‹ PestalozziChapitre 27 sur 50 · Reden cui die deutsche Nation · texte numérisé non relu

Reden cui die deutsche Nation

00 PESTALOfcZI

» connu, qu'on ail un nom pour le désigner, ou qu on

)- n'en ait pas » Ces principes excellents, ce sont

les principes mômes de Pestalozzi, nous ne l'avons que trop répété. Comprend-on, qu'en pratique, il réduise l'intuition des objets à la connaissance des substantifs, celle des qualités à la connaissance des adjectifs?

Et Terreur devient bien plus saillante, bien plus considérable encore, quand il s'agit d'apprendre aux enfants, non plus seulement des mots, mais des idées, des définitions! Nul n'est plus irrité que Pestalozzi « contre ces

» grammaires de phrases et de mots , contre ces

» maîtres qui, jouant le rôle des souffleurs de théâtre, » l'ont de leurs élèves de petits comédiens. ..., contre » ce caquetage et cette science de perroquets...., contre » toutes ces recettes de charlatans, » fléaux de l'éducation, et, par suite, corrupteurs de l'esprit, corrupteurs de la société. Et toutes ces saintes colères, toute cette explosion de sincère indignation, contre qui se tournentelles; faut-il le dire? contre ses propres enseignements.

Les objets, les idées sont indépendants du langage; sans doute le langage nous est nécessaire pour communiquer nos pensées, bien plus, pour nous les représenter à nous-mêmes; et je ne saurais admettre la chimère de l'invention du langage par l'homme; également incapable de parler sans penser, de penser. sans parler, de parler sans société, d'être en société sans parler, il a. été créé pensant, parlant, social. Mais le langage n'est toujours que le signe, modifiable, enseigné, et parfaitement indépendant de la chose ou de l'idée signifiée. Rattacher à l'enseignement du langage d'autres enseignements, c'est une idée heureuse et louable; dingénieuses applications ont été faites pour unir à cette pre-

METHODE \)i

mière étude les éléments de l'éducation professionnelle1, et, avec une portée bien plus haute, l'éducation religieuse et morale. Mais c'est une erreur, c'est une impossibilité, de relier à cette connaissance du langage toutes les autres connaissances. Pestalozzi tombe dans la même méprise où tombe l'illustre auteur de la Philosophie du Langage, M. de Bonald, lorsqu'il inscrit en tête de son Essai sur Vorigine des connaissances humaines, ce mot de Fontenelle : « Toute vérité nommée est une vérité connue. » Et cependant c'est le même Pestalozzi qui a écrit ce grand principe déjà cité : Il faut que l'enfant apprenne à penser en pensant, et non seulement par la connaissance de ce qui est pensé !

Cette méprise a de graves conséquences; en voulez vous la preuve? M. Ramsauer nous fait assister à une leçon ; ce n'est plus un critique qui parle, c'est un témoin :

« Ce que nous avions de meilleur étaient les excr- » cices de langage, du moins ceux que Pestalozzi nous » faisait faire devant les tapisseries de la classe, et qui » étaient de vrais exercices d'intuition. Ces tapisseries » étaient très vieilles, toutes déchirées; nous devions » quelquefois rester deux ou trois heures devant elles, » les considérer l'une après l'autre et rassembler en » grand détail tout ce que nous apercevions de leurs fi- » gures et de leurs trous, la forme, le nombre, la situa- » tion, la couleur. Il nons demandait alors: Garçons » (jamais il ne nommait les petites filles), que vo\ez- » vous ?

» — Un trou dans la toile: ce trou est une fente

î. Par exemple, les livres de M. Fautes.

» — Bien; dites après moi :

» Je vois un trou dans le tapis;

w Je vois un long trou dans le tapis ;

» Derrière le trou, je vois le mur;

» Derrière le long et étroit trou, je vois le mur, etc.

» Peu convenables étaient les exercices qu'il tirait, » d'autres t'ois, de l'histoire naturelle, pendant que nous » devions dessiner les objets. 11 disait :

» Amphibies. — Rampants amphibies. — GJissants » amphibies.

» Singes [Ajfeh). — Singes à queue, — singes sans » queue, etc.

