‹ Persecution et souffrances de l'Église catholique en Russie; ouvrage appuyé de documents inéditsChapitre 6 sur 35 · TI AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

TI AVANT-PROPOS

Tenvi , raconter avec la plus vive sollicitude tous les détails d'un pareil attentat, et se liguer pour mettre laRussie, comme ils disent, au ban de la civilisation. Mais quoi! il s'agit de prêtres, de moines, d'églises, de la conscience, de la prière, de la foi des ancêtres, de Dieu ! Encore une fois, l'Europe éclairée en sait trop long pour s'agiter sur de tels sujets.Pas un journal sur cent n'en entretiendra ses lecteurs; pas une puissance, pas une seule ^ n'en exprimera ni indignation, ni douleur. Ne faut-il pas d'ailleurs que le commerce puisse continuer tranquillement ses expéditions pour la Baltique et la mer Noire? Ne serait-il pas dommage que les cercles diplomatiques des royaumes constitutionnels et autres sentissent le vide que laisserait l'absence de plénipotentiaires russes? et de quoi s'étonnerait-on, d'ailleurs, quand on voit la seule des anciennes monarchies catholiques qui soit restée debout, gouvernée par les neveux de Rodolphe de Habsbourg, sauvée par Sobieski, et fière encore du titre d' Apostolique ^ l'Autriche, en un mot, envoyer un de ses archiducs pour orner de sa présence les pompes matrimoniales du plus implacable ennemi de l'Eglise!

Ainsi donc, il faut bien qu'on le sache, si l'Eglise succombe en Russie et en Pologne , ce sera moins encore sous les coups de la politique moscovite , que grâce à l'indifférence et à la trahison de l'Occident catholique.

Pour nous, qui écrivons à la hâte ce peu de lignes, nous n'avons ni mission, ni force, pour défendre la foi et la justice indignement violées en Pologne; mais dans d'autres temps, nos pères eussent été forcés de les secourir l'épée à la main, et nous nous croirions déchus de leur foi et de leur antique honneur, si nous négligions la moindre occasion qui se présente à notre faiblesse pour servir de si augustes malheurs.

Le livre que l'on offre au public catholique, forme corps avec celui qui vient d'être publié sous le titre de Persécution et souffrances de l'Eglise en Russie , dont il est le préliminaire

ATi^ST-PBOf^S.

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et le cdiMpagnon néc^saire, Toos deax feront eaunaitre à fond celle Russie, objet deladubiion desuns, dertgnoi^Dce d€!saoires, de k lerreur ii^simciive éû lous, el que nous û'hésiioas p:is à proclamer reaDemie suprême de tool ce qii*îl nous reste à sau?er dans la société cbri-iic^ufli*, Oa Terra dans Vvm ei Tatitrede ces ouvrages par quelle sctic diubuntanîtës» de bassesses el de |ierfîdies , les monarques russes , depuis Pierre !•*, el la grande Caiherine , si idolâtrés par les régénéraleurs pbHosopitiques du dernier sîèclet ont donné pour base II leur grandeur la donble mine du Caiholieisme et de la Pologne. On frémira à la Tue des dangers dont nous menace Tappot lofadlible que doit trouver cette puîssancemonsirueuse dans les maladies sociales de notre temps. Ou contemplera à son aise, dans cette lamentable histoire , rhonimc dépouillé de touie dignité et de toute conscience, réduit k n'être qu'une maclitue sons la main du soaTeraiui enorgueilli de celle de* gradation, et incapable de rêver nne autre destinée, tant les situations sont précaires, tant les conditions de la force et de la grandeur dépendent uniquement des c;iprices on des viotenees du moment , tant, les dernîet^ vestiges de tonte indépeidaiicâ traditionnelle, de toute iniluence héréditaire, de toute résistance aristocratique et ecclésiastique ontdispani, pour ne laisser, comme dans nos démocraties modernes^ que des individus et des instruments; mais avec la différence si redoutable qu'établissent en faveur de Tabsolutisme, Tunité monarchique et la persévérance des vups et des opérations que comporte celte unité. Au profil de la monarchie russe, la ruse et la servilité proverbiales des Byzantins se sont accou* plées avec le formidable génie de la force matérielle et mili* taire. Qu*ôn juge des fruits que promet cette union à la liberlé de TEutopc occidentale p déjà si décrépite dans sa jeunesse étiolée I

YIII ATANT-PROPOS.

