Profits des assureurs
(a) Fonds de réserve
(b) Dividendes.
Sous le titre général de pertes, dépenses et profits des assureurs, le tableau suivant indique l'expérience des compagnies anglaises et américaines au Canada. Les chiffres cités sont les pourcentages de la totalité des primes perçues.
*"Quand je mets l'assurance en tête des causes qui contribuent au gaspillage extraordinaire qui se fait en ce pays, j'agis en connaissance de cause. Les personnes engagées dans les affaires d'assurance ne sont pas exemptes de blâme, mais le public est celui qui endosse le plus de responsabilité. L'assurance contre l'incendie est un article de commerce; elle fournit apparemment au public ce qu'il veut. Les assureurs se contentent de percevoir du public ce qui est nécessaire pour défrayer les pertes et les dépenses, avec un excédent sous forme de récompense au capital engagé. Somme toute, ils y parviennent. Mais c'est le public qui, en fin de compte, supporte tout le fardeau—c'est lui qui solde la facture." —T. L. Morrissey, gérant de l'Union Assurance Society, Montréal.
TABLEAU No. 20—PERTES, DÉPENSES ET PROFITS DES COMPAGNIES D'ASSURANCE AU CANADA, 1897-1916
Compagnies anglaises | Compagnies américaines Année | Pertes | Dépenses | Profit des Pertes | Dépenses | Profit des | | assureurs || | assureurs ne et rm PEER er | | | RU 64.56 28.54 6.90 | 66.61 28.08 5.31 1908:...:.. 68.10 | 29.21 2.69 63.56 | 27.32 9.22 1899....... 68.42 28.59 | 2.99 || 62.68 | 28.01 9.31 1900. 94.34 | 29.02 | 23.36* 104.46 | 27.83 32.29* 100815: 74.13 | 28.17 | 2.30* 65.66 | 28.33 6.01 1902...,... 39.22 28.42 | 32.36 35.65 27.40 36.95 1903....... | 51.86 29.56 | 18.58 47.97 27.14 | 24.89 1904....... | 109.94 | 27.86 | 37.80* 1, 109.25 | 27.00 | 36.25* 1905....... 42.35 27.98 | 29.67 | 36.04 | 27.22 | 36.74 000. | 44.52 28.77 | 26.71 | 40.09 | 27.57 | 32.34 1907...... 54.54 28.91 | 16.55 50.13 | 27.65 | 22.22 1908....... | 58.43 | 28.78 | 12.79 | 56.08 27.96 15.96 1909. 49.93 30.47 | 19.60 | 47.72 | 28.00 24.28 1910 53.58 30.22 | 16.20 | 54.46 28.21 17.33 1153 PS | 55.17 30.00 14.83 | 48.16 | 27.75 | 24.09 RON | 52.26 31.13 | 16.61 50.82 | 28.01 | 21.17 IE SRE | 52.82 | 31.56 | 15.62 CS PO Ne 7: 16.37 1914... | 56.86 | 31.77 11.37 |! 52.20 | 9 18.71 1915 50.62 33.09 16.29 | 55.94 | .05 13.01 1916....... | 55.45 | 33.67 | 10.88 | 5292 | 3465 12.43 Moyenne . | 59.85 | 29.79 | 10.36 || 57.71 | 28.40 13.89 | | | Il | * Pertes des assureurs.
Profiis des Ce rapport ne traite pas directement des profits compagnies réalisés par les compagnies d'assurance. Il convient
er cependant de faire remarquer que le ‘profit de
l'assurance’ n'est qu'une partie des profits des compagnies d’assurance, et qu’en professant de mettre le public au courant de leu:
affaires, en lui expliquant que leurs profits ont été maigres (c'esta-dire le pourcentage sur les risques), elles méritent d'être blâmées.* Si l'argent ne rapportait pas d'intérêts, ce serait vrai, mais l'intérêt que rapportent les primes courantes, ainsi que les fonds de réserve, est une importante source de revenus. En conséquence, plusieurs compagnies à capitaux restreints et à grande réserve peuvent distribuer de jolis dividendes, alors même que leurs opérations d’assurance ne leur donnent qu’un léger profit.t On peut dire qu'au moins trois des plus fortes compagnies étrangères, qui ont fait affaires au Canada depuis un certain nombre d'annees, ont payé
*Rapport de la New York State Insurance Commission, 1911, p. 56. Rapport de la Fire Insurance Investigating Commission, 1914, p. 57. Le capital social d’une compagnie d'assurance n'est jamais engagé activement; c'est un fonds de garantie qui entre en jeu, lorsque toutes les autres réserves sont épuisées.
sureurs
)rofits ivient ft de ’assuleu:
(c'estnées. * ntérêt serve, sieurs t dis- ’assuqu’au t fait payé
ement ; ss sont
des dividendes de plus de 100 Pour cent sur leur capital action, huit ont payé de 50 à 100 Pour cent, et quatorze de 25 à 50 pour cent.* Les réserves accumulées de ces compagnies rapportent suffisamment d'intérêt pour fournir des dividendes d'environ 40 pour cent par année sur leur capital engagé. L'étendue de leur enterprise est telle qu’un petit profit d'assurance de deux pour cent sur le revenu des primes fournirait un dividende additionnel de vingt pour cent.f Bien que l'expérience des petites compagnies canadiennes n'ait pas été un succès, il faut reconnaître que, dans l'ensemble, les résultats des affaires d'assurance justifient diffcilement le pessimisme si souvent manifesté des assureurs. Sauf les conflagrations, les pertes ne changent pas sensiblemert les fonds de surplus ou le paiement des dividendes par les compagnies bien établies. Quelques assureurs, qui font de cette enterprise une affaire commerciale, a--ovent que les incendies ne sont pas une calamité, aussi longtemps que les primes continuent à maintenir les pertes.f Ce n'est cependant pas l'opinion de la généralité. Les tables des taux montrent que les assureurs ont plus d'avantage à voir baisser continuellement le chiffre des pertes. En cela, les
*On peut discuter pour savoir si les dividendes devraient provenir seulement du capital social ou du capital et des fonds de réserve. Cette dernière opinion a été
soutenue par la New York Insurance Investigation Commission, 1911. Rapport, p. 55.
Ces chiffres représentent les profits qui dérivent de toutes les affaires des compagnies.
?" S'il n’y avait pas d’incendies, l'assurance n'existerait pas ; d'un autre côté, plus les dégâts sont considérables et plus les compagnies en bénéficient. Je parle en ma qualité de gérant d’une compagnie, je dis que, sans incendies, il nous est impossible de faire de l'argent pour nos actionnaires : nous voyons donc, d’un bon œil, les feux qui ne dépassent pas les limites ordinaires.” Déclaration du gérant général de la Scotish Union & National Insurance Co. of Edinburgh, extraite du rapport intitulé : Investigation of Fire Insurance Rates in Illinois, 1914.
“Parlant au nom des compagnies d'assitr2"1e contre l'incendie, je devrais dire que la réduction des dégâts par le feu ne serai: ras profitable. Je crois qu’au point de vue des affaires, les compagnies d'assurance ont intérêt à voir plusieurs feux ar année ; beaucoup de feux signifient un bon nombre de primes.”’—Edward Milligan, vice-president de la Phænix Insurance Co. of Hartford, devant l'Illinois Insurance Commission, 1911.
‘Une confla 2,500,000 à 83,000,000 ne m'effraye pas ; grâce à elle, je m'arraugerai pour me compen-
utant et en élevant le taux.”—Henry Evans, Company of New Vork, devant la New York
re de mesures prévendont quatre-vingt-dix pour cent sont à ompagnies d'assurance doivent régler le Plus ces taux sont élevés, plus l'agent reçoit d’ dit. Si nos taux d'assurance étaient réduits, et baissés au niveau de ceux de l'Angleterre ou plusieurs de ceux qui reçoivent maintiers. C'est le propriétaire qui paye Notre malheur est que nous sommes trop ns pas aux pertes.—R. T. Riley, directeur gérant de
mpany, Winnipeg, Man.
intérêts des compagnies sont en harmonie avec ceux du public, mais tous deux sont à l'encontre du système d'agerice actuel. L Les dépenses d'administration sont plus onéreuses int 2 au peuple du Canada que les profits réalisés par les assureurs. Une gérance qui nécessite approximativement 30 pour cent de toutes les primes est certainement extravagante. Si une partie raisonnable de cette somme était employée à prévenir les feux, les dépenses seraient justifiées, comme par exemple dans le cas de l'assurance des chaudières à vapeur, où le coût de l'inspection pour empêcher les pertes excède la somme payée pour nertes. On doute cependant que plus d’un pour cent des primes soit directement appliqué au travail de prévention, alors qu'environ 21 pour cent sont distribués en commissions pour agents. Il faut donc définir le service rendu par les agents.* On peut le ranger sous les trois titres suivants: (1) sollicitations, (2) conseils, (3) perceptions. A l'origine, les agents étaient surtout des solliciteurs. Actuellement, l'assurance é‘ant rendue presque obligatoire, il n’est pas nécessaire de beaucoup solliciter, L'agent se contente de sonseiller et de faire comprendre aux propriétaires q:.: est le canai particulier par lequel passe l'assurance, ou qu'il représente les compagnies les plus solvables. Il arrive souvent que l'amitié, les relations commerciales réciproques et d’autres considérations sont les facteurs déterminants du succès de l'agent.f En pareil cas, il n'est pas question d'honoraires et le service est de peu d'importance pour l'assuré. La valeur du conseil pour les propriétaires dépend de l’habileté de l'agent lui-même. L'agent qui conseille aux propriétaires la manière d'économiser, en améliorant les immeubles, et qui indique les moyens à prendre pour prévenir les feux, est pour eux un bon ami. Mais, sauf peu d'exceptions, la plupart des agents n'ont ni la volanté ni les qualités requises pour être de bons conseillers, car, comme ou le constatera plus loin, l'intérêt de l'agent est plutôt contraire à toute amélioration de cette nature. Quant à la perception, il n’est par besoin de plus d’aptitudes que dans tous les autres genres d'affaires.
