I. Phrase prise pour épigraphe de son livre, par Mme Necker
de Saussure.
qualité de l'esprit. Se rendre bien compte de ce qu'on sait, habitue à peser et à régler sa conduite; ne pas se contenter de connaissances imparfaites, mène naturellement à juger sévèrement ses actions. Ce résultat frappa madame de Staël, lorsqu'elle visita Yverdun.
Toutefois, l'instruction est plus spécialement l'apprentissage de la science ; l'éducation est l'apprentissage de la vie; l'instruction développe et enrichit l'intelligence ; l'éducation dirige et fortifie le cœur ; l'instruction forme le talent; l'éducation forme le caractère1. La mission de l'éducation est la plus élevée, son art le plus difficile.
« Peut-être, dit Locke, à peine y a-t-il deux enfants » qui puissent être conduits par une même méthode, » à prendre la chose dans la dernière précision2. » Aussi tout traité d'éducation est nécessairement incomplet; en vain on y accumule les observations, les faits, les préceptes, comme l'a fait Rousseau, avec un talent d'analyse véritablement prodigieux; l'attention merveilleuse d'un homme est impuissante à saisir l'infinie diversité de la création ; l'intelligence a besoin, la nature a horreur des classifications. On peut du moins tirer de tous les ouvrages sur l'éducation cette conclusion générale, que toute sa valeur et tout son succès dépendent principalement de la personne de l'éducateur. Une remarque, facile encore, c'est que les meilleurs livres en ce genre ont pour auteurs des femmes ou des hommes
1. Il est bien entendu que l'instruction et l'éducation durent toute la vie ; mais il est question de celles que l'enfant reçoit, non de celles que l'homme acquiert,