‹ PestalozziChapitre 31 sur 50 · Rede an mein Ilaus · texte numérisé non relu

Rede an mein Ilaus

•2. Ibid.

de toutes les mères. C'est en l'imitant que Pestalozzi a ! tracé, avec un talent et une vérité admirables, cette belle figure de Gertrude, qui est devenue proverbiale en Suisse et en Allemagne, comme un type achevé de la femme vertueuse de l'ouvrier.

A la famille donc, et surtout à la mère, Pestalozzi confie le soin de réducation des enfants. Nous savons qu'il la charge encore de la première instruction, bienf qu'en général ce soit avec raison aux écoles qu'il attribue cette part du développement humain. Mais c?est au moins à la mère qu'il appartient d'apprendre à son enfant le langage, à un âge où l'instruction et l'éducation se confondent et se réduisent à des soins dont elle seule peut l'entourer, à des enseignements dont elle seule peut l'instruire, sur ses genoux, près de son cœur.

Pestalozzi ne borne d'ailleurs pas là son principe de l'éducation par la famille; car il veut que l'école ellemême ne soit que l'image de la famille. Il souhaite donc que toutes les écoles soient peu nombreuses, en sorte que l'enfant ne s'y trouve pas perdu dans la masse et négligé. Il veut l'externat partout où la famille, obligée '. par son travail de confier à des établissements publics I son enfant, peut du moins le recevoir. Il demande que l'instituteur ait avec les parents des relations fréquentes ; et soit bien plutôt un second père qu'un maître.

Enfin, lorsqu'il est nécessaire de créer des établissements pour recevoir les enfants qui n'ont pas de parents ou n'en ont que de mauvais, Pestalozzi veut que tou- ; jours l'organisation de la famille y soit imitée, l'esprit de famille introduit; il veut qu'on ait, avant tout, pour but de faire des élèves qui soient, à leur tour, capables de diriger l'éducation de leurs familles. « 11 faut. Madame,

Ï08 pestai/ozzi

que vous fassiez des mères qui sachent élever leurs enfants, » disait Napoléon à madame Campan. C'était aussi la pensée la plus chère de Pestalozzi.

L'école, répète-t-on sans cesse, est l'image et comme le noviciat de la société ; elle habitue l'enfant à vivre comme il vivra dans le monde, au milieu de caractères variés, de sympathies et d'antipathies, de supériorités et d'émulations diverses. Cet avantage est réel. L'école mutuelle principalement, modèle de discipline et d'ordre, où chacun tour à tour, enseignant et enseigné, apprend à regarder l'aptitude comme le seul instrument d'élévation, l'école mutuelle prépare merveilleusement à la vie civique. Cela est exact. Mais dans la famille, n'en est-il pas de même? Ils sont trois : le père, la mère, l'enfant; dilection mutuelle, amour dans l'autorité, amour dans l'obéissance, respect de l'inférieur, respect du supérieur, acceptation volontaire de conditions inégales, harmonie dans l'inégalité, ce sont les vertus domestiques. Les vertus civiques sont-elles différentes? La famille est l'apprentissage de la société, qui, on l'oublie trop, ne se compose pas d'individus, mais de familles.

Ce n'est pas tout : c'est aussi dans cette première école que l'homme religieux est formé, et sa mère est encore, pour ce suprême intérêt de son âme, l'agente inspirée de Dieu. Elle ne met pas sur les lèvres de son petit enfant seulement la parole, elle y place aussi la prière. Si fier qu'il soit de son intelligence, il faut bien que l'homme concède à la femme la supériorité du cœur ; or, c'est notre cœur qui est religieux avant notre raison. Celui qui eut le bonheur de recevoir de sa mère, avec la parole et la vie, les vives clartés de la foi, n'effacera pas plus de son âme cette divine empreinte, que

de son souvenir l'image de celle à laquelle il la doit.

Or, c'est bien là ce que pense, c'est bien là ce que

veut Pestalozzi. Il trouve dans la famille le fondement

de renseignement religieux, comme dans la religion la

| garantie de l'esprit de famille ; c'est par la mère que s'exerce cette influence réciproque et intime; pour ne 'parler que de la famille du pauvre, toute la moralité, toute la religion de l'ouvrier, le sentiment consciencieux qui aux mauvais jours, le préservera du découragement ou du mal, sera souvent un simple souvenir d'un mot de sa mère près de son berceau, et, pour ainsi dire, un

[ grain tombé de son chapelet. Or, la religion d'esprit de famille, c'est pour Pestalozzi toute l'éducation.

« ../ L'autorité et l'amour de la mère développent » dans son nourrisson les premiers germes naturels de » la foi, de l'amour, et le préparent à l'influence bénie » de l'autorité paternelle, aux sentiments fraternels, et » successivement à une tendresse et à une confiance

» qu'il étend à tout le cercle de la famille Le cercle

» s'agrandit de jour en jour, j usqu'à l'amour de l'homme, » à la confiance en lui. Celui qu'aime sa mère, l'enfant » l'aime aussi ; celui en qui elle a foi, il s'y confie avec » elle... Un étranger vient : Donne-lui ta petite main, » dit la mère, il est bon, il t'aime, il faut l'aimer ;... » l'enfant sourit et donne sa main... Tu as bien loin, » bien loin, un grand'père qui t'aime bien, dit-elle;

l y> l'enfant le croit, aime son grand-père, en parle à sa » mère. Non autrement, lorsqu'elle dit : J'ai un père au » ciel, de qui tout bien nous vient, à toi, à moi ; l'enfant » croit à son père dans le ciel. Et lorsqu'elle prie,

Page 1