Wie Gertrud, etc., VII, SS
pédagogique le plus général, l'expression de la conscience qu'a l'être humain, par l'intelligence , de soi-même et de la nature.
De même que toute activité humaine est inséparable de la conscience, par laquelle elle se manifeste en tant qu'humaine conformément à son caractère, de même le langage est inséparable de toute étude.
De même encore que l'enfant ne peut, sans le langage, avoir une conscience claire des intuitions et des impressions qu'il reçoit de la nature, de même il ne peut s'en passer pour arriver à la connaissance des éléments même les plus rudimentaires de la forme et du nombre.
Il est évident que la marche par laquelle le langage peut développer humainement l'enfant doit être la même que celle par laquelle procèdent le nombre et la forme. L'enfant doit donc apprendre à parler comme il apprend à penser,
DÉVELOPPEMENT DU LANGAGE CHEZ l'ENFANT. — La
parole de la mère n'est déjà plus pour l'enfant, au début, un simple son animal. Bien qu'il ne puisse encore la distinguer d'autres sons, elle l'affecte pourtant d'une façon humaine. Cette parole de la mère aimante est pour lui un bégaiement semblable au sien, aimant et riant, dans lequel il voit déjà l'amour, la tendre sollicitude, la marque d'une direction, et aussi la gravité.
Mais ce ton ne peut bientôt plus lui suffire. Il crie moins et bégaie davantage. Il voudrait maintenant imiter le bégaiement de sa mère, le ton de sa parole aimante et grave. Cette parole de sa mère n'est plus pour lui un son vide, il sent se développer en lui la double conscience du langage et de la faculté du langage. Le désir de parler le presse de plus en plus : c'est encore difficile pour lui, mais il fait un effort, il veut parler; il réussit à prononcer un mot. La mère est ravie, elle caresse l'enfant qui a dit son premier mot, c'est pour elle comme une nouvelle apparition, comme un nouvel être. Il lui semble que c'est un être plus humain. Le sentiment qu'a l'enfant de sa force est avivé par la con-
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science de son succès et par Tamour de sa mère. Il parle de plus en plus, et la mère s'efforce toujours de plus en plus, par les sentiments puissants de joie et d'amour, à satisfaire et à stimuler ce désir de parler qui presse Tenfant. Le moi intellectuel de Tenfant s'organise. La conscience intérieure de son être s'éveille. Dès qu'il prononce pour la première fois le mot : Moi^ et la noble expression : Je suis, il s'est conquis lui-même, et il a conquis par là un centre éternellement fixe qui sera le point de départ de toute intuition du monde et de toute expérience du monde *. Ce moi, miroir du monde, qui le rattache à la fois d'une façon incessante et humaine au monde et à ses objets, devient à son tour le point de départ général de l'étude élémentaire du langage, dont le centre a été exposé dans le plan du Liçre des Mères ^.
Étude du langage : son point de départ et son BUT. — Le développement de la faculté du langage est lié au développement naturel de la faculté d'intuition : il a donc aussi son point de départ dans la vie. Dès qu'on commence à mettre dans la bouche de l'enfant et à fixer dans sa mémoire des mots vides, en leur donnant la valeur de choses ou de moyens d*apprendre des choses, on s'écarte de ce principe exposé plus haut : La vie forme^. On le conduit ainsi à l'erreur, à la présomption et au savoir superficiel. Au contraire, si on observe exactement ce principe, l'étude du langage devient un moyen d'application de la méthode intuitive pour l'acquisition des notions, et son but consiste alors à donner à celles-ci un plus haut degré d'utilité.
L'étude du langage est donc dans chaque enfant subordonnée à l'étendue et au degré de précision des notions intuitives qu'il possède, et le maître qui la dirige devra tout d'abord combler les lacunes qui pourraient