I PESTALOZZI
ses élèves r] u ils ont le nez au milieu du visage ! » L'idée, dépouillée des enfantillages grotesques dont il a ]>lu à Krusi de l'habiller, n"est pourtant pas à dédaigner en elle-même. Maine de Biran louait précisément Pestalozzi de ce qu'il avait voulu commencer le développement des facultés d'intuition et de raisonnement chez l'enfant par l'analyse descriptive de l'objet le plus rapproché de nous, le plus intéressant à connaître, le corps humain. El surtout il importe de constater comment, dans les parties du livre qui sont de sa main, Pestalozzi rattache ingénieusement à rénumération de chacun de nos organes l'élude de leurs fonctions: et comment l'analyse de ces fonctions conduit elle-même à une série d'observations utiles sur les objets avec lesquels nos organes nous incitent en rapport, avec les hommes, les animaux, les plantes, avec tout ce que l'on voit, aven tout ce que l'on entend.
Dans une phrase qui est comme le résumé rapide de toute sa pédagogie, Pestalozzi a écrit : « Il doit y avoir, pour chaque branche du savoir, des séries d'exercices dont le point de départ soit à la portée de tous intuition), et dont l'enchaînement régulier (gradation), mettant les facultés de l'enfant toujours m œuvre, sans les épuiser, ni même les fatiguer, contribuée un progrès continu, facile ri attrayant. » Tout l'essentiel de la méthode pestalozzienne est contenu dans ces quelques lignes : le principe 'le l'intuition, celui 'le la liaison rigoureuse des enseignements successifs ; et au>>i deux autres principes donl il nous resteà parler, ei qui, d'ailleurs, se rattachent aux précédents : à savoir qu'il n'y a pas d'autre bonne méthode d'éducation
que celle qui exerce l'activité, et celle qui par suite excite l'intérêt.
Ce qui importe, c'est moins l'extension du savoir positif que le développement intensif des facultés, fortifiées, agrandies par l'exercice. C'est de l'exercice, en effet, c'est d'une action continue que dépend la croissance intellectuelle. « La nature, disaitPestalozzi, dans la Soirée d'un ermite, dès 1780, la nature développe toutes les forces de l'humanité par l'exercice, et c'est leur usage qui fait leur accroissement. » Il est nécessaire que l'enfant agisse, que ses yeux, que sa voix, que ses mains aussi soient constamment occupés. Donc, plus de lectures paresseuses.de longues récitations machinales. Plus de ces classes endormies et à moitié mortes, où un maître routinier dicte ou expose sa science à de pauvres patients, qui se contentent de subir, avec une attention plus ou moins distraite, mais certainement avec ennui, des leçons monotones. L'école vraie est celle où tout le monde agit, les élèves comme le maître. L'instituteur parle; il prononce des phrases: le> élèves les répètent. L'instituteur pose des questions: les élèves réfléchissent et répondent. De longs exposés fatiguent : les questions excitent et animent. L'action, source du bonheur dans la vie, es! aussi la condition du progrès dans l'école. Animons, éveillons sans cesse l'intelligence. Sur les facultés passives, telles que la mémoire, faisons prédominer les facultés activas, l'attention et le jugement, et à l'instruction machinale substituons l'instruction active qui stimule l'attention, qui secoue la volonté •et met en branle les forces intérieures de l'âme.
r»6 PESTALOZZI.
On objectera peut-être que cet appela l'activité
ne semble pas concorder avec ce que l'on sait des pratiques scolaires de Pestalozzi, avec l'ardeur débordante qu'il déployait lui-même dans son enseignement. Un instituteur aussi agissant qu'il l'était, laissait-il à l'initiative des élèves l'occasion de se manifester? A Stans, on nous le représente toujours en mouvement, allant d'un bout de la salle à l'autre, harcelant les enfants et ne leur laissant pas un instant de répit. A Burgdorf, «il braiHait l'A I> C du matin au soir ». d'une voix tonnante, jusqu'à s'enrouer: et il prétend que les enfants prenaient un plaisir extrême à répéter après lui pendant des heures le b a, ba. A quoi un de ses élèves, Ramsauer, réplique ironiquement : « Il y aurait eu plutôt de quoi faire fuir leurs anges gardiens!.. » 11 n'en est pas moins vrai que l'activité du maître appelle l'activité de l'élève. Flaubert a écrit quelque part : « Éclairez- vous, classes éclairées. Avant d'envoyer le peuple à l'école, allez-y vous-mêmes ! » De même, on peut dire aux instituteurs : « Vous voulez intéresser l'enfant? Commencez par vous intéresser vous-mêmes à votre enseignement. 11 n'est pas possible de communiquer une émotion qu'on ne ressent pas soimême, de faire partager un goût auquel on ne participe point. Il faut donner d'abord, si l'on veut recevoir. »
11 n'est pas douteux que, dans la pratique, Pestalozzi ne se soit souvent contredit. Malgré ses bonnes intentions, il retombait lui aussi dans la routine et l'enseignemenl machinal. Vax régie générale, pourtant, l'activité exubérante et bruyante de Pes-