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NÉCESSITÉ DE RÉSORBER LE CHOMAGE

1° Le facteur technologique. — Les causes déterminantes de l'important chômage qui sévit actuellement sont relativement nombreuses et il est difficile d'apprécier la part exacte qui revient à chacune d'elles. Dans une certaine mesure le chômage est le résultat direct de la crise économique que nous traversons et qui, pour être longue, garde cependant un caractère accidentel. C’est tout le cours des événements politiques depuis la guerre qu’il faut remonter pour aboutir à 14 source même de cet état de choses.

Pour ne prendre qu’un exemple on peut citer le cas du bâtiment. Une législation rigoureuse sur les loyers à achevé de décourager les propriétaires fonciers d'entreprendre des constructions neuves dans une période où l'instabilité monétaire et la variation incessante des prix provoquent souvent des différences sensibles entre les factures et les devis. D’où chômage parmi les travailleurs.

Dans une certaine mesure également, il est peut-être la conséquence des progrès du machinisme.

20 L'automatisme libéral. Son insuffisance. — On pourrait

sans doute raisonner de la manière suivante : si l’on calcule le prix de revient vertical de la machine on constate que son achat représente des salaires pour une grande part. Quant au profit supplémentaire de l'entrepreneur, on sait qu’il ne sera pas de longue durée. Ses concurrents l’imitant, les prix baisseront d'autant. Dès lors, pour les consommateurs, il se produira un excédent budgétaire, qui pourra passer à

acheter un autre produit ou davantage du premier et de ce

fait les ouvriers retrouveront leur emploi soit dans un autre atelier, soit dans le même où ils produiront davantage. Inutile de dire que c’est là une vue théorique de la question. Toutefois, il faut en retenir ce qu’elle comporte de vérité. Il est d’abord exact qu’un grand nombre d'individus vivent de la construction des machines. Ensuite, il faut admettre que les prix relativement bas auxquels sont par-

venus, grâce à la technique, bien des produits nécessaires,

ont seuls permis d’affecter une part des budgets, même

modestes, à des dépenses de luxe. Les ouvriers qui travail- 4

lent aujourd’hui dans l'automobile, le cycle, le théâtre, la T. S. F. ne sont-ils pas ceux que la machine à chassés hier des ateliers artisanaux où l’on fabriquait à la main des

chaussures ou de la serrurerie ? Et si les transports rapides

ont ruiné les auberges de village, n’ont-ils pas donné la vie à l’industrie hôtelière de la mer et de la montagne ? Malheureusement si cet optimisme est fondé, il ne l’est qu’en faisant abstraction du temps. Pour reprendre le cas d’une réorganisation d’usine que va-t-il se passer en fait ? L’industriel qui vient d'installer une machine va supprimer un ouvrier sur deux. Tout le salaire ainsi économisé va s’éparpiller entre une quantité de parties prenantes qui à leur tour le redistribueront sans qu’il y ait pour autant un sensible accroissement d'activité. Celui-ci ne se produira

que si le mouvement de transformation est généralisé.

Pendant ce temps, l’ouvrier congédié est à la recherche d’un emploi dans sa profession. Il le cherchera probablement pendant plusieurs mois, jusqu’au jour où il comprendra que son métier est en voie de disparition. Alors il tentera de se tourner vers autre chose et ce seront les industries en extension qui probablement l’appelleront. Il n’est pas certain qu’il sera qualifié pour y rentrer, une rééducation sera nécessaire et peut- -être impossible. Il lui faudra done attendre que le roulement perpétuel des maladies et des . départs lui laisse une place vide dans un poste qu’il puisse occuper. Tout cela peut être très long et si le mécanisme libéral exposé plus haut fonctionne normalement, il n’empêchera pas qu’il y ait parmi les ouvriers une sorte de réserve où les industries en voie de mécanisation déverseront leur trop-plein, et où puiseront celles qui seront en période d’accroissement. |

Ce qui reste grave, c’est que cette réserve, utile en ellemême, soit en disproportion avec le nombre des travailleurs employés (actuellement 10 p. 100 environ) et que de ce fait ceux qui la constituent risquent d’y faire un trop | long séjour. |

De même, la mauvaise répartition des investissements à la suite du sureroît d'activité artificiel créé par les reconstructions de l’après-guerre, à occasionné un malaise dans certaines industries dont les possibilités ne répondent plus à des besoins réels.