*On peut classifier ainsi les agents d'assurance: (1) les agents locaux ou solliciteurs, (2) les agents généraux, et (3) les courtiers. Les deux premières catézories représentent directement les compagnies. Les courtiers, au contraire, qui contrôlent certaines assurances, qu'ils placent où ils peuvent en bénéficier le plus, sont généralement considérés c.mme les représentants des assurés, bien que leur commission soit payée par les compagnies. Nous ne décrirons pas les attributions particulières de chacune de ces classes d'agents.
t" Nous croyons que, grâce à l'évolution qui s'opère en matière d'assurance contre le feu, toute personne engagée en cette entreprise sera tenue de prouver que sa rémunération est proportionnée au service qu’elle rend, et qu'elle devra produire, pour avoir droit à sa réclamation, des motifs supérieurs à ceux d’être l'ami ou le
parent de celui qui doit être assuré.— Rapport de l'Illinois Fire Insurance Investioa!ing Commission, 1911, p. 32.
Re Maintenant, bien que le travail des agents d'assude l'agent rance puisse être défini sous les titres de sollicitation,
conseil et perception, toui le système est une pure anomalie. L'agent est la seule personne mise en contact direct avec l'assuré, et ses affaires sont une question de personne. Etant donné que l'agent possède cette clientèle, il met la haute main sur les affaires. Les compagnies ne peuvent pas se passer de l'agent. Il faut donc qu'elles se soumettent à ses conditions. Aux termes de la loi, l'agent est employé par la compagnie et doit protéger ses intérêts; d'un autre côté, l'assuré se confie à lui et s'attend à ce qu'il le protège aussi, Les compagnies cherchent les assurances peu hasardeuses, l'assuré demande des taux raisonnables: mais l'agent, qui vit de sa commission, profite davantage d'un grand volume d'affaires, et surtout du taux élevé qui est imposé sur l'assurance des propriétés menacées par le feu, sans s'occuper beaucoup de la compagnie assurante. Ajoutons y le fait que l'agent représente ordinairement de deux à vingt compagnies et nous aurons un exemple notable d'un homme qui sert plusieurs maîtres en même temps et qu'il les gouverne tous lui-mêrme.*
NC En pareil cas, les compagnies nomment des agents, S , NN . A .
sr non d’après leur valeur, mais à cause des affair.…
qu'ils contrôlent ; elles acceptent même des personnes officiellement en rapport avec de grandes institutions capables d'influencer la direction des affaires.f Il s’agit ici, naturellement, de rabais par voie indirecte, le mode le plus à découvert constituant un délit.f Cependant, ses pires résultats sont la nomination des fonctionnaires des compagnies de prêts et des banques, qui non seulement ignorent les affaires mais peuvent encore imposer une assurance excessive à des taux élevés à des clients qui cherchent à
*"*L'assurance est une entreprise à partie double. Les compagnies possèdent - capital, les agents et les courtiers transigent les affaires. Un seul agent peut représenter plusieurs compagnies, Ces compagnies sont pour ainsi dire à la merci de leurs agents, et l’une de leur plus grande sollicitude consiste à se maintenir dans les bonnes grâces de ces hommes. Une au deux agences monopolisent les affaires dans la plupart des villes: les compagnies sont des tenanciers selon bon plaisir que l'assuré, ou le seigneur, peut mettre sur le pav', le jour où elles se permettront de faire quelques remarauee plus au moins chatouilleuses. Inutile de dire que Îles
assurés payent les services des agents.”’—A, F. Dean, gérant de la Springfeld Fire and Marine Insurance Co., Chicago.
Les permis accordés aux agents par les législatures provinciales n'ont pas remédié au mal. Toute personne, indépendamment de ses qualifications, peut obtenir un permis, sur paiement de minimes honoraires.
tAccorder des rabais est une chose communément suivie au Canada, contrairement à la loi fédérale des assurares de 1917, code criminel, article 508d, modifié en 1917 par les règlements de la Canadian Fire Underwriters Association, article 5. Des témoins, € 1 leurs dépositions devant la Ontario Insurance Commission, ont
certifié que certains courtiers et agents accordent des escomptes de 1214 pour cent, afin d'obtenir des assurances.
en obtenir des aides financières. Mr. F. B. Carvell (Carleton) a dit ce qui suit en Parlement, le 11 août 1917, au sujet de la modification à apporter au code criminal en ce qui regarde l'assurance:*
“Je voudrais que l'on y ajoutât une autre clause, qui rendit coupable d'un délit tout agent de banque qui s'occupe d'assurance. Au Nouveau-Brunswick, un gérant d'une des grandes banques chartrées se livre aux affaires d'assurance, contrôlant ainsi l'assurance d'une grande partie de la province du Nouveau-Brunswick. Personne ne peut avoir de relation avec cette banque, à moins que toute son assurance ou celle de la corporation à laquelle il appartient ne soit placée entre les mains du gérant de cette banque. L'opération est double. D'abord, il oblige les autres à faillir: en second lieu, et je parle ici en ma qualité d'avocat, les propriétés sont assurées à un taux beaucoup plus élevé que le taux légal, afin que cet individu puisse recevoir une plus forte commission sur les primes. Les propriétaires d'un 1.1meuble à l'administration duquel j'ai contribué plusieurs années, qui certes n'étaient pas très ‘prodigues,' ont payé des assurances à donner la migraine à quiconque aurait eu à les solder, et cela parce que la banque, nous tenait et que le banquier nous avait imposé l'assurance sans même nous consulter. J'ai dénoncé ce tripotage, et réussi à obtenir une modification à la loi des banques, mais, lorsqu'il s'est agi du vote en Chambre, je n'ai pas obtenu la majorité des voix. Je ne propose pas un amendement ici, mais j'attire l'attention sur les circonstances et je dis que la situation se détériore au lieu de s'améliorer. Quelquesuns de mes collègues, auxquels j'en ai parlé, r ‘affirment que la chose se pratique en plusieurs endroits du Canada.”
Cette déclarations fut confirmée par Mr. Glass (Middlesex East), en la manière suivante:
“Ce que mon honorable ami vient de dire ne s'applique pas seulement à la province du Nouveau-Brunswick, mais existe aussi bien dans tout l'Ontario. En ma circonscription, les gérants de banques, surtout ceux des petites villes, ont la haute main sur l'assurance. Une telle manière d'agir est non seulement un empiètement indu, mais une injustice pour ceux qui sont engagés en ce genre d’affaires.”
Non seulement les compagnies nomment des agents non qualifiés, parce qu'elles sont puissantes, mais elles sont portées à multiplier leurs agences au delà du nombre voulu pour servir une fin économique.
8 q L'établissement d'agences est pour ainsi dire le seul mode de rivaliser aujourd’hui entre les diverses compagnies.f Le nombre des agents nommés excède de beauconp le nécessaire, et la compensation est
*Hansard, août 1917.
fLa concurrence entre les compagnies à “tarif,” qui détiennent 77 pour cent des assurances au Canada, est impossible. Les taux des primes et les commissions des agents, sont fixés, et la forme des polices, prescrite par les Bureaux d'assurance. Impossible de tenter soit les assurés, soit les agents.
insuffisante pour les faire vivre tous, de sorte que plusieurs de ces hommes se livrent en même temps à d'autres choses. Le résultat naturel de cette concurrence devrait être de réduire les commissions ou de restreindre au moins la compensation au service rendu: c'est ce qui arriverait, si l'agent était payé directement. Plusieurs compagnies prétendent qu'#Îles doivent être représentées en chaque ville et cité, et si elles ne peuvent retenir les services d'une agence en existence, elles nomment de nouveaux agents pour concourir dans une entreprise déjà surchargée.
