VI INTRODUCTION
pour ainsi dire pas. Même dans le seul pays où les hommes d'État s'en étaient le plus préoccupés, en Allemagne, elle était encore loin d'être une réalité. Sans doute, Luther en avait senti et proclamé la nécessité, mais depuis longtemps l'école populaire, qu'il avait vraiment créée, n'était plus guère qu'une classe de catéchisme. Toutefois il serait injuste de ne pas rappeler ici les efforts remarquables du pasteur Francke*, le fondateur du piétisme, et du philanthropiniste Rochow', cet ancien officier prussien devenu chanoine, qui, ému des misères des paysans, avait su comprendre que l'instruction était le seul moyen d'améliorer leur sort et avait foiidé de ses propres deniers une école où le pasteur n'avait rien à voir. Mais les fondations de Francke avaient conservé un caractère essentiellement religieux, et
1. C'est en 1695 que Francke (né en 1663, mort en 1727), ayant trouvé un jour dans le tronc des pauvres 4 thalers 16 gros (17 francs), conçut le projet de fonder avec cette somme une école pour les indigents. Plus tard, il fonda un séminaire ou école normale pour la préparation des instituteurs. C'est encore le caractère qu^ont aujourd'hui les célèbres établissements de Francke à Halle, mais avec l'adjonction de renseignement secondaire.
2. Rochow, né en 1734, mort en 1805, publia en 1772 son Livre scolaire pour les enfants des paysans^ ou a Vusage des écoles de village {Versuch eines Schulbuchs filr Kinder der Landleute, oder zum Gebrauch in Dorfsckulen), dans lequel il réclamait l'instruction gratuite pour le peuple. La même année, il se fit instituteur à l'humble école de Rerkahn, qu'il entretenait à ses frais, et qui devint bientôt un objet de curiosité et d'admiration universelle. Son programme comprenait : les exercices d'intelligence, la con» naissance du langage et des choses, et l'éducation morale. Il publia encore, outre VAmi des paysans (Der Bauecnfreund^ 1773) et l'Ami des enfants {Der Kinder freund, 1775), sorte de livres de lecture à l'usage des classes populaires, qui eurent alors un immense succès, un traité intitulé : De V amélioration du carac" tère national par les écoles populaires [Von Verbesserung des Nationalcharaklersdurch Volksschulen,\ll^).