Mei'ne Lebensschichsale, etc., p. 30. Voir p. 54, noie
2. pestalozzi s'était fait faire, en 1806, un cercueil orné d'une lête de mort, qu'il gardait ordinairement sous son lit, et qu'il plaçait au milieu de la chambre dans les grandes circonstances, en disant : « Me voyez-vous dans ce cercueil? Quels sentiments éprouvez-uous? » (Romsauer, Memorabilien, 1846, p. 65.)
suisses. A l'instigation de Niederer, semble-t-il, mais sûrement contre l'avis de Schmid, qui connaissait les points faibles de rétablissement, Pestalozzi s'adressa à la Diète helvétique, le 20 juin 1809, pour demander a qu'elle daignât donner une marque publique d'attention soit à l'institut d'Yverdon, soit à la méthode à' éducation élémentaire qui s'y trouvait établie ». La Diète accueillit sa demande et confia le soin d'inspecter l'institut à une commission composée de trois membres : Mérian, membre du Petit Conseil du canton de Bâle, Trechsel, professeur de mathématiques à Berne, et le Père Girard, directeur des écoles de Fribourg. La commission arriva en novembre 1809 à Yverdon et, après y être restée cinq jours, chargea le Père Girard de rédiger un rapport.
Tout en rendant justice aux efforts de Pestalozzi et de ses collaborateurs, le Père Girard ne leur ménagea pas ses critiques. Tout d'abord, Niederer ayant eu la prétention de faire porter l'examen uniquement sur les doctrines de l'école pestalozzienne, le Père Girard s'y refusa en disant avec beaucoup de bon sens : « La partie spéculative n'était pas de notre ressort. Nous devions rechercher ce que l'on faisait, et nullement ce que l'on prétendait faire. Peut-être qu'une philosophie plus profonde et plus subtile que la nôtre trouvera une espèce de bassesse dans notre exposé. Nos idées ne seront pas assez nobles, et nous aurons parlé un langage trop vulgaire. En ce cas, nous oserions lui observer que les expressions ne font pas les choses, et que toute la sublimité de la métaphysique ne consiste quelquefois qu'à dire ce que tout le monde sait avec des mots que personne ne comprend. »
Quant à l'originalité des principes appliqués à Yverdon, voici ce que dit le rapport : « Les grandes maximes sur lesquelles repose l'institut d'Yverdon sont, sans contredit, les maximes invariables de la sagesse et de la bonté. Mais Pestalozzi serait-il l'inventeur de ces principes ?T.. Il n'a pas de lui-même une si haute idée. Il ne
se croît point Fauteur de son arl; mais il s^honore d*en être le disciple. — Nous ne prétendons pas à Tiionneur de rinvention, nous disait-il un soir au milieu de ses enfants, mais nous cherchons à mettre en pratique ce que le bon sens avait appris aux hommes depuis des milliers d'années. — On voit dans ces paroles que Pestalozzi fait remonter bien haut la naissance de Tart qu*il professe. Il Tatlribue au bon sens, qui est vieux, et non à la science, qui est jeune, et il le voit encore en tous lieux où il y a des hommes. Qu'importe après tout \ l'invention, là où il ne faut considérer que la chose et { son utilité ! Les principes de l'éducation appartiennent ' décidément au bon sens. »
Le Père Girard croit que la méthode et les règles adoptées à l'établissement d'Yverdon devraient « animer » toutes les écoles, mais il ne trouve pas que les moyens employés puissent être imités : « On regrette d'y trouver ^ si peu de parties qui puissent servir comme elles sont. Sous tous les rapports, nous revenons au même résultat : les études à Yverdon ne se lient que très imparfaitement à l'instruction publique — L'institut poursuit son chemin; nos instituteurs poursuivent le leur, et il n'y a nulle apparence que l'on se rencontre jamais. » Et il arrive à cette conclusion : « Toujours nous regrettons que Pestalozzi ait été jeté hors de la modeste carrière qu'il avait choisie avec tant d'amour et de zèle. Cette école primaire, modèle de toutes les autres, ne sera donc qu'une pensée dans sa vie inquiète et laborieuse, une belle pensée, sans doute, qui honorera son cœur et fera vivre sa mémoire. Sachons rendre justice aux intentions, aux efforts, à la persévérance; profitons de ces idées utiles, suivons les exemples que l'on nous a ménagés, et plaignons les destinées d'un homme qui, contrarié sans cesse par les événements, n'a jamais pu faire. précisément ce qu'il voulait. »
Le rapport nous donne aussi sur l'état et la marche de l'institut les détails les plus intéressants. C'est ainsi qu'il nous apprend qu'il y avait alors à Yverdon cent
soixante-cinq élèves, dont cent trente-sept pensionnaires, et en outre quatre-vingt-sept étrangers. Il y avait aussi trente-deux élèves-maîtres, dont cipq seulement n'étaient pas étrangers. « La plus grande partie vivait en ville et dans une entière indépendance de Tinslitut... » Les élèves de cette catégorie étaient désignés sous le nom 6! étrangers apprenant la méthode. Enfin l'école de filles, logée dans une maison voisine du château, et qui n'était encore a qu'au berceau », comptait une douzaine d'élèvesmaîtresses : « Ici, on trouve en petit l'image d'un séminaire d'institutrices ^ »
Ce rapport, communiqué en manuscrit à Pestalozzi au printemps de 1810, excita un grand mécontentement dans le personnel de l'institut et fut commenté avec peu de bienveillance dans la presse. Pestalozzi déclara que Vidée de V instruction élémentaire y sur laquelle il avait désiré appeler l'examen, n'avait pas été examinée. Quoi qu'il en soit, le rapport fut remis le 12 mai 1810 à la Diète, qui décida qu'il serait publié en français et en allemand. Il n'y fut d'ailleurs donné aucune autre suite, si ce n'est que, dans sa session de 1811, la Diète exprima à Pestalozzi la reconnaissance de la patrie.
