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CHAPITRE IV

Incendies dans les c-ntres d’habitation

E continent de l'Amérique du Nord occupe le premier rang parmi les autres pays, sous le rapport du nombre des incendies et des dommages qu'ils ont causés, pendant le siècle dernier. Les relevés dignes de foi des conflagrations, survenues dans toutes les parties du monde, montrent que les Etats-Unis et le Canada comptent 55 pour cent du nombre de ceux qui ont causé chacun plus d'un million de dollars de dommages et 69 pour cent des pertes de propriété. Les chiffres actuels sont:

Le de feux Perte de propriété —————"

More | 528 $1,983,335,000 Fe Re Se] 290 1,365,289,000

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Les conflagrations, assez grandes pour être énumérées en ce relevé, sont considérées par Presque tous les pays du monde comme des désastres épou antables. Cependant, leur fréquence sur ce continent a eu pour effet de les faire accepter pour des accidents Purement ordinaires quoique regrettables.

Depuis 1870, le Canada a été victime de 21 grands incendies, qui ont détruit des propriétés évaluées à plus de $72,000,000. L'indemnité totale sous forme d'assurance, versée aux incendiés, s'est élevée à $39,700,000, soit plus de 15 pour cent de toutes les

pertes --npensées par les compagnies d'assurance au Canada pendant cette période,

En outre de ce que l'on peut appeler conflagrations, de grands feux, qui ont détruit des villages entiers et des parties des villes sont au nombre de 134, et ont causé des dommages à la propriété au montant de 854,000,000. Les incendies incontrôlés au Canada ont donc causé une perte totale de $126,000,000, soit 36 Pour cent de tous les dommages, pendant le dernier demi-siècle. Vu ce qui précède, il n'y a pas à se faire illusion sur l’importance des causes ou de la combinaison des circonstances responsables de pareilles pertes énormes.

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Comme on le comprend généralement, les cona a .… flagrations sont des feux qui détruisent plusieurs d'incendies choses ou propriétés combustibles. Le danger individuel est l'effet qu'une seule unité peut avoir sur les unités adjacentes, effet qui peut être prévu, mesuré et maîtrisé. Le danger d'une conflagration est l'effet d'un groupe d'unités sur un autre groupe; cet effet ne saurait guère se mesurer. Le feu qui détruit une maison ne constitue un danger qu'aux autres maisons voisines, mais une fois que cet élément embrase tout un bloc, il y à conflagration.

Un feu commencé dans une seule construction peut atteindre les proportions d'une conflagration de quatre manières; par la communication des flammes, par la radiation de la chaleur, par des étincelles volantes et par des volumes mobiles de gaz surchauffés provenant de la combustion.

(1) Par la communication des flammes—La flamme des maisons en feu est l'union visible des gaz qui se consument par la combustion et l’air. Au-dessus ou à côté de la flamme, suivant qu'elle monte au qu'elle est poussée latéralement, il existe toujours une zone obscure, dont la témpérature est voisine de la chaleur de la flamme

elle-même: ce sont des gaz non consumés, produits par la combustion. Ces gaz, sous l'influence de l'air ambiant, forment ce que l'on appelle des ‘‘bouffées ardentes,’”’ qui enflamment les corniches en bois, les toits et d’autres matières combustibles avec lesquelles elles se mettent en contact.

(2) Par la radiation de la chaleur—-La chaleur radiante diffère de la flamme. C'est un élément qui passe à travers les corps transparents et communique le feu aux objets combustibles situés au delà. Elle ne dépend pas de la direction Ges courants d’air comme la destructivité de la flamme. La chaleur que l’on éprouve, lorsqu'on se trouve assis dans un wagon de chemin de fer en marche et passant à proximité d’un feu le long des rails, est un exemple de ce que l’on appelle chaleur radiante. La température intérieure du wagon ne change pas sensiblement, et la vague de chaleur sentie par la fenêtre disparaît aussitôt que l'endroit où il y a du feu est dépassé.

(3) Par des étincelles volantes —On se rend compte de la communication du feu par les étincelles, mais on ne s'explique pas toujours ju:qu’à quel degré la chose arrive. La force ascensionnelle de l'air chauffé peut emporter très haut des étincelles en flamme qui sont exposées à tomber à de grandes distances et mettre le feu à l'herbe, à des piles de planche, à des porches, appentis, toits,

ou même à passer À travers des fenêtres ou des lucarnes et à pénétrer à l'intérieur des maisons.

(4) Par gaz surchauffés et provenant de la combustion— On n'a pas bien compris l'action des volumes mobiles de gaz non consumés et produits par la combustion, et l'on a attribué à tort beaucoup des particularités des conflagrations à des bouffées de flammes. Il se produit toujours de ces gaz quand une grande masse de matériaux se brûle sans oxygène suffisant, effet commun à tous les grands incendies. Si de tels gaz sont emportées au loin per le vent, ou les rafales produites par le feu lui-même, plusieurs phénomènes ont lieu. On a constaté que des feux éclataient spontanément dans des édifices, arbres et herbages très éloï- 16s du lieu de l'incendie. L'embrasement a été si général et si spontané qu'une accumulation de gaz non consumés a été emportée, localisée et mise en feu d'une manière quelconque. L'examen des ruines de plusieurs incendies prouve que des feux ont éclaté spontanément en

des endroits très éloignés les uns des autres, et séparés par des constructions intactes.

