IV. — DÉLIMITATION ET PLAN DU SUJET
19 Objet de la présente étude. — Ainsi l’économie française se trouve en face d’un libéralisme retouché, défiguré, anémié. Chez les producteurs, patrons et ouvriers, s’est étiolé le goût du risque productif ; la sécurité d’un revenu moyen leur semble maintenant plus désirable que son développement illimité mais problématique. De ce fait, ils ont accepté de se soumettre à des disciplines collectives, ils se sont résignés à des rémunérations parfois plus médiocres pourvu qu’elles soient assurées en tout état de cause et chacun s’est engagé à ne pas pousser la concurrence au delà de certainef bornes, afin que tous aient leur part de profit.
Dès lors, ne va-t-on pas voir le progrès technique se ralentir et le pouvoir d’achat se cristalliser ? car il existe une opposition fondamentale entre l’idée de réglementation et celle d'initiative individuelle‘. Ne va-t-on pas détendre le ressort de l’intérêt personnel qui portait tout homme à mettre en œuvre, au profit de la collectivité, toutes les ressources de sa personnalité.
Lorsque tous étaient obligés de produire toujours plus, mieux e6 moins cher, sous peine de perdre tout travail, ils donnaient le maximum de leur rendement. Si cette menace disparaît, restera-t-il une prime pour encourager l'effort et l’ingéniosité et si elle demeure sera-t-elle assez élevée pour être efficace ?
1. … « Au moins au regard de la minorité et des isolés, la réglementation corporative obligatoire revêt tous les caractères d’une contrainte et... elle bridera nécessairement les initiatives et les fantaisies individuelles. » Pirou. Corporatisme 1937.
Il semble bien qu’en dépit de l'opposition des deux notions, sécurité, réglementation, discipline d’une part et d'autre part rendement, initiative, personnalité, un compromis reste possible. C’est dans chaque cas une question de dosage et c’est la recherche des proportions optima, telles qu’elles se dégagent des expériences effectivement réalisées, qui constituera l’objet de cette étude.
. 20 Plan.— Celle-ci comportera deux parties : l’une relative aux disciplines ouvrières, l’autre aux disciplines patronales.
L'idée directrice est la même dans les deux cas : parvenir à la sécurité du revenu. Cette sécurité est pleinement réalisée, pour un individu, sous trois conditions qui feront l’objet, dans chaque partie, d'autant de chapitres.
19 I] faut s'assurer qu’il y aura du travail ou des commandes à peu près pour tout le monde. Ce résultat est. obtenu par une limitation du travail fourni ou des De livrés ; \ |
20 Il faut s'assurer qu'il n’y aura d’exclusive contre personne : d’où contrôle de l’embauchage ou RE de clientèle ; ;
30 Il faut s’assurer enfin que le travail fourni par chacun sera rémunérateur. C’est l’origine des conventions collectives et des ententes de prix.
Dans chaque chapitre, il y aura lieu ‘dé voir dans une première section comment la protection est devenue une nécessité et quels risques elle comporterait si on la poussait à l'extrême. Le problème théorique étant ainsi posé, il restera à examiner dans une deuxième section comment, dans la pratique, on à su maintenir l'intérêt personnel en éveil, et quelle est la valeur et le champ d'application des tentatives qui furent faites pour y parvenir.