Wie Gcrtrud, 4e lettre in fine
À côté de ce mérite, il en est un plus grand encore peut-être, mais que Pestalozzi partage avec Rousseau, avec Montaigne, avec presque tous les hommes supérieurs qui ont traité de l'éducation. « L'homme, dit-il, est élevé par Vart et par la volonté. » Ainsi donc, non seulement l'homme reçoit l'instruction, mais il se développe librement; non seulement il est intelligent, mai£ il est perfectible; non seulement, comme dit excellemment Montaigne, son esprit doit être meublé, .mais il doit être forgé. Misérable est la méthode, trop pratiquée, qui charge la mémoire de l'enfant, sans développer son activité intellectuelle; sans le fortifier par des exercices, l'accable de préceptes: sans éveiller ses idées, lui prodigue les mots; sans augmenter ses forces, multiplie ses dégoûts; misérable, parce qu'elle relève d'une doctrine philosophique, qui, envisageant l'entendement comme un vase vide et une capacité creuse, détruit à la fois la légitimité de nos facultés, la réalité de nos connaissances, l'autorité de notre raison à se laisser conduire, à chercher la vérité hors de soi.
Prenons garde cependant. Il ne faut pas non plus se jeter d'un extrême dans l'autre; le milieu est difficile à tenir dans la vérité. Pestalozzi est tellement pénétré de la perfectibilité spontanée de l'homme, que toute la science de l'éducation, selon lui, consiste à la seconder. Il revient sans cesse sur l'assimilation du développement intellectuel de l'homme avec la croissance végétale de la plante, et c'est à peine s'il indique que l'homme étant libre, est à la fois la plante et le cultivateur. <( L'éducateur, dit-il, ne donne à l'homme aucune force; » il a soin seulement que rien n'empêche le développe- » ment des forces naturelles. » Sans doute, il est plus
important de donner de Yintensité aux forces de l'esprit, que de Y extension à ses connaissances, selon ses exprèssions ; mais il faut bien que l'esprit reçoive aussi quelques notions ; il ne peut les produire toutes par sa spontanéité, à l'âge de l'enfant, ni, je crois, même plus tard. On doit reconnaître tous les mérites de la méthode, que l'on a appelée socratique; pourtant, il est impossible de croire qu'on puisse faire utilement une question à un enfant, sans lui avoir préalablement donné non point la réponse même, mais des notions qui lui servent à la former. Aussi Pestalozzi me semble-t-il exagérer beaucoup, lorsqu'il s'écrie : « Ce que je suis, ce que je veux, ce que je dois être, vient de moi; comment mes connaissances n'en viendraient-elles pas aussi 1 ? »
Pour résumer sur ce point, Pestalozzi a raison de croire que l'esprit doit à la fois être forgé et meublé. Il a tort de réduire l'éducation au premier de ces deux éléments du développement intellectuel, tl ne voit dans l'homme qu'une seule chose, sa perfectibilité; or ce point de vue est juste, mais incomplet. C'est ici le lieu d'exposer, malgré ma répugnance, quelques idées personnelles, non pour la périlleuse prétention de produire des conceptions que je crois supérieures à celles que je juge, mais tout autant qu'il le faut pour apprécier convenablement celles-ci; car juger, c'est comparer : il faut bien que j'indique mon point de comparaison.
L'éducation nous vient de la nature, de la société, de la religion. De la nature, en tant qu'être 'perfectible; de la société, en tant qu'être essentiellement social; de la religion, en tant qu'être déchu. Ce mot est dur; je le