdoce. C'est aussi à raison de celle fraternité dans la révolte, que le gouvernement russe a trouvé bon de changer la dénomination de ces sectes, bien évidemment hérétiques aux yeux de TÉglise russe, puisqu'elles blâment et condamnent les croyances et les pratiques de celle Église, en celles d'évangétiqucs , comme si TÉglise russe ne se croyait pas, elle aussi, fondée sur l'Évangile. Jusque-là ces sectes étaient appelées luthériennes, et réformées, tant par le gouvernement que par le synode de Russie.

Note 27 (page 168).

Tous les documeiils qui servent de base à Thistoire ecclésiastique, en ce qui concerne la hiérarchie primitive de TÉglise, font foi , qu'après, le Pontife romain qui y occupait le rang suprême, le premier, en dignité comme en étendue de juridiction, était le patriarche ô.' Alexandrie; après lui venait celui d'Anlioche et enfin celui de Jérusalem. Ces trois sièges seuls étaient réputés apostoliques, les deux premiers ayant été fondés, Tun par mission expresse donnée à saint Marc, son disciple, par le prince des apôtres, l'autre ayant été occupé par lui-même, le troisième enfin ayant été arrosé du sang de saint Jacques, son premier possesseur, et le seul de tous les apôtres ( Pierre excepté ), qui paraisse avoir occupé un siège propre et Oxé dans une ville.

A répoque où s'assembla le premier concile œcuménique de Nicée , Byzance n*avait pas encore été élevée au rang de seconde capitale de l'empire. Elle n'avait qu'un simple évêque, suiTragantdu métropolite d*Héraclée, et qui ne prit au concile que le rang qui convenait à l'infëriorité de son ordre dans l'épiscopat.

Mais à peine Byzance était-elle devenue résidence impériale, sous^ les noms de Gonstantinople et de nouvelle Rome, que l'on vit surgir les prétentions de son évêque. Les hérésies d'Apollinaire et de Macédonius ayant provoqué, en 381 , une assemblée d'évêques orientaux à Constantinople même, qu'en l'absence de légats romains, présidèrent de saints prélats de ce siège, persuadés, sans doute, qu'ils en avaient le droit en leur qualité d'évêques locaux; qu'ils profllèrent en partie de cette circonstance et en partie du respect qu'inspiraient au concile les grands mérites de l'empereur Constantin et de quelques-uns de ses successeurs, à l'égard de l'Église, pour faire déférer au siège de la ▼ille impériale le second rang hiérarchique dans l'Église. Le troisième canon du concile lui assigne en effet ce rang, mais sans y attacher aucune suprématie de juridiction sur les anciens sièges. Toutefois, la sanction apostolico-romaine ne fut accordée qu'à ceux des actes du concile qui fixaient la foi catholique en condamnant les erreurs pour le jugement desquelles il avait été convoqué. Les droits ainsiaccordés au siège de Constantinople demeurèrent donc plus que contestables, faute de reconnaissance de la part de la chaire apostolique.

Les excès auxquels s'était porté le brigandage d'Éphèse avaient nécessité , en 451 , la convocation d'un nouveau concile œcuménique qui fut, en effet, célébré à Chalcédoine. Il s'agissait de procéder au jugement de l'hérésiarque Dioscore, protecteur forcené d'Eutychès, et principal auteur des fureurs d'Éphèse. Cette fois, le concile était prév

sidé par Paschalin, Fulgence et Boniface, légats du Saint-Siège. Dioscore, Eutychès et leurs blasphèmes furent condamnés; mais, comme il était arrivé au concile de Conslantinople, Anatoiius, pour la seconde fois reconnu patriarche de la Rome nouvelle' , et appuyé du crédit de Tempereur Marcien, demanda au concile un canon approbatifetconfirmatif du troisième canon du concile précédent. Les légats romains opposèrent les protestations les plus formelles à cette clause subver* sive de Tancien ordre hiérarchique dans TÉglise, et comme ils reconnurent bientôt Tinsuffisance de leur opposition aux sollicitations du patriarche, déjà maître presque absolu de TÉglise orientale, ils se retirèrent du concile, en se référant au jugement futur du chef de rÉglise.

Cette retraite des légats n^empécha pas l'assemblée , de ce moment privée du caractère de concile (Bcuméniquey de passer outre et d'accéder au vœu du patriarche Anatole; et son vingt-huitième canon lui assigna , en effet , le second rang dans TEglise. Mais comme elle ne méconnaissait pas la nécessité d'obtenir, pour son décret, la ratification du pontife suprême, elle chargea Anatolius lui-même, Maxime, patriarche d'Antioche , et Juvénal , patriarche de Jérusalem , de soumettre à la sanction du Saint-Siège tous les actes du concile, son vingthuitième canon y compris. Ce qui montre avec la dernière évidence à quel degré de complaisante servitude, envers l'empereur et son patriarche , étaient déjà descendus les chefs mêmes du clergé d'Orient, ce sont les sollicitations pleines de respect et le langage prodigieusement obséquieux avec lesquels ilssuppUentlechef de l'Église de sanctionner ce canon, accordé aux recommandations de l'empereur Marcien, dont la pieuse orthodoxie venait de se signaler par la convocation mémeda concile et par la protection dont il l'avait entouré. Car, si quelqu'un avait droit et intérêt à s'opposer aux prétentions du patriarche de Constantinople , c'était assurément ceux d'Antioche et de Jérusalem, auxquels l'antiquité et la dignité apostolique de leurs sièges assuraient une bien juste prééminence sur le siège, si nouvellement érigé en métropole, de l'évêquede Byzance*. Le synode de Russie, s'il voulait pren-

' Il avait été une fois déposé pour légitime suspicion d'hérésie, mais il avait dû sa réintégration à Tindulgence de Rome, précédée d'une profession , hypocrite peut-être , de la foi catholique.

