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CHAPITRE IV

BURGDORF ET MÛNGHENBUCHSEE

I. BuRGDORF (1799-I80i). — Arrivée de Peslalozzi à Burgdorf. — Ses fonctions à l'école publique. — Première idée de VABC de Vintuition et première application de la méthode. — Visite et rapport de Herbart. — Rapport favorable de la commission scolaire. — Pcstalozzi est nommé instituteur. — Arrivée de Krtlsi son premier collaborateur. — Témoignage de Krtlsi sur la manière d'enseigner de Pestalozzi. — Nouveaux collaborateurs : Tobler et Buss. — Appui du gouvernement. — Témoignage de Ramsauer. — Fondation de l'institut de Burgdorf. — Prospérité de l'institut. — Publication de : Comment Gertriide instruit ses enfants^ premier ouvrage contenant l'exposé de la méthode. — Succès de cet ouvrage au point de vue de la réputation de Pestalozzi. — Affluence de visiteurs étrangers.

— Inspection officielle et rapport du doyen Ilh : l'institut est déclaré établissement national. — Rapports de Soyaux et de Gruner : détails sur l'application de la méthode à l'institut.

— Pestalozzi élu membre de la Consulta. — Son voyage ù Paris. — Opinion de Bonaparte : désappointement de Pestalozzi. — Arrivée de Murait et de Niedcrer. — Publication des livres élémentaires.

II. MÛNGHENBUCHSEE (1804-1805). — Transfert de l'institut à MUnchenbuchsee. — Pestalozzi et Fellenberg. — Départ de Pestalozzi pour Yverdon.

Après quelques semaines de repos au Gurnigel, Pestalozzi revint, plus décidé que jamais à poursuivre son idée. Stapfer, qui avait toujours foi dans son génie, adressa au Directoire exécutif une lettre dans laquelle il rappelait éloquemment ses services , et faisait connaître son désir de continuer ses expériences pédagogiques dans les écoles de Burgdorf, que Fischer, professeur de philosophie et de pédagogie à Tuniversité de Berne et disciple du philanthropiniste Salzmann, s'oc-

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cupait alors de réorganiser. « Il ne demande i>, disait-il, « ni salaire ni titre : il se borne à désirer qu*on lui assigne un logement dans une maison nationale. »

Le Directoire, adoptant les vues de Stapfcr, accorda à Pestalozzi, par décision du 23 juillet 1709, un logement dans le château de Burgdorf, avec la permission d'enseigner dans les écoles du lieu, et la promesse, en cas de réussite, d'une indemnité trimestrielle de cent soixante livres suisses (dix louis) qui lui serait allouée « tant que son travail profiterait aux élèves et au perfectionnement des méthodes ».

Pestalozzi commença ses nouvelles fonctions dans récole des manants ou non bourgeois [Hlntersassen- Schulc) de Burgdorf, dont l'instituteur, Samuel D^'sli, cordonnier de son état, dut partager avec lui sa classe et ses élèves. Mais sa présence eut bientôt pour résultat d'exciter la défiance et la jalousie de l'instituteur, qui vit en lui un rival désireux de lui prendre son poste. A l'instigation de Dysli, les parents se réunirent et déclarèrent qu'ils ne voulaient pas permettre plus longtemps au nouveau maître de continuer ses expériences sur leurs enfants. Pestalozzi fut alors autorisé à enseigner dans une sorte d'école enfantine dirigée par une demoiselle Stiihli.

Reprenant à Burgdorf les expériences qu'il avait commencées à Stanz, il se remit à enseigner, comme il le dit lui-même, « empiriquement, sans plan ni méthode ». a Je braillai de nouveau », raconte-t-il, « mon ABC du matin au soir, ne me lassant pas de faire des combinaisons syllabiques, couvrant des cahiers entiers de séries de syllabes et de nombres, et cherchant par tous les moyens à simplifier le plus possible les premiers éléments de l'épellation et du calcul, et à les présenter sous des formes qui permissent d'amener graduellement l'enfant, par les procédés les plus psychologiques, du premier degré au second, puis rapidement et sûrement, sans lacunes et en s'appuyant sur les notions parfaitement acquises, du second degré au troisième et enfin au

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quatrième. Mais, à la place des lettres de Talphabet que je faisais tracer par les enfants à Stanz, je leur faisais tracer maintenant des angles, des carrés, des lignes et des arcs. C'est ainsi que se développa peu à peu en moi ridée de la possibilité d'un ABC de l'intuition, à laquelle j'attache tant d'importance aujourd'hui, et dont l'exécution me fit entrevoir, bien qu'obscurément encore, tout l'ensemble d'une méthode d'instruction universelle' ». Les cahiers dont il parle étaient en eOet les manuscrits de livres qu'il se proposait de publier pour l'application de sa méthode élémentaire à l'étude de la lecture et du calcul.

Ce fut aussi en 1799, vers la fin de l'année, que Pestalozzi reçut la visite de Herbart, qui rentrait en Allemagne après avoir passé deux années comme précepteur dans la famille de Steiger, àMàirchlingen. Celte visite fit une grande impression sur Herbart, qui nous en a laissé le récit suivant :

« Une douzaine d'enfants de cinq à huit ans furent appelés à l'école le soir, à une heure inaccoutumée; je craignais de les trouver mal disposés, et de voir ainsi échouer l'expérience à laquelle j'étais venu assister. Mais ils vinrent sans la moindre trace de mauvaise volonté, et une activité vivante se maintint régulièrement jusqu'à la fin... d

Après avoir loué les exercices de répétition en chœur et admire l'habileté des élèves à tracer des figures géométriques, Herbart ajoute : « Mais pourquoi Pcslalozzi faisait-il tant apprendre par cœur ? Pourquoi semblail-il si peu choisir les objets de l'enseignement d'après les penchants naturels des enfants ? Pourquoi les faisait-il toujours apprendre seulement, sans jamais s'entretenir avec eux, ni causer, ni plaisanter, ni rien leur raconter? Pourquoi ses phrases étaientelles si hachées, ses mots si nus ? Pourquoi tout ce qu'on a proposé tant de fois pour adoucir le sérieux de l'école, semblait-il dédaigné ici? Comment cet homme si aimable, si affable au premier abord, qui accueille d'une façon si

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