Les caractéristiques qui précèdent se produisent individuellement ou collectivement en chaque conflagration, et méritent qu’on s'y arrête, lorsqu'on essaie de prévenir la propagation du feu. Dans la majorité des cas, toutes les conditions mentionnées ont aidé à étendre la destruction. Des étincelles en feu provenant de toits de bardeaux ont été lancées de tous côtés; des flammes et de la “haleur radiante ont atteint tout ce qui était à leur portée: et des gaz non consumés se sont répandus en dehors du foyer pour exploser avec violence, en se mettan: en contact avec l'air. Ceux-ci ont été les plus désastreux, car ils ont ajouté aux dommages causés par le feu ceux provenant de l'explosion.

Il importe grandement de connaître avec exacti- AA ar tude les températures que produisent les incendies,

car c'est sur de telles données qu'il faudra baser la résistance des matériaux à l'élément destructeur. La température des flammes d'objets brûlant à l'air libre sont les suivantes: le bois, 800 à 1,140; la stéarine, 1,135 à 1,670; l'alcool, 2,037 à 2,217; le charbon de bois 2,200; le charbon de terre, 2,400; le soufre 3,300; le carbone monoxyde, 3,600, et l'hydrogène 3,700 degrés Fahrenheit.

L'intensité maximum atteinte dans les feux actr 5 a été le sujet de recherches par les autorités, après chaque conflagration, et 1l existe des opinions très divergentes sur le sujet. Cependant, on s'accorde généralement à dire que la température moyenne

varie de 1,500 à 2,000 degrés. Le capitaine John Sewell, en son rapport sur l'incendie de San Francisco, dit:

‘Je suis porté à croire que des températures supérieures à 2,000 degrés Fahr. étaient atteintes, mais en certains endroits détruits par le feu elles étaient inférieures à ce chiffre. Les magasins à rayons, les magasins de tissus et autres maisons de commerce ont développé des températures égales au moins à 2,000 deg. Fahr.; c'était le chiffre général et non l'exceptionnel."”

Mr. Richard L. Humphrey s'exprime ainsi dans le même rapport:

“La chaleur était si intense que les poids des châssis des fenêtres et les vitres se fondirent et coulèrent pêle-mêle. En certains endroits les rebords de colonnes de fer hrisées se liquéfièrent; la couche d'étain des piles de plaques étamées fut volatilisée, même au milieu des piles, et les clous furent assez chauffés qu'ils se colèrent ensemble. La température maximum, qui dura quelques minutes en chaque localité, atteignit probablement 2,000 à 2,200 deg. Fahr.; mais la moyenne n'excéda pas 1,500 degrés.”

Le professeur Ira Woolson, de l'université Columbia, a prétendu que les calculs estimatifs, qui ont été faits au sujet des feux de Baltimore, étaient grandement exagérés:

“Plusieurs écrivains ont calculé que les températures développées étaient de 2,500 à 4,000 deg. Fahr., et l'on a souvent dit que divers métaux furent fondus y compris le fer et l'acier. Maintenant je conçois que de tels effets ont pu se produire en certains cas rares; mais, en général, la chose n'est pas conforme aux faits. Le verre a fondu un peu partout et coulé le long des fenêtres, sous furme de stalactites fantastiques, mais les articles en cuivre étaient intacts partout. Je dis, en conséquence, que la chaleur moyenne produite en cet incendie devait être de 1,500 à 1,800 degrés.”

Mr. T. D. Myirea, ingénieur en charge des recherches, faites à la suite de l'incendie qui a détruit la manufacture de la Quaker Oats Co., à Peterborough, Ont., a dit:

“La température de l'intérieur de l'établissement devait être très intense, car on a trouvé les parties métalliques des machines çà et là fondues. On a trouvé que la chaleur avait fondu les poids des châssis des fenêtres de la façade du second étage et ceux du troisième étage de l’entrepôt en béton. En certains endroits, ces poids étaient légèrement fondus, en d'autres, deux ou trois s'étaient colés ensemble, tandis qu'ailleurs, ils n'étaient que des masses informes de métaux fondus. On a vu des restes de briques fondues à l'intérieur des murs de tous les édifices. Ces briques fondues avaient coulé le long des murs et sur les planchers jusqu'à une distance de dix-huit pouces du mur; cette fusion avait même coulé à travers les linteaux en béton et delà sur le plancher. En brisant quelques morceaux de ces masses de fusion, on a constaté que le béton même était visiblement calciné sous l'écoulement de la brique

liquéfiée. Etant doniré que le fer entre en fusion à 2,200 degrés Fahr., et que la brique se liquéfie aussi à cette température, il faut conclure qu'en plusieurs endroits, pendant l'incendie, la température a dû atteindre environ 2,300 degrés."