» Nous ne comprenions pas un mot ; il parlait en

» chantonnant, vite, confusément.... Nous répétions, >■> mais il ne nous attendait pas et continuait toujours.... » Ce qu'il disait avant nous était écrit sur un grand car- » ton, et toute notre répétition se bornait, en majeure » partie, à redire après lui la fin de la phrase, en, en, » ou le dernier mot, affen, affen. De demandes et de » réponses, il n'était jamais question.... Cela durait de

» huit à onze heures A onze heures, nous entendions

» les autres enfants jouer dehors, et nous le quittions

» brusquement, sans permission, ni adieu » C'est

en parlant d'une telle étude que Pestalozzi s'écrie ; « Le. don du langage est une grande chose. Il donne à » l'enfant, en un moment, ce que la nature a employé » des siècles à donner à l'homme »

A côté de ces exercices du langage, il est vrai, les élèves de Pestalozzi recevaient des leçons de forme et de nombre, qui, autant que je suis capable de les juger, me paraissent excellentes. Mais est-ce que toute la science humaine se compose de la langue, écrite et parlée, de

l'arithmétique et de la géométrie? Il y a, ce me semble, sous cette erreur, comme sous tout défaut, en pratique, une erreur grave de théorie. Pestalozzi n'a bien connu ni l'origine, ni la nature de nos idées. S'il s'était élevé, s'il s'était inspiré à cette grande philosophie spiritualisle dont les plus hauts génies du monde, depuis Platon jusqu'à Bossuet, ont perpétué la doctrine et grandi la certitude, il aurait reconnu cette distinction sublime dans sa simplicité, entrevue surtout par Malebranche: Les idées générales qui constituent notre âme, se. divisent en idées de grandeur et en idées de perfection; les premières, sources des sciences de quantité; les secondes, sources des sciences morales, réunies par l'idée de l'être, ou de l'un, essence de notre âme, où elles réalisent, si l'on ose dire, la présence réelle et ininterrompue de Dieu même. Pestalozzi ne tient compte que des secondes ; de là toute son erreur. Et comme le résultat est, ainsi qu'on parle aujourd'hui, adéquat au principe, qu'enseigne-t-il à ses élèves, outre les nombres et les formes? des mots; que savent-ils? des mots. Si, à celui qui lirait les exercices de langage, on demandait, comme Polonius : Seigneur, que lisez-vous donc? il pourrait répondre comme Hamlet : des mots, des mots, des mots : words, icords, words.

Est-ce donc si peu de chose que des mots? C'est déjà un résultat inestimable que d'avoir donné à l'enfant une connaissance très avancée du langage, et on ne peut trop insister sur ce bienfait de la méthode de Pestalozzi. Les grammairiens, en enseignant les enfants, supposent toujours une chose, c'est qu'ils savent parler, c'est qu'ils savent la valeur des mots. Les grammairiens ont raison, car on ne peut apprendre la grammaire sans cette con-

naissance antécédente ; mais ils *se condamnent en même temps, car, cette connaissance, ils négligent toujours de la donner aux enfants.

Si avec les méthodes de Pestalozzi on ne peut faire que de bons calculateurs, de bons géomètres, et des enfants sachant bien leur langue, il n'en faut pas conclure qu'on n'apprît pas autre chose dans ses établissements. Des hommes supérieurs en sont sortis; or, la valeur d'un homme n'est pas le résultat seulement de ses qualités naturelles, et l'éducation qu'il a reçue est toujours une des causes de ce qu'il devient; aux fruits, on ne reconnaît pas seulement l'arbre, mais le terrain.

L'histoire, la littérature, toutes les branches des connaissances humaines étaient enseignées à Yverdun par les hommes les plus distingués. Chacun, il est vrai, comme nous l'apprend M. Ramsauer, suivait sa méthode personnelle; c'était une Babel1 qui devait, hélas! se terminer aussi par la discorde et la confusion. Plusieurs de ces méthodes mériteraient d'être examinées à part; mais nous n'avons qu'à apprécier les idées de Pestalozzi lui-même. Pour ce qui regarde Yinstrucùion, notre tâche est finie. Il nous reste à exposer enfin ce que ce grand homme a pensé, voulu et fait au sujet de X éducation proprement dite, de l'éducation religieuse, morale, avant tout.

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