Emile, p
2. On connaît l'histoire que M. Sintenîs a racontée de luimême. Élevé sur le modèle d'Emile, par un père philosophe, il vivait loin de toutes relations à la campagne; sa jeune intelligence fut saisie bientôt du besoin de connaître un Être suprême, son cœur du besoin de l'adorer; ne voyant rien de plus beau, de plus bienfaisant que le soleil, il le crut Dieu, et sortait chaque matin pour lui porter, à la dérobée, l'hommage de son innocente idolâtrie. Son père s'en aperçut et eut bien de la peine à lui démonter que le soleil n'était lui-même qu'une créature... « Ah ! » s'écrie le P. Girard, en rapportant cette remarquable réfutation expérimentale de Rousseau, « sa mère, si elle eût vécu, ne se fut pas prêtée à une semblable expérience ! »
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comme dit admirablement Descartes. Il n'en a pas dans son enfance une conscience claire; n'en est-il pas de même de l'idée du juste, du beau, du bien, du vrai ? Il faut que l'éducation développe ces idées. L'enfant croira d'abord en Dieu sur une autorité extérieure; mais n'estce pas ainsi qu'il croit en toutes choses, recevant sans
contrôler, retenant sans résister? Serait-il utile, de
discuter davantage? Il n'est pas une mère qui, aimant ses enfants, ne fasse balbutier à leurs lèvres le- nom de leur Père qui est au ciel : en cela les mères suivent les inspirations de leur cœur, etleurcœurne les trompe pas.
Pestalozzi n'a pas hésité plus que les mères sur ce point; mais toujours préoccupé de son grand principe de l'intuition, il cherche comment l'enfant, qui ne connaît que par l'intuition, connaîtra Dieu, et il se répond : En voyant sa mère1. Comment apprendra-t-il à l'aimer? en aimant sa mère. Réponse charmante, mais peu philosophique, peu complète L'enfant croira plutôt en Dieu sur l'autorité que par la vue de la mère; pourquoi l'amour du père n'aurait-il pas la même puissance? Le pauvre orphelin, qui n'a pas de mère à aimer, sera-t-il donc privé d'aimer son Dieu?
Nos citations le prouvent encore, Pestalozzi voulait que les enfants connussent non seulement le nom de Dieu par la douce médiation de leur mère ; il voulait que ce premier enseignement fût chrétien. Sa vie, ses discours, ses leçons, ses établissements paraissent avoir été toujours inspirés par la foi religieuse la plus constante.
On peut toutefois s'étonner que ce célèbre maître, qui attache tant d'importance à l'enseignement religieux des