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Exposé des Motifs, de M. de Montalivet, en

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teurs des campagnes, dont la mission est si pénible et si belle? Réduits à une condition misérable, assez instruits pour être légitimement ambitieux, sans qu'aucun avenir leur soit assuré, placés sans cesse entre de i mesquins intérêts et leur grand devoir, sans avancement, quand ils sont bons, et cependant presque inamovibles, quand ils sont mauvais, ils forment, dans bien des communes, plutôt un ordre de mécontents, qu'un ordre d'hommes utiles. Quand sera-il possible dédoubler leur nombre et leur traitement? Et ces admirables congrégations religieuses, aimées du peuple, dont les membres placent leur devoir dans l'acceptation de la condition la plus pénible, sans espoir d'avancement, puisqu'ils attendent toute récompense de Dieu, quand apprendrat-on à les bénir, sans les craindre ? Quand comprendrat-on que les instituteurs laïques sont nécessaires aux religieux, les religieux aux laïques, par l'émulation, et tous au pays, qui les doit également surveiller et soutenir? Que n'y a-t-il pas à faire pour l'éducation des filles, pour l'amélioration des méthodes? Le gouvernement comprend ces grands intérêts, la lutte n'est plus que | clans l'opinion. Ne nous naîtra-t-il pas aussi un Pestalozzi pour donner à la France l'impulsion qu'a reçue l'Allemagne? Il semble, en vérité, qu'on craigne l'instruction.

La craindre ! Mais n'est-il pas temps que la diffusion plus égale des connaissances mène à la diffusion plus égale des richesses ? n'est-il pas temps qu'un langage uniforme, sans détruire l'originalité des idiomes locaux, soit compris et parlé partout, afin que la France soit grandie par cette unité qui lui manque encore ? n'est-il pas temps qu'un vaste enseignementprimaire, industriel,

agricole, élève la condition de nos populations, et rende pour tous le travail plus facile, plus volontaire, plus productif, assurant ainsi aux classes laborieuses leur vraie liberté, leur vraie dignité, leur vrai bonheur? n'est-il pas temps que tous deviennent capables des nouveaux devoirs de la vie sociale ?

Il est cependant un grand danger dans le vœu que j'exprime, sûr de l'assentiment de tout cœur généreux. Je ne dirai pas avec Rousseau : « Souviens-toi, souviens- » toi sans cesse que l'ignorance n'a jamais fait de mal,

» que l'erreur seule est funeste » Il suffit de répondre

que le nombre des crimes croît en raison de l'ignorance. Mais il est vrai que certains crimes, et les plus dangereux, se multiplient aussi en raison de l'instruction. Je sais le mal de l'ignorance, mais je connais, aussi la plaie du faux savoir et du demi-savoir. Oh ! que ce problème est difficile : ouvrir une bonne école, c'est fermer la porte d'une prison et d'un hôpital; ouvrir une mauvaise école, c'est préparer le vice et l'émeute !

Il y a une solution, une seule: c'est Véducation religieuse. L'instruction sans la religion, c'est le poison sans le contre-poison, le torrent sans la digue, le feu sans le foyer.

L'ignorance serait beaucoup préférable, surtout avec les conditions, avec les tendances de la société moderne, où tout est un danger sans la religion, tout est un progrès avec elle. Et qu'on me permette d'ajouter entre toutes une seule des raisons politiques. Il est difficile qu'un gouvernement qui s'appuie sur le principe de la majorité puisse longtemps diriger, par la minorité de capacités et de nombre, la majorité des capacités et la presque unanimité des masses. Celles ci seront, tôt ou

tard, successivement appelées à intervenir pour une plus grande part dans la vie politique du pays l. Que sera-ce si elles n'y sont pas préparées par une instruction générale, par une éducation forte, et si la réforme politique devance la réforme sociale ?

On sera sans doute étonné si je veux parler de la nécessité de la religion, également au point de vue de la politique. Non qu'il faille la regarder, ainsi que plusieurs le font, comme un instrument de police, supplémentaire des gendarmes. La religion, et je dis la religion chrétienne, je dis même la religion catholique, sous le triple point de vue de la certitude métaphysique, historique, morale, est pour moi la vérité. J'ai trop répété qu'elle était absolument essentielle dans l'éducation, et, en ce point, j'ai trop accusé Pestalozzi de lacune, pour ne pas avoir à cœur de justifier ma pensée. Or, il est nécessaire, pour mériter l'attention, en ne le fatiguant pas, d'éviter les répétitions, les lieux communs et les longueurs, d'abréger et de choisir. Parlerai-je des secours infinis que la religion assure à toutes les conditions, à tous les âges, et de la relation qu'elle a à notre bonheur, même terrestre? Mais qui ne connaît ces vérités sublimes, si répétées sans être pourtant vieillies ; rien n'est vieux qui ne peut périr. En parlant au point de vue de la politique, on n'est pas plus nouveau, mais ces idées sont trop particulièrement indispensables à la société moderne pour qu'il soit superflu de les lui remettre incessamment sous les yeux. Il faut lui rappeler sans cesse que nul n'est plus désireux de la liberté qu'un chrétien, que nul n'en est plus digne ; que le christianisme seul rend

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