‹ Persecution et souffrances de l'Église catholique en Russie; ouvrage appuyé de documents inéditsChapitre 8 sur 35 · XII AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

XII AVANT-PROPOS

jours prêts à trahir les devoirs de leur foi pour le culte des volontés du maître.

Il faut bien l'avouer, du reste, dans celte funèbre histoire des maux de 1 Eglise depuis Textension de la puissance russe en Europe, la faiblesse du bien a presque toujours été complice de Taudace du mal. Pourquoi faut-il qu'on ait presque toujours consenti à reconnaître pour métropolitains, en Pologne, des hommes choisis avec un tact merveilleux par les oppresseurs, pour concourir par la trahison à l'œuvre de démolition? Ainsi Podoski , préconisé en 4767 sur les instances de Catherine, au milieu des larmes de tous les amis de la patrie et de la religion , et qui ne justifia que trop cette double crainte; Wolodkowicz qui, de 1762 à 1778, remplit le même rôle à l'égard de l'Eglise grecque unie; et surtout Siestrzencewicz^ dont la nomination fut arrachée par Catherine II au même Pape qu eut la faiblesse d'accorder à la puissance temporelle la destruction des jésuites; Siestrzencewicz qui, pendant cinquante-quatre années de pontificat, a miné d'une façon ir- . réparable la foi et la liberté ecclésiastiques dans cet immense empire! Pourquoi faut-il qu'au sein des coutrées ravagées par ces prévaricateurs, le seul prélat qui semble avoir rempli consciencieusement sa mission, M. Gutkowski, évéque de Podlachie, au moment où il est prisonnier pour la foi, soit réduit par l'invitation môme du Souverain-Pontife à se démettre de son apostolat ?

Pourquoi faut-il donc que les catholiques ignorent leur force? Ne voit-on pas à chaque page des annales de l'Eglise, depuis saint Ambroise jusqu'à l'immortel archevêque de Cologne, que la résistance légitime des Pontifes envoyés de Dieu porte bonheur au catholicisme, et que c'est leur faiblesse seule qui a amené et encouragé le crime. De notre temps surtout , malgré ses infirmités et ses misères, rien^ne saurait être plus

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vrai que cette magnifique parole de Fénelon :,« Nulle puissance D humaine ne peut forcer le retranchement impénétrable de la. » liberté d'un cœur.»'

Mais, hélas! au milieu de celte dépréciation générale de tout ce que les hommes estimaient et recherchaient naguère, titres, décorations, couronnes , rien n'est descendu aussi bas que le caractère.

Les hommes de cœur et de conscience , armés de courage pour une cause sainte, n'apparaissent plus que de loin en loin, comme les rares débris de ces races perdues du Nouveau- Monde, qui vont s'effaçant peu à peu devant les envahissements d'une civilisation matérialiste.

Peut-être de nombreux et héroïques dévouements ont-ils signalé la résistance si difficile et encore si peu appréciable du clergé des provinces polonaises à d'odieuses lois. S'il en est ainsi, ces dévouements auront resplendi d'une gloire d'autant plus belle devant Dieu , qu'ils ont été plus obscurs devant les hommes; mais comment ne pas s'étonner que, jusqu'à présent , un seul nom , celui de Tévéque de Podlachie , soit parvenu jusqu'à nous!

Enfin, le chef de l'Eglise catholique a élevé la voix, le Père commun des fidèles a dénoncé au ciel et à la terre les actes qui menacent la foi d'une portion si nombreuse de ses enfants\ Quelques-uns ont pu désirer qu'il eut parlé plus tôt et avec plus d'énergie eucore; qu'il ne se fût pas abstenu de toute expression de pitié et de sympathie pour les malheurs d'un peuple que Clément XIIl avait qualifié de champion de la gloire du Christ; et surtout qu'il n'eut pas semblé sacrifier pour le bien de la paix et au profit de la Russie les droits imprescrip-

' Sermon pour le sacre de Tarchevéque de Cologne.

* Voyez Tailocution du Souverain-Pontife , du il juillet 1842, Texposé ^e la secrétalrerie d*État du même jour, et les quatre-vingt-dix docu-^ inents qui complètent cette publication olUcieile,

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tibles de la nationalité polonaise. D'autres, an coûtraire, ont trouvé cette accusation contre l'empereur Nicolas d'autant plus accablante qu'elle est plus modérée. Mais nul n'a nié l'importance vitale qu'acquiert aux yeux de l'Europe une cause plaidée par cette grande voix qui ne se fait jamais entendre en vain. Au milieu de cette prostration générale de l'Europe, sous l'influence moscovite, quand la maison de Habsbourg s^humilie devant celle de Romanow, comme nous le disions plus haut; quand la France , naguère si susceptible sur le point d'honneur national, subit patiemment de la part du czar d^ procédés puérilement insolents; quand la fière et puissante Angleterre garde la plus prudente réserve à rencontre du rival qui menace et compromet sa grandeur asiatique, de quel saint et légitime orgueil les catholiques ne doivent-ils pas être pénétrés , en voyant le Vicaire de leur Dieu , sans armées , sans trésors, sans appui quelconque ici-bas, s'avancer seul au combat contre le plus redoutable adversaire que la vérité ait rencontré de nos jours !

Quelles que doivent être la durée et les vicissitudes de cette lutte aujourd'hui flagrante, son issue ne saurait être douteuse pour l'âme fidèle. Elle a été écrite , il y a trois mille ans, en caractères infaillibles. Aux pasteurs infidèles, aux évéques prévaricateurs', responsables de toutes les âmes qu'ils ont vendues, de toutes les consciences qu'ils ont torturées, il a étédit«: Vœ pastoribusi Israël, qui pascebant semetipsos... Vivo

' On sait que la mort a déjà délivré TÉglise des dangers qu*elle pouvait redouter de la part du métropolitain Pawlowski, dont la nomination offrait de si funestes analogies avec celle de Siestrzencewicz , son prédécesseur de déplorable mémoire. Cette mort, rapprochée de la catastrophe subite qui a terminé les jours de Tagent diplomatique Furhmann, au moment où il venait de signer un tissu d'artificieux mensonges en réponse aux plaintes du Saint-Siège , annonce suffisamment aux plus incrédules que le bras qui frappa Ànanie et Saphire aux pieds de saint Pierre n*est pas raccourci.

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