Hede an mein Haus
2, Ibid.
cultiver le cœur, sans avoir étudié ses tendances, ses faiblesses ? Comment guider vers la perfection, but final de l'éducation et de la vie, sans avoir une idée de la perfection ? Toute opinion sur ce que doit être l'homme suppose une opinion sur ce qu'il est. Erreur de croire que sans la philosophie, j'entends la saine philosophie, on n'arrive à rien. Un bon traité d'éducation doit donc commencer par des principes certains de philosophie, Or, Pestalozzi n'est pas philosophe, comme il l'avoue simplement1. Pius sincèrement que Rousseau, portant en lui l'amour de la vérité, pour seule philosophie, et pouvant promettre, sinon la certitude, du moins la bonne foi, il procède par tâtonnements et par cet empirisme, « méthode de toute ma vie, » dit-il.
Quel est le but de l'instruction? Il répond : acquérir des connaissances et des perfections (Kenntnisse und Fertigkeiten). Mais à la manière dont il commente à plusieurs reprises ces mots, il vaut mieux traduire : des connaissances parfaites ; car il n'a pas en vue les perfections morales, et toute sa méthode est avant tout une méthode d'instruction.
Acquérir des connaissances étant le but de l'instruction, quel est le procédé par lequel l'esprit connaît? Question capitale, base de tout le système. Son importance est grandie encore par une erreur de Pestalozzi. 11 pensait que l'esprit se développe comme le corps par une suite d'accroissements parfaitement continus, et qu'on peut lui présenter les connaissances dans un ordre tel qu'il les acquière par une série de progrès
successifs, qui s'engendrent sans interrompre ni se contrarier jamais.
Dans la narration qu'il nous a laissée lui-même de sa vie, il raconte qu'un certain M. Glayre lui dit un jour : « Vous voulez donc mécaniser l'éducation. » Pestalozzi ne comprenait pas encore bien le français ; il croit que ce mot signifie : ordonner méthodiquement l'éducation. L'ironie est pour lui un éloge, une révélation ; dès lors il cherche un système normal d'éducation, une série de ; principes et d'exercices qui, prenant l'homme à sa naissance, suivant son développement, aidant sa nature, élèvent son être tout entier par un enchaînement sans discontinuité au plus haut degré de perfection et de science qu'il puisse atteindre. De déductions en déductions, d'analyses en analyses, il reconnaît et il proclame comme premier principe de nos connaissances Y intuition {Anschauung), et il formule ces bases :
Tous les objets sont connus par l'esprit au moyen de ; l'intuition (Anschauung).
L'esprit s'élève à cette connaissance par degré, débutant par des intuitions vagues, puis passant à des intuitions déterminées, de là à des images claires, enfin à des notions précises (von dunkeln Anschauungen zu bestimmten von bestimmten Anschauungen zu klaren Vorstellungen, und von klaren Vorstellungen zu deut lichen Begriffen).
Sans cesse, il revient à ces idées; ce sont pour lui des lois, et comme la genèse des connaissances humaines.
L'intuition! Ce mot doit nous arrêter; c'est la grande découverte de Pestalozzi, selon lui-même et selon ses disciples. « Si je me demande : Qu'ai-je fait qui me » soit propre pour les bases fondamentales de l'ensei-
» gnement humain 1 Je me réponds : J'ai établi le prin-
» cipe dominant et supérieur de l'enseignement , en
» proclamant l'intuition comme base absolue de toute
» connaissance1. »
L'intuition ! On répète ce mot, on le prodigue, on l'admire; le comprend-on? Dans ce point d'interrogation, qu'on veuille bien voir .l'humilité d'un aveu nécessaire, plutôt que l'impertinence d'une question oiseuse. Je l'avoue, je comprends mal ce que Pestalozzi et ses disciples entendent par le principe d'intuition ; un Allemand dirait que l'esprit d'un Français ne peut pénétrer la profondeur de ce mot ; on aurait à lui répondre que l'esprit d'un Français ne saurait en supporter l'obscurité.
Intuition, au sens étymologique, est vue, perception visuelle.
Il se prend quelquefois, dans notre langue, au figuré, pour cet instinct supérieur d'une intelligence élevée, cette pénétration prompte et sûre qui la met en possession d'une vérité, sans la chercher longtemps, la lui faisant contempler tout d'un coup, comme face à face, sans effort, sans hésitation; c'est la première vue du génie. Un grand homme connaît d'intuition une vérité qui ne lui est pas familière, et son intuition ne le trompe pas. Les peuples ont aussi de ces intuitions.
Dans une acception tout opposée, ce mot caractérise cette sagacité d'un esprit ignorant, mais droit, qui le fait penser juste, par un bonheur d'invention souvent infaillible : merveilleuse faculté des femmes. L'homme s'épuise à chercher des vérités, et surtout a déguiser