Voilà ce que le public retire du système des agences. ré slots Si le seul but d'un agent est de se faire payer une
commission, il assurera le premier venu, et le public souffrira d'une plus forte perte par le feu. Si un agent ignore les affaires ou manque de jugement, il encourage les actes incendiaires. Muis le résultat final aura pour effet d'arracher au public de plus fortes primes pour couvrir le surcroît des pertes et des dépenses. Les compagnies préfèrent naturellement les agents expérimentés: il n'en est pas moins vrai que des milliers d'agents au Canada ne se rendent guère compte de leurs obligations à l'égard de l'assuré ou de la communauté en général. Les compagnies et la meilleure classe d'agents re diffèrent pas sur ce point. Soixante pour cent des lettres reçues des fonctionnaires des compagnies d'assurance, par la Commission de la Conservation, sur les moyens de réduire les pertes par le feu au Canada, prouvent qu'il est nécessaire de réformer le système actuel des agences d'assurance, Les enquêtes officielles ont révélé le même état de choses aux Etats-Unis, Le rapport de l'Illinois Fire Insurance Commission, de 1911 énonce que:
‘L'agent local est, sans contredit, la plus forte influence personnelle dans la réduction des pertes contre le feu et des frais d'assurance. Il faut donc des hommes expérimentés, qui sachent ce que vaut pour le public une saine assurance et se rendent compte de leur responsabilité personnelle. L'ignorance n'a pas plus sa raison d'être dans les assurances que dans aucune autre affaire, l'escroquerie n’a de place nulle part. La fonction d'agent d’assurance contre l'incendie est la plus importante de toutes les fonctions publiques, nul employé quasi-public n'est si libre de toute responsabilité. Le mécanicien d'un convoi de chemin de fer est responsable de la vie des voyageurs; on ne lui permet pas d'exercer sa profession avant d'avoir subi avec succès des examens sur sa compétence et son caractère: s’il se trompe, il est rendu responsable de toute négligence. On n'exige pas qu'un agent d'assurance subisse uñ examen pour déterminer ses qualités intellectuelles et morales, et cependant on lui permet de passer un Contrat, qui peut causer plus de pertes de vies et de propriétés que cent accidents de chemin de
fer. Le mécanicien n'a aucun ‘sion de commettre un acte criminel: au contraire, sa vie, sa réputation et son salaire dépendent de sa fidélité et compétence à remplir les devoirs de sa charge. L'agent, au contraire, reçoit une récompense pour sa culpabilité. Il commet un acte qui entraîne des crimes et des désastres, et la loi le rend non seulement indemne de tout blâme, mais encourage les compagnies d'assurance à lui offrir la tentation qui crée une destruction annueile de vies et de propriétés, à côté de laquelle les désastres causés par les chemins de fer, sont insignifiants. Si les statisques du nombre des feux causés par les dangers moraux sont exactes, le peuple américain subit annuellement une perte de $20,000,000 à $40,000,000 provenant des feux qui résultent, pour la plupart, de l'ignorance ou de la négligence criminelle des agents d'assurance. La tentation qui engendre cette insouciance est la commission payée, sans égard au caractère des services, et la mesure de la tentation est l'importance de la commission."
D'autres enquêtes ont aussi condamné l'emploi d'agents nonqualifiés, et l'on a recommandé aux législatures de n'accorder aucun permis sans examen. Voici comment la Wisconsin Fire Insurance Investigating Commission termine son rapport de 1913 à ce sujet:
‘Le problème des agents non qualifiés —des employés publics,
bien qu'en dehors du service civil—peut être réglé par une loi, comme celui des employés publics du service civil. On recommande à ce sujet de réduire le nombre des agents à celui des hommes dont les compagnies elles-mêmes ont besoin pour signer leurs contrats, et d'obliger ces hommes, avant de leur confier cette charge, à fournir un état de leur expérience en affaires, à certifier de leur caractère professionnel et à se soumettre à un examen dirigé par un bureau d'examinateurs compétents, lequel révélera d'une façon tangible leur mérite et leurs aptitudes. Tous les agents devraient être placés sous la surveillance du département des assurances, et leurs permis sujets à révocation sur avis et attestation.” Au Canada, les lis des assurances des différentes provinces, à l'exception de la Colombie-Britannique, de la Nouvelle-Ecosse, du Nouveau-Brunswick et de l'Ile du Prince-Edouard, exigent que les agents soient pourvus de permis. Comme ces règlements ne demandent aucune qualification spéciale, on peut les regarder comme des mesures de revenus. Il faut une surveillance plus étroite des agents, car, bien qu'une telle mesure soit impuissarte à rendre ces hommes honnôûtes, elle établirait cependant leurs aptitudes pour le travail. Il se peut que tout le système demande réforme, mais, même alors, il n’est pas probable qu'il soit abandonné. Ne cherchons donc pas à renverser le système, mais à y apporter des modifications et restrictions telles qu'elles élimineront quelques-unes des chances de faire du mal.
Permis aux agents
PRE RTOR ” mode de rémunération accordée aux agents est des agents sans doute la source des maux, qui se rattachent aux
affaires d'assurance et aux pertes excessives que le Canada subit par le feu.* Actuellement, on paie des commissions sur environ 25 pour cent des primes, 20 pour cent des effets de commerce, et 15 pour cent des manufactures et des établissements protégés par des arroseurs; mais ces taux sont inférieurs à ceux de plusieurs compagnies.t Mais peu importe leur niveau pour le moment. Les agents sont les maîtres de la situation et ils sont intéressés à maintenir les taux aussi élevés que possible. Par contre, les compagnies cherchent des assurances le plus économiquement possible, tout en essayant de maintenir la qualité, D'un autre côté, le public n'est guère itéressé à savoir si les agents sont à salaire, à commission ou à participation dans les profits: les assurances contre l'incendie diffèrent essentiellement des autres genres d'affaires. Mais voilà le point capital de toute la situation. Les taux de l'assurance contre l'incendie sont élevés ou minimes, selon le degré de danger de la chose assurée. Les grandes dangers sont frappées de taux élevés. L'agent reçoit naturellement une plus forte rémunération sous ce rapport.
L'agent et les Bien que certains agents fassent preuve de science pertes par et de prudence dans le choix des risques à prenüre, ten on ne saurait, dans l'ensemble, les exonérer d'une grande partie des pertes causées par le feu en ce pays. En général peu de propriétés non assurées sont détruites par le feu, et l'on est sous l'impression que s'il n'y avait pas d'assurance, les incendie: seraient très rares. Les pires risques n'ont pas été assurés sans le concours de quelque agent. L'économie et la justice sociale demandent que les bons agents ne soient point punis à cause des négligents, des indifférents et des criminels. Les compagnies d'assurance ellesmêmes admettent que le système est défectueux et devrait être corrigé; mais elles sont d'opinion que nulle amélioration n'est possible, sans le concours du gouvernement. Les fonctionnaires des
*En référant à ce sujet dans ses relations avec les pertes causées par le feu aux Etats-Unis, les National Association of Insurance Commissioners, qui représentent presque chaque état de l'Union, adoptèrent la résolution suivante à la Convention de Mobile, en 1910:
“Etant sous l'impression que le système actuel de rémuntrer les agents et les courtiers augmente nécessairement les pertes causées par l'incendie et les frais d'administration, et qu'il est la cause des conditions dont se plaint avec raison le public, nous croyons que tout ce qui ennuie le pulbic et mène à l'approbation de mesures non scientifiques et inacceptables, pourr*’ être éliminé par un changement radical des méthodes.”
Dans les grandes villes, telles que Montréal et Toronto, les commissions sont ne concurrence, et l'on paye jusqu’à 40 et 50 pour cent, lorsque les risques sont bons.
compagnies, les évaluateurs des pertes et les pompiers en chef du Canada ont dit la même chose en réponse aux spécifiques questions posées par la Commission de la Conservation.* De semblables représentations furent faites à la New York Insurance Commission, en 1911, et sont résumées ainsi qu'il suit dans le rapport sur les investigations:
‘Les commissions ont toujours été un sujet de discussions continuelles entre les compagnies et les agents; les compagnies admettent que la situation n'a pas sa raison d'être, mais elles avouent qu'elles ne savent pas comment les améliorer, et plusieurs
. ’ , ,: . , , assureurs vont jusqu'à dire qu'il serait nécessaire de leur mettre un frein... . . . Théoriquement parlant, il semble que ce n'est pas juste de payer à un agent une commission fixe sur les primes, car par un tel procédé il ne semble pas prendre en considération l'intérêt de la compagnie ni celui du public, pour empêcher les pertes par le feu. Il reçoit sa commission indépendamment du fait que la propriété assurée brûle ou ne brûle pas: on peut même dire que le feu semble lui être favorable, car il attire l'attention du public sur la nécessité de se pourvoir d'assurance. Quant au fonctionnement D : : :
du système voici ce que l'on peut en dire: il y a toute sorte d'agents et toute sorte d'hommes: quelques-uns sont très consciencieux, d’autres ne le sont pas. Mais, en général, les agents ne s'intéressent nullement aux mesures préventives comme les compagnies."
