Rede an die deulsche nation
2. M. Blochmann, qui a fondé un remarquable établissement à Dresde.
3. Nous ferons observer, une fois pour toutes, que M. Cocliin ayant écrit ces pages il y a plus de trente ans, plusieurs des renseignements matériels qu'il donne sur l'état de l'instruction publique en Suisse et en Allemagne sont surannés. Cette observation, qu'il importait de faire, n'enlève d'ailleurs rien à la valeur absolue du travail, [Noie de l'éditeur.)
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Des sociétés, des journaux, des établissements ont été fondés sous son nom à Berlin, à Hanovre, à Hambourg, à Dresde, comme à Madrid, à Pétersbourg et à Groningue. Des traités, brochures, livres, articles, à composer plusieurs bibliothèques, ont été écrits sur sa vie et ses œuvres; des médailles ont été frappées à son effigie, et l'image grossière de ses traits, suspendue aux murailles de plus d'une pauvre école de village, dont elle est le seul ornement, y perpétue son nom, sa vie et son imitation.
L'éminent mérite de Pestalozzi ne suffit pas à rendre raison de cette influence ; elle est due aussi à l'époque où il est né. Il eut cette heureuse fortune de venir à son heure. Il est des hommes auxquels il n'a manqué, pour être illustres, que de naître plus tôt; les étoiles brillent toujours, mais ne se voient que dans la nuit. Pestalozzi naquit en un temps où l'éducation du peuple allemand, malgré les efforts de Franke, malgré ceux de Basedow et de ses disciples, était encore mal dirigée, peu répandue. Vers ce même moment, mémorable dans l'histoire de l'Europe entière, à la fin du dix-huitième siècle, la vieille terre germanique voyait s'élever ses plus grands penseurs : c'était le temps de Herder, de Gœthe, de Lessing, de Klopstock, de Winkelmann. Pendant que de tels hommes , illustrant leur nom , leur siècle , leur patrie et la raison, faisaient avancer tous les ordres des connaissances humaines, Pestalozzi donnait le signal de la réforme de l'éducation du peuple et cherchait à améliorer notre espèce plutôt qu'à l'illustrer. Durant cinquante années, l'exemple de son dévoûment, la diffusion de ses élèves, le renom et la nouveauté de ses principes, exercèrent sur l'état de l'instruction en Allemagne une action
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considérable ; d'autres après lui, furent plus savants, meilleurs écrivains, philosophes plus profonds; mais toute activité partit de lui ; son nom est une date ; il lui reste cet inestimable honneur d'avoir donné l'ébranlement, ouvert les voies, montré le but; je ne saurais caractériser son action d'une manière qui me semble lui être plus glorieuse qu'en l'appelant, pour l'Allemagne, le Descartes de la pédagogie.
Est-il besoin de le dire, l'intérêt qu'une telle influence donne à l'étude de la personne de Pestalozzi est plus invinciblement attiré encore par les grandes questions qui occupèrent sa pensée? J'éviterai de donner à ces questions le nom, déjà prononcé, de pédagogie. Ce mot ne sera jamais populaire en France. Il reporte à je ne sais quels souvenirs de férules, à je ne sais quelles poussières d'école, à je ne sais quelle secrète rancune des tourments de notre enfance, et applique un nom de pratique, de métier, aux grands principes dont l'ensemble, au saint dévouaient dont l'exercice, constituent la science et la profession de Y éducation. L'éducation, et par elle la régénération du peuple, fut la constante pensée de Pestalozzi et la passion la plus ardente de son cœur; pour tout homme qui pense, aime l'humanité, croit à sa réforme, à ses progrès, a foi en Dieu et en ses desseins souverainement bons, l'éducation a été toujours et est plus que jamais la grande question, le suprême espoir, le salut de l'avenir.
Que l'éducation soit nécessaire, qu'elle soit, comme on l'a si bien dit, la seconde nature des peuples civilisés, personne ne le conteste ; mais il faut que cette éducation soit bonne; et cette question, la bonté de l'éducation, ses principes et sa méthode, est un des
problèmes les plus compliqués que l'homme puisse et doive se poser ; son importance égale seule et fait oublier sa difficulté.