• Dioscore d'Alexandrie avait été déposé , pour crime d'hérésie , dans Tune des premières sessions du concile. Les signatures des trois patriarches représentaient donc l'universalité des Églises soumises à l'empire d'Orient.

drela peine de lire ceUe lettre synodale, serait, an reste, fort mal édifié des burables vœux de longéviiéque les organes du concile adressent au Père très-saint, très-heureux et très-chéri de Dieu, le Pape, ivéque de Rome. Il le serait moins encore (bien qu'il compte Léon-le- Grand au nombre des saints ) des acclamations unanimes du concile de longues et heureuses années à rarchevéque Léon, parce que c'est avec Dieu quHl a jugé.

Ce grand et sublime Pontife occupait, en effet, la cbairc apostolique, et déjà son anathème, lancé contre l'impiété eutychienne, avait prévenu ceux du concile. Le génie transcendant de ce grand Pontife mesurait, à la distance de six siècles, le danger qui devait résulter, pour Vunité de V Église, des ambitieux efforts de Tévêque de la ville impériale, pour acquérir sur les Églises de toutes les contrées soumises à Tempereur d'Orient, des droits même simplement honorifiques ou de préséance, qu'à Taide du bras impérial il saurait bien plier à sa juridiction quasi universelle. Aussi se montra-t-il inaccessible à tous les motifs de convenance extérieure, de complaisance envers l'orlhodoxe Marcien et de servile abdication des deux autres patriarches. Dans la réponse qu'il adressa à Anatole, après avoir pleinement corroboré de la sanction apostolique les vingt-sept premiers canons du concile, tous relatifs à la foi, il rejette avec une fermeté digne de son grand caractère les trois derniers relatifs à la prééminence du siège de CoDStantinople sur tous les sièges d'Asie. Armé de cette autorité su^ biime qu'il exerçait au nom du divin Époux de TËglise, il commence par décerner au concile un blâme fortement exprimé pour s*étre laissé entraîner à une décision entièrement étrangère à V objet de sa convocation, et cela sans avoir égard aux protestations et à la retraite des légats apostoliques, à la fermeté desquels il décerne , au contraire, de justes éloges. Puisiladresse a Anatole de non moins justes reproches, d'avoir oublié les préceptes de la retenue et de l'humilité chrétiennes, jusqu'à élever ses prétentions à une situatioii hiérarchique qui ne pouvait lui appartenir. 11 lui remontre, de plus, l'injustice de ces prétentions, qui ne vont pas à moins qu'à dépouiller des sièges, bien plus vénérables que le sien , des prérogatives que, dès son origine, l'Église universelle leur avait reconnues; prérogatives dont ils ne pouvaient être privés, sans opérer une grave perturbation dans le gouvernement de VEglise. Tel fut l'arrêt de ce grand Pontife sur ces premiers essais d'usurpation tentés par des évéques déjà asservis au pouvoir politique*. Malgré la censure des Souverains-Pontifes, ils parvinrent à éta-

' La lettre de saint Léon , ad Ànatolium Constantinopolitensem epis- ^^opurn , porte la date du troisième jour des ides de mars 452.

388 NOTES ADDITIOI^NELLES.

blir leur juridiction usurpée, et même à retendre sur des provinces soumises à leur empereur, mais qui jusqu'alors avaient dépendu du patriarcat romain. Toutefois ce ne fut qu'au commencement du treizième siècle, que la situation irrégulière qu'ils s'étaient faite obtint une reconnaissance de pure tolérance de la part du Saint-Siège: Innocent III, au quatrième concile de Latran, permit pour la première fois au patriarche de Constantinople d'occuper la première place après lui.

Si le sublime cantique de la Vierge-Mère ne nous apprenait pas que le Très-Haut déploie la puissance de son bras, lorsqu'il dissipe les conseiU et jusqu'à Vintelligence du cœur des superbes ^ nous en recevrions le haut et salutaire enseignement par le destin final de ce siège byzantin, tombé du faite de sa criminelle ambition dans un abîme d'abjection si profond, qu'il ne peut être exprimé que par la bouche du prophète, pleurant sur les ruines de Salem : Deposita est vehementer. Gomme Babel elle est précipitée , et nulle puissance ne relèvera cette chaire de peslilence, jusqu'à ce que, les yeux élevés vers son juge et les bras tendus vers Rome, elle revienne au bercail de l'unité catholique.

Note 28 (page 169).

On sait que le nouveau gouvernement royal de la Grèce, à peine installé, s'est hâté de rompre le lien de subordination qui, depuis tant de siècles, attachait le Péloponèse, ainsi que le continent et toutes les îles de la Grèce, au siège patriarcal de Constantinople. Mais quoi! le patriarche avait-il forfait à la foi; ou quelque autre motif canonique pouvait-il être allégué pour justifier celle soustraction à son obédience? Nullement; il est toujours, pour lesGrecs comme pour les Russes, le très-saint, très-orthodoxe et œcuménique archipasleur de l'Orient; mais il se trouve sous la dépendance absolue d'un souverain étranger^ réputé plus ou moins hostile au nouvel État. Gela suffît, suivant la théorie de la prééminence impériale ou royale, pour motiver cette séparation hiérarchique de deux Églises; et même chose serait infailliblement arrivée dans l'Église dite d'Occident, si le Pontife romain n'eût eu pour lui l'imprescriptible prérogative de l'institution divine' .