*Ci qui suit sont ‘es opinions exprimées par (1) les compagnies d'assurance, (2) les évaluateurs des pertes, (3) les agents généraux locaux:
1. ‘Les compagnies d'assurance sont responsables, en grande partie, des maux qui se rattachent aux assurances. Des agents peu scrupuleux et non qualifiés, et la facilité avec laquelle on accepte les risques sont la cause de beau-oup de dangers moraux.""—Le gérant général d'une importante compagnie d'assuran. 2 de Montréal.
11 considère que la principle cause des pertes excessives provenant du feu sont l'absence de bonnes lois et de contrôle judiciaire. Il en blâme les autorités municipales et le public autant que les compagnies elles-mêmes.
2. ‘La cause des pertes par le feu est attribuable en grande rar‘ie au manque d'inspection des propriétés assurées par les agents, et de la manière qu'ils agissent pour avoir des assurés. Pour les agents, c'est avant tout une question de commission. Ces pertes continueront aussi longtemps que les comy.snies ne voudront pas se rendre compte des risques assurés. Je puis dire, en me basant sur mon expérience d'inspecteur pour plusieurs compagnies, que beaucoup de propriétés qui ont été assurées n'étaient pas assurables.—W, A. Fraser, Vancouver.
3. “Les compagnies d'assurance réduiraient sensiblement les pertes causées par le feu, si elles faisaient preuve de plus d'attention dans le choix de leurs agents, car nous savons que plusieurs nominations ont été faites pour se procurer des primes. On ne s'occupe pas de savoir si ces agents possèdent les qualifications et l'expérience requises. Il s'ensuit que ces individus acceptent des risques sans examen ni de la propriété assurée ni du caractère du proprittaire ou de l'occupant. Si vous pouvez obtenir la coopération des compagnies à ce sujet, les résultats seront plus satisfaisants. —Allan, Killam and McKay, Ltd., Winnipeg.
4. ‘Si les gérants des compagnies d'assurance choisissaient de bons agents pour les représenter, des hommes qui mettraient en première ligne la question du danger moral d'une assurance, les pertes par le feu seraient beaucoup moindres. Actuellement, les compagnies ne cherchant qu'à faire le plus de profits possible, placent deux ou trois classes d'agents dans les petites villes ou les villages; il s'ensuit que ie nombre des feux augmente, non pas directement par suite d'actes incendiaires, mais par négligence coupable: ce qui, en bien des cas, revient au même.''—F, A. Lett, Barrie.
Les hommes qui ont acquis une longue expérience
dans les affaires d'assurance, prétendent, depuis
longtemps, que le public y gagnerait beaucoup, si la rémunération était basée sur une certaine participation aux bénéfices réalisés par les compagnies. Plusieurs gérants de compagnies soutiennent que le plan d'un certain pourcentage en plus d'une commission éventuelle est n seulement désirable mais tout à l'avantage des compagnies elles-r1êmes. Henry Evans, président de la Continental Insurance Company, une des plus grandes et des plus prospères compagnies, qui font affaires au Canada, a réclamé incessamment l'adoption générale des commissions éventuelles par toutes les compagnies. Ildit: ‘les agents devraient être rémunérés suivant leur habileté." Il est certain que s'il était possible de baser la rémunération de l'agent sur une petite perte proportionnelle plutôt que sur un taux de prime élevé, non seulement les compagnies, mais le public et les agents eux-mêmes en bénéficieraient.
Les assureurs de la vieille école prétendent quelquefois que puisque la fonction de l'assurance consiste à garantir le plus grand nombre possible des propriétés d'une localité, il appartient aux législateurs, aux inspecteurs des bâtiments, aux services d'incendie et au public de s'occuper des mesures préventives, laissant aux agents et aux compagnies le soin d'accepter les propriétés telles qu'elles les trouvent. Le public ne saurait accepter sans réserve cette façon de juger. On se rend compte au Canada que plusieurs propriétés, vu leur nature inflammable, ne devraient pas être assurées <ontre le feu. Beaucoup semblent penser que les pertes causées au public par les énormes dégâts que produit le feu seraient ainsi beaucoup amoindries. En outre, une conception plus éclairée des assurances nous fera comprendre que la moitié ou moins de la rémunération des agents est le résultat de l'acceptation des primes et de la déduction des commissions.*
Commissions Bien que l'adoption d'une commission éventuelle ne par partage soit pas de nature à résoudre tous les problèmes, un
UMTS à système repose sur des principes solides et
pourrait être mis à exécution sans causer de graves dommages ni aux compagnies ni aux agents. Dans les petites agences et lorsque
*"1l arrive souvent que les agents ne rendent aucun service à l'assuré. Ces services consistent souvent à recevoir de l'assuré un chèque en paiement de la prime, et à le passer à la compagnie contre une commission de 25 cents. C'est surtout le système suivi dans l'assurance de la propriété bâtie dans les villes. Je crois que cest tout. Je ne vois pas quel autre service me rend un agent, et puisqu'il retire 25 cents sur le paiement de ma prime, je pourrais moi-même me rendre au bureau, ÿ verser mon dû, moins les 25 cents de commission.” Remarques de l'honorable Juge Masten à l'audience de la Ontario Insurance, le 18 décembre 1917, ot publiées dans le Canadian Insurance, \e 26 décembre 1917.
surviennent des pertes chroniques, une commission par perticipation aux profits aurait ses désavantages, mais, grâce au procédé inévitable d'une sélection naturelle, les agents industrieux auront bientôt remplacé les mauvais risques. Lorsqu'une situation, qui demande de l'habileté, aura été créée, les mauvais agents disparaîtront rapidement. Le plan d'une rémunération par participation aux profits, aura pour effet de restreindre le nombre des agents au Canada, et se dispensera d'une quantité d'autres qui ont nui gravement à l'institution de l'assurance. Lorsqu'un homme, qui détermine pour ainsi dire le caractère et l'étendue des dangers, dont une compagnie se rend responsable, participera aux profits de l'entreprise, on a lieu de croire qu'il fera preuve de jugement et de discernement. Nul doute que des incendies surviendront de temps à autre, quelque attention que l'on apporte au choix des risques à prendre, et qu'en conséquence le déficit d'une commission éventuelle devra tre compensé par une somme fixe. Si une agence n'offre pas de probabilités suffisantes pour permettre à un homme de s'y faire une existence, inutile de l'établir. Vu les pertes économiques qu'il atraîne, le montant de la commission ne devrait pas être déterminé par la concurrence.
La question ne peut être réglée effectivement et permanemment par les compagnies, dont le but premier est de réduire les dépenses autant que possible, si par les agents qui ont tout intérêt à se faire une forte rémunération. La Canadian Fire Underwriters' Association a tenté l'introduction d'un plan ü£ commission partiellement éventuelle mais sans grand succès. Si les membres de l'association essayaient de mettre par contrainte le système en vigueur, ils deviendraient les ennemis des compagnies qui n'ont pas de bureaux. Une action conjointe de toutes les compagnies est certainement impossible.
Toute tentative extérieure de règlement à l'amiable entre les compagnies et leurs agents est hérissée de difficultés, mais le courant de l'opinion publique se porte vers une réforme radicale, soit par les compagnies elles-mêmes, soit par le gouvernement.* On
*Les agents canadiens d'assurance contre le feu, qui sont portés à se plaindre de leur sort, devraient penser à ce qui se passe à Queensland. En cet état, le gouvernement a résolu Listen problème des commissions payées par les compagnies d'assurance contre le feu à leurs agents. Les commissions ont été fixées à 10 pour cent et ne sont versées qu'aux agents et aux courtiers munis de permis. Les paiements des agents généraux sont de 5 pour cent dans le nord et le centre du pays. Les commissions versées par les compagnies à tarif sont limitées à 20 pour cent et ne peuvent être augmenttes que par fécessité. L'escompte de 10 pour cent accordé à l'assuré a été aboli et maintenant les compagnies mutuelles ont le même taux que celies à capita! social." —Jndustrial Canada, le 17 juin 1917.
ation table entôt ande pideofits, a, et nt à pour ignic lieu Nul que ju'en être proune qu'il miné
nent 'nses faire ocianent tion nu aux.
nent
> les rant par On
indre it, le comées à rmis.
re du pour pour
nt le
recommande donc qu'une réglementation uniforme soit itroduite dans les lois fédérales et les provinciales, en vue d'établir des commissions à participation das: les profits, les compagnies et les agents étant libres de régler les rticularités des détails. Une telle réglementation résoudrait immédiatement de nombreuses difficultés qui
découleut des pertes excessives par le feu au Doninien, et nul doute qu'elle serait bienvenue du public.
