C. deRaumer
22 VIE DE PESTALoZZl
populaires, morales, mais relatives pour la plupart aux événements qui se passaient alors en Suisse.
Il semble qu'on doive, à raison de son titre, attacher une plus grande importance à cette nouvelle œuvre de Pestalozzi, parue en 1708 : Recherches de la nature dans le développement de l'humanité, et dont il dit lui-même: « Je l'écrivis en trois ans, avec une contention d'esprit » infinie1. » Mais ce livre, comme il le déclare quelques lignes après, n'est « qu'un témoignage de son impéritie,
» un pur jeu de sa puissance de recherche, vide de
» tout esprit pratique. » Ce n'est pas la première fois qu'un auteur décore du titre le plus pompeux le plus faible de ses ouvrages ; mais combien imiteraient ce rare exemple de véracité ! On excuse aisément celui qui se condamne, et, pour ainsi dire, s'exécute lui-même. Laissons-le parler: « Je ne recueillis pas plus que j'avais » semé... personne ne me comprit bientôt, et je ne trou- » vais pas dans mon voisinage deux hommes qui ne me » donnassent à entendre qu'ils regardaient tout le livre » comme un galimatias... Et maintenant encore, un » homme de mérite, et qui m'est attaché, me répète, » avec la franchise helvétique : N'est-ce pas, vous sen- » tiez bien, que quand vous écriviez ce livre, vous ne » saviez pas précisément ce que vous vouliez ? »
Cette sincérité nous dispense du jugement un peu sévère qu'il aurait fallu porter sur cet ouvrage. Si Pestalozzi ne l'avait pas mis lui-même, pour ainsi dire, à l'index de sa bonne foi et de sa conscience. Peut-être son esprit n'avait-il pas échappé au désir, à la vanité d'égaler Rousseau par l'universalité, par la grandeur de ses aperçus. L'influence de ce puissant écrivain se fait