Quelques jours avant l'arrivée de la commission à Yverdon, l'institut avait reçu la visite de Karl von Raumer, le futur auteur de V Histoire de la pédagogie, alors âgé de vingt-six ans. Enflammé par la lecture des Discours à la nation allemande de Fichte, Raumer avait quitté Paris, où il étudiait les sciences, pour venir voir de près la méthode qui devait, selon l'éloquent philosophe, régénérer la nation allemande. Il nous a laissé sur cette visite quelques impressions originales qui méritent d'être lues^.
1. Girard, Rapport sur r institut de M. Pestalozzi ^ pp. 89 et suiv. (cité par Guillame, Pestalozzi^ pp. 271 et suiv.)*
2. Voir Raumer, Geschichte der Pàdagogik, 1847, vol. II, pp. 423 et suiv. (cité par Guillaume, Pestalozzi , pp. 270 cl suiv.).
Dans le* courant de Tété 1810, Tinstitut reçut la visite d'un odicier supérieur français, Jullien, inspecteur aux revues, qui se rendait en Italie, et que le ministre de rintérieur, de Montalîvet, avait chargé de passer à Yverdon. Juliien resta deux mois à Finstitut, et, arrivé en Italie, publia ses observations dans un ouvrage intitulé : Esprit de la méthode d^ éducation de Pestalozzi, précédé d*une introduction publiée à part sous le titre : Précis sur r institut d^ éducation à Yverdon (Milan, 1812). Le compte rendu élogieux qu'il fit de ce qu'il avait vu contribua à donner une grande notoriété en France au nom de Pestalozzi, et lui attira un grand nombre d'élèves français.
Malheureusement, vers la même époque, Pestalozzi eut le grand chagrin de voir partir Schmid, qui ne pouvait décidément s'entendre avec Niederer. Il était déjà très affecté par les polémiques violentes qu'avait soulevées dans les journaux le rapport de la commission d*enquéte, et qui durèrent près de trois ans. Pour soutenir ces polémiques, il eut la malencontreuse idée de vouloir établir dans son château une imprimerie et une librairie '. ce fut encore une entreprise désastreuse qui laissa un déficit de vingt mille francs.
Jullien, qui avait confié ses trois fils à Pestalozzi, résolut de lui venir en aide, et le décida à remettre la gestion de son entreprise à une « commission économique x> composée de notables personnages d'Yverdon : cette cession eut lieu le 28 novembre 1814 , et eut pour efiet de relever pour quelque temps le crédit de l'établissement au dehors.
Mais la prospérité de l'institut à l'intérieur était gravement atteinte, et rien ne semblait devoir en arrêter la , ruine. Pestalozzi lui-même était désespéré, et voulait retourner à Neuhof. C'est alors qu'on se souvint des qualités administratives exceptionnelles de Schmid, et que Niederer lui-même crut devoir lui écrire pour lui offrir de revenir. Schmid accepta et fit sa rentrée à l'institut à Pâques de l'année 1815.
Au mois de janvier 1814, les autorités autrichiennes ayant ordonné la transformation du château d'Yverdon en hôpital militaire, la municipalité de cette ville envoya une députation, sous la conduite de Pestalozzi, à Tempereur de Russie, Alexandre, qui se trouvait heureusement à Baie. Le tsar le reçut très aimablement et lui dit : c( Je sais pourquoi vous venez : soyez tranquille, vous n'avez pas besoin de m'en dire davantage; votre affaire est arrangée, on ne vous inquiétera pas dans votre maison. » Puis il s'entretint longtemps avec lui de son œuvre et de ses travaux, et quelques mois plus tard, il lui conféra la croix de Tordre de Saint- Vladimir, en lui renouvelant l'assurance de ses hommages et de sa sympathie pour ses efforts*. Quelque temps après, le roi de Prusse étant venu à Neuchâtel, Pestalozzi, quoique très malade à ce moment-là, se rendit aussi auprès ' de lui pour le saluer et le remercier de l'intérêt qu'il avait témoigné à son œuvre et à la cause de l'éducation populaire.
Dès son retour à Yverdon, Schmid se mit à l'œuvre et procéda à des réformes radicales, qui consistèrent surtout à réduire d'abord le personnel enseignant et les traitements de moitié, tout en augmentant le nombre d'heures de service. Pour nous donner une idée de la « dilapidation » qui régnait dans l'administration économique de l'établissement, Pestalozzi nous apprend qu'il y avait alors, pour soixante-dix-huit élèves, vingtdeux professeurs à qui l'on donnait « la nourriture, le logement, l'éclairage et le blanchissage, outre un traitement annuel qui représentait une somme de dix mille livres suisses ' ». L'imprimerie fut également supprimée : en revanche, Schmid, réalisant un rêve depuis longtemps caressé par Pestalozzi ®, négocia avec l'éditeur Cotta,