Annexes
ANNEXE I Grands incendies du Canada
"HISTOIRE du Canada ne mentionne aucun grand incendie avant l’année 1750, bien que l'on trouve des traces de conflagrations antérieures dans les forêts et les prairies du pays. Lorsque l'on a commencé à bâtir des cités et des villes, les dangers d'incendie et les désastres que produit le feu ont grandement augmenté.
Au cours du siècle dernier, plusieurs de nos cités, villes et villages ont été ravagés par le feu: un certain nombre même ont été complètement détruits. Les pages suivantes relatent brièvement et chronologiquement les principaux incendies qui ont détruit de grandes valeurs au Canada.
HaLiFAX, 1750—Le 11 juillet, le premier sinistre enregistré au Canada, éclata en cette ville, qui fut presque totalement brûlée. Comme la ville fut fondée l'année précédente, 1749, les dommages, quoique considérables, ne sont aujourd’hui, comparativement à notre situation monétaire actuelle, qu'une bagatelle.
QuéBec, 1759—Incendiée pendant le bombardement par le général Wolfe, fut partiellement détruite.
MonNTRÉAL, 1765—Le 26 mai, plus de 180 maisons furent brûlées.et les pertes s’élevèrent à 8900,000.
MoxTRÉAL, 1768—Le 11 avril, 90 habitations, deux égalises et d'autres édifices furent incendiés.
MONTRÉAL, 1803—Le 30 mai, un troisième incendie éclata et 30 habitations, des églises, des prisons et des magasins furent détruits. La ville n'avait aucun système organisé de protection contre l'incendie pendant ces trois périodes.
QuésEec, 1815—Le 3 septembre, un immense incendie causa des dégâts évalués à $1,300,000; un partie des propriétés brûlées appartenait au gouvernement.
FREDERICTON, 1825—Au mois d'octobre, une grande partie de la ville fut détruite par un incendie qui consuma plus de 5,500 milles carrés de forêt. Plusieurs villes et villages devinrent aussi la proie des flammes. Des secours furent envoyés aux sinistrés par les diverses parties du Canada et des Etats-Unis; la Grande-Bretagne contribua $25,000.
QuéBEc, 1831—Le 25 janvier, le château St. Louis, résidence du Gouverneur Général du Canada, fut brûlé; les pertes excédèrent $150,000.
ST. JoHN, 1837—Le 13 janvier, un incendie éclata sur le quai Peter, et s'étendit rapidement le long du quai South Market et de: deux côtés des rues Water et Prince William. Cent cinquante
habitations furent brûlées et presque tout le quartier commercial y passa. Les pertes furent portées à $1,000,000.
ST. JouN, 1837—Au mois d'août de cette année, un feu prit naissance dans la rue Nelson et détruisit tout le quai North, les deux côtés de 1 rue Dock et le marché, Le palais du gouvernement faillit 4: vestr :, nroie des flammes.
1. Joux, IS{1--:.e 27 août, un incendie consuma les cours de MM Owen & Dunc:: et 60 édifices.
ST. {ONN, I841- -Un incendie éclata de nouveau le 15 novembre au qu ©cith, détraisant plusieurs cales sèches et bateaux, le côté sud de la rue Wate: et le marché.
QuésEc, 1845—Le 28 mai, un incendie éclata dans une tannerie, sur la rue St. Vallier, et se propagea jusqu'à un mille du point d'origine avant qu'il fût possible de le maîtriser. Mille cinquante édifices et vingt personnes furent brûlés. Une suite de chaleur intense avait rendu les bardeaux des toits très inflammables; un vent violent emportait des étincelles à de grandes distances. Tous les édifices détruits étaient en bois.
QuÉBEC, 1845—Le 28 juin, un autre incendie détruisit tout le quartier St. Jean. Douze cents maisons, deux églises, trois écoles et 40 personnes furent brûlés en moins de huit heures. Un mémoire, signé par les évêques de Montréal et de Québec, porte que, sur le côté de la terre, la ville fut réduite à une étendue inférieure à celle qu'elle occupait, lorsque Wolfe tomba devant ses murs. Quinze mille personnes furent privées de leurs foyers. Une liste de secours aux sinistrés fut signée par la Reine Victoria en Angleterre,
ST. JOHN, 1845—Le 29 juillet, 40 maisons furent brûlées par un incendie qui commença sur la rue Water.
QUÉBEC, 1846—Le 14 juin, le théâtre Royal fut détruit, et 47 personnes y perdirent la vie.
TORONTO, 1849—Le 7 avril, un incendie éclata dans des dépendances de l'auberge Covey et détruisit toutes les maisons du carré borné par les rues Frederick, George, Duke et King. Le feu était activé par un fort vent du nord-ouest; l'eau manquait évidemment, puisqu'un contemporain mentionne en son récit qu'une pompe était en repos sur la rue Jarvis, alors appelée Nelson. Le vieil hôtel de ville, qui était construit sur l'emplacement occupé aujourd'hui par le marché St. Laurent, fut détruit. La cathédrale St. James fut aussi brûlée. L'incendie aurait probablement dévoré une plus grande étendue, mais le vent changea de direction et une abondante pluie survint. La superficie détruite couvrait environ 15 acres et les pertes furent évaluées à $500,000. Une personne perdit la vie.
MoxTRfaL, 1849—Le 25 avril, Les Chambres du Parlement, ainsi que la bibliothèque Pariementaire et les archives du Canada furent brûlées par une populace que la passion politique avait irritée.
MONTRÉAL, 1850—Le 26 juillet, plus de 100 maisons furent endommagées. Plusieurs étaient construites en brique et en pierre. Les pertes furent évaluées à plus de $500,000.
FREDERICTON, 1850—Le 12 novembre, 200 habitations furent détruites.
HALIFAX, 1850—Le 24 décembre, plus de 100 maisons devinrent la proie des flammes. Le feu commença dans les casernes.
MoxTRÉAL, 1852—Le 8 juillet un feu éclata dans un étal de boucher sur la rue St. Laurent et se propagea rapidement. Se dirigeant vers le fleuve, en forme d'évantail, les flamines détruisirent tout une étendue triangulaire, dont la bare reposait sur le carré Jacques Cartier et se prolongeait de là ju:«: "à l'emplacement de la prison actuelle. Comme le réservoir avait été vidé, pour cause de réparations, l’eau manquait, ce qui permit aux flammes de se propager rapidement. Le feu dévora une étendue de 250 acres, brûla plus de 1,108 habitations, des églises, marchés, casernes et magasins; 2,886 familles furent privées de logements et 15,000 personnes restèrent sans foyers. Les autorités militaires leur prêtèrent des tentes jusqu'à la reconstruction de leurs maisons. Les pertes furent évaluées à plus de $5,000,000.
Quésec, 1854—Le ler février les édifices parlementaires et la bibliothèque furent détruits par le feu. Les édifices étaient évalués à $300,000.
MoxTRÉAL, 1856—Le 10 décembre la cathédral catholique romaine fut détruite par le feu. C'était une lourde perte.
MoxTRÉAL, 1857—Le 8 janvier la cathédrale protestante subit le même sort.
HALIFAX, 1861—Un désastreux incendie, qui éclata dans les bureaux de l'établissement de change, se répandit à la salle des Oddfellows et au consulat américain, et détruisit en outre quelques autres édifices.
Quésec, 1862—Le 7 juin, 120 maisons furent détruites dans le fanbourg St. Louis.
QuésEec, 1865—Le 22 juin, plus de 100 maisons de la classe ouvrière furent détruites.
Quésec, 1866—Le 17 août, un désastreux incendie détruisit un grand nombre de maisons. On a supposé que les émissaires des Féniens avaisent allumé des feux en plusieurs endroits.
QuéBEc, 1866—Un incendie, allumé par des Féniens, consuma 2,500 maisons, 17 églises et couvents et priva 18,000 personnes de leurs foyers. Quatre personnes y furent tuées; les pertes totales furent évaluées à $3,000,000. L'extrait suivant est tiré l'{lustrated London News en octobre 1866.
“Dans la nuit du 14 octobre, un incendie se déclara dans une épicerie sur la rue St. Joseph et dura treize heures. Un fort vent d'est soufflait; le retardement des pompiers et le manque d’eau permirent au feu de se propager; ce fut bientôt une conflagration. Tout le quartier situé à l'ouest de la rue de la Couronne jusqu'à la barrière de péage de St. Sauveur, d'un mille de longueur, fut détruit.”
PETROLIA, ONT., 1867—Cette place fut entièrement détruite en octobre. On dit que l'on y perdit une immense quantité de pétrole.
Hu, P.Q., 1870—Le 4 mai une grande conflagration commença dans la scierie de Sisson et détruisit un certain nombre de cours à bois voisines.