On peut donc conclure que les températures qui se produisent en de grands incendies sont de 1,500 degrés e! lus; le maximum se trouve dans ‘a zone des flammes, et à l'endr:at où se produit l'ignition d'accumulation de gaz de carbone monoxyde et d'hydrogène, Il arrive même que des colonnes de fonte et d'acier non protégées se tordent au point de tomber, et que peu de matériaux restent intacts, lorsque la chaleur atteint son maximum d'intensité.*

Causes qui L'histoire des incendies montre que ces feux ont eds er pris naissance Lans les villes les mieux protégées, des incendies ainsi que dans celles qui ne le sont pas, et qu'ils ont détruit des édifices à ‘l'épreuve du feu, comme ceux bâtis de matériaux inférieurs et combustibles. C haque incendie a pour origine un feu particulier, qui a commencé suivant l'une ou l'autre de ces deux manières. Il éclate dans la banlieue ou dans les quartiers d'une ville où les maisons sont construites en bois, et se propage vers les quartiers centraux encombrés, après qu'il a surchauffé l'air ambiant; ou il commence au centre d'un quartier commercial et se répand si vite que les pompiers sont impuissants À le maîtriser. Dans le premier cas, des incendies, tels que ceux qui ont détruit St. John en 1877 et Ottawa-Hull en 1900, n'ont jamais 46 éteints: ils ont cessé quand .vutes les matières combustibles étaient dévorées. Dans le deuxième cas, des incendies tels que ceux de Baltimore et de Toronto en 1904, ont été maîtrisés plutôt par accident qu'autrement. Un changement de direction du vent peut les avoir ramenés en arrière sur leur passage, ou la chaleur peut avoir été détournée ou absorbée par un obstacle indestructible qui constituait une barrière infranchissable.

On n'a jamais réussi à éteindre un incendie par des efforts organisés. Les boyaux d'incendie les plus puissants ne lancent pas l'eau à plus de 150 pieds, la distance exacte dépend de la vélocité du vent. Les flammes poussées horizontalement par un vent impétueux ont souvent dépassé !,000 pieds; des maisons situées à un demi-mille de l'incendie proprement dit ont pris en feu. En pareils cas, les pompiers ne peuvent combattre un incendie ni en

*Les hommes de science ne parlent plus de constructions à l'épreuve du feu. On ne connaît point de matériaux qui soient absolument ignifuges. La distinction est juste. Ce qu'il y a de mieux c'est d'employer contre le feu des matérieux qui rctardent ses progrès, jusqu'à ce que les matières combustibles alimentant + flammes soient consumées. On y réussir, si l’on prend de bons moyens.— New York Tribune, 1911.

avant de sa marche ni par en arrière, À cause de la traînée de chaleur et des débris enflammés. Le travail de flanc n'a guère plus de succès, car l'espace embrasé est trop étendu, pour agir efficacement. Sans vouloir déprécier les efforts des pompiers en pareils cas, il faut reconnaître que leur plus grand succès consiste à empêcher les flammes d'être emportées par le vent et à éteindre les étincelles tombées en dehors de la zone en feu.

Par ce qui précède, on voit qu'il est nécessaire de découvrir les causes immédiates qui contribuent à la propagation d'un incendie. On a dit précédemment que, depuis cinquante ont, 36 pour cent des pertes au Canada sont dues aux grands incendies. Ce qu'il y a d'important à noter dans les recherches actuelles, c'est de savoir qu'un seul incendie par 20,000 feux ait atteint les proportions d'une conflagration. Que la cause d'un feu soit des fils électriques défectueux, des rebuts, des allumettes ou des actes d'incendiaires, peu importe; les feux commencent d'une multitude de manières diverses et à différentes heures, mais on peut dire que le nombre de ceux qui, par leur rapidité de propagation, deviennent incontrôlables, n'atteint même pas 5% d'un pour cent.

On comprendra plus facilement les circonstances spécifiques favorables à une conflagration, par un coup d'œil jeté sur les grands incendies survenus au Canada et mentionnés dans la liste annexée à ce rapport.f

Les incidents des conflagrations, y énumér/: sont semblables à ceux qui caractérisent chaque grand incendie survenu sur le continent américain, et montrent que l'on peut classifier de la manière suivante les conditions particulières dont ils sont entourés:

(1) La contiguité des constructions en bois.

(2) La prédominance des couvertures combustibles. La propagation de nombreux incendies est due aux bardeaux enflammés, qui, projetés au loin, par des courants d'air chaud, communiquent le feu aux maisons à distance.

(3) Les édifices individuels de grandes dimensions ou d'une hauteur excessive, et construits de façon à répandre rapidement la combustion interne Ces édifices sont quelquefois des constructions continues d’un seul étage, comme les entrepôts des quais de New Westminster, ou des bâtiments de six étages, à l'intérieur desquels il y a de nombreuses ouvertures verticales, qui permettent aux effets combustibles de chaque étage de s'enflammer presque simultanément.

John B. Laidlaw de Toronto.

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