C’est un des facteurs de chômage dont on peut espérer. qu’ils disparaîtront à la longue, mais il reste l’autre plus inquiétant, bien que très discuté, c’est le facteur technologique. Si vraiment il possède l'influence que certains lui attribuent, il n’est pas interdit de penser qu’on pourra voir

un jour les sans-travail encore nombreux, alors que la crise sera réputée terminée, en ce sens que les entreprises seront redevenues largement bénéficiaires et travailleront dans la mesure de leurs forces.

En effet, la machine à dans certains cas privé l’homme du travail qu’elle devait seulement l’aider à accomplir. Si un industriel installe une nouvelle machine, c’est que dans son esprit elle coûtera moins cher, à production égale, que les ouvriers seuls. C’est donc que les salaires afférents à cette fabrication seront réduits du montant du bénéfice réalisé, et du montant de l’amortissement du matériel.

Est-ce à dire qu’en divisant cette diminution par le taux horaire du salaire on obtient exactement le nombre d’heures de chômage occasionné par là transformation. C’est tout à : fait inexact au regard de la théorie libérale.

39 Le remède proposé. Le contingentement du travail individuel. — On à proposé pour résorber cette main-d'œuvre inactive deux sortes de solutions : la première consiste à créer des travaux spécialement pour elle. Elle s’est révélée extrêmement onéreuse et semble n’aboutir qu’à des résultats partiels. La seconde tend à mieux répartir le travail existant. On demande à ceux qui possèdent du travail de ‘serrer les rangs pour faire place aux plus défavorisés. |

En principe on peut concevoir deux façons d'appliquer la méthode. Ou bien les ouvriers s’engagent à ne pas faire plus d’un certain nombre d’heures par semaine, ou bien ils décident de limiter à un certain chiffre leur rendement horaire. Ce dernier système n’a été que très peu employé, on en signale toutefois une application chez les ouvriers typographes.

Le premier, au contraire, est tout à fait généralisé. Il est

clair que si ce mot d’ordre peut être lancé par les syndicats, la loi seule est capable d’en assurer l’exécution. Depuis longtemps celle-ci est intervenue pour réglementer la durée du travail dans un but d'hygiène, pour éviter le surmenage.

Certes, cette notion de surmenage est d’ordre psychologique autant que d’ordre médical et la quantité de travail «normale » dépend en grande partie des habitudes acquises. Toutefois, il semblait qu'avec quarante-huit heures par semaine on était parvenu à une mesure raisonnable au moins pour les professions qui n'étaient pas particulièrement pénibles.

La légitimité d’une telle réglementation ne saurait être mise en doute, mais lors du vote de la loi de quarante heures cette idée à pour la première fois cessé de jouer. Tout au plus l’exposé des motifs dit-il ceci : |

« La loi du 23 avril 1919 instituant la journée de huit heures à eu pour but de réaliser la revendication des trois huits, en assurant aux travailleurs un minimum de loisirs leur permettant de vivre une vie véritablement humaine.

La réduction de la durée du travail à quarante heures par semaine participe du même caractère. ! »

Il est donc désormais admis que l’on descend délibérément au-dessous des possibilités moyennes d’un homme, pour assurer du travail à tous.

«…. Mais elle (la loi) a en outre pour objet de lutter contre le chômage et aussi de mettre à même les travailleurs de participer au bénéfice des progrès techniques dont le développement rapide caractérise l’industrie contemporaine *. »

Avant même le vote de cette loi on était arrivé tout natu-

1. Documents parlementaires. Chambre des Députés, séance du 9 juin 1936, annexe 187. : | 2 TD:

rellement dans certains établissements à réduire la journée de travail dans la mesure où la production avait baissé. Cette pratique du «short-time » était en effet plus équitable et souvent plus facile que l'emploi d’un personnel réduit pendant un temps plus long. Cela évitait de désorganiser les équipes établies. ia

Mais la loi de quarante heures en France ne fut nullement une généralisation du « short time » et cela lui enlève beaucoup de sa valeur expérimentale dans ie cadre de cette étude.

.. 40 Valeur expérimentale de laloi de quarante heures. — Tne sera pas possible dans la suite de cet exposé de faire état des résultats qu’elle a donnés sans faire les plus extrêmes réserves. En effet la réduction brutale de la durée du travail fut accompagnée d’un maintien du salaire hebdomadaire qui revenait à une hausse de 20 p. 100 du salaire horaire. Cette modalité d'application à complètement dénaturé les chiffres. Il aurait fallu savoir à quel niveau cette hausse aurait fait monter le chômage en continuant le régime des quarante-huit heures, pour savoir exactement quelle fut l'efficacité de ce moyen d’apparence simpliste qui consistait à faire faire en quarante heures par six ouvriers ce que précédemment cinq ouvriers faisaient en quarante-huit heures.

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