QuéBec, 1870—Le 24 mai, 500 maisons et plusieurs autres édifices du fauborg St. Roch furent détruits. Les pertes excédèrent $300,900.
SAGUENAY, P.Q., 1870— Pendant le mois de juin, plusieurs feux de forêts éclatèrent en cette région: des villes et villages entiers furent détruits. On a dit que les pertes s'élevèrent à des millions de dollars et ruinèrent deux compagnies d'assurance.
OTTAWA, ONT., 1874—Le 16 janvier les édifices du gouvernement du Canada occupés par les ingénieurs du chemin de fer Canadian Pacific et beaucoup d'autres édifices furent détruits; les pertes se montèrent à plus de $1,000,000.
QuéBec, P.Q., 1876—Le 30 mai, 700 maisons en bois furent détruites par le feu au fauboug St. Louis, avec perte de $800,000. Ce feu montra que la ville dépendait, pour son service d'eau, d’une conduite de 18 pouces, reliée au réservoir de Lorette, et que la quantité d'eau fournie était si faible qu'elle était dirigée sur une partie de la ville le matin et sur une autre l'après-midi. Ce qui suit est un extrait du Chronicle de cette date:
“Le maire expliqua à une assemblée des représentants des compagnies d'assurance qu'il fallait attendre 35 minutes avant d’avoir de l'eau; c’est ce qui expliquait pour quelle raison le feu
pouvait se propager. Les pompiers étaient alors à peu près inutiles. On essaie d'empêcher les compagnies d'assurer les maisons en bois.”
ST. JEAN, P.Q., 1876—Le 18 juin, un incendie éclata dans le c' “rdes affaires et détruisit toutes les maisons des rues Richelieu : plain, y compris sept hôtels, neuf églises, le bureau des d et 200 magasins et maisons d'habitation. L'étendue brt .‘ etait d'un mille de longueur et de 600 pieds de largeur. Les pertes furent évaluées à $83,500,000.
ST. HYACINTHE, P.Q., 1876—Le 3 septembre, un feu, allumé par un incendiaire, dans une boulangerie, à proximité d'un bureau de poste et poussé ,ar un vent violent, détruisit tout le quartier des affaires. Le bureau de poste, la cour de justice, trois banques, plusieurs manufactures, 80 magasins, 500 autres maisons, couvrant quatre rues parallèles, furent détruits. Le service d’eau se brisa au commencement de l'incendie, et les pompiers, mal outillés, furent impuiss* - devant les flammes. Les pompiers de Québec, Levis et Montré.… prêtèrent leurs concours à la brigade locale. L'étendue brûlée comprenait environ 100 acres, et les pertes furent évaluées à $1,250,000.
ST. Joux, N.B., 1877—Le 8 mars, un incendie prit naissance dans une maison sur la rue Prince William: avant son extinction il détruisit une valeur de propriété de S$2,000,000: 7 personnes y perdirent la vie.
ST. JoHN, N.B., 1877—Le 20 juin, un incendie qui éclata dans l'édifice Fairweather, à la point York, détruisit plus des deux tiers
de la ville. Un violent vent du nord-ouest poussa les flammes vers le quartier du commerce: elles détruisirent tout sur leur passage, exercèrent leurs ravages pendant 18 heures et ne s'arrêtèrent que devant le port et la baie Courtenay. L'étendue dévastée couvrait plus de 200 acres; 1,612 habitations, 15 bateaux et toutes les églises et magasins de la ville furent détruites. Treize mille personnes furent privées de leurs domiciles. Des fonds de secours furent recueillis au Canada, aux Etats-Unis et en Angleterre. Un écrivain contempo:ain évalua la perte à $27,000,000, dont une faible partie était assurée.
Les compagnies d'assurance Stadacona, Mutual of Montreal, Canada Fire, St. John Mutual and Maritime Mutual furent complètement ruinées.
Quénec, P.Q., 1881—Le 8 juin un incendie commença dans une écurie en bois; on supposa que la cendre de pipe d’un charretier en fut la cause. Trois autres écuries voisines furent bientôt consumées; les bardeaux enflammés de leurs toits, emportés par le vent, retombèrent sur les magasins des environs. Le service d'eau de la ville était si défectueux qu'une seule partie de la ville put être desservie. En un endroit, les pomyiers furent sans eau pendant vingt-cinq minutes, Pendant ce temps le feu avait progressé, passait d’un toit à un autre, tous en bardeaux. Le vent soufflait à une vitesse de 16 milles à l'heure; il falluc lutter pendant 10 heures avant de pouvoir arrêter la marche du feu. Une étendue de 50 acres fut brûlée et les pertes évaluées à $2,000,000. La Québec Fire Insurance Company fut presque ruinée par cet incendie.
ToronrTo, 1890—Le 14 février, l'Université de Toronto, le plus parfait spécimen d'architecture normande du pays, fut totalement détruite. ‘ne lampe renversée accidentellement sur un plancher huilée fut la cause de la conflagration. On manquait d’eau à portée de la main, et le poste avertisseur était éloigné de l'édifice. Après l'arrivée des pompiers, il y eut encore retardement, car les hydrautes étaient gelés. Un vent d'ouest soufflait en ce moment et il fut impossible d'arrêter les flammes. Ce fut une perte de $400,000.
Toronto, 1885—Le 6 jarvier, un feu commença dans la chambre des chaudières du journal le Globe, et en vingt minutes tout l'édifice était embrasé; cet incendie fut allumé par un incendiaire. Les flammes se comm'niquèrent à l'édifice McKinnon. La pression de l’eau était trop faible pour atteindre les toits des édifices à cinq étages: l'extinction des flammes présenta de grandes difficultés. Un des chefs de pompiers fut victime de ce sinistre, et les pertes s'élevèrent à $1,250,000.
Le 10 janvier, l'édifice (- zoodly, voisin des ruines de celui du Globe, fut livré au feu par un incendiaire. Le vent était violent. Les flammes léchaient la rue Wellington d'une largeur de 66 pieds: elles auraient continué à se répandre, si un mur coupe-feu et une grosse neige humide n'avaient contribué à les arrêter. Les pertes furent évaluées à $750,000.
Le 3 mars, le magasin à rayons de Simpson fut détruit. Onze minutes après ! appel, les flammes émergèrent du toit et une partie
des murs s'écroula. La force du vent était telle que des tisons enflammeés furent emportés jusqu'à la rivière Don, et le feu se propagea jusqu'à l'hôtel Tremont. Des débris en feu tombèrent sur le clocher d'un temple presbytérien: la flèche et le beffroi furent consumés, mais le corps de l'édifice ne fut pas atteint. Les imr eubles de la T. Eaton Co., dont la façade donnait sur l'édifice Simpson, furent menacés et faillirent devenir la proie des flammes, mais les employés firent bon usage des extincteurs de l'établissement et réussirent à éteindre des commencements d'inceruie, Les pertes totales furent évaluées à $S00,000.
Ces trois incendies, quoique ne méritant pas le nom de conflagration, étaient d'un carartère Particulier par leur similitude. Chacun commença dans un édifice d’une hauteur de cinq étages ou plus, dont les ouvertures verticales n'avaient a'cune protection; tous furent arrêtés plutôt par des obstacles naturels que par les efforts des pompiers.
WixpsoR, N.E., 1897—Le 17 octobre, un feu éclata dans une écurie à l'arrière des magasins de la rue Water. Il était presque éteint, lorsqu'un vent d'une vélocité de 60 milles à l'heure souffla de la baie de Fundy. Des étincelles ct des bardeaux furent emportés à 1,000 verges de distance, et tombèrent sur des maisons isolées qui devinrent aussi la proie des flammes. Comme le feu devenait incontrôlable, les pompiers quittèrent leur poste pour aller protéger leurs propres maisons. L'incendie exerça ses ravages pendant neuf heures et devasta une étendue d'environ 150 acres; les pertes furent évaluées à $1,500,000.
NEW WESTMINSTER, C.B., 1898—Le 10 septem’:-, un incendie éclata dans un entrepôt près de l'eau, où étaient logces 200 tonnes de foin. On supposa qu'une étincelle, échappée d'un des navires amarrés au quai, ou une allumette jetée par un fumeur fut la cause du feu. Poussées par un grand vent, les flammes atteignirent bientôt plusieurs constructions adjacentes avant l'arrivée des pompiers. Les bateaux Edgar, Gladys et Bon-Accord prirent feu et dérivèrent le long des quais. Ils communiquèrent les flammes aux hangars, bâtiments et établissements de conserves, sur une distance de 500 verges. Du quai le feu s'élança vers le quartier des affaires. Le vent soufflait alors en tempête et les flammes étaient littéralement lancées à travers la rue Colombia, large de 99 pieds. Avant l'arrivée du secours de Vancouver, la plus grande partie de la ville était déjà détruite. Pendant la dernière phase de l'incendie, l'eau fit défaut car des valves de commande restèrent ‘rrmées et les pompiers, chassés par le feu, ne purent fermer un certain nombre de hydrautes dont ils s'étaient servis. Les pertes totales furent évaluées à environ 82,000,000:; les assurances s'élevaient à $1,100,000. Les flar “nes dévastèrent une étendue d'environ 75 acres.