Quoi! depuis soixante siècles, l'homme enseigne et est enseigné, et l'on se demande encore quels sont les vrais principes et la meilleure méthode d'éducation? Demain comme hier on posera cette question sans la résoudre Est-ce bien possible?
Celui qui, nouveau venu dans le monde sans limite des idées, cherche de bonne foi la vérité, doit s'attendre à de décourageantes découvertes. Les sociétés humaines reposent sur des idées, comme un temple sur d'invisibles assises, et les sociétés ont des siècles d'existence, siècles de travail et de perfectionnement. Avec quelle ardeur le fils des temps nouveaux s'empresse pour interroger les œuvres des penseurs, les lois des nations, les enseignements de l'histoire, pour parcourir ces grandes possessions de l'intelligence, laborieusement acquises par les générations dont il est l'héritier ! [1 a entrevu d'immenses problèmes, son âme est passionnée de certitude On lui répond par des points d'interrogation, par des questions, et c'est peut-être le désespérant privilège de notre époque d'en poser plus qu'aucune autre sans les résoudre davantage. Les lois qui régissent la famille, question ! la propriété, question î la forme des gouvernements, question 1 et pour ne pas sortir de l'homme même, son âme est en question, sa destinée en question, son éducation en question! Quoi ! le monde repose depuis six mille ans sur des questions ! Et cependant le monde, les sociétés marchent, et la vie du monde et des sociétés ne peuvent dépendre que de principes réguliers et certains ! A ces inquiétudes de la pensée,
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je ne connais de plus grand soulagement qu'un acte de foi profond dans le gouvernement de la Providence. Confiant dans l'assistance de cette action souveraine, l'homme .reparaît libre et actif. Il sait que toute vérité existe éternellement, mais que les questions sont les vues incomplètes, les limites, les hésitations, l'épreuve de son intelligence. Ses changements, ses erreurs même ne sont plus seulement le signe de sa petitesse et le besoin de son instabilité, mais, au contraire, la marque de sa puissance, la preuve et l'élément de ses progrès. S'il défait, c'est pour mieux faire; s'il change, c'est pour améliorer; ce que les siècles ont acquis, il le recueille et le juge, puis il l'augmente; il ne produit pas à la mesure de sa vie qui passe, mais à la mesure de sa raison, qui est éternelle; il n'est pas réduit à l'impuissance de ne rien laisser de moins périssable que lui-même. Mettre tout en question pour douter, c'est crime et folie; s'approcher toujours plus près de la vérité en la cherchant toujours, c'est le devoir, c'est la destinée de l'homme.
Honneur aux grandes âmes que possède cette généreuse ambition ! Celui que nous avons à juger, Henry Pestalozzi consacra à l'éducation, c'est-à-dire à l'un des plus considérables problèmes de l'humanité, une noble intelligence et une longue vie. Il apporta une solution nouvelle au milieu de toutes ces solutions dont le nombre est en ce sujet un plus sérieux embarras que leur difficulté. Tous répètent : l'éducation est le levier du monde, et chaque homme, présentant son idée, sa méthode, répond : le point d'appui, c'est moi !
Pour juger, il faut connaître, puis comparer. Nous allons suivre cette marche avec l'attention que com-
mande l'immensité de la question et le respect que méritent les travaux d'hommes qui ont assurément consacré à la recherche et au service des idées qui font l'objet de ce Mémoire, incomparablement plus de temps, d'efforts, et surtout de science, que nous ne pouvons en consacrer à leur exposition critique.
Il est nécessaire d'écrire en quelques pages l'histoire de la vie de Pestalozzi ; ce sera faire l'histoire de sa méthode et de ses idées ; car il fut de ce petit nombre d'hommes qui, à l'intelligence et à l'amour du bien, joignent une volonté assez énergique pour l'accomplir et donner leur vie entière en témoignage de leur conviction.
Bonum virum facile arbitraris, magnum libenter.
(Tacite, In Agricole 44.)
