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LA DÉCENTRALISATION DES RESPONSABILITÉS

1° La responsabilité économique du salarié. — Lorsqu'une branche d'industrie prospère ou décline, ce sont les patrons seuls qui, théoriquement, en bénéficient ou en supportent les pertes. Pratiquement les salariés sont associés par contre-coup au sort de la corporation. Mais néanmoins leur part de profit étant beaucoup moins extensible et surtout moins compressible, ils peuvent pendant un temps : plus ou moins long être à l’abri des conséquences d’un

- état de fait dans lequel ils ont quand même une faible part de responsabilité morale, en raison de leur plus ou moins grande productivité.

Or, même les systèmes de travail au rendement les laissent dans une situation d’agents d'exécution et ils ne peuvent assumer dans l’entreprise une part de risque . proportionnelle à celle des dirigeants, puisqu'ils n’ont pas la liberté complète de leurs décisions.

Par contre, si on leur accorde une certaine autonomie on n’est plus aussi tenu de leur garantir leur salaire quoi qu’il arrive. S'ils sont libres de l’organisation de leur activité, le contrat qui les lie se transforme d’un contrat de travail en un contrat commercial. Au lieu d’être des subordonnés ils traitent avec leur employeur sur un pied d'égalité juridique sinon économique.

Parmi les méthodes employées, pour aboutir à cette répartition des responsabilités, certaines n’ont eu pour but que d'échapper au poids de la législation sociale, d’autres se sont inspirées d’idées plus vastes et ont véritablement cherché un relèvement du salarié dans l’échelle sociale.

20 Les sous-traitants. — Un premier moyen à consisté à transformer l’ouvrier en un artisan. Certaines firmes ont, par exemple, cessé de faire faire une opération en atelier, et porté la pièce à un artisan établi à son compte, qui peut travailler aussi longtemps qu’il veut et à des prix aussi faibles qu’il veut.

Dans certains cas on l’a même installé dans l’ancienne usine, où on lui à loué le matériel et où on le laisse libre de faire ce qu'il veut et même de travailler pour d’autres entreprises. Peut-on dire qu’il y ait un véritable affranchissement ? Ce n’est pas sûr, la maison est financière-

ment beaucoup plus puissante et elle restera souvent le seul client effectif ; on aura donc tourné la loi et rien de plus. Mais il faut reconnaître cependant que ce petit soustraitant, à qui on fait l’avance de sa première installation, pourra parfois donner une réalité à la fiction juridique qui à fait de lui un nouveau patron, et ce serait le début d’un mouvement de déconcentration de l’entreprise.

À l’heure actuelle, il serait prématuré de tirer de ces exemples des conclusions d’ordre général, car ce ne sont que des cas isolés qui semblent techniquement difficiles à multiplier.

30 Le système Bat’a. — Plus intéressante, bien que très restreinte, semble l'expérience tentée aux usines Bat’a, pour enlever à l’ouvrier son caractère de simple moteur humain. Elle à été décrite en détail par M. H. Dubreuil :.

Elle consiste à fragmenter une grande usine en une série d'équipes jouissant d’une certaine autonomie financière. Chaque chéf d’atelier achète la matière à ouvrer, à l'atelier qui lui à fait subir la transformation précédente et il revend ses produits à celui qui est chargé du stade suivant. Il possède un droit théorique d’acheter au dehors.

I1 semble superflu de discuter la réalité de ces achats

et de ces ventes, mais il y à dans cette organisation un effort utile en vue de donner à chacun le sens du « prix de revient » et de l’encourager à diminuer les pertes en le faisant participer à l’économie réalisée. C’est une sorte

de coopératisme dirigé et financé par l'industriel, qui

diminue la rigueur de la subordination mais qui maintient les avantages de sécurité du salaire que n’offrait pas la solution des artisans sous-traitants.

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