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schilisalc, Destinées de la vie, que nous avons déjà cités, et le Schwanengesang , Chant du cygne. Toute l'activité, toutes les infortunes d'une vie séculaire n'avaient pu user ni aigrir une âme où Dieu s'était plu à unir tant de vigueur à tant de tendresse. Ces écrits d'un vieillard, prêt à mourir, ne sont pas l'expression chagrine d'un cœur désabusé et meurtri, qui a goûté de la vie toutes les amertumes, et perdu toutes les illusions. Assis, voisin de la tombe, aux mêmes lieux témoins de ses premières tentatives, il embrasse d'un même regard les deux extrémités de sa longue carrière, non pour se plaindre, mais pour se juger. Tous ses essais anéantis, toutes ses fondations ruinées; l'ingratitude, l'aveugle opposition, tant et si douloureuses épreuves ont brisé son âme sans l'irriter. A ce moment. suprême où le temps va disparaître et l'éternité commencer, il contemple le ciel avec espoir, la terre avec confiance; car il sait, il croit se survivre, non par ses institutions, mortes avant lui, mais par ses impérissables idées: le Lebenschiksale, le Schwanengesang et le Discours de 4818, sont comme l'adieu de Pestalozzi à l'humanité, Yexegi monumentum, le testament de ses pensées. « Je crois pouvoir affirmer, » dit-il1, que le siècle, au début duquel nos recherches » pédagogiques ont commencé, verra encore à sa fin la » continuation non interrompue de nos desseins dans » les mains d'hommes qui devront aux forces réunies » de notre maison leurs vues et leurs moyens. J'ai une » foi inébranlable à la durée de mes essais, et suis » maintenant tranquille en regard de toutes les circon- » stances qui ont retardé leurs résultats, détourné leur
1 Rede an mein Hanss.
» marche, et inspiré souvent à moi-même des doutes » sur leur but » Sa foi ne le trompait pas. Les discordes mêmes, qui amenèrent la ruine de sa maison, avaient, en dispersant ses collaborateurs dans toutes les parties de l'Europe, propagé ses doctrines. Il semblait prévoir que, méconnu pendant sa vie, il serait glorifié après sa mort; qu'un jour viendrait où ses élèves réunis prendraient ses idées pour symbole, et son nom pour drapeau.
Écoutons-le encore : « Je suis toujours resté en
» deçà de mon but, et les obstacles humains m'ont » contrarié ; mais dans quelle grande entreprise n'en est- >■> il pas de même ? Dieu veut que la pensée d'un homme » devienne la pensée de cent, pour qu'elle soit une force
>•> avant de réussir.. Dieu et ma bénédiction soient
» avec celui qui ira plus avant que moi dans mes idées » de prédilection. » Puis il s'écrie à plusieurs reprises: « Ma conviction est maintenant parfaite ! [Meine Ueber- » zeugung ist ietzt vollkommen /) » Heureuse, glorieuse la vie qui débute par ce cri du cœur : Non, non, l'anoblissement du peuple n'est pas un rêve ! se consume à la recherche laborieuse de ce but sublime, et peut se terminer par cette affirmation de l'intelligence : Ma conviction est maintenant complète !
Quelques discours à des sociétés savantes, dont il était membre, quelques visites à des écoles de son pays, sont les derniers actes de la vie de Pestalozzi. Au commencement de 1827, il tomba malade. Le 15 février, on le transporta à Brugg, pour qu'il fût près du médecin. Il possédait encore toute la plénitude de sa raison, et la bonté de son cœur. » Je pardonne à mes ennemis, dit-
» il1, puissent-ils trouver la paix, au moment où je » gagne la paix éternelle. J'aurais vécu volontiers encore » quelques mois pour mes derniers travaux; mais je » remercie cependant la Providence, qui me retire de
» cette vie terrestre » Le 17, il mourut, sans que rien
troublât la sérénité de ses derniers moments.
Le J9, quelques enfants, peu d'amis suivirent ses simples funérailles ; on eut la pieuse pensée de préparer sa tombe près d'une école qu'il avait commencé de faire construire, au village de Birr, sans avoir le temps de l'achever. On ne pouvait donner à ses dépouilles un voisinage plus conforme à ses prédilections.
Telle fut la vie de cet homme illustre et excellent; la raconter, c'est la louer, et je ne trouverais à ajouter de plus grands éloges ni convenance ni utilité. Qui pourrait lui contester les titres inscrits sur son monument par ses compatriotes : Sauveur des pauvres, père des orphelins, fondateur des nouvelles écoles du peuple, homme, chrétien, citoyen, tout pour les autres, pour lui-même rien ? Il nous reste, seulement à apprécier, en jugeant ses doctrines et ses méthodes, s'il faut joindre le nom <¥ instituteur de Vhumanitè à cette litanie glorieuse et méritée de la reconnaissance nationale.