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tels rapports avec Tenfant, qu'il t'aime et ait pleine confiance en toi. »
« Aussi les maîtres et les élèves vivent-ils dans une heureuse harmonie. Ceux-là ne songent pas ù faire sentir leur autorité par des ordres ou des reproches ; ils défendent simplement par de légers avertissements ; leurs éloges se réduisent à un regard de satisfaction) un serrement de mains. Les enfants, en revanche, sont attachés par une confiance profonde à leurs guides et ne manquent jamais au respect^ que ceux-ci leur imposent par leur intelligence, leur égalité ^ d'humeur et leurs bonnes intentions. En tout il est difficile de tenir le juste milieu : c'est aussi le cas ici. Les enfants sont en effet trop peu tenus : il n'y a presque pas de règle. Pendant la classe ils peuvent rester assis ou debout, et placés comme ils veulent.... Naturellement, avec la turbulence de leur Age, ils ressemblent plutôt à un rassemblement de curieux qui se disputent la première place en se bousculant, qu'à un groupe d'élèves désireux d'apprendre, et parmi lesquels doit régner un certain ordre, si l'on veut que le but soit atteint. D'ailleurs, le caractère particulier de la méthode met à cette pétulance certaines limites, en immobilisant la vivacité et en réclamant l'activité de tous les élèves d'un groupe en même temps. En effet, ils ne répondent pas un à un, et suivant leurs aptitudes. Tous répondent ensemble et en mesure, ce qui peut avoir du bon; mais on ne devrait pas leur permettre de crier si fort, comme ils se plaisent à le faire. J'ai été quelquefois obligé de me cacher à cause de ce bruit assourdissant, lorsqu'il retentissait dans plusieurs classes à TiTfois. La fatigue excessive qui en résulte ne peut pas être bonne pour la poitrine; l'oreille môme s'habitue à cette cacophonie, et à la fin l'enfant ne peut plus parler sans crier. Mais tout cela contribuait à entretenir chez les enfants l'inlérôt et la gaieté, aussi l'étude semblait-elle pour eux une récréation plutôt qu'une fatigue sérieuse de l'esprit *. m
Un autre visiteur, venu de Saxe pendant l'hiver de 1803-1804, Gruner, nous a laissé une description touchante de ces réunions ou « revues morales » auxquelles Soyaux n'avait pas osé assister :
1. A. Soyaux, Pesialozzi, seine Lehrart und seine Anstalé Leipzig, 1803.
PiKLOcuE. — Peslalozzi. «^
d Ces réunions avaient lieu matin et soir pour tous les élèves, sauf les petits, et, dénuées de toute solennité extérieure, elles exerçaient leur attrait et leur action par la chaleur et l'énergie du maître. Un petit nombre d'élèves, environ six ou huit, s'arrachaient avec joie, dès le matin, au sommeil, pour se trouver avec le père Pestalozzi. Que de fois j*ai vu ce petit groupe attendre tranquillement et avec confiance, souvent dans l'obscurité (en hiver un peu après six heures), leur éducateur, leur père adoptif et ami! Jamais je n'ai remarqué en eux, dans ces moments-là, les mouvements turbulents ordinaires à cet âge. On eût dit que le motif pour lequel ils étaient réunis si tôt dans cette salle, et le pressentiment de ce que le père Pestalozzi allait leur dire, leur avaient donné la gravité de jeunes gens sérieux. Ils parlaient entre eux d'un ton tranquille et intime....
n Mais voici Pestalozzi qui entre avec sa lumière. Quelle bienveillance et quelle cordialité respire son visage, et comme elles se manifestent dans son bonjour paternel! Il tend la main à celui-ci et à celui-là-, il parle à chacun suivant son caractère. Quelquefois, il les harangue tous. D'un ton familier et avec un intérêt paternel, il interroge chacun sur ce qui le concerne : sur sa santé, sUl ne va pas tout à fait bien, sur ses progrès dans tel ou tel exercice qui lui paraît encore difficile, ou sur quelque talent que ses parents veulent lui faire acquérir particulièrement. Il parle aux enfants de leurs parents, et les engage à leur faire plaisir. Souvent il trouve moyen d'appliquer naturellement à tous ce qu'il a dit à un seul, en rattachant les objets les plus particuliers aux sentiments moraux et religieux que la nature a mis dans le cœur de tous.
« Parfois il loue un élève de sa bonne conduite, des manifestations de son Côn cœur et de ses beaux sentiments. Il encourage un autre à l'imiter, lui rappelle qu'il a aussi des facultés pour le bien et qu'il est de son devoir de les employer. Il engage un troisième à la reconnaissance envers le Créateur qui Va. doué d'aptitudes pour apprendre, et l'exhorte à ne jamais oublier qu'il en résulte pour lui le devoir de faire dans la vie quelque chose d'important. Il interpelle parfois aussi un quatrième pour le réprimander d'un ton paternel et éner-gique, lorsque des plaintes se sont élevées contre lui, ou lorsque cet observateur des âmes, qui connaît si bien les enfants, découvre en lui des germes qui lui paraissent inquié-
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tants. De temps en temps, une plaisanterie trouve aussi sa place. Mais dans toutes ces manifestations, si variées qu'elles soient, règne un ton uniforme, celui de la chaleur d'un cœur paternel. C'est par là que tout ce qu'il dit devient utile à tous et à chacun.
« Pestalozzi s'élève ensuite des objets particuliers aux considérations générales, et n*est jamais en peine de trouver des sujets capables de toucher le cœur des élèves. Presque toujours il se distingue par la clarté du discours. Cependant il lui est aussi arrivé de se sentir plutôt entraîné vers des idées abstraites et des considérations obscures, qui étaient moins à la portée de tous, ou vers des sentiments qui ne s'adressaient pas assez directement au cœur : dès qu'il s'en aperçoit, il cesse bientôt et passe à une lecture.
a A la fin de la conférence religieuse du matin, Pestalozzi exhorte ses élèves à méditer souvent dans la journée ce qu'il leur a dit et de faire en sorte que cela influe sur leurs actes. Le soir, il ouvre généralement la séance en leur demandant comment ils se sont conformés aux résolutions prises le matin. Et alors il n'est pas rare de voir combien les enfants sont ordinairement francs et ouverts, quand ils sont traités d'une manière tout à fait conforme à la nature *. »
Citons enfia ce court portrait que nous a laissé de Pestalozzi l'instituteur Torlitz, Tun des deux délégués envoyés par le gouvernement danois à Burgdorf ^ :
<c Pestalozzi est d'une laideur achevée. Ses habits sont d'une saleté repoussante, et ses souliers n'ont jamais été cirés depuis qu'ils sont sortis des mains .du cordonnier. Sa chevelure n'est jamais peignée, et il ne fait venir le barbier que le vendredi. Ses bas retombent ordinairement sur ses pieds. Quand il se met tout à fait au travail, il se couche tout habillé dans son lit et dicte. Alors les idées viennent d'une manière aussi bizarre sur le papier qu'elles se trouvaient dans sa tète ^. »
Élu en novembre 1802 membre de la délégation suisse ou Consulta qui devait, sur la convocation de Bona-