Emile, p. 7, édition Didot
capitale, tout à l'avantage de Pestalozzi. L'éducation des hommes, ou l'éducation proprement dite, n'est, selon Rousseau, que « l'usage qu'on nous apprend à faire du développement interne de nos facultés et de nos organes. » Or, pour qu'on nous apprenne cet usage, il faut qu'il y ait déjà un certain développement de ces facultés et de ces organes; par conséquent, l'éducation des hommes ne vient que tard, ultérieurement. Et en effet, Rousseau dit encore : « La première éducation doit être
» purement négative En commençant par ne rien
» faire, vous aurez un prodige d'éducation Si vous
» pouviez amener votre élève sain et robuste à l'âge de » douze ans, sans qu'il sut distinguer sa droite de sa » gauche, dès vos premières leçons les yeux de son en-
» tendement s'ouvriraient à la raison i » Ainsi le
corps naît à neuf mois, la raison à douze ans ! Non, non, elle se développe peu à peu ; que l'éducation la suive, et soit progressive, non négative; l'homme naît tout entier! C'est l'opinion plus juste, seule juste, de Pestalozzi. A. quel âge l'enfant commence-t-il à apprendre, se demande-t-il? Aussitôt qu'il est né2. Mais l'enfant apprend sans comprendre; donc il faut rien lui apprendre, dit Rousseau ; — donc il faut lui apprendre seulement ce qu'il peut comprendre, pense Pestalozzi, et tâcher que ces premières notions le conduisent aux notions ultérieures. Laisser son intelligence vide sous prétexte de la fortifier; l'asservir aux lettres, aux alphabets, aux leçons hâtives, l'écraser sous prétexte de l'éclairer: erreur, folie, faute de deux parts.