X AVANT-PROPOS
tionnemenls qu'y ont apportés Catherine II et son petit-fils, l'empereur Nicolas. H était réservé à ces augustes autocrates d'instituer un collège de prêtres catholiques pour en faire l'exécuteur docile et persévérant de leurs complots contre le catholicisme : il leur était réservé d'inventer des procédés minutieux pour pénétrer jusqu'au fond du secret des consciences, et de se placer en tiers entre les confesseurs et les pénitents'. Avant eux, il est vrai, on avait fort bien su dépouiller l'Eglise des richesses que la générosité des princes et des peuples fidèles lui avait confiées; mais on n'avait pas eu l'heureuse idée de proclamer que la confiscation de ces biens provenait du désir de décharger le clergé de soins incompatibles avec son élat^ et en même temps de lui assurer une position plus lucrative"". Avant eux, il est vrai , on avait su prodiguer les décorations et les récompenses aux apostats et aux traîtres; mais nul n'avait imaginé, que je sache, défaire subir à un évoque une enquête médicale sous prétexte d'examiner si la résistance du prélat aux trames de la persécution n'était pas Veffet de f abaissement de ses facultés intellectuelles^. Quel pays et quel système que celui où l'accomplissement des plus saints devoirs n'apparait aux yeux du pouvoir que comme un acte d'incompréhensible folie, et où ce pouvoir ne craint pas de parler ainsi de l'autorité épiscopale au chef même de l'Eglise! Et que dire de ces hommes qui, en France ou ailleurs, après avoir eu connaissance de faits pareils, osent encore, tout en se disant catholiques, s'appuyer sur la Russie pour travailler au triomphe de leurs opinions politiques?
V Voir Persécution de V Église en Russie, page 322, et les mesures récentes contre les Dominicains de Saint-Pétersbourg.
' Voir Tukase du 25 décembre 1841, n« 82 des documents publiés par le Saint-Siège.
3 Ce sont les expressions textuelles et deux fois répétées de la note du ministre russe au sujet de Mgr. Gutkowski, évêque de Podiachie, en date du 17 mai 1840, n« S8 des documents publiés par le Saint-Siège.
AVAHT-PROPOS. XI
Un moi maintenant sur une autre leçon qui sort tout naturellement des vicissitudes de cette Eglise malheureuse. Elles nous donnent le moyen, quand nous combattons nos jansénistes, nos parlementairesd^autrefois, et leurs successeurs actuels, encore si nombreux et si acharnés, de leur montrer dans rétat où est tombée FEgliseschisma tique, et dont approche chaque jour davantage TEglise latine en Russie', un type accompli du système que les successeurs des légistes de Philippele-Bel ont d'âge en âge essayé, mais en vain, d'introduire en France. L'immixtion permanente de Fautorilé civile dans l'administration des sacrements; l'organisation exclusivement gouvernementale de l'instruction publique, et spécialement de l'enseignement théologique ; la prééminence universellement reconnue de l'autorité impériale en cas de conflit , l'assimilation constante du pontiOcat romain à une puissance étrangère; ce sont là autant de caractères parfaitement reconnaissables aux yeux de tout homme qui a la plus légère connaissance des tentatives ourdies contre l'Eglise pendant le dernier siècle dans l'Europe occidentale, lisse retrouvent d'ailleurs, moins agglomérés et tempérés par divers obstacles, mais encore trop fréquents, dans toutes les législations modernes des royaumes catholiques. Et pour que rien ne manque à celte similitude remarquable, en Russie comme ailleurs, les pouvoirs ennemis de TEglise n'ont jamais eu de peine à trouver, pour instruments de leur perversité, de soi-disant catholiqnes tou-
' Le collège ecclésiastique catholique, dont nous parlions plus hau t est évidemment prédestiné à jouer dans Tœuvre de cette funeste assimilation de servitude, le rôle du synode russe substitué par Pierre I" à Tanien patriarcat schismatique. Seulement, on a donné la charge de commissaire impérial auprès de ce collège à un schismatique de Tordrecivil, M. Bloudcff, qui passe pour être le plus implacable ennemi de rÉglise, tandis qu'un aide-decamp général, le comte Protassoff, représente la personne impériale au sein du synode.