Henri Pestalozzi naquit à Zurich, le 12 janvier 1746, dans une humble maison de la Ruderplatz. Son père était médecin. Sa famille, de religion protestante, d'origine patricienne et autrefois opulente, était devenue pauvre et inconnue; mais n'est-ce pas être assez riche, n'est-ce pas être toujours noble que de se suffire par le travail et de se conserver dans la vertu de ses ancêtres? La mort de son père, six ans après sa naissance, fut le premier et irréparable malheur de sa vie. Cependant Dieu ne laissa pas son enfance sans appui : il conserva sa mère, vertueuse et simple femme. Une pauvre servante, nommée Babeli, avec un dévoûment que Pestalozzi se rappela toujours, aida la digne veuve dans l'éducation de trois enfants. Elle avait promis à son maître mourant de ne jamais les abandonner. Elle ne les quitta qu'en quittant la vie. C'était une de ces
servantes fidèles qui mettent au service de leurs maîtres plutôt le cœur que les bras; avant eux et autant qu'euxmêmes, soignent leurs intérêts, aiment leurs enfants, et par la longue durée d'un attachement qui ne se commande pas, acquièrent le droit de se considérer comme des membres de la famille. Les premières années de Pestalozzi s'écoulèrent au foyer paisible de sa mèrelorsqu'il fut en âge d'apprendre, on le confia à son grand-père maternel, pasteur du petit village de Hœng, près Zurich. Ce bon vieillard le fit aller à l'école, et l'aimant davantage à mesure qu'il croissait en âge et en sagesse, il l'emmenait dans ses visites à ses paroissiens, l'attendrissait sur les misères morales du peuple aussi bien que sur ses vertus, et lui parlait sans cesse de la nécessité, pour améliorer les hommes, de l'instruction et de la foi.
Sa bonne mère, une vieille servante, un digne vieillard, telles furent les premiers amis de Pestalozzi, et plus d'une fois dans sa vie ces trois douces figures apparurent à son âme : les impressions de l'enfant se retrouvent dans les pensées de l'homme, et ses premières émotions sont ses plus durables souvenirs. Il apprit l'éminente dignité des mères en aimant la sienne ; il comprit auprès d'elle l'influence bienfaisante du foyer domestique ; il se persuada que le premier enseignement de l'homme doit descendre sur son cœur, du cœur et des lèvres de sa mère. Dans la pauvre Babeli, il respecta la femme du peuple, anoblie par la foi et le dévoûment. L'exemple de son grand-père lui apprit à la fois combien la réforme des hommes était nécessaire, et qu'il n'en fallait jamais désespérer. Rendre aux mères leur rôle, au foyer domestique sa dignité, aimer
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le peuple, respecter l'humanité, se dévouer à son amélioration, être convaincu d'y parvenir, c'est toute sa vie.
Un peu plus âgé, Henry Pestalozzi étudia sous de bons maîtres, tels que Boclmer, Brettinger, Steinbrûchel. Son intelligence était déjà fort développée, et certaine traduction d'un discours de Démosthènes, faite par lui, plut si fort à son professeur, qu'on l'inséra dans un petit journal Y Agis, de la ville de Lindau. Peut-être fut-ce à cette époque qu'il lut un livre dont l'impression sur lui fut considérable1 : c'était Y Emile. Rousseau venait de le vendre, en 1760, au libraire Duchesne, pour 6,000 francs. Toutefois, Pestalozzi semble dire dans un autre ouvrage2 que, lors de ses premiers essais, « il ne savait pas une syllabe de ce que voulaient et faisaient Rousseau et Basedow » Cette supposition semble confirmée par cette circonstance que Pestalozzi ne se livra pas tout d'abord à l'instruction ; l'influence de son grand-père le porta à se destiner aux études théolologiques. Quoi qu'il en soit, déjà, à cette époque de sa jeunesse, la passion du bien dominait dans son cœur; quelques amis partageaient avec lui cette sublime ambition; l'un, son compatriote et son aîné de cinq ans, se nommait Jean-Gaspard Lavater, et devint l'auteur de la Physiognomonique.
Pestalozzi quitta bientôt les études théologiques, soitque ses goûts l'en détournassent, soit qu'un début malheureux dans la chaire l'eût découragé. De toutes les carrières, aucune ne lui parut plus élevée et plus