Chaque page du récit qu'on va lire montrera» en outre, que la Russie ne reculera devant aucun des moyens que peut fournir cette union de la ruse et de la force ; et qu'Ole sait indifféremment prêcher la liberté et l'égalité, comme en i766 par la bouche de son ambassadeur Repnin» et laisser pendre par ses cosaques à la même potence un noble , un moine , nn Juif et un chien, pour mettre cette égalité en pratique : ou bien invoquer comme aujourd'hui les droits exclusifs du pouvoir royal, et même , au besoin, rappeler à Rome, pour obtenir la déposition d'un évêque resté pur, l'intérêt qu'elle prend au maintien de la tranquillité dans les Légations, et la part qu'elle s'arroge dans le rétablissement de l'autorité temporelle du Pape'.

La plus simple réflexion suflirait, ce semble, pour démontrer l'incompatibilité radicale d'une puissance ainsi constituée, avec la liberté et la prospérité de la religion catholique. La Russie a longtemps afliché la tolérance ; elle a pu l'exercer en effet à l'égard des protestants et des juifs; elle ne la jamais fait et ne le fera jamais à l'égard des catholiques. Et pourquoi celte exception flagrante? Parce que seule entre toutes les institutions religieuses, l'Eglise catholique par sa doctrine et par sa constitution, comme par les ineffaçables antécédents de son histoire , met un frein à l'omnipotence du pouvoir humain. Ce frein est parfois invisible , parfois oublié , parfois bien relâché; mais partout où il y a un prêtre catholique fidèle à ses devoirs, ce frein existe, et il est inviolable.

C'est lace qui aigrira, ce qui soulèvera toujours l'orgueil des hommes qui ne font pas remonter au vrai Dieu l'origine de leur pouvoir. Quels que soient les efforts qu'on ait faits , de part et d'autre, pour souder le catholicisme à des pouvoirs temporels, il y a toujours eu, en fin de compte , quelque en-

' Lettre de Tempereur rticolas au Pape , du 3 décembre 1840.

AYAMT-PROPOS. IX

droit par lequel il s'est échappé pour reprendre son orbite naturel. Et c'est l'éternel honneur de TËglise catholique» que les tyrans d'ici-bas , quelle que soit leur espèce, ne peuvent se résigner à la laisser vivre librement à côté de leur trône éphémère. En cela, comme nous le disions plus haut, la démagogie est tout à fait d'accord avec l'absolutisme : et c'est pourquoi d'une extrémité à l'autre de l'Europe actuelle , l'anarchie dictatoriale de Madrid répond fidèlement par ses froides et cruelles persécutions à la haute politique de sa majesté l'empereur de toutes les Russies.

Seulement, il faut l'avouer, le pouvoir absolu , plus habile et plus durable que sa rivale, quand il devient ennemi de l'Eglise, la persécute avec plus de perfidie et plus de succès. C'est ce que démontrent la conduite de la Russie , et les récits qu'on pourra lire dans ce volume. Depuis que l'Eglise de Jésus-Christ a été fondée sur le Calvaire, ses persécuteurs semblent avoir employé trois méthodes diverses pour amener sa ruiné. Les uns ont procédé par la voie du sang et des supplices ; tels les empereurs romains , et les monarques sauvages qui aujourd'hui encore envoient chaque jour de nouvelles recrues à la glorieuse armée des martyrs. Les autres ont usé de la voie des spoliations violentes ; tels les prolestants en Allemagne, dans la Scandinavie et dans les lies Britanniques. D'autres, enfin, ont préféré ce que nous appellerions volontiers la voie diplomatique, la pire et la plus sûre de toutes, celle qui consiste à se placer au sein de l'Eglise même, ou sur son seuil sacré, pour étudier sa faiblesse, trouver des complices dans ses minisires prévaricateurs, et la déchirer plus sûrement, sous les apparences d'une sollicitude mensongère. Julien l'Apostat et Philippe-le-Bel semblent avoir tous deux entrevu le parti qu'ils pouvaient tirer d'un système pareil : mais l'un et l'autre sont restés à mille lieues en arrière des perfec-

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