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CONCLUSION 13l

l'égalité sans obstacles, sans dangers, sans mensonges; que, seul, il a gardé les moyens de réaliser la fraternité, dont, le premier, il prononça le nom. Si Ton est convaincu de ces vérités, on conclura que l'éducation sincèrement religieuse est le salut unique des peuples libres ; on ne se trompera pas. SiPestalozzi, comprenant mieux ces vérités, leur avait accordé, dans l'instruction, plus d'importance, l'Allemagne, sur laquelle il exerça une si considérable influence, pourrait être aussi libre que la France et moins inquiète de sa liberté.

Liberté, égalité, fraternité! ce sont, depuis le Christianisme, les mots d'ordre du monde.

On les répète sans les comprendre ; avec eux on ébranle les masses, sans les rendre plus heureuses; chaque parti reproche à l'autre d'être contraire surtout à la liberté : il résulte, au moins, qu'ils sont tous unanimes à avouer qu'il faut la liberté. Qui oserait aujourd'hui repousser et démentir ce nom glorieux? Ceux qui te haïssent, ô liberté, sont forcés de t'invoquer; ceux qui te veulent frapper, se glissent sous ton manteau qu'ils prennent pour parure ; comme le divin Maître, ceux qui vont te trahir commencent par f embrasser !

C'est que la logique est aux idées ce que la pesanteur est aux corps; une fois le principe posé, il faut que la conséquence tombe sur une pente nécessaire. Notre temps, notre pays sont nécessités à la liberté sous toutes les formes ; il dépend de nous d'y trouver notre honte et notre ruine, ou notre progrès et notre grandeur : il ne dépend pas de nous de l'éviter. J'ose dire que la liberté est voulue de Dieu.

Tout ce que Dieu fait a un but : qui en doute? Les hommes, considérés individuellement, ont une double

destinée : le rôle qu'ils jouent ici-bas, la place qu'ils occuperont au ciel. Les sociétés, considérées collectivement, n'ont pas de destinée par delà la terre; il faut donc la chercher toute entière ici-bas. Quelle est la destinée des sociétés? Question que je ne saurais résoudre directement. On peut au moins affirmer que c'est le bien, le perfectionnement, sans donner une notion précise du bien : on peut ajouter que c'est le bien et le perfectionnement de tous ceux qui les composent, sinon cela seul, au moins cela. Mais plus les hommes sont parfaits, plus ils sont capables de libertés; en sorte que l'état le plus grand de liberté doit correspondre à l'état le plus grand de perfection. Dieu voulant la perfection, veut donc les libertés. Les libertés, leur développement, leur progrès, tel est donc le dessein providentiel des sociétés; et le moyen nécessaire, indispensable, c'est l'amélioration morale des individus, qui n'est pas possible sans la religion. Veritas liber abit vos.

Quoi ! la morale dépend de telle ou telle religion positive, et ne peut s'enseigner, se pratiquer sans elle ? Ce n'est pas lace que je prétends; je ne puis ni ne veux discuter, avec les philosophes, si l'autorité delà loi morale vient de l'essence même de ses prescriptions ou du pouvoir qui l'établit, si elle a été affaiblie, etc. Je n'impose même pas de dire, avec M. de Lamennais : « La » religion des peuples est*toute leur morale, » ou, avec Rousseau : « J'avais cru qu'on pouvait être vertueux » sans religion, je me suis bien détrompé de cette » erreur. » Il y aurait beaucoup à écrire sur tout ceci, mais je me hâte ; c'est un mérite en un si attachant sujet.

Il faut bien qu'on m'accorde seulement ce point : quelle que soit la base de la loi morale, règle intérieure

de la conscience, qui est la règle de la vie, quelle que soit la nature, quelle que soit l'énergie des mobiles par l'action desquelles elle domine l'homme, dirige sa volonté et le porte au but de tonte créature, la perfection dans son ordre, la religion chrétienne ajoute à l'obligation de cette loi, à l'influence de ces nobles mobiles, un motif incomparable, suréminent, d'amour, le sacrifice volontaire et infini de Dieu même, prodige de sa tendresse pour l'homme sorti de ses mains. La première, elle enseigne la fin précise de la vie, donne à nos actes leur valeur véritable, à nos sentiments sociaux leur équitable relation, appelle toutes les vertus des devoirs pour les faire pratiquer, et tous les devoirs des vertus pour les faire aimer; et, par cette lumière jetée sur ce mystère de notre vie et l'obscur pressentiment de nos destinées, n'intéresse pas moins notre raison que notre cœur à leur volontaire accomplissement. Pour tout dire en moins de mots, la religion chrétienne, et elle seule, nous montre, d'une part, notre but, la perfection l ; de l'autre, notre nature imparfaite ; le moyen et le secours nécessaires pour conduire notre nature à son but. Ce secours, il faut encore en convenir, nous ne le trouvons parfaitement que dans la religion catholique, à la fois doctrine et institution; seule, elle possède l'unité dans ses symboles et l'autorité dans ses commandements; seule, elle dispense une discipline

1. îsous ne parlons que de la perfection morale; mais elle seule conduit, selon nous, à la perfection du génie, les rares intelligences, douées des qualités supérieures auxquelles on donne ce nom, et par suite à toutes les perfections : arts, sciences, politique, etc.; le mot perfection contient le but de tout homme, du toute société, de toute œuvre du Dieu pariait.

morale de Famé, qui soutient l'homme, le dirige, le relève, le fortifie à tous ses âges, à tous les grands moments de sa vie, à toutes les défaillances, à tous les orages, à toutes les aspirations de son âme. Merveilleuse série d'enseignement et d'actes, si parfaitement, si minutieusement convenable à toutes les infinies diversités de nos cœurs, que celui-là seul peut l'avoir instituée qui connaît nos cœurs dans leur fond le plus intime, et celui-là seul les connaître ainsi qui les a formés !

Et combien cette religion remplit mieux son but, alors que, comme dans nos temps (grâces éternelles en soient rendues à Dieu !), elle ne s'impose plus, mais s'accepte, alors que l'Église, pour le dire en passant, est la seule forme de société agréée non pas seulement par la majorité, mais par chacun de ses membres.

La religion catholique étant le plus puissant instrument de morale et de perfection de l'homme , la loi parfaite de sa loi intérieure imparfaite, et la perfection progressive étant la condition progressive de la liberté, les conclusions se pressent d'elles-mêmes; et « rien, » peut-être, ne vient mieux confirmer la nécessité de » la religion, » à ce point de vue, « que les efforts » impuissants qu'on a faits depuis cinquante ans pour » s'en passer1. »

Dans un pays qui veut et sait être libre, il n'y a, en gouvernement, qu'une seule grande question : établir l'ordre et la liberté, maintenir le pouvoir fort et donner à la liberté ses légitimes satisfactions ; problème presque aussi difficile que de concilier, dans la philosophie

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