‹ Pestalozzi et l'éducation populaire moderneChapitre 112 sur 152 · lbid.,^e · texte numérisé non relu

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APPUCATIOW DE Uk METHOBE ELEMEKTAIRE 171

entièrement conforme à celle de Tétade de la langue maternelle '.

GOMMBKT fWSWAST APPBEKB SA LAKGUE MATER- NELLE. — L'étude de la langne maiemelle, pour Tenfant, a pour point de départ absoln Timpression des objets qu'il a reconnus par V intuition sensible, et dont les noms ont été à la fois rendus familiers à son oreille et à sa bouche. A cette connaissance des objets et à Texpression de leurs noms se rattachent peu à peu, mais lentement, la connaissance et Texpression de leurs qualités et de leurs actions, c^est-à-dire des Teri>es et des adjectifs qui leur conviennent. La marche progressive qui conduit de cette étude du langage parlé et des objets eux-mêmes aux mots qui expriment leurs qualités, et de ceux-ci aux verbes, ne représente nullement une certaine gradation dans le temps. En effet, Tenfant qui est avec sa mère n'entend pas nommer les objets, ni leurs qualités, ni les verbes qui s'y rapportent dans un certain ordre, ni séparément quant au temps : il les apprend tous dans le lien intime des phrases, que la signification des mots isolés et la nature des rapports qui les relient lui font remarquer, pressentir et comprendre peu à peu avec une clarté toujours de plus en plus grande. L'avantage de ce processus au point de vue du développement du langage saute aux yeux. Chaque mot isolé d'une phrase, par le rapport des idées qu'il exprime, sert à expliquer les mots avec lesquels il est lié : c'est pourquoi aussi une phrase dans son ensemble se retient plus aisément dans la mémoire qu'un seul mot isolé qui ne se rattache à aucun autre; le sens d'un mot acquiert ainsi, dans chaque phrase, par cette association avec les autres mots, une signification précise, bien que particulière et restreinte.

Grâce à la méthode élémentaire, l'enfant acquiert non seulement la connaissance obscure, mais solide, de

1. Voir la restriction notable de ce principe tron absolu p. 100. r t i

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chaque élément constitutif du langage en particulier, mais il s'habitue aussi par l'exercice à toutes les modifications de chaque substantif, adjectif, ou pronom, c'est-àdire de tous les éléments déclinables, ainsi qu'à toutes les modifications des conjugaisons. Quant aux parties invariables du discours : adverbes, prépositions, conjonctions et interjections, l'usage peut en être enseigné par des séries d'exemples ordonnées psychologiquement et facilité à l'enfant à un degré que la nature livrée à elle-même ne pourrait atteindre. Pendant toute la durée de ces exercices, l'enfant n'entend pas un mot de grammaire ni de syntaxe. Il arrive ainsi à pouvoir posséder d'une façon indestructible toutes les expressions servant à désigner les objets de ses connaissances intuitiveSy et à pouvoir s'exprimer dans sa langue avec la plus grande facilité et la plus grande précision, et même avec abondance, sur ces objets, sans avoir eu besoin, pendant tout le temps qu'a duré cette étude, de s'approprier les règles de grammaire ni d'apprendre dans ce but un seul mot par cœur.

Application aux langues étrangères. — Cependant le raffinement des procédés artificiels, par lesquels on embrouille et complique l'étude des langues étrangères, a fait perdre de vue ce principe, que la méthode pour apprendre toute nouvelle langue doit être en tous points semblable à celle par laquelle l'enfant a appris sa langue maternelle. Mais ce principe a sa racine profonde et indestructible dans le bon sens [sic) même de la nature humaine. L'expérience montre d'une façon indubitable que, plus l'enseignement d'une langue nouvelle est livré à des gens exempts de tout raffinement, plus le succès de leurs efibrts est surprenant. Et Pestalozzi cite à l'appui de son affirmation les gouvernantes étrangères qu'on prend pour enseigner leur langue aux enfants, et qui réussissent précisément parce qu'elles suivent la méthode naturelle. Il cite aussi l'exemple des gens qui, arrivant en pays étranger, sont obligés d'apprendre la langue par la méthode natu-

relie, et rappelle le proverbe : La nécessité est le meil^ leur maître *.

B. — La FORME ET LE NOMBRE.

Les développements assez confus de Pestalozzi sur la forme et le nombre n'ont plus d'autre intérêt, après ce qui en a été dit plus haut^, que par les procédés d'appli< cations qui en furent le résultat et qui se résument dans ce qu'il a appelé VABC de V intuition.

Le nombre a en effet, aux yeux de Pestalozzi, la priorité sur les autres éléments de nos connaissances, et voici les raisons qu'il nous en donne.

Contrairement au son et à la forme^ le nombre est le seul procédé d'instruction qui ne comporte aucun procédé secondaire, parce qu'il résulte directement de la faculté élémentaire par laquelle nous concevons clairement nous-mêmes le rapport du plus ou du moins dans tous les objets que nous voyons.

Le son et la forme portent en eux des germes d'erreur, le nombre jamais : lui seul conduit à des résultats infaillibles, et si la géométrie peut avoir la même prétention, ce n'est que grâce au calcul et combinée avec lui.

C'est donc, des trois procédés élémentaires d'instruction, celui qui atteint le plus sûrement son but, et il est pour cette raison le plus important. Aussi Pestalozzi s'y est-il attaché plus particulièrement.

Avant d'exposer la théorie de ses procédés intuitifs pour l'étude des rapports de nombres, il démontre l'inanité des notions de pure mémoire. Exemple ; 3+4 = 7. Si nous n'avons appris ce résultat que par cœur, la vérité intérieure de ce nombre 7 n'est pas en nous. Il en est de même pour toutes les autres catégories de notions.

Pestalozzi commence donc par donner aux enfants la notion des nombres de 1 à 10 en leur présentant des

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