Wie Gertrud, etc
crois nécessaire, philosophique, rigoureusement vrai.
L'homme est perfectible; car il est intelligence, et les idées qui la composent ont leur type comme leur développement dans l'infini; car il est amour, et le bonheur et la perfection qu'il cherche sans cesse en s'en rapprochant toujours, sont sans limites; car il est volonté, et cette intelligence et cet amour sont les mobiles supérieurs qui le déterminent librement. Intelligence, amour, volonté, c'est toute son âme, telle que Dieu la créa à sa ressemblance; intelligence pour le connaître, amour pour l'adorer, volonté pour le servir. L'âme n'est pas qu'une faculté passive, qu'une capacité ouverte; c'est une substance active, réelle, dont les idées générales sont l'essence et l'instrument. L'âme, les idées qui la constituent, sont pour l'homme la base de tout développement, le fonds de toute connaissance. La conscience de ces idées doit être sans doute développée. Mais, si obscure qu'elle soit, ce n'est qu'à leur aide que l'homme comprend l'enseignement de la société, l'enseignement de la religion, dont la transmission extérieure lui est nécessaire.
Ce n'est pas que l'homme ne soit intérieurement et par nature un être religieux. Créé par Dieu, dépendant fatalement par son corps, dont la vie n'est autre chose que la continuité de l'action créatrice, dépendant, mais librement, par sa raison, son cœur et sa volonté, qui trouvent dans leur surbordination à Dieu leur grandeur et leur force, l'homme s'élève naturellement jusqu'à la religion qu'il doit à son auteur. Mais la conservation de ces rapports sublimes exige une perfection relative qu'il n'a plus, et qu'il ne dépendrait pas de lui de reconquérir sans l'intervention même de Dieu par une religion posi-
iive, avant laquelle il avait complètement perdu la notion même de toute vérité religieuse. Parler ainsi, ce n'est pas seulement parler avec l'Ecriture, c'est parler avec l'histoire, parler avec la philosophie.
Sans doute, la perfectibilité implique bien l'imperfection, et l'aptitude de la volonté à choisir librement le bien ou à ne le choisir pas; mais la perfectibilité n'explique pas l'état violent de l'âme, l'existence trop réelle des mauvais penchants natifs par lesquels l'intelligence obscurcie et inclinée à l'ignorance, la puissance d'aimer au désordre, la volonté affaiblie au mal, et la perfectibilité humaine entravée dans son développement. Réparer ce désordre, restituer à l'intelligence, à la volonté, au cœur, qui composent l'essence de l'âme, leurs forces, leur direction bonne, c'est la mission, voulue de Dieu, opérée par Dieu, de la religion; elle rend l'homme capable de toutes les perfections pour lesquelles il était naturellement créé, et peut-être déplus grandes encore.
Mais la perfectibilité de l'homme ne peut le rendre apte à découvrir seul, ni la religion n'est destinée à lui révéler, toutes les connaissances dont il a plu à Dieu de composer l'immense part de l'humanité dans la jouissance de la vérité. L'homme est social; sans la société, il ne peut ni se perpétuer, ni se suffire, ni s'instruire. La société a reçu le dépôt impérissable de toutes les vérités acquises par le travail et le génie des autres hommes pendant le cours des siècles, et la transmission du seul instrument pour les connaître, le langage; la tradition est la commune mémoire de l'humanité. C'est la société qui compose, enseigne, perpétue cette science de l'histoire, lien du passé avec le présent, qui rapprochant les temps, les espaces et les peuples, est, d'âge
en âge, l'archive et la leçon du monde1. La société possède, sait plus que l'individu; elle ne périt pas, elle conserve, elle amasse; l'individu, pendant sa courte vie, a à recevoir d'elle les connaissances acquises, propriété, et si je puis dire, héritage du genre humain dont il est membre, et l'instrument de toute connaissance, le langage. Il ne se donne pas d'ailleurs sa position dans telle ou telle division des races de la terre ; et c'est dans cette position que dépendent ces circonstances, ces relations d'hommes, de lieux, de temps, de choses, dont les influences combinées agissent si fortement sur la vie, sans que jamais d'ailleurs une de ces influences domine fatalement cette puissance magnifique de l'homme, fonds de sa conscience, source de sa responsabilité, noblesse de sa nature, puissance envers laquelle, pour ainsi parler, Dieu a voulu avoir des égards su-
! blimes, en un mot, sa liberté !
Sa perfectibilité naturelle à développer, la tradition
: sociale à recevoir, sa corruption originelle à réparer, voilà toute l'éducation de l'homme, et cette éducation commence avec la vie et finit avec. Tout système d'éducation qui n'embrasse pas ces trois éléments est incomplet, à moins d'être inconséquent.
Je ne puis ni développer, ni démontrer plus longuement. Mon devoir était seulement d'indiquer en quoi mon point de vue différait, soit de celui de Rousseau, soit surtout de celui de Pestalozzi. Les conséquences de ces différences se présenteront d'elles-mêmes. Pour Rousseau, on sait ce qu'il pense de l'élément religieux; on a
1. Die Weltgeschichte ist dos Weltgericht, dit bien plus forte ment Schiller.
retenu ces paroles:... « Il n'y a pas de persévérité origi- » nelle dans le cœur humain. Il ne s'y trouve pas un » seul vice dont on ne puisse dire comment et par où il » y est entré1. » Quant à Pestalozzi, nous verrons avec soin le rôle qu'il donne à la religion ; remarquons, dès à présent, qu'il semble admettre, au moins par quelques phrases assez embarrassées, la réalité de la déchéance humaine. « La nature essentielle de l'homme, dit-il2, » lui-même dans le vice originel de son être intime, » dans sa chair et son sang, lui-même dans l'en- » tourage du monde, qui est devant lui et agit sur lui, » non comme homogène avec son esprit et son cœur, » mais avec sa chair et son sang, — est pour lui et pour » sa substance humano divine, précisément ce que sont » la terre durcie, le rocher, la pierre, le sable brûlant » et la boue qui nuisent à l'arbre,... sauf la liberté d'é- » carter ces obstacles... » Je demande grâce pour ce français, qui n'est que la traduction mot à mot de l'allemand, et d'un allemand fort obscur. Pestalozzi semble reconnaître le principe ; mais il sera facile de voir qu'il ne lui donne pas toutes les conséquences que nous y croyons contenues.
Il n'accorde pas non plus, au moins en théorie, comme : nous l'avons démontré, assez d'importance à la mesure de ce que reçoit l'individu par l'enseignement de la société. En pratique, cependant, il est bien forcé d'y avoir égard, de meubler l'esprit de son élève en même temps que de le forger, et de commencer par confier à sa mémoire le langage, qu'à coup sûr sa raison ne comprend pas encore3.