OrrAWA-HUuLL, 1900—Le 26 avril, un feu éclata sur le toit d'une petite maison en bois de la ville de Hull. On a dit que la cause fut une étincelle de cheminée. Un vent violent souffait, emportant des bardeaux enflammés, qui tombaient sur les toits d'autres maisons adjacentes. Presque toutes les maisons de Hull étant construite- en bois et couvertes en bardeaux, les flammes se
répandirent rapidement: dans l’espace de deux heures le feu atteignit Ottawa. Comme la vitesse du vent augmentait toujours, le feu se lança en toutes directions; des tisons enflammés furent emportés à plus de 1,000 pieds et tombèrent sur des maisons à Ottawa. Toutes les maisons de Hull, qui se trouvaient sur le passage du feu furent brûlées, sauf une scierie dont le toit était protégée par des arroseurs et un bâtiment en ciment et acier. Les bardeaux entlammés et emportés par le vent furent la cause de l'expansion de l'incendie. Les pompiers de Hull et d'Ottawa furent impuissants pour maîtriser un incendie d’une telle proportion. Ils se contentèrent de le combattre sur les flancs, pour l'empêcher de se propager davantage. On appela les pompiers de Montréal, Toronto, Brockville, Smiths Falls, Peterborough et d’ailleurs. Le feu continua sonœuvre de destruction toute l'après-midi dans Ottawa et Hull; au coucher du soleil il avait dévasté une étendue de trois milles de longueur sur une largeur d’un quart à un demi-mille. Sept personnes y perdirent la vie; quinze mille personnes furent privées de leurs foyers. La superficie brûlée était d'environ 800 acres; les pertes totales furent évaluées à $9,500,000; les assurances n'étaient que de $3,800,0Gu. Un fonds de secours fut ouvert; toutes les parties du Canada, des Etats-Unis et de l'Empire britannique y contribuèrent.
MoNTRÉAL, 1901—Le 23 janvier un feu commença dans les entrepôts et l'établissement de confection de Saxe & Sons, édifice d’une hauteur de quatre étages et demi, à charpente de bois avec plafonds et planchers aussi en bois, escaliers et ascenseurs ouverts. A l’arrivée des pompiers, les flammes dévoraient les étages supérieurs et, en quelques minutes elles traversèrent la rue St. Pierre et atteignirent l’entrepôt de Nelson & Sons, marchands de mercerie, joujoux et balais. Leur entrepôt se composait de deux sections séparées par un faible mur coupe-feu, avec plusieurs ouvertures protégées. La charpente étant en bois, les escaliers et les ascensurs ouverts, le feu dévora tous les effets inflammables du bâtiment en peu de temps. Les flammes atteignirent ensuite les constructions adjacentes donnant sur la rue St. Pierre et la cour Evans. Quand l'établissement Nelson s'écroula, la chute de l'aile du nord qui n'avait pas d'ouvertures protégées, répandit l'intensité de la chaleur jusqu’à l'édifice de la Chambre de Commerce, à 20 pieds de distance. Le tout fut bientôt une masse de flammes qui se propagèrent en toutes directions. Heureusement qu'il ne ventait pas et que le froid n’était pas rigoureux. On ne put arrêter les flammes avant qu'elles n’eussent atteint la rue des Commissaires d’une largeur de 120 pieds. Le feu détruisit une étendue de cinq acres et 30 maisons. Les pertes s'élevèrent à $3,000,000.
SyDNEY, N.E., 1901—Un incendie se déclara le 19 octobre dans un magasin de meubles situé sur la rue Main. L'eau destinée à ce carré avait été fermée pour faire un raccordement avec une autre conduite principale, et la pression était très faible dans les autres conduites, à cause du peu d’eau contenu dans le réservoir. Le magasin, d’une hauteur de trois étages, était une construction en bois avec escaliers ouverts. En quelques minutes les flammes traversèrent la rue et atteignirent les édifices adjacents. On demanda Gu secours à deux villes voisines; le feu fut maîtrisé
après qu'il eut dévasté une étendue de 8 acres et brûlé des propriétés évaluées à plus de 8400,000 protégées par 8235,000 d'assurance, Le service d'eau privé de la Dominion Iron & Steel Co. était relié avec les conduites principales de la ville, mais ne fut utilisé qu'après un long retardement.
OTTAWA, 1903—Le 10 mai, un feu se déclara ‘ans une pile de planche d'une cour à bois, située à l'extrémité sua-ouest du point où s'arrêta l'incendie de 1900, Le vent était fort et une sécheresse régnait depuis quelques semaines. Les planches qui brûlaient c-mmuniquèrent le feu à quelques maisons adjacentes: des tisons enflammés furent emportés de ces habitations à d'autres, et le feu s'étendit graduellement vers le nord-est. L'une des conduites d'eau principales ayant manqué, par suite d'une rupture, quelques minutes après le commencement du feu, et qu'il fallut réparer, fut la cause de l'extension que prit cet incendie. Toutes les maisons, bâties dans 34 carrés couvrant une superficie de 75 acres, furent détruites. La plupart des constructions brûlées étaient des habitations et, bien que la majorité fût en bois, presque tous les toits étaient en métal. Les pertes s'élevèrent à $1,000,000 et les assurances à $4150,000.
ST. HYACINTHE, P.Q., 1903—Un incendie éclata le 20 mai dans une manufacture de chaussures. Le service d’eau était d'une puissance de 3,640,000 gallons par 24 heures. L'établissement s'écroula dans l’espace d'une demi-heure; en ce moment plusieurs autres maisons étaient en feu. Le vent devint plus fort et il fui impossible de maîtriser les flammes. On demanda du secours à Montréal et à d’autres municipalités. Toutes les maisons contenues dans 32 carrés furent consumées, et quelques autres maisons voisines furent aussi endommagées. Il y avait eu sécheresse pendant plusieurs semaines avant l'incendie. Les pertes iurent évaluées à $700,00" et l'assurance ne se montait qu’à $350,000.
TORONTO, 1904—Le feu éclata le 19 avril dans un édifice en brique à quatre étages, occupé par la E. F.S, Currie Co., et servant de manufacture de cravates. Cet édifice avait 35 pieds de largeur et 175 de longueur; l'arrière ayant seulement deux étages de hauteur et la façade quatre. La charpente était en bois, avec escaliers et ascenseurs à découvert. Quelques minutes après le commencement de l'incendie les flammes atieignirent un autre édifice semblable, d'une hautcur de six étages, servant d'entrepôt à des marchandises comprenant des chapeaux, casquettes et fourrures. Cet édifice avait 50 pieds de largeur et 110 de longueur; la superficie du rez-dechaussée était de 5,500 pieds carrés et celle de tous les planchers 33,000 pieds. Le chef des pompiers fut blessé, ce qui demoralisa quelque temps les autres hommes, et les flammes se propagèrent rapidement, atteignirent les édifices adjacents; traversèrent une seconde ruelle de 25 pieds de largeur et attaquèrent un édifice donnant sur la rue Bay. Le vent poussa ensuite le feu jusqu’à l'Esplanade et il ne restait plus rien à consumer. Quatre-vingt-huit maisons furent détruites, toutes en brique ou en charpente de bois, ct d'une hauteur moyenne de quatre étages. Les pertes totales furent évaluées à $10,000,0Cu et celles des compagnies d'assurance
VicroriA, 1904—Le 9 août, un feu commença dans un édifice en bois formant partie des fonderies appelées Albion Iron Works. L'édifice n'avait que 40 pieds de largeur sur 60 de longueur, mais était couvert en bardeaux; il était vieux et sec, et brûla rapidement. Les pompiers protégeaient les propriétés voisines et combatt-ient le feu, lorsqu'ils s'aperçurent que des bardeaux enflammé- de la fonderie étaient emportés, par-dessus les édifices intermédiaires, et tombaient sur des toits de maisons de 200 à 500 verges plus loin. En quelques minutes, un certain nombre brûlaient et plusieurs furent détruites à cette distance, alors que les toits de plusieurs autres furent aussi endommagés.
