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Ibid., etc., VU, g 56, note de Pestalozzi

160 l'Éducation élÉiMEntaire

PnocÉDÉs DE l'étude DU LANGAGE. — Pour apprendre aux enfants à connaître et à dénommer les signes distinctifs ou qualités des objets, il faut :

1° Leur apprendre à s'exprimer d'une façon précise sur le nombre et la forme^ qui sont les deux abstractions les plus générales de la nature physique;

2® Leur apprendre à s'exprimer d'une façon précise sur toutes les autres qualités des objets, aussi bien sur celles qui sont reconnues par nos cinq sens que sur celles qui sont reconnues, non par la simple observation directe [Anschauung], mais par notre imagination et notre jugC" ment.

Le nombre et la forme ne doivent pas être présentés à l'esprit des enfants comme des qualités inhérentes à certains objets, mais comme une généralité physique. Ainsi, l'enfant ne doit pas seulement être en état d'appeler de bonne heure rond et carré ce qui est rond et carré, mais il doit presque se pénétrer à l'avance de la notion du rond, du carré, de Vanité, comme notion abstraite pure, afin de pouvoir rattacher à ce mot précis, qui exprime la généralité de cette notion, tout ce qu'il rencontrera dans la nature de rond, de carré, de simple, etc. Et l'on voit ici par surcroît pourquoi la langue, en tant que moyen d'exprimer le nombre et la forme, doit être considérée à part et indépendamment de la manière dont elle est considérée en tant que moyen de s'exprimer sur toutes les autres qualités des objets perçues par les sens.

Le Livre des Mères est fait de telle manière que toutes les sortes de qualités physiques générales qui nous sont connues par les cinq sens y sont traitées, et que les mères sont en étal; de familiariser sans la moindre peine les enfants avec les expressions les plus précises concernant ces qualités.

Quant aux qualités non perçues immédiatement par les sens, mais que nous connaissons seulement par l'intervention de notre jugement, de notre imagination et de notre faculté à* abstraction, Pestalozzi s'en tient au prin-

cîpe déjà énoncé par lui * , qu'il ne faut pas faire paraître mûre avant le temps aucune espèce de jugement, mais qu'il faut utiliser la connaissance qu'ont inévitablement les enfants, dès cet âge, de ces mots abstraits comme simple matériel de mémoire, et peut-être comme un aliment facile pour leur imagination et leur faculté de divination.

Exemples d'application. — Mais pour les objets perçus par les sens, et sur lesquels il faut amener l'enfant à s'exprimer le plus vite possible, Pestalozzi a recours aux procédés suivants :

Il prend dans Tordre alphabétique les substantifs représentant des objets dont les signes distinctifs sont perçus par nos cinq sens, et il y ajoute les adjectifs qui désignent leurs qualités. Exemples :

Aal (anguille) — glissante ;

Abend (soir) — calme, serein, frais, pluvieux;

Achse (essieu) — fort, faible, graissé ;

Acker (champ) — sablonneux, argileux, ensemencé, fuméj fertile, productif, stérile, etc.

Puis il renverse l'ordre, cherche dans le dictionnaire des adjectifs exprimant des qualités perçues par nos sens, et il y ajoute des substantifs auxquels conviennent ces qualités. Exemples :

Rond — sphère, chapeau, lune, soleil;

Léger — plume, duvet, air;

Lourd — or, plomb, bois de chêne;

Chaud — poêle, jours d'été, flamme;

Haut" — tours, montagnes, géants, arbres;

Profond — mers, lacs, caves, fosses;

Mou^ tendre — viande, cire, beurre;

Élastique — plumes d'acier, baleine, etc.

Loin d'empêcher les enfants de penser par eux-mêmes, Pestalozzi leur demande de donner eux-mêmes d'autres exemples, et ils en trouvent quelquefois d'excellents auxquels le maître n'aurait pas pensé.

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