Éducation des Enfants
illustres par le cœur, comme Fénelon. Et cela seul suffirait à témoigner que le grand secret de l'éducation proprement dite, c'est l'amour de l'enfant, comme à conclure qu'il est une éducation impossible à égaler ou à remplacer, une éducation parfaite et voulue de Dieu, l'éducation par la famille et dans la famille par la mère.
Ce principe est pour Pestalozzi non pas seulement le grand principe de l'éducation, mais toute l'éducation. '
Il est bien peu d'hommes que le souvenir pieux de leur mère n'ait conduit invinciblement aux mêmes conclusions. Qui ne connaît ces belles paroles de M. de Maistre : « C'est à notre sexe qu'il appartient de former y> des géomètres, des tacticiens, des chimistes, etc. ; » mais ce qu'on appelle l'homme, c'est-à-dire l'homme » moral, s'il n'a pas été formé sur les genoux de sa » mère, ce sera toujours un grand malheur. » Les bons maîtres font les bons écoliers; il n'y a que les mères qui fassent les hommes, écrit M. Aimé Martin. Rousseau ne donne pas aux mères leur rôle véritable dans l'éducation, parce qu'il ne connut pas la sienne. Et cependant, celui-là même qui ne prononça jamais ce nom si doux : ma mère, celui-là même apprend ce qu'il a perdu par ce qui lui manque, compose de toutes les vertus et de tous les charmes qu'il rencontre comme un idéal de sa mère, obéit à son souvenir, imagine sa présence, et lorsqu'au fond de son âme, il écoute sa propre conscience, c'est sous la voix de sa mère qu'elle lui parle et qu'il l'entend
Pestalozzi, pour concevoir ce principe, n'avait qu'à se rappeler sa bonne et pieuse mère. Sa gloire, c'est d'avoir compris que c'était surtout la mère du pauvre, le foyer domestique du peuple, comme il le dit sans cesse, die
Wohnshibc, qu'il était nécessaire et possible de régénérer.
« Le foyer domestique du peuple, écrit-il, je ne dis » pas le foyer domestique de la canaille, la canaille n'a » pas de famille. — Le foyer domestique du peuple est » le point central où tout ce qu'il y a de divin dans les » forces de formation de la nature humaine se réunit1...»
« Le seul terrain solide sur lequel nous devons cher- » cher à établir l'éducation du peuple, la culture natio- » nale, le bien-être des pauvres, est le cœur du père et » de la mère, qui, par l'innocence, la force, la vérité, » le désintéressement de leur amour, allument dans le » cœur de leurs enfants la croyance à l'amour : ainsi » toutes les forces réunies du corps et de l'âme des en- » fants se soumettent à l'obéissance par amour, à » l'action par obéissance2 »
Dans la famille du peuple, la figure dominante c'est la femme, c'est la mère; tout dépend de sa vertu et finit par se modeler sur elle. Au mari, le travail et les gains du ménage ; à la femme, les soins et la direction intérieure ; le mari gagne, la femme épargne; le mari nourrit les enfants ; la femme seule les élève; le mari est le chef de la famille, la femme en est le lien ; le mari en est l'honneur, la femme la bénédiction; moins inférieure, plus nécessaire au mari, elle exerce sur son cœur, ses décisions, l'avenir de leurs enfants, une influence heureuse, moins partagée peut-être, et plus complète que la mère de famille, au foyer du riche.
Le Christianisme, auquel la femme doit sa régénération, nous présente l'auguste et incomparable modèle