TRoIS-RIVIÈRES, P.Q., 1908—Le 22 juin, à midi, un feu, dû probablement à des allumettes entre les mains d'enfants, fut découvert dans une écurie en bois en arrière d'un groupe de maisons de commerce. L'écurie brûla rapidement et communiqua le feu à plusieurs maisons adjacentes. Une heure plus tard, poussées par un fort vent, les flammes se répandirent partout et se dirigèrent vers le fleuve en passant par le centre de la ville. Les pompiers de Grand'Mère, Shawinigan, Montréal et Québec aidèrent grandement à empêcher la propagation du feu vers le nord et le sud et à revenir contre le vent sur les habitations situées à l’ouest de la ville. Tout fut détruit sur le passage du feu, mais plusieurs maisons en bois furent épargnées dans le voisinage immédiat de l'incendie, tandis que des maisons en brique ou en pierre furent détruites. La superficie brûlée était de 1500 pieds par environ 1000 pieds, comprenant environ 30 acres. L'eau nécessaire à la ville est puisée dans la rivière St. Maurice, par des pompes d'une puissance de 4,500,000 gallons. La pression ordinaire dans les conduites principales était de 125 livres, mais elle baissa rapidement, lorsque plusieurs boyaux à incendie furent mis en jeu. Il y avait abondance d'eau, et les pompes étaient suffisamment puissantes, mais les conduites principales étaient trop étroites, c: qui empêchait les pompes de la pousser d'un bout à l’autre, pour fournir une pression suffisante où elle était nécessaire. On avait maintes fois fait antérieurement rapport sur la défectuosité du service de distribution d’eau et des appareils d'extinction des feux; mais, en dépit des promesses d'amélioration du système par les autorités municipales, les travaux furent toujours retardés. Comme dans l'intervalle les incendies étaient rares, les améliorations promises furent retardées, et ce qui, comme en 999 cas sur mille, eût été un simple feu d'écurie, devint une véritable conflagration. Les pertes de propriété excédèrent beaucoup $2,000,000, celles des compagnies d'assurance fut de $1,132,400.
FERNIE, C.B., 1908—Des feux de forêts, qui éclatèrent dans la région de la rivière Elk, pendant le mois d'août, détruisirent complètement les villes de Fernie et de Michael, endommagèrent en outre plusieurs autres édifices à Hosmer et Coal Creek. Quatrevingts personnes perdirent la vie et 3,000, privées de leurs fcyers, furent obligées de se réfugier à Cranbrook et les villes voisines. Le feu commença à Coketo et se dirigea vers le nord par la vallée de l'Elk. On a dit que des branches enflammées, de cinq à six pouces de diamètre, furent emportées par le vent à une distance de
ice ks.
ais nt.
plus d'un demi-mille, L'intensité du feu était si forte à Fernie que les maisons en bois brûlaient sans être en contact direct avec les flammes. Les pertes s'élevèrent à $4,000,000. Des secours publics furent envoyés aux sinistrés par des associations et des particuliers de toutes les parties des Etats-Unis et du Canada
CAMPBELLTON, N.B., 1910—Le 11 juillet un incendie éclata au centre de la ville et se propagea rapidement à travers la partie densement habitée jusqu'à midi je lendemain; il s'arrêta seulement lorsqu'il n'y avait plus rien à dévorer. Toute la ville de Campbellton ct la plus grande partie de Richardsville, petit village à un mille de distance, furent détruites. I] ne resta intactes que sept 1naisons de ce qui était une des villes les plus prospères de la province. Parmi les principaux édifices brûlés il y avait sept églises, l'école publique, un bureau de poste bâti en pierre, des hôtels et des magasins. Quatre mille personnes restèrent sans abri et quatre furent victimes du feu. Un témoin occulaire raconte ce qui suit:
“On ne distinguait aucune maison debout, aussi loin que l'œil pouvait voir: les quelques rares constructions qui échappèrent étant situées dans les environs de la ville. La place n'était qu'une masse de ruines. Les habitants se rendaient sur les lieux occupés jadis par leurs loyers, espérant encore retrouver quelques objets qui leur étaien: chers. Aux alentours de la ville, on était témoin de scènes navrantes. Des mères et des pères de famille, leurs enfants groupés autour d'eux, étaient assis par terre. Cà et là, quelques personnes charitables distribuaient des secours aux plus nécussiteux."
La valeur des propriétés détruites s'élevait à environ $2,000,000; les compagnies d'assurance perdirent en cet incendie $1,200,000. On organisa immédiatement un fonds de secours, et les deux gouvernements, fédéral et provincial, fournirent une somme d'argent.
Le Norp D'ONTARIO, 1911—Entre le 9 et le 11 juillet, les villes de Cochrane, South Porcupine, Pottsville et d’autres centres de colonisation furent totalement détruits. Les exploitations minières furent aussi dévastées; des centaines d'hommes, de femmes et d'enfants furent forcés de se réfugier dans les lacs et les cours d'eau, pour échapper aux flammes. On dit que 100 personnes périrent. Plusieur: inconnus se noyèrent dans les lacs en cherchant à se sauver; d’autres furent brûlés dans les bois, trop loin pour échapper; leurs noms resteront à jamais ignorés dans les cendres de ce sinistre. Une estimation modérée évalue les pertes à $1,450,000, dont environ la moitié était protégée pas des assurances.
OTTAWA, 1916—Dans la nuit du 3 février les édifices parlementaires du Canada devinrent la proie du feu, qui commença dans Ja salle de lecture, et dont la cause est restée inconnue. Ces édifices furent érigés de 1859 à 1860. C'était une des plus belles constructions de ce continent: les murs étaient bâtis en grès. On aurait cru que le feu eût été incapable de s'attaquer à de tels matériaux: mais l'intérieur était orné de boiseries qui brûlerent connue des allumettes. Les dépenses de construction se montèrent à plus de $6,000,000.
On découvrit l'origine du feu dans la salle de lecture, mais les flammes se répandirent si vite que rien ne put les arrêter. Quelques
députés se trouvant dans les diverses salles échappèrent même difficilement. Deux dames, en visite chez le Président de la Chambre des Communes s'évanouirent et moururent quelque temps après avoir été sorties de l'édifice. La bibliothèque seule fut épargnée. On attribua la rapidité de la marche du feu à la grande quantité de bois employée à j'intérieur, aux grands espaces sans séparation par des murs coupe-feu et au passage libre des flammes par les nombreux corridors sans protection. Les pertes furent évaluées à $3,500,000, sans aucune assurance,
Le NorD D'ONTAR1&O, 1916—Des feux de forêts plus désastreux que ceux de 1911 dévastèrent de grandes étendues au nord du pays. La saison ayant été exceptionnelleinent sèche, les forêts de conifères resscmblaient à des boîtes d'allumettes, et n'attendaient qu'une étincelle pour produire un immense brasier. Plusieurs feux locaux avaient déjà causé des dégâts, mais, vers la fin de juillet, beaucoup de ces incendies isolés se joignirent et formèrent un vaste foyer incontrôlable, détruisant villes et villages sur son passage. Toutes les terreurs de la conflagration de 1911 se répétèrent et le nombre des personnes qui périrent atteignit 243. Le Commissaire des incendies d'Ontario évalua les pertes à 82,134,349, et les assurances réclamées s'élevèrent à $1,045,585. Des secours arrivèrent de toutes les parties du pays, et le gouvernement provincial porta assistance aux sinistrés, à même les fonds destinés à cette fin.
Contrairement aux rapports généraux, le feu qui détruisit la plus grande partie de Cochrane ne fut pas occasionné par l'incendie qui ravagea une si rande étendue de la région voisine. Il prit naissance dans une sorte de tourbière située à proximité de la jonction e la ligne de Glackmeyer et Lamarche avec la seconde avenue. Le premier feu se dirigea vers le nord sur un parcours d'environ 600 pieds. Grâce aux pompiers et à l'aide de quelques personnes de la ville, il était virtuellement arrêté et presque éteint, lorsqu'un deuxième éclata dans une autre tourbière entre la cinquième rue et la sixième. Tous les boyaux à incendie et les hommes disponibles furent dirigés vers le nouveau feu, qui semblait être maît ‘ ” lorsqu'un vent violent s'éleva et enflamma les tisons à moitié étei. Les hommes à l'œuvre furent obligés de retraiter et les flammes atteignirent le moulin à planer, d'où les étincelles, emportées à travers la voie ferrée, tombèrent sur la ville. Le quartier du commerce comptant 24 maisons, et la planerie furent détruits.
Bien qu'il importe d'adopter des ordonnances à l'effet de protéger les maisons en ces villes du nord, telles que Cochrane, il faut aussi que des moyens soient pris pour prévenir de telles conflagrations. L'inspecteur des assureurs qui visita la région, à la suite du désastre, écrit ce qui suit:
“Je suis entré dans la tourbière À l'endroit d'où partit le feu. Je me suis aperçu que la surface seulement avait brûlé, sauf quelques endroits plus profonds. Si la sécheresse revient, il est fort possible que de pareilles catastrophes se répéteront.” Le moyen d'empêchei le feu d’éclater dans une tourbière serait
de labourer le tout et d'y semer du trèfle ou de l'herbe. On peut se rendre compte que le feu avait fait ie tour des champs cultivés, s ans y toucher.