CHAPITRE III
Vocation pédagogique de Pestalozzi. — Appui de Stapfer et de Legrand. — Fondation de l'orphelinat de Stanz. — L'enseignement de Pestaloezi. — Succès de l'œuvre, arrête par les événements. — Départ de Pestalozzi.
En 1798, la Suisse étant devenue, par le contre-coup de la Révolution française, la République helvétique, une et indivisible, le ministre des arts et des sciences, Stapfer, philosophe et philologue distingué, « l'homme
1. Meine Nachforschunijen iiber den Gang der Natur in der Entwicklung des Menschengeschlechts, 1797. Cet opuscule a été réédité en 1886, par M. Hunziker, avec une introduction et des notes très intéressantes. (Voir p. 176, note 1.)
qui jouait alors le premier rôle en Suisse », résolut d'entreprendre la réforme des écoles populaires et surtout des écoles rurales, dont Tétat était lamentable, et même de fonder des écoles normales. Pestalozzi crut enfin le moment arrivé pour la réalisation de ses rêves. Des amis lui ayant offert, pour lui venir en aide, une situation politique, il se souvint du conseil de son ami Bluntschli et refusa net; et aux instances de Stapfer qui ' lui promettait son appui pour cette carrière, il répondit simplement : Je veux être maître d'école *.
Peu de temps après, le 21 mai 1798, Stapfer étant absent, Pestalozzi écrivit' en effet au ministre de la justice pour lui offrir ses services en vue d'une « réforme profonde de Téducatlon et des écoles pour les classes inférieures du peuple ». Il fit part également de ses idées et de ses projets à Legrand, l'un des membres du Directoire suisse, qui reconnut avec lui « que la culture du peuple atteindrait son maximum d'action par l'éducation complète d'un nombre assez grand d'individus pris dans les classes les plus pauvres et à la condition que ces enfants, loin d'être enlevés à leur milieu par*cette éducation, y seraient au contraire retenus plus fortement », '
Au retour de Stapfer, Pestalozzi lui soumit son plan d'organisation d'une école pour les enfants pauvres, semblable a celle qu'il avait décrite dans Léonard et Gertrude, Le Directoire approuva ce plan et promit, avec une subvention annuelle de trois mille francs, de donner toutes les facilités désirables pour l'installation. Mais la difficulté de trouver un emplacement convenable retarda l'exécution de ce projet. En attendant, le Directoire, confiant dans le dévouement de Pestalozzi à la cause de la liberté, le chargea de rédiger une adresse aux cantons qui n'avaient pas encore accepté la Constitution, et lui confia la direction de V Hehetisches Volksblatt, feuille politique fondée par le gouvernement.
L'occasion d'utiliser ses services pour l'enseignement