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Piif LOCHE. — Pestalozzi. 5
qu'on veut leur apprendre*. Nos pères jouaient après le travail, et cela vaut sans doute mieux que de jouer avant ou pendant le travail; ils ignoraient tous ces artiiices par lesquels nous cherchons aujourd'hui à fixer l'attention des enfants, mais ils leur faisaient faire de bonne heure toutes sortes de choses, ce qui les rendait naturellement, et sans artifices, attentifs à ce qu'on leur enseignait dans la suite.
L'obligation de faire tous les jours beaucoup de choses, et de les faire bien, est certainement le meilleur moyen d'obtenir l'attention*; et une fois l'attention obtenue dans le travail, elle l'est aussi dans l'étude, et il est facile d'en tirer parti.
Au lieu de cela, nous faisons tout le contraire, et nous voulons fixer l'attention de nos enfants sur des objets étrangers et artificiels, avant que leur esprit ait étéhabitué par le père et la mère aux travaux de la maison et à l'attention qu'ils exigent, et qu'il ait été ainsi préparé à porter son attention sur des choses artificielles et plus générales dans les matières d'études.
C'est ce qui s'appelle mettre la charrue devant les bœufs : nous trouvons cela original, et pour rendre cette folie moins étrange, nous cherchons à faire marcher l'attelage au moyen d'un mouvement d'horloge.
Les oisifs n'aiment que les tours merveilleux, et payent volontiers les gens qui font des cabrioles devant eux comme des chevaux de cirque; mais nous qui sommes d'une autre espèce, nous ne pouvons guère nous étonner que de semblables attelages ne marchent ni bien ni longtemps.
Car le résultat de tous ces artifices est d'élever rhomme pour être une machine et un figurant, et une telle éducation, en définitive, ne peut tourner à bien.
La famille, et non l'école, est le vrai centre DE l'éducation. — Celui qui travaille matin et soir et
1. Allusion aox méthodes philanthropinistes. Voir notre étude : La JHe forme de rédueatiom en Aiiemagne au XV/IP siécUt p. 227.
jouît gaiement et joyeusement du fruit de son travail, de sa vertu et de son honnêteté aux côtés d'une pieuse épouse et d*enfants aimants, celui-là ne pourra guère s'égarer dans leur éducation, au moins pour les choses essentielles*.
C'est pourquoi Pestalozzi revient sans cesse à cette conclusion : qu'au lieu de créer des établissements pour former des précepteurs et des maîtres d'école, il faut s'attacher à tout ce qui peut faire des membres de l'État de braves gens, des pères de famille intelligents, et des citoyens heureux et fortunés : c'est à cela que doit viser le souverain en général,f^'il veut obtenir qu'une bonne éducation soit donnée aux enfants de ses États.
Responsabilité des gouvernants . — Aussi le bonheur de l'Europe ne dépend-il pas du progrès des sciences que nous comprenons sous le nom de philosophie, et qui servent rarement à procurer au pauvre peuple son droit ou son pain, mais il dépend bien plutôt des princes, si ceux-ci veulent bien redevenir de bons pères de famille, qui considèrent les besoins de leurs enfants comme les leurs.
Quand donc renoncera-t-on à l'abus des mots ?
En tout, ce qui importe le plus pour l'homme qui veut faire quelque chose, c'est qu'il ait à cœur de faire son devoir.
Si le prince, les magistrats et les innombrables fonctionnaires de tous ordres, philosophes ou non, traitaient le paysan avec autant d'intelligence que le planteur soucieux dé ses intérêts traite son esclave, c'est-à-dire s'ils le considéraient comme une marchandise dont la mauvaise qualité pourrait avoir une influence sur le poids de leurs sacs d'or, alors le pauvre peuple serait autrement soigné (qu'il ne l'est, «t l'éducation du citoyen et du paysan deviendrait certainement meilleure ^.
Mais nos philosophes se perdent dans les nuages de