Cf. infra, chap. 11. Fo
eandidats dans l’ordre où les envoie un organisme de place-
ment unique, sous la seule réserve de satisfaire à l’essai professionnel.
| — Au moment de licencier, obligation de suivre également un ordre indépendant de la volonté de l'employeur. «Je pense bien, écrit M. Léon Jouhaux, qu’on ne contestera pas le bien-fondé de la revendication par laquelle nous réclamons que, dans les licenciements, le facteur d’ancienneté dans l’usine, et des charges de famille soit pris en considération et que, d'autre part, les ouvriers licenciés pour manque de travail aient le droit de priorité pour être réembauchés lorsque l’activité de l’usine reprend !, » Quant à l'organisme chargé! du placement, il est bien évident qu’il doit être ouvert à tous, et administré par des représentants de toutes les tendances. Au cours des discussions qui se sont livrées à ce sujet, il à été question du monopole de l’embauchage par une seule organisation syndicale. Ce sont là des polémiques sur des questions de fait, qui ne doivent en rien faire préjuger de la valeur du principe et qui ne rentrent pas dans le cadre de cette étude. Ce qui importe c’est de voir maintenant ce que l’on pour: rait redouter d’une application loyale mais rigoureuse de cette idée.
$ 2. — DANGER DE NÉGLIGER € L’INTUITUS PERSONNAE »
19 Insuffisance de la valeur professionnelle. — Le seul eritérium qu’on laisse à l'employeur pour sélectionner son personnel, c’est une sorte d'examen d’entrée de quelques heures. On imagine difficilement une conception moins
1. Article paru dans Vendredi et reproduit dans l’Usine du 20 janvier 1938.
«humaine » de la valeur individuelle. C’est ravaler l’ouvrier au rôle d’une machine qui « marche » ou qui ne « marche pas » et rien de plus.
Que prouve la réussite de l'essai professionnel ? Une seule chose. C’est l’aptitude de l’ouvrier à exécuter le travail qui lui sera confié, s’il continue à le faire chaque jour avec autant de soin. Mais rien ne garantit qu’au bout de quelques jours ce zèle ne se ralentira pas.
Au moment où il s’agit de faire constater ce dont il est capable, afin de trouver un emploi, l’ouvrier fait un effort supplémentaire d'attention, mais il serait capital de savoir ce qu’on peut attendre de lui normalement en raison de son caractère, de sa résistance, de sa moralité, autant de points qui échappent à toute réglementation et qui restent affaire d'appréciation purement personnelle.
Cela n’aurait qu’une importance médiocre s’il était par la suite possible de se séparer d’un élément inactif. Maïs la procédure de débauchage rend un renvoi difficile. Et par là même elle aggrave la tendance de l’ouvrier négligent à se laisser aller, car la menace d’une sanction se fait plus loin-, taine.
On pourrait encore objecter que le cas de mauvaise volonté sera exceptionnel et qu’il faut faire en principe confiance au sens moral.
29 Diminution de l'autorité. — I] ne s’agit pas de mettre en doute l’honnêteté professionnelle moyenne, mais rien n’est plus décourageant pour un homme qui travaille normalement que de se trouver sur le même pied que le voisin qui freine la production. Or, toutes les observations et les remontrances n’ont de valeur que dans la mesure où elles laissent entendre une sanction possible. Elles sont vaines si
l’impunité est assurée, elles ne sont efficaces que vis-à-vis de ceux qui ont le plus d’amour-propre, ceux-là même qui en ont le moins besoin. Dès lors, l’autorité se sentant diminuée se manifeste moins et les éléments les meilleurs ont l'impression qu’ils sont les seuls à faire un effort en vue d’un rendement dont la direction même se désintéresse. Petit à petit leur activité leur apparaît comme un zèle superflu et c’est tout l’atelier qui se règle Sur le rythme des plus indolents. .
La réaction des dirigeants responsables de l’entreprise contre cet état de chose devient difficile puisqu’au fond l'autorité réelle sur le personnel est passée dans d’autres. mains. ae
30 Contrôle irresponsable. — Car le plus grave écueil de cette réglementation c’est de nécessiter un contrôle minutieux des décisions du chef d'entreprise. Il s’agit de savoir qui lexercera ? Les offices de placement ? Les syndicats ? Des conseils de discipline d’usine ? Autant d’organismes qui sont indifférents au rendement parce qu’ils ne sont pas responsables ou parce qu’ils n’ont pas en mains tous les éléments capables de leur faire ressentir assez vivement le risque que leur fait courir une production défectueuse.
I1 faudra donc pour éclairer leurs décisions leur fournir tous les éléments comptables et par ce moyen indirect se trouvera réalisé le contrôle complet des entreprises. Ce droit de participer à la gestion s’exercera sans doute d’une manière d'autant plus jalouse que les affaires seront plus complexes, donc plus suspectes mais aussi plus difficiles. Il est à craindre que les représentants du personnel n’offrent pas à ce moment toutes les garanties de compétence nécessaire et qu’ils en appellent à des agents extérieurs qui agi-
B4 PERSONNALITÉ, DISCIPLINE DANS LES PROFESSIONS ront probablement souvent suivant des mobiles inspirés d'intérêts tout à fait étrangers 2 à l’entreprise.
En pratique, il ne saurait être question d’une Re complète du contrôle. de l’embauchage et l’on propose deux solutions moyennes plus conformes aux possibilités immédiates du régime économique, lune établissant un système de liberté limitée, l'autre un système de réglementation atténnée. :
SECTION IT
Les solutions pratiques.