' Par cet exemple, Ton voit ce que, aux temps de la naissance des monarchies modernes, serait devenue, et ce que, de nos jours encore, deviendrait l'unilé de TÉglise, placée sous les pr^cminmcc* impériales, royales, ducales, ou même républicaines; car toutes ces prééminences auraient le même fondement, et par conséquent les mêmes droits.

An reste, le patriarche de Gonstantinople n'a fait, en cette occasion, que recueillir le fruit de la semaille de ses prédécesseurs; car il n'était pas moins libre à Tarchevéque d'Athènes, appuyé de la prééminence royale y de refuser obéissance ultérieure au palriarche de Gonstantinople, qu'il n'avait été libre à celui-ci , appuyé delà prééminence impériale, d'excommunier le Pape et de se séparer de l'Église romaine. Personne n'ignore que ce sont l'exemple cl même les conseils de la Russie qui ont déterminé la substitution d'une administration synodale en Grèce à l'antique dépendance de son Église du siège de Byzance. G'est un assez curieux spécimen de la bienveillance impériale et synodale de Russie pour le patriarche de Stamboul. L'Église de Russie le place en tête des très-sainls et très- orthodoxes patriarches de rOrient, et dans ses ekhlenii e\\c2LCCorde à son siège le premier rang après son propre synode. Mais là se bornent ses respects et son affection pour lui. Partout où le gouvernement russe peut lui arracher quelques fragments de sa juridiction patriarcale, il n'a garde d'y manquer; car ce qu'il vient de conseiller et d'effectuer en Grèce, il l'avait déjà exécuté dans tous les pays qu'il est parvenu à démembrer de l'empire des schah et de la monarchie expirante des Ottomans.

Note 29 (page 182).

Getle lettre du patriarche Veccos n'élait que la confirmation littérale de la profession de foi que l'épiscopat grec avait prononcée au milieu du concile; celle-ci avait même, en quelque sorte , anticipé sur son œuvre de pacification, puisque, d'une part, l'empereur Michel avait adressé au pape Grégoire X, présent à Lyon, une lettre par laquelle il adoptait en son entier la profession de foi proposée par Glément IV, que ses évoques venaient d'adopter sans restriction ; et que, d'autre part, le Souverain-Pontife, célébrant , le jour de la Saint-Pierre, la sainte messe dans la cathédrale de Lyon, assisté de la prélature des deux Églises, le symbole de Nicéey fut chanté en langue latine d'abord , puis en langue grecque, et que tout le clergé oriental répéta yu^çu'd trois fois consécutives, l'article de la procession du Saint-Esprit, avec l'addition du Filioque, La conduite plus qu'équivoque que, pendant le reste de sa vie, tint l'empereur Michel, fut cause que les résultats de la réunion devinrent de jour en jour plus incertains y jusqu'à ce que son fils et successeur, Adronic lî, renversât violemment l'œuvre du concile de Lyon.

Note 50 (page 184).

Décret du concile de Florence, rendu et promulgué dans sa dixième et dernière session. — Q juillet 1459.

Eogène, évéque, servileor des serviteurs de Dieu, pour mémoire perpétuelle de la chose; du consentement de notre très-cher fils en Jésus-Christ , Jean Paléologue, illustre empereur des Romains, de ceux qui tiennent la place de nos vénérables frères les patriarches, et des autres représentants de TEglise orientale; au nom de la sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit ; avec l'approbation de ce saint concile œcuménique assemblé à Florence, nous définissons ce que tout chrétien doit croire et professer; savoir : Que le Saint-Esprit est éternellement du Père et du Fils; qu'il reçoit son essence et son être subsistant du Père et du Fils tout ensemble, et qu'il procède de l'un et de l'autre éternellement, comme d'un seul principe et par une seule spiration; déclarant que les saints Docteurs et les Pères qui disent, que le Saint-Esprit procède du Père par le Fils, entendent et font connaître par là que le Fils aussi bien que le Père est la cause, selon les Grecs, et, selon les Latins, le principe de la substance du Saint- Esprit; et parce que le Père, en engendrant élernellemenl le Fils, lui a communiqué tout ce qu'il a lui-même, à l'exception de la paternité, il lui a aussi donné, de toute éternité ce en quoi le Saint-Esprit procède de lui. Nous définissons encore que l'explication faite par ces paroles : Filioque , pour éclaircir la vérité, comme il était nécessaire alors , a été ajoutée légitimement et avec raison. Nous déclarons de même que le corps de Jésus-Christ est véritablement consacré dans le pain de froment, levé ou azyme, et que les prêtres doivent employer, chacun, celui qui est en usage dans son Eglise, soit oricntalesoit occidentale; que les âmes des vrais pénitents qui sont morts dans la grâce de Dieu avant d'avoir expié, par de dignes fruits de pénitence, leurs péchés de commission ou d'omission , sont purifiées, après leur mort, par les peines du purgatoire, et qu'elles y sont soulagées par les suflrages des fidèles vivants, tels que le sacrifice de la messe , les prières, les aumônes et les autres œuvres pies que les fidèles font pour les autres fidèles, suivant les institutions de l'Eglise; que les âmes qui n'ont contracté aucune souillure de péché après le baptême et celles qui, en ayant contracté, les ont effacées pendant la vie ou après la mort, en la manière que nous venons de dire, entrent aussitôt dans le ciel et jouissent de la claire vision de Dieu, plus ou moins parfaitement, selon la différence de leurs mérites; enfin, que lésâmes de ceux qui

sonl morts dans le péché mortel, actuel, oa dans le seul péché originel , descendent aii^^iM^ en enfer pour y être punies, quoique inégalement. Nous définissons aussi que le Saint-Siège apostolique et le Pontife romain a la primauté sur toute la terre ; qu'il est le succès** seur de saint Pierre, prince des apôtres, le véritable vicaire de Jésus^ Christ , le chef de toute VEglise , le père et le docteur de tous les chrétiens; que, dans la personne de Pierre, Jésus-Christ lui a donné le plein pouvoir de paître , de régler et de gouverner l'Eglise universelle, ainsi qu'il est expliqué dans les actes des conciles œcuméni- <I«ies et dans les saints canons : renouvelant, en outre. Tordre des canons concernant les autres patriarches; en sorte que celui de Conslantinople soit le second ou immédiatement après le Pape , celui ^^'Alexandrie le troisième, celui d'Antioche le quatrième , et celui de Jérusalem le cinquième, sans toucher à leurs droits ni à leurs privilèges.

Outre les signatures du Pape et des cardinaux , archevêques et ^véques latins présents au concile , ce décret est revêtu de celles de l*eiïiperear Jean Paléologue , des deux vicaires du patriarche d'Alexandrie ( celui de Conslantinople venant de mourir à Florence). Le itiétropolite Isidore de Kief y apposa sa signature au nom du patriarche d'Antioche dont il avait les pouvoirs, et au nom de l'Eglise do Russie ; enfin de l'archevêque de Monembaze , demeuré seul représentant du patriarche de Jérusalem, après le décès de l'archevêque àe Sardes. On y voit encore les signatures de quatorze autres archevêques , de dix archimandrites ou autres dignitaires des Eglises. Outre les signatures de prélats d'autres contrées, l'on y trouve celles de deux métropolites venus d'Arménie pour assister au concile. 11 semblerait qu'une pareille réunion de souscriptions', entête desquelles figurait celle de Vempereur , devrait être considérée comme une parfaite garantie de la libre adhésion de l'épiscopat grec aux définitions du concile. Nous avons vu que le synode russe en juge autrement.

Note 31 (page 199).

Le concile de Nicée , premier des conciles œcuméniques , n'ayant

"Le petit nombre de prélats grecs signataires du décrets d'union s'cx- Pliquc facilement par Texiguilé du territoire qui restait à l'empire d'Orient, ^l par les obstacles Invincibles que les sultans , maîtres de tout le reste ^c l'empire , opposaient à l'éloignement des évoques pour se réunir à leurs confrères. L'union religieuse de rOrient à TOccident devait paraître à ces princes très-menaçante pour leurs vastes conquêtes déjà faites ou encore « faire.

39i KOTES ADDITIONNELLES.

à combaUre que Texécrable négation arienne , avait donné dans son synode une grande extension à la doctrine calbolique de la génération étemeUe du Fils de Dieu et de la consubslanlialilé de son essence divine arec celle du Père. Il avait été plus concis dans ce qui concerne le mystère de son incarnation , parce que celui-ci n'avait point jusquelà été attaqué, au moins d'une manière explicite. Et quant à la troisième personne, le symbole, par la même raison, se terminait par ces seules paroles : Nous croifons aussi au Sainl^Espril. Amen.

Mais bientôt après ce saint concile survint Apollinaire, dont Thérésic nouvelle n'allait à rien moins qu'à nier la réalité de la nature humaine en Jésus-Chrisl ' . En même temps, Macédonius, marchant sur les traces du grand apostat d'Alexandrie, se prit à nier la divinité du Saint-Esprit, soutenant qu'il n'était que la plus sainte, la plus élevée de toutes les créatures.

Ce fut contre ces sectaires que s'assembla (en 381) le second général concile qui fut convoqué à Constahtinople. Cette vénérable assemblée dit anathème aux deux erreurs qui, d'ailleurs, avaient déjà subi la condamnation du Saint-Siège, et afin de mieux encore préciser la foi de Nicée, elle ajouta, sur la doctrine catholique de VincamalUm et de la procession du Sainl-Espril, les explications qu'elle jugea nécessaires. Ainsi le symbole de Nicée, sur le premier point, s'était contenté d'énoncer <c que le Fils de Dieu est descendu du ciel ; qu'il » s'est incarné et fait homme ; qu'il a souffert et est ressuscité le » troisième jour , est monté aux cieux et reviendra juger les vivants » et les morls. » Le concile de Conslantinople , en conservant fidèlement ces mêmes paroles , dit plus explicitement «qu'il est descendu des » cieux, s'est incarné par le Saint-Esprit de la Vierge Marie, et s'est » fait homme; qu*il a été crucifié pour nous sous Ponce Pilate, a souf- » fert et a été enseveli; qu'il est ressuscité le troisième jour , suivant » les Ecritures; qu'il est monté aux cieux, est assis à la droite du » Pèrcj d'où il reviendra, avec gloire, juger les vivants et les morts; D et que son règne h*aura pas de fin.n

* Telle était la misérable condition intellectuelle de ces Grecs dont on veut nous vanter Torthodoxic. Toujours , daus leurs spéculations théologiques, ils se jetaient dans les erreurs les plus contraires et les plus extravagantes. Arius nie la divinité de Jésus-Christ; il est imuiédiatemeot suivi d'Apollinaire, qui, pour mieux soutenir son essence divine, nie sa nature humaine. Nestorius et Eutychès n'en agirent pas autrement : Tun voulait qu'il y eût en Jésus-Christ deux personnes distinctes, l'autre , afîn de le contredire d'une manière plus radicale, prétendit qu'il n*y avait en Jésus-Christ qu'une nature, une seule volonté.

NOTES ADDiTIOMNELlES. 393

Et quant au Saint-Esprit, le concile de Nicée n'avait fait, comme on vient de le dire, que proclamer sa foi au divin Esprit par ces pa- :»oles : a Nous croyons aussi au Saint-Esprit.» Le concile de Constantinople jugea à propos, pour confondre Macédonius et ses adhérents, <l*exprimer ainsi renseignement catholique sur la troisième personne divine : a Nous croyons aussi au Saint-Esprit, Seigneur et vivifiant , » qui procède du Père, qui, avec le Père et le Fils est également adoré » et conglorifié, qui a parlé par les prophètes, yi Enfin pour extirper , s'il était possible, toutes les hérésies présentes et futures , il définit sa foi a en l'Eglise, une, sainte, catholique et apostolique, en un seul bap- » téme pour la rémission des péchés, et son attente de la résurrection des » morts et de la vie éternelle, j> Tous ces derniers articles de foi , quoique fermement crus par TEglise, n'avaient point élé insérés au premier concile de Nicée.

L'hérésie arienne avait été, comme l'on sait, importée d'Asie en Europe, et Ton connaît la cruelle ténacité avec laquelle les Visigoths, maîtres de l'Espagne, maintenaient cette abominable doctrine « qui y a fait couler le sang de tant de martyrs. Elle y avait poussé de si profondes racines , que bien qu'à l'extérieur la foi catholique parût rétablie dans la péninsule ibérique , les évéques ne tardèrent pas à s'apercevoir que cette expression qui procède du Père, interprétée ainsi que l'interprète le schisme grec , comme équivalente à celle-ci: qui ne procède que du Père, était devenu le dernier refuge des secrets fauteurs de l'arianisme. Il leur parut donc urgent pour extirper jusqu'à la dernière racine d'une erreur si contraire à la foi chrétienne, et afin de préserver leur troupeau de l'action déléière de celte dernière goutte du venin d'Arius, de déclarer plus explicitement encore la foi de leurs Eglises, au moyen de l'insertion du Filioque au symbole de Nicée. Un si grand , un si charitable motif aurait-il dû céder à une superstitieuse vénération pour la rédaction primitive de ce symbole , surtout après le fait d'explications bien plus étendues introduites par le second concile œcuménique dans l'œuvre du premier? Fait si parfaitement connu , que le symbole de Nicée est souvent appelé nicéo-constantinopolitain dans des actes postérieurs de conciles. L'addition fut donc approuvée par la chaire apostolique , et par elle facultativement étendue à toute l'Eglise. Celle d'Occident , plus fidèlement attachée que les Orientaux aux enseignements dogmatiques du Saint-Siège, adopta avec empressement celte addition si conforme à la foi et si salutaire aux fidèles; ceux-ci au contraire demeurèrent attachés à la rédaction primitive deConslanlinople, et l'on peut croire qu'il entrait dans cet altachemeut un reste de la maladie

384 HOTES ADDlTtOMMELLKS.

pestilentielle d^Arius, plus encore que de goût pour Tindépendance des Eglises d^Orient et d'élolgnement pour la suprématie romaine. S*il en eût été autrement, TEglise orientale, qui avait déversé sur le monde Timpiétê arienne, se fût montrée encore plus empressée d'admettre le remède final décrété contre cette hérésie. Nous pensons donc qu'il n*y a rien de calomnieux à voir, dans son déchaînement contre le remède , quelque attachement mal dissimulé à la maladie.

Le mot baptisma (baptême)^ transféré de la langue grecque dans la nôtre, signiûe en général ablution, et s'entend tout aussi bien et même beaucoup plus souvent d'ablutions partielles que de Tablution totale du corps humain, et même d'autres objets. Cette assertion se prouve facilement par le texte des Ecritures.

Note 32 (page 219).

En saint Marc, vu, 4, les pharisiens et les scribes s'indignent de voir les disciples manger sans s'être lavé les. mains; a car, ajoute le texte évangélique, les pharisiens et tous les juifs ne mangent point sans s'être lavé les mains, et lorsqu'ils reviennent de la place publique ils ne mangent point avant de s'être bapliêés, c'est-à-dire sans s'être lavé les pieds ' . » L'évangéliste emploie même l'expression de baptême , en parlant de la lotion des calices» des amphores, des lits, et d'autres ustensiles, ce qui , pour les lits surtout, ne peut certes pas être entendu comme signifiant l'immersion complète de ces objets. En saint Luc, xi, 58, le pharisien qui avait invilé le Sauveur à diner lui adresse le même reproche, de ne s'être pas baptisé avant le repas. Or, il est bien évident que dans ces deux passages évangéliques, il ne pouvait êire question d'une ablution totale du corps, chose qui eût été impraticable pour une famille tout entière, et surtout pour un certain nombre de conviés.

Nous pourrons encore, en preuve de ce que nous avons avancé sur les deux acceptions du mot grec baptisma , citer la première aux Corinthiens, xv, 29, où l'Apôtre, enseignant la résurrection des morts, demande aux fidèles : a S'il en était autrement, que font ceux qui se baptisent pour les morts? Pourquoi donc se baptisent-ils? »

La pratique ancienne et actuelle des juifs nous apprend, qu'instruits par les traditions antiques, ils jeûnent aux jours anniversaires

' C'est ce que Ton voit par le reproche que Jésus-Christ fait à Simon, qui Tavait engagé à manger avec lui, de ne lui avoir pas donné de Veau pour se laver les pieds, Luc, vu, 44.

de leurs morts, et que cet acte de pénitence et de charité se termine toujours par Tablution de la face et des mains, G*est à cette pratique, fidèlement conservée par les premiers chrétiens, que se rapporte ce passage de saint Paul , qui en tire une preuve de la foi en la résurrection des morts. L*Âpôtre prend ici l'acte final du jeûne pour le jeûne lui-même; car personne sans doute n'imaginera que les Corinthiens s'administrassent, à eux-mêmes, un baptême sacramentel au profit de leurs défunts. Il n*est pas d'une moindre évidence que Tacte âe pénitence qui, dans le texte cité, est appelé du nom de baptême , ne saurait, en général, être entendu d'une ablution complète du corps (d'un bain), puisque, indépendamment de mille obstacles qui auraient pu s'opposer, au temps fixe, à cette ablution , elle aurait offert des dangers très-réels en hiver, et en été elle aurait dû être considérée plutôt comme un acte de sensualité que comme un acte de pénitence.

Puis donc que l'étymologie grecque, dans laquelle nos adversaires prétendent se retrancher, est elle-même contraire au système qu'ils en voudraient déduire, il devient d'une fausseté évidente que rtmmertm Suit Vessence même du baptême, et cette proposition ne témoigne foe de l'ignorance parfaite de ses auteurs, de la véritable signification do 6<qilûfna grec. L'ablution partielle du corps, telle qu'elle est pratiquée par les Latins, étant donc suffisante pour la régénération de l'âme par l'eau et le Saint-Esprit, nous disons que l'autre forme baptismale, qoe maintiennent les Grecs , a été sagement supprimée par l'Eglise catholique. Elle l'a été, comme très-souvent incommode et toujours très-indécente dans la pratique. Dansle baptême des enfants, elle présente moins de difficultés, à raison du peu de grandeur et de profondeur qu'elle exige dans le baptistère, et un peu moins d'indécence, parce qu'à ce premier âge de la vie, la complète nudité de l'individu offense un peu moins la pudeur. Mais pour les adultes, ceux de l'autre eexe surtout, l'on conviendra qu'elle est souverainement choquante. Il est bien vrai que, dans ce cas, le baptistère placé dans Téglise est ratouré de voiles derrière lesquels s'accomplit l'action sainte, et où n'entre que le prêtre avec ses assistants nécessaires, â l'exclusion des parrain et marraine ; mais avec cette restriction même du nombre des agents et des témoins, le baptême, conféré de cette manière, ne peut que faire souffrir une honte intolérable au néophyte, ainsi qu'à l'asjiistance, tant elle blesse la pudeur, et cela dans le saint lieu! 11 est frai qu'en Russie, où les bains à vapeur se prennent en grande compagnie, la pudeur et la honte de la nudité sont choses peu connues.

Note 33 (page 264).

Non-seuleinent les éventaalilésde la conquête et de rextinction des ^ races royales, mais le droit de succession héréditaire au trône, rendent la suprématie spirituelle des princes radicalement incompatible avec le gouTcrneraent de TËglise. Ce droit, se transmettant par voie de primogéniture dans une famille inamovible, et toujours indépendamment de la capacité intellectuelle et des qualités morales de Théritier, il devient évident qu'à chaque mutation de règne FÉglise, comme cela s'est vu si souvent à Gonstantinople, courrait les chances les plus périlleuses pour sa paix intérieure, même pour lastabilîtéde sa doctrine. La souveraine indépendance du siège apostolique et la forme élective de succession au sacerdoce royal obvient seules à de si dangereuses conséquences. Car, choisi dans la classe et par la classe la plus éminente du clergé, le nouveau porteur de la houlette pastorale universelle apporte toujours à ses hautes fonctions la capacité théologique et doctrinale qu'elles exigent, et sa sublime élévation lui impose le devoir, et mémeunesorte de nécessité, de ne se point écarter de la voie des plus hautes verlus\ L'histoire et la raison nous montrent assez que rien n'est moins possible que cette double garantie dans les princes que le simple droit de naissance, même dans la ligne féminine, appelle au trône.

On objectera,nousle savons, Texemple de quelques Papes auxquels on a reproché d*horrib1es égarements. Mais, d'abord, en admettant, même sans restriction , des accusations souvent mal établies, nous ferons simplement remarquer, que ce qui a pu se produire, comme de douloureuses exceptions, dans Thistoire pontificale , se reproduirait bien plus souvent et même nécessairement, en Vabsence de toute garantie possible , de la part de^ princes temporels. Il s'agit |}'ailleurs , dans ce qui nous occupe, beaucoup moins de crimes ou de désordres moraux, que de Vincapacité doctrinale* des princes, auxquels on ne voudra pas, sans doute , supposer les hautes connaissances théologiques

' S'il en a été autrement quelquefois, ce n*a pas été par suite d*uD vice inhérent à Pinstitulion divine de la papauté, mais par suite de troubles politiques et de Tingérence toujours illégitime des puissances temporelles dans Péleclion des papes. Rien ne prouve mieux, d'ailleurs, la force divine de Tinstilution du sacerdoce royal , que son inaltérable durée, malgré les abus qui souvent ont vicié Tacte des élections pontificales.

* Parmi les Papes auxquels des crimes moraux ont élé imputés, on n'eo a pas trouvé un seul qui ait proclamé ou enseigné une erreur dogmqtique ou morale.

^^noniques indispensables pour gouverner TÉglise, raison pour la- ^^^ITe il ne leur a point été dit : Allez! enseignez!

^st-ce donc aux princes de la terre que la souveraine Sagesse a dit: •^t«« êtes la lumière du monde' ; vous éles le sel de la terre. Que si ce *^^ Tenait à s^évanouir, avec quoi salerail-on? Cela ne vaudrait rien *^ "plus qu'àélrejeléau dehors, et foulé aux pieds des hommes. Et c'est *^i^n, en effet, ce qui arrive aux Églises qui refusent le sel apostolique. Elles sont jetées dehors, et pour n'avoir pas voulu porter le joug ^^ la soumission à la Cbaire apostolique, elles sont aussitôt /bu7^e« aux l^ieds de ces hommes ignorants ou pervers, auxquels Dieu, pour le châi- Mment de coupables nations, remet souvent le despotique fléau qui ^bat et brise tous les droits. L'anathème s'étend même plus loin quel* quefois; témoin , l'Église indocile de l'Orient, et qui sait si dans le trésor des vengeances divines, il ne se trouve pas encore, même pour la poissante Russie , de vengeresses combinaisons qui atteindront son ï^lîse?

Note 54 (page 267).

Le synode de Russie, bien qu'il se complaise dans sa basse théorie de la prééminence impériale surl'épiscopat, nous permettra peut-être de mettre sous ses yeux un fait historiquement constaté, et bien pro* pre à luidémontrer que cette prcémineuce sacrilège, dès qu'elle doit s'entendre d'une suprématie réelle, même «ur (e^ simples observances des Eglises, n'était pas du goût de tous les empereurs, pour peu que ceux-ci eussent reçu une instruction parfaitement chrétienne.

L'an 588, le grand Théodose se trouvant à Milan , et ayant, un jour de fête, déposé son ofl'rande sur l'autel , avait cru , suivant en cela la coutume des Orientaux, pouvoir rester dans le sanctuaire. Saint Au)r broise, dont l'Église de Russie vénère la mémoire, ne reconnaissant devant Dieu que deux ordres de lidèles, les pasteurs et les ouailles, s'approcha du prince et lui demanda ce qu'il attendait. Le pieux empereur répondit avec modestie qu'il se tenait là pour attendre la com* munion. Dans ce cas. Seigneur, lui répondit le saint archevêque, il faut laisser au clergé la place que voi^ occupez , et qui h*appartient qu*aux ministres des autels, La pourpre dont vous êtes revêtu indique la puissance impériale et non le sacerdoce. Occupez donc à la télé df

' Par cette eipression , Ton voit que ce que le Sauveur accorde à ses apôtres ne lui Ole rien à lui-même, mais les identifie avec lui. En quel autre seps la lumière éternelle aurait-elle pu dire k de simples mortels : Vous êtes la lumière du monde.

votre peuple la place qui vous est due. Le viclorienx Auguste céda sans réplique ni colère à cette paternelle remontrance, et remercia même Tarchevéque de Tinstruction qu'il lui avait donnée.

De retour à Gonstantinople, il voulut, même contre Tusage qui y prédominait, pratiquer ce qu'il avait appris à Milan. Le patriarche. Nectaire, fort surpris d'une si humble retenue, lui adressa, à ce sujet, une invitation toute contraire à celle que lui avait faite saintÂmbroise. Hélas, lui répondit avec tristesse le noble Gésitr, qû*il est difficile que les princes entendent la vérité! Je n'ai jusqu'ici trouvé qu'un seul docteur qui ait bien voulu me faire connaître la distance qui se RENCONTRE ENTRE l'empire ET LE SACERDOCE! Aussi ne connais-jc qu'Ambroise qui porte en toute justice le nom d'évéque.

Nous ne savons quel jugement portera le synode de Russie de la conduite de saint Âmbroise, mais d'ici nous voyons le frisson d'hor* reur qu'une si grande irrévérence envers la majesté impériale et son suprême pontificat fait éprouver aux vénérables membres de cette assemblée.

Note 35 (page 269).

Entre la Prusse et la Russie, il y a bien opposition de culte, mais non pas de religion. Le protestantisme, dans ses innombrables fractions, n*a qu'un seul dogme commun à toutes; c'est la négation , exaltée jusqu'à la haine, de toute autorite dans V Église, Ce n'est qu'en vertu de son indéclinable obéissance au pouvoir politique, qu'il souffre une sorte de hiérarchie, de gouvernement consistorial, qui, au fond, n'a d'autre effet que de conserver au culte dominant la forme extérieure d'une espèce de société. Celle-ci , dans son intérieur, est fractionnée en autant de* formules de foi , ou plutôt de croyances individuelles qu'elle compte d'adhérents.

L'Église de Russie offre, aux yeux de l'observateur, une situation , sinon identique, au moins très-analogue à celle des communions protestantes; car elle aussi ne connaît virtuellement que le principe de l'omnipotence impériale, et ce principe, comme nous l'avons fait voir, implique nécessairement l'obligation d'admettre, comme formule de foi et comme règle de discipline, tout ce que le souverain juge à propos d'ériger en loi sur ces deux objets. Mais s'il plaisait à l'empereur , ou à l'un de ses successeurs de se regarder comme étranger au ministère apostolique, et de rayer des objets de son administration souveraine le gouvernement de son Église; le synode, ainsi rendu à la liberté, ne pourrait plus répondre à son institution; il ne présenterait

plus qu*une réunion de vieillards, décorés de hautes tituiatures ecclésiastiques^ mais , en effet, dépourvus de toute autorité suprême dans leur Église. Dans sa situation actuelle, sous ce rapport si semblable au protestantisme, le synode, comme nous Tavons vu, n'est qu'un des hauts départements de Tempire , et son pouvoir ne découle que des oiikases qu'il reçoit et promulgue de la part de l'empereur. Ce pouvoir, malériellemenlcoercitif, tomberait en ruincsle jour même où les oukases lui seraient refusés. Alors on verrait, de toutes paris, le clergé en dissidence, l'autorité épiscopalo méconnue et bafouée par ses inférieurs, la foi attaquée et altérée par le clergé subalterne qui, par intérêt, chercherait à se donner des sectaires; l'Église dominante tout entière en dissolution. Et pourquoi tout cela devrait-il arriver? Parce que, depuis que le pouvoir politique a fait de son synode dirigeant un établissement politique, les esprits se sont accoutumés à ne voir en lai qu'un instrument des volontés impériales, qui, n'ayant de prise que sur le corps , n'exerce qu'accessoirement, éventuellement même quelque empire sur les esprits. Que celte situation lui soit enlevée, et toute son autorité disparaîtra comme un fantôme.

Il n'en serait pas autrement du protestantisme en Russie, en Angleterre et ailleurs. Jusqu'ici il se perpétue sous une forme visible, parce que l'autorité souveraine le protège, le lie, en quelque sorte en un faisceau empêchant, autant quHl est en elle, des sectes nouvelles de se développer de son sein. Sans cette pression, le protestantisme passerait immédiatement à l'état de panthéisme rationnel, c'est-à-dire à la destruction de toute foi chrétienne dont déjà il est si voisin'. En Russie, où le culte liturgique met un certain frein aux aberrations absolues de la raison humaine, un grand nombre ^ pour se sauver de ce déluge moral , se jetterait dans la barque de Pierre.

Toujours est-il que le principe vital du protestantisme etdu schisme gréco-russe est le même. Ceslle refus d'admettre dans V Eglise une autorité spirituelle d'institution divine, refus suivi de l'assujettissement immédiat des consciences au pouvoir politique. Que cette autorité abusive , oppressive et même sacrilège , s'exerce par l'intermédiaire d'un consistoire suprême ou d'un synode, peu importe quant au fond, le principe étant le même , les conséquences en seraient, quant à la désertion des Églises dominantes, identiques.

' Les lois sociales ont une analogie quelquefois très -frappante avec les lois de la nature. Notre atmosphère , par sa pesanteur , comprime tous ^Ms liquides et les retient dans leur niveau. Si elle était tout à coup enkf^e à la terre , tous se réduiraient aussitôt en vapeurs et en gaz.

Ce qui montre davantage rhomogénéité intrinsèque de rhércsie protestante et du schisme grec , c'est-à-dire leur haine commune et indomptable contre la doctrine de Pautorité divine dans TÉglisc , et contre la seule communion chrétienne qui renseigne et la pratique, c'est la conformité des mesures prises et maintenues par la Prusse et par la Russie, pour Toppression de Tcpiscopat catholique, et pour la propagation des mariages mixtes, suivis de l'éducation des enfants dans la religion dite de TÉtal. La différence que présentent les modes d'opération employés dans ce but, si profondément hostile au catholicisme, n'est due qu'à la diversité de constitution et aux différents degrés de civilisation des deux États, qui ne permettent pas au roi de Prusse de pousser les sévices administratifs au-delà de certaines limites, tandis qu'ils autorisent en Russie toute espèce d'excès, même de la part d'agents du second ordre.

Note 56 (page 351).

La Russie a vu s'accomplir sur son propre sol une de ces formidables réactions de la justice divine, contre l'orgueil de la puissance. La pieuse reconnaissance de l'empereur Alexandre en a reporté, avec raison , tout l'honneur et toute la gloire au Dieu sauveur. Car il est bien démontré que si le conquérant, qui avait subjugué tant de na^ tiens, avait autrement combiné ses opérations stratégiques; s'il avait terminé sa première campagne à la prise de Smolensk, employant le restant de la saison militaire à détruire les troupes russes, qui opéraient en arrière de son armée, et à assurer, par la prise des places fortes, la ligne du Dnieper eldelaDwina; s'il avait, pendant ce temps, rétabli et organisé le royaume de Pologne, qui alors lui aurait fourni d'incalculables ressources; certes la situation de la Russie eût été plus que compromise. En punition de ses méfaits contre l'Eglise et contre son auguste chef, il a été livré à l'aveuglement de son orgueil guerrier. La plus belle, la plus redoutable armée des temps modernes a été consumée sous le souffle de la colère du ciel , et si les rigueurs d'un climat glacial semblent avoir eu la plus grande part à la destruction de celte valeureuse armée , ce n'est qu'en apparence qu'elles ont produit ce terrible résultat. Une fois en retraite , dans une direction forcée , où elle ne pouvait trouver ni subsistances ni secours, elle eût péri dans les boues, si elle n'eût péri dans les neiges. C'est que le Seigneur s'était armé contre elle de tout son courroux , et que les éléments avaient déployé toutes leurs fureurs contre l'homme qui avait attenté sur l'Eglise , et qui avait jeté dans les fers

le vicaire du Christ. Exemple plein de terreurs et de menaces contre ceux qui persécutent et contrislent son Eglise!

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