Éducation clés Enfants, préf. et fin
» moi, dit Rousseau, je n'élève pas, comme Locke, un » gentilhomme1... » Assurément, il ne forme pas non plus un homme du monde où nous vivons. Que forme- •t— il donc? Ah! sans doute un autre Rousseau, car, pour le pauvre, pour le fils du peuple, lui, fils du peuple et pauvre, il ne trouve que cette parole impie : « Le pauvre » n'a pas besoin d'éducation ; celle de son état est' » forcée; il n'en saurait avoir d'autreSJ. » Quoi! le pauvre ira pas besoin d'éducation ! Ah! sans doute, il est des vertus, comme la patience, que son état et sa triste vie suffisent à lui apprendre. Mais, comment ne pas comprendre qu'il est moins urgent de s'occuper de l'éducation du riche que de celle du pauvre? L'homme riche s'instruit et se forme toute sa vie ; presque jamais l'éducation de la famille ne lui fait défaut; eût-il reçu dans son enfance des principes mauvais, ce serait un malheur immense; mais s'il a quelques qualités naturelles, les réflexions libres de son âme, les discours et le commerce des hommes, l'étude, l'expérience de la société, pourront remplacer, rectifier et compléter l'éducation imparfaite de ses jeunes années. Si le père et la mère de l'enfant pauvre, asservis au travail, n'ont pu diriger, à ses premiers progrès, son intelligence et son cœur, où retrouve-t-il jamais celte direction nécessaire? Attaché de bonne heure à une machine ou à un outil, mêlé à un monde trop souvent grossier, accablé chaque journée par la nécessité d'acheter de son labeur le pain de la journée qui va suivre, perdant par le travail non assurément la dignité de son âme, mais la