II AVANT-PROPOS
rare mélange d'adresse , d'audace et de succès , à extirper de son sein la religion catholique'.
Pour continuer cette œuvre déjà bien avancée, comme pour achever la ruine de l'indépendance politique du royaume que les Papes avaient décoré autrefois du nom d'orthodoxe. Tempereur de Russie foule aux pieds les traités les plus solennels, conclus non-seulement avec sa victime, mais avec ses alliés, avec l'Europe entière, en 1768, en 1773, en 1815; et, dans la marche triomphante de son système , il ne respecte ni l'humanité, ni la pitié, ni la justice, ni la parole jurée, ni les plus intimes secrets de la conscience , rien en un mot de ce qui ennoblit l'homme et de ce qui le purifie.
On s'était figuré qu'après avoir écrasé l'insurrection polonaise en 1831, le czar s'arrêterait respectueusement devant les droits de la religion : on s'était plu à faire une distinction , réprouvée d'ailleurs par l'histoire de dix siècles , entre l'existence de la Pologne comme nation indépendante , et la sécurité du Catholicisme dans l'est de l'Europe. Il s'est même trouvé en France une certaine espèce de catholiques , dont le nombre diminue heureusement chaque jour, qui, entraînés par leurs sympathies politiques , ont placé sur la Russie leurs espérances pour la régénération religieuse et sociale du monde mode^rue. L'empereur Nicolas s'est chargé de démentir jus-
' Il ne faut pas oublier que lorsqu'on parle des catholiques en Russie^ il s'agit uniquement des Polonais. On compte bien dans quelques grandes villes de l'empire russe de petites colonies catholiques formées par des marchands italiens ou français, qui sont venus s*y établir pour y faire le commerce : il y a eu aussi un petit nombre de conversions dans les rangs de la noblesse russe ; mais ces deux catégories de catholiques, dont le nombre ne se monte certainement pas à 20,000, ne suffisent pas pour constituer ce qu'on appelle l'Église catholique en Russie. A vrai dire , il n'y a point de catholiques russes ; il n'y a en Russie d'autres catholiques que les Polonais : et il y en a encore au moins huit millions : voilà ce qu'il faut savoir, et ce que le langage employé dans plusieurs pièces diplomatiques semble destiné à faire oublier.
AVAKT-FROPOS. III
qu'à Tombre de ces distinctions fntiles et de ces espérances coupables.
Tout au contraire , on a vu se vérifier cruellement la prédiction du grand pape Clément XIII, qui, an milieu des expressions de la plus vive tendresse pour sa très-chère république polonaise' , et en bénissant avec amour cette nation orthodoxe, si glorieuse par sa foi*, déclarait dès 1 767, que la sécurité et Vintégrité de la religion catholique étaient unies au maintien de Vétat politique de ta Pologne^; et, n'ayant pas lui-même de troupes à envoyer au secours de cette libre et orthodoxe république*, exhortait en même temps lempereur d'Allemagne, les rois d'Espagne et de France à défendre leurs frères catholiques de Pologne , qui combattaient pour la gloire du Seigneur Jésus-Christ^
Ce n'était donc pas seulement l'Europe occidentale avec sa civilisation et sa liberté, c'était encore l'Eglise qui trouvait dans l'existence de la Pologne une barrière que rien ne remplacera contre les envahissements de la barbarie et de l'erreur. Cette nation héroïque, qui avait deux fois sauvé la chrétienté au prix de son sang, d'abord au moyen âge contre les ïartares, puis en 1685 sous les murs de Vienne contre les Turcs; cette nation a été immolée par les trois grandes puissances du
' Florentissimi regni nohisque carissimL,. Inclyta Polonorum orthodoxanalio,., carissimanostra Polonorum respublica. Br eî 2iU roi Stanislas et à Farchevéque de Gnesen , du 10 avril 1767.
■ Orlhodoxœ Polonorum genli ob egregiam religionem et fidem gloriosissimœ et inclylœ, intimo noslri cordis affectu apostolicam bencdiclionem peramanler imper Hmur. Bref du 10 avril 1767.
3 Dolemus maxime in tantum adduci periculum polowici regwi statvv
ET FOBMAM , CCI QV\ IPSIVS CATUOLICA RELlGlORiS HICOLUUITAS COnJUNCTA EST
ET iRTEGRiTAS. Ibidem.
^ Cum nulla nobis sit miliiiœ illius gentis adjuvandœ copia... libéra et orthodoxa respublica. Bref du 30 avril 1767 à l'empereur Joseph II.
^ Ad sublevandos tuos in Chrislo {r air es pro gloria dimicantes ejusdem Christi Domini Jesu. Bref du 29 avril 1767 au roi